Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la gravité de la situation dans la bande de Gaza résultant de la poursuite des combats entre Israël et le Hamas, Paris, au Sénat le 14 janvier 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la gravité de la situation dans la bande de Gaza résultant de la poursuite des combats entre Israël et le Hamas, Paris, au Sénat le 14 janvier 2009.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Déclaration du gouvernement sur la situation au Proche-Orient et débat sur cette déclaration au Sénat à Paris le 14 janvier 2009

ti : La France est particulièrement sensible à la situation dans cette partie du monde dont elle connaît bien les nuances. La France est aussi particulièrement attachée au dialogue et à la paix ; en témoigne l'organisation de ce débat à la demande de tous les groupes formant le Sénat. En outre, le président de la Commission des Affaires étrangères rappellera que, depuis quelques semaines, a été créée une mission, dont Mme Cerisier-ben Guiga et M. François-Poncet sont membres, chargée de suivre ce dossier. C'est dire toute l'importance que nous attachons au débat qui va suivre !

Je mesure la gravité de la situation à Gaza. Je mesure votre préoccupation, et à travers elle, celle du pays tout entier. Je partage votre émotion devant le gâchis de tant de vies humaines et d'espérances et votre inquiétude devant le recul du dialogue. En revanche, je ne partage pas le sentiment que les efforts diplomatiques - dont notre pays n'a pas le monopole - ont été inutiles. Dès le premier jour, la France s'est engagée au plus haut niveau. Si les combats n'ont pas encore cessé, la pression que nous avons maintenue, utile aujourd'hui, sera efficace demain. Nous avons agi dès qu'Israël a lancé l'offensive, le 27 décembre, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, puis en soutenant les efforts de la présidence tchèque. Dans un esprit d'équilibre et de justice, nous avons cherché à obtenir un cessez-le-feu immédiat et durable, préalable à la relance du processus de paix.

La France est lucide sur le partage des responsabilités. Nous avons condamné les provocations qui ont conduit à l'escalade, le refus du Hamas de reconduire la trêve de juin dernier et de rencontrer le président de l'Autorité palestinienne ainsi que la reprise des tirs de roquettes contre le Sud d'Israël. Nous avons aussi condamné l'usage disproportionné de la force par Israël, rappelant qu'il n'y aurait pas de solution militaire à ce conflit ; nous avons appelé au plein respect du droit international humanitaire, notamment des conventions de Genève qui prohibent toute punition collective des populations civiles, et du droit de la guerre qui définit précisément l'usage licite ou non de certaines armes. Cette position équilibrée est la seule sur laquelle on puisse bâtir la paix.

Bâtir la paix, cela signifie obtenir l'arrêt des tirs de roquettes sur Israël, le retrait des troupes israéliennes et la levée du blocus. Cela passe nécessairement par la lutte contre la contrebande d'armes à la frontière avec l'Egypte de même que par la reprise du dialogue entre le Fatah et le Hamas sous l'égide du président de l'Autorité palestinienne, Abou Mazen. Ces grandes lignes forment la trame du document adopté par les 27 membres de l'Union, réunis 72 heures après le début des combats à Paris, à partir duquel nous avons déployé nos efforts sur le terrain et à l'ONU.

Sur le terrain, tout d'abord. Les 5 et 6 janvier, le président de la République a accompagné la troïka européenne, conduite par la présidence tchèque, en Egypte, dans les Territoires palestiniens, en Israël, en Syrie et au Liban, puis de nouveau en Egypte ; rencontres dont j'étais. La France est l'un des rares pays qui peut dialoguer avec tous les acteurs de la région.

Cela ne signifie pas que nous dialoguons avec n'importe qui et à n'importe quelle condition. Nous avons du dialogue une conception exigeante : ce doit être une opération réciproque où chacun fait un effort. Pas de dialogue possible avec celui qui ambitionne de détruire le processus de paix ! Nous n'ignorons ni la réalité du Hamas, ni son succès électoral, ni son poids dans l'opinion palestinienne. Nous sommes prêts à engager un dialogue officiel s'il renonce à la violence, souscrit aux accords conclus par l'OLP et reconnaît Israël. Nous lui faisons passer des messages via la Norvège, la Russie, la Turquie, la Syrie, le Qatar ou l'Egypte ; pays avec lesquels nous ne sommes nullement en compétition mais, au contraire, agissons de manière complémentaire.

A l'issue de cette tournée proche-orientale, les présidents français et égyptien ont présenté à Charm el-Cheikh une initiative de paix fondée sur les paramètres définis par les 27 à Paris une semaine auparavant : la cessation immédiate des hostilités et l'ouverture de corridors humanitaires pour acheminer l'aide ; l'invitation au Caire des parties israélienne et palestinienne pour discuter des conditions qui permettront la levée du blocus, notamment l'arrêt de la contrebande d'armes vers le Hamas ; enfin, la réconciliation palestinienne, via l'Egypte, réconciliation qui est indispensable à la relance du processus de paix et à la libération tant attendue des prisonniers palestiniens et israéliens.

Cette initiative, si elle a reçu un accueil positif de la part des deux parties, a surtout permis des avancées. Je retiens d'abord l'annonce par Israël d'une trêve quotidienne de trois heures. Ce n'est pas suffisant, soit, mais cette petite avancée n'aurait pas été possible sans l'initiative franco-égyptienne. Ensuite, la reprise des discussions entre l'Egypte et le Hamas et le déplacement d'une délégation du Hamas au Caire. Enfin, le déplacement en Egypte du général Amos Gilad, collaborateur du ministre de la Défense israélien, et la reprise des négociations israélo-égyptiennes sur le contrôle de la frontière avec Gaza et sur la contrebande d'armes.

Voilà ce que furent nos efforts sur le terrain, que nous poursuivons jour après jour. Pour donner à cette initiative une reconnaissance plus large et une force plus grande, il fallait une résolution du Conseil de sécurité. Le 8 janvier, nous l'avons obtenue ; Ban Ki-moon a utilisé le mot d'"historique" : c'est la première fois depuis 2004 que le Conseil de sécurité vote sur ce conflit une résolution qui ne soit pas dénuée de substance. C'est la première fois que nos partenaires arabes acceptent un texte qui condamne le terrorisme, qui dénonce aussi la contrebande d'armes, qui demande que la sécurité d'Israël soit garantie par un cessez-le-feu durable. Nous n'avons pas obtenu le vote des Américains, mais nous avons évité le veto, ce qui est d'autant plus significatif que Mme Rice a déclaré qu'elle soutenait le texte et ses objectifs. C'est notre premier motif de faible satisfaction : avoir rassemblé la communauté internationale autour d'une ligne équilibrée et modérée.

J'entends dire que cette résolution ne sert à rien, puisqu'elle n'est pas suivie d'effets et que les combats continuent. Mais la résolution 1860 fait peser sur les belligérants une pression supplémentaire : le poids de la communauté internationale tout entière rassemblée. Et le Secrétaire général de l'ONU se rendra sept jours au Proche-Orient pour trouver les moyens de faire appliquer la résolution. Une assemblée générale extraordinaire de l'ONU va se réunir demain.

Q - Elle n'est pas contraignante, c'est dommage...

R - Peut-être, mais c'est la règle. Et qu'est-ce que cela veut dire, "contraignante" ? Seules les résolutions du Conseil de sécurité le sont. N'est contraignant que ce que l'on décide tel. Mais nous avons parlé à toutes les parties de la région, même à la Syrie, même à l'Iran. Nous lui parlons tous les jours. Par téléphone, mais c'est cela aujourd'hui, la diplomatie.

Cette résolution n'exerce pas seulement une pression sur les belligérants, elle prépare l'avenir. Elle renforce notre poids auprès de nos principaux interlocuteurs, elle fait savoir à nos amis américains que nous ne sommes pas restés immobiles en attendant le président Obama. Lorsque celui-ci arrivera à la Maison blanche, il aura devant lui un texte qui a fait l'accord de la communauté internationale. C'est le sens de la déclaration d'Hillary Clinton hier, à propos du "document transatlantique"que la présidence française du Conseil de l'Union européenne a fait parvenir, dès leur nomination, aux responsables de la politique extérieure des Etats-Unis.

Cette résolution 1860 renforce aussi le poids de l'ONU : imaginons ce qui serait advenu si le Conseil de sécurité avait échoué à se rassembler autour d'une résolution. Elle renforce le poids de la France, qui présidait le Conseil. Les uns et les autres savent maintenant que nous avons agi, que nous continuerons de le faire et que nous sommes écoutés.

Nos efforts n'ont pas produit l'effet visible et immédiat que nous espérions tous : l'arrêt des combats. Mais ils ont suscité une convergence de vues qui finira par l'emporter si nous sommes assez audacieux, inventifs, déterminés. Dans la volonté que l'on déploie pour surmonter l'obstacle, se dessinent des équilibres nouveaux.

Pour autant, nous ne négligeons pas l'urgence : la situation des populations. Plus de 900 Palestiniens ont été tués et 4.000 blessés, dont un tiers de femmes et d'enfants. Le bombardement de trois écoles gérées par l'ONU a causé la mort d'une cinquantaine de civils, et soulevé la vague d'indignation que vous savez. Côté israélien, dix soldats ont été tués au cours des combats. Des dizaines de roquettes continuent de s'abattre sur Israël et ont tué trois civils israéliens. Leur portée a été étendue récemment à 40 kilomètres ; elles menacent désormais un million de civils et se rapprochent de Tel-Aviv.

L'urgence, c'est aussi la situation sanitaire et alimentaire. Déjà critique du fait du blocus imposé par Israël depuis la prise du pouvoir du Hamas, elle s'est dramatiquement dégradée sous l'effet des opérations militaires. La moitié de la population n'a plus accès à l'eau potable ; un million de personnes sont privées d'électricité, le déficit alimentaire s'aggrave. Il n'y a plus que neuf boulangeries ouvertes sur les 47 de Gaza. L'insécurité empêche le Programme alimentaire mondial de travailler à pleine capacité.

Les organisations internationales et les ONG ont en effet les plus grandes difficultés à intervenir. L'ONU a repris ses activités humanitaires à Gaza ; elle avait dû les suspendre après qu'un de ses convois a été touché par des tirs d'obus israéliens le 8 janvier, tuant un de ses chauffeurs.

Nous envoyons des équipes chirurgicales et du matériel humanitaire via l'Egypte et Israël. Nous tentons d'installer un hôpital de campagne, pour apporter sur place les premiers soins aux blessés. On nous propose un bateau hôpital... Nous avons débloqué 2 millions d'euros depuis le début de l'année pour le Programme alimentaire mondial et l'UNRWA ; un million d'euros seront alloués aux ONG au vu des projets proposés.

Il nous faut déjà penser à l'après cessez-le-feu. Il en sera question dès la rencontre de suivi de la Conférence de Paris consacrée à l'édification d'un Etat palestinien. Je l'organise demain, jeudi 15 janvier, au Quai d'Orsay. Nous réaffirmerons avec force que le blocus doit être levé, Gaza reconstruite, développée et intégrée au futur Etat palestinien. Nos crédits ne vont pas "pour les Palestiniens" mais "à l'Etat palestinien", comme s'il existait déjà. Nous préparons une conférence chargée de la reconstruction.

Une dynamique est lancée. Nous ne cesserons pas de chercher la voie étroite qui conduit du terrain des luttes au champ des fraternités. J'ai la conviction que nos efforts vont aboutir. Les contours d'un cessez-le-feu commencent à se dessiner. Je suis encouragé par les interrogations que je perçois ces jours-ci tant en Israël que du côté des Etats arabes et même, semble-t-il, au sein du Hamas.

Enfin, le gouvernement met en garde contre toute importation du conflit. La passion et la solidarité témoignent de la vitalité du débat démocratique et de l'ouverture vers les autres. Mais elles doivent s'exprimer dans le respect de la loi. Les Français de toute confession, de toute origine, doivent montrer qu'une coexistence sereine est possible. Le Gouvernement condamnera tout acte antisémite et raciste. Les organisations religieuses dialoguent et mettent en garde contre les excès.

J'ai la certitude, malgré les épreuves, les guerres, les haines, que la paix va l'emporter.

Le processus de paix va devenir une réalité tangible. Nous devrons répondre à l'espoir des Palestiniens, désespérés par la progression inexorable de la colonisation. La France travaillera avec le président Obama, avec Abou Mazen, avec le prochain Premier ministre israélien, à ce que ce rêve, vieux déjà de 60 ans, incarné dès 1947 par la résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies, devienne une réalité : un Etat palestinien viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d'Israël, avec Jérusalem pour capitale commune de ces deux Etats.


(Interventions des Parlementaires)


Je vous remercie pour le ton de ces interventions, souvent justes et émouvantes, toujours sincères.

Discuter avec l'ennemi, monsieur le président de la Commission, c'est facile à dire, mais souvent bien théorique pour les belligérants. Je ne peux bien entendu qu'approuver une telle intention, mais telle n'est pas la position de la France, dans son espérance de médiation, d'envisager actuellement le dialogue avec le Hamas. Ce n'est d'ailleurs pas une exigence de l'OLP ou de son président. Le président de l'Autorité palestinienne lui-même nous dit qu'il ne parle pas avec le Hamas, même s'il essaye ! Le refus du Hamas de parler avec l'Autorité palestinienne en novembre, alors que l'Egypte s'y était employée pendant des mois, avait d'ailleurs nourri nos craintes. Certains déjà avaient perçu la crise.

La France tente d'imposer un cessez-le-feu. C'est son rôle. Présidant le Conseil de sécurité de l'ONU, nous avons réussi, après 48 heures d'efforts acharnés, à obtenir l'adoption, à la quasi-unanimité, de la résolution 1860 qui exige un cessez-le-feu, par horreur, par indignation, mais aussi par respect pour les populations. Qu'Israël doive se résoudre à discuter avec ses ennemis est une obligation et un fardeau. Ce n'est pas, pour l'instant, le rôle de la France de le faire.

J'espère que le dialogue politique pourra être renoué à l'issue de la crise, mais je n'en suis pas sûr... La plus grande réussite de la violence du Hamas serait d'affaiblir le niveau de représentation de l'Autorité palestinienne dans le dialogue.

Les Etats de la Ligue arabe étaient réunis à New York, sous la direction du Prince Saoud, avec l'ensemble des Arabes modérés et les Syriens, pour que l'on continue de parler. Après la sortie de crise, Annapolis ou pas, il faudra renouer le dialogue politique, notamment avec la conférence de Paris.

Dans son discours à la Knesset puis à Ramallah, le président Sarkozy a dénoncé très clairement la colonisation et affirmé la nécessité que coexistent deux Etats. La Conférence de Paris, c'est au nom d'un Etat palestinien, indispensable à la sécurité d'Israël, qu'elle a été organisée ! Nous n'avons pas mis notre drapeau dans notre poche, jamais !

Quant au soutien inconditionnel de l'administration américaine à Israël, je n'en suis pas responsable ! Il n'a pas été simple d'éviter un veto sur la résolution 1860 : nous n'en espérions pas tant au départ !

Quelles seront les relations avec le gouvernement israélien issu des élections ? Quelles implications pour l'Autorité palestinienne, alors que mandat du président prenait fin le 9 janvier ? L'impossibilité de parler avec le Hamas met dans l'embarras ceux qui croient au dialogue et veulent deux Etats. La Ligue arabe estime que la prolongation du mandat du président de l'Autorité palestinienne découle de l'absence de dialogue entre les deux factions. Malgré la colonisation, le dialogue est le seul espoir.

M. Pozzo di Borgo a fait les questions et les réponses : je l'en félicite ! La conférence de Paris avec Tony Blair a lieu demain : j'espère que la situation va se débloquer, mais je ne peux l'affirmer... Il faut parler au Hamas, dites-vous ? Ne soyons pas plus palestiniens que les Palestiniens ! Il y a des contacts indirects pour que les positions du Hamas soient connues, notamment via l'Egypte. Ce soir même, une dépêche du Caire laisse espérer que l'on pourrait s'acheminer vers une esquisse de réponse positive... je suis prudent. L'envoyé du Hamas retourne en Syrie.

Nous sommes conscients de la situation difficile des chrétiens d'Orient, et nous sommes allés sur place. Mais sachez que le HCR ne permet pas une sélection des réfugiés. En Irak, nous avons accordé des visas, et 527 chrétiens d'Irak sont déjà venus chez nous. "Réconcilie-toi avec ton frère", dites-vous ? Très bien. Je le souhaite...

Monsieur Billout, l'Union européenne a conclu des partenariats privilégiés avec l'Ukraine ou le Maroc comme avec Israël : ce n'est pas un argument ! Ce processus a été entamé en 2005 par l'Allemagne, et achevé sous présidence slovène. Nous n'avons fait que mettre en oeuvre cette politique. Sachez toutefois qu'un partenariat privilégié consiste en tout et pour tout à se réunir une fois par an entre chefs d'Etat. Et nous avons proposé la même chose exactement aux Palestiniens ! Pour le reste, cela relève de la codécision, et donc du Parlement européen. La Commission vient d'ailleurs d'arrêter le processus, et le Parlement européen aura son mot à dire dans le cadre de la codécision.

L'Union pour la Méditerranée est le seul lieu réunissant les 43 pays de la région. Parmi ses secrétaires généraux adjoints, il y a un Israélien, un Palestinien - alors que l'Etat palestinien n'existe pas ! -, un représentant de la Ligue arabe. Ne travestissez pas cela en intention machiavélique !

Jamais une résolution du Conseil de sécurité n'a comporté d'emblée des sanctions. La résolution 1860 date du 8 janvier ; M. Ban Ki-moon est sur le terrain pour sept jours. Pour l'Irak, les sanctions sont venues au bout de plusieurs mois seulement ! Vous reprochez à la Présidence française du Conseil de l'Union européenne de n'avoir pas été assez efficace ? Peut-être, mais il fallait déjà éviter un veto...

Je remercie Mme Khiari d'avoir rappelé qu'il ne s'agit pas d'un conflit religieux. Je m'indigne contre les violences, contre le manquement au droit, et je répondrai au devoir d'ingérence. C'est un problème difficile. Nous sommes tous pleins de remords. La culpabilité européenne, c'est aussi la réalité de l'holocauste.

Il est exact que cette culpabilité a été transférée dans une région qui n'avait rien à y voir, mais on sent qu'elle persiste. C'est une grande souffrance de ne pas pouvoir y mettre un terme.

Il est facile de dire qu'on aurait pu obtenir un résultat meilleur, mais c'est Nicolas Sarkozy le seul chef d'Etat qui a fait le voyage, et en même temps que la troïka, ce qui est aussi une première.

Faut-il une force internationale ? La dernière force internationale - la FINUL - s'est déployée le long de la frontière libanaise après la fin des combats, à la demande du gouvernement du Liban. Même la présence d'observateurs - on ne parle même pas de force d'interposition ! - est refusée par l'Egypte et par Israël. Vous ne souhaitez sans doute pas qu'une force internationale militaire s'impose dans la région !

En 2005, quelques observateurs sont arrivés à Rafah, hors du territoire égyptien. Le président Moubarak a exclusivement accepté d'héberger d'éventuels observateurs européens, conformément à la résolution de 2005, mais les dix-sept qui ont été envoyés ne peuvent travailler à Gaza depuis que le Hamas y a pris le pouvoir. De toute façon, même si l'on augmentait leur nombre, les observateurs européens seraient confinés au secteur de Philadelphie séparant l'Egypte et Gaza.

Dès le premier jour, nous avons condamné l'usage de bombes au phosphore, illicites en ville.

Nous avons proposé aux Egyptiens, qui assurent la vice-présidence de l'Union pour la Méditerranée, qu'elle joue un rôle. Ce n'est pas envisageable pour l'instant, mais j'espère que cela viendra.

M. Chevènement a dit que ma lucidité était à courte vue. Dans le journal L'Evénement, alors dirigé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie, j'ai écrit en 1975 qu'il fallait deux Etats pour deux peuples. Ma position n'est donc pas à courte vue.

Madame Cerisier-ben Guiga, je n'embrasse pas seulement Mme Tzipi Livni. J'embrasse aussi M. Abou Mazen et tous les Palestiniens que je connais depuis 30 ans pour avoir travaillé avec eux, notamment à Gaza. Quand Abou Mazen vient en France, je l'embrasse avec affection. Je fais de même lorsque je le rencontre à Ramallah ou au Caire.

Il est vrai que le Hamas est caricaturé. Je n'aime pas qu'une démocratie choisisse ses vainqueurs, je l'ai écrit entre les deux tours des élections algériennes. Je l'ai répété quand le Hamas a gagné les élections législatives. Excusez-moi : je n'étais pas ministre. La France de Jacques Chirac n'a pas été très insistante, mais elle était le seul Etat favorable à la reconnaissance de cette victoire électorale. Elle a tenté de convaincre d'autres pays de l'Union européenne, mais les dizaines de morts que vous oubliez, lors du coup d'Etat du Hamas, ont empêché cette reconnaissance. Le gouvernement d'union nationale a vécu.

Le blocus a été politiquement renforcé par la communauté internationale. Personne n'a alors protesté, pas même les Norvégiens qui interviennent aujourd'hui dans la médiation ! Nous avons été très choqués par l'affrontement entre le Hamas et l'OLP, dont nous n'étions pas responsables.

Monsieur Chevènement, nous avons déjà demandé à M. Obama de recentrer sa diplomatie sur le Proche-Orient, dans le document transatlantique paraphrasé hier à Washington par Mme Clinton. Vous évoquez l'Afghanistan, mais c'est un tout autre sujet.

Je comprends votre désir collectif de parler avec le Hamas. Mais la position officielle de la France est que ce dialogue suppose l'acceptation des résolutions acceptées par l'OLP, dont Abou Mazen est le représentant authentique et élu, la reconnaissance d'Israël - acceptée par l'OLP - et la renonciation à la violence comme seul moyen d'action politique. Il n'est pas impossible que ces conditions soient satisfaites un jour !

Pourquoi n'avons-nous pas soutenu le gouvernement d'union nationale ? Mais nous l'avons soutenu ! Puis il y a eu le coup d'Etat...

Au président du groupe d'amitiés France-Israël, je dis que la sécurité d'Israël suppose la création d'un Etat palestinien. Nous avons beaucoup agi en faveur d'un Etat palestinien viable et nous avons officiellement protesté contre la poursuite de la colonisation.

Bien sûr, le Hamas utilise les civils. Malheureusement, toutes les guerres désormais sont dirigées contre les civils, mais ce n'est pas une raison pour accepter ce qui se passe à Gaza.

Tant que la contrebande d'armes existe, nous n'obtiendrons rien. Nos amis égyptiens disent qu'ils la combattent comme ils peuvent, ce qui ne nous semble pas efficace. L'allongement de la portée des roquettes en témoigne.

Monsieur de Montesquiou, il y a eu l'élection présidentielle, les élections législatives, mais aussi l'accord signé entre le Hamas et l'OLP, avec les Saoudiens. Il était en vigueur lors du coup d'Etat perpétré par le Hamas, qui a pris tout le monde de court ! Il est vrai qu'à partir de juin 2007, nous ne sommes pas plus intervenus que les autres Etats.

La garantie internationale de sécurité que vous proposez à Israël est celle contenue dans les résolutions des Nations unies. A chaque fois, Israël a dû lutter pour survivre dans un milieu hostile. Comme vous, nous serions heureux que les choses évoluent.

Certes, Beghin et Sharon étaient des terroristes, avant de devenir des hommes d'Etat. C'est ainsi qu'ils ont imposé l'existence d'Israël !

Madame Durrieu, vous avez critiqué un soutien permanent à Israël. Mais la France de M. Chirac a fait la même chose ! Bien sûr, il faut être volontariste, mais rien n'est plus volontariste que le discours prononcé par Nicolas Sarkozy devant la Knesset, sinon peut-être celui de François Mitterrand, au même endroit. Le discours du président Sarkozy a été approuvé en Israël et en Palestine, lui qui demandait la création de deux Etats, dont chacun aura Jérusalem pour capitale, lui qui demandait la fin de la colonisation.

Israël veut-il la paix ? Oui, le peuple israélien veut la paix, tout comme le peuple palestinien.

Une trêve semble en train de s'esquisser. Je fais tout pour qu'elle intervienne au plus vite.

Vous vous inquiétez, Monsieur Frassa, de la protection des Français de l'étranger. Sachez que tous les efforts sont faits, comme ils l'ont été au Liban, que vous avez évoqué. Mais les Français dont vous parlez sont en très grande majorité franco-israéliens. Ils se considèrent protégés par l'Etat d'Israël. Si d'autres étaient recensés par nos postes diplomatiques, le système d'alarme serait bien évidemment déclenché. Sachez que la France, sur le terrain, protège ses concitoyens mieux que bien d'autres pays. Nous avons évacué la plupart des Français de Gaza, en général des franco-palestiniens. Trois ont voulu rester, c'est leur droit.

J'ai été très ému, Madame Khiari, de la manière dont vous nous avez fait sentir combien pour chacun d'entre nous, même si l'on n'est ni juif ni musulman, c'est un déchirement que cette profonde injustice faite au peuple palestinien, pour en réparer une autre, immense, et combien le conflit s'inscrit dans la conscience de chacun. Oui, nous avons les communautés musulmane et juive les plus importantes d'Europe. Le travail des organisations communautaires pour empêcher l'affrontement et exiger le dialogue est admirable. Mais je suis d'accord avec vous, ne confessionnalisons pas le conflit. La ministre de l'Intérieur a reçu le seul CRIF ? Je l'ignorais.

"Quand on dit du mal d'un juif, je dresse l'oreille, car c'est de moi qu'on parle". Vous avez eu raison de citer cette belle phrase de Frantz Fanon, mais ne doit-on pas la replacer dans le contexte de son époque ? On peut juger Israël et le Hamas sans être antisémite ni islamophobe.

Vous reprochez à la France son manque de fermeté diplomatique. Mais le propos est facile lorsque l'on n'est pas responsable. Certains s'engagent, d'autres moins, certains fonctionnaires sont plus actifs que d'autres, cela n'a rien d'inouï. La vision journalistique du conflit ? Mais qui ne laisse pas entrer les journalistes, sinon Israël ? C'est une erreur profonde. On ne peut pas se plaindre, après cela, ne n'avoir que les images du Hamas.

Etre ministre des Affaires étrangères et européennes, ce n'est pas être militant pour inventer le droit d'ingérence, accepté par toutes les Nations, par le Conseil de sécurité comme l'Assemblée générale de l'ONU. Mais c'est choisir d'avoir une responsabilité plus large que celle des droits de l'Homme. Gardons-nous de confondre attitude militante, même si l'on peut l'avoir au coeur, et responsabilité gouvernementale, sinon il y a une obligation permanente de démissionner, et je parle devant M. Chevènement. Le droit d'ingérence, pour la protection des peuples, doit s'exercer à titre préventif, sinon c'est trop tard, quand le combat fait rage. La responsabilité de protéger les populations civiles ? Elle est bafouée tous les jours. Songez par exemple au Darfour. Etre militant est nécessaire, appliquer impartialement le droit et la justice est autre chose, c'est ce que je m'efforce de faire.

Etre en empathie avec les populations civiles, Madame Boumediene-Thiery, c'est ce que j'ai fait toute ma vie. J'ai travaillé quatre ans à l'hôpital de Gaza. L'urgence aujourd'hui, c'est d'obtenir au plus vite un cessez-le-feu. Sans faire la politique de l'autruche, je m'efforce d'être efficace. La situation exige avant tout que cesse la guerre. Quel autre choix avions-nous de résolution au Conseil de sécurité ? Si demain on nous disait que l'on peut obtenir à Gaza, non une simple trêve humanitaire, mais une trêve politique durable, je signerais des deux mains.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 janvier 2009

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