Interview de M. Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU à France-Inter le 12 janvier 2009, sur les effectifs d'enseignants, notamment les suppressions de postes dans l'éducation nationale et les baisses de concours de recrutements. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU à France-Inter le 12 janvier 2009, sur les effectifs d'enseignants, notamment les suppressions de postes dans l'éducation nationale et les baisses de concours de recrutements.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti :
 
 
 
N. Demorand.- L'invité de France Inter est ce matin, le secrétaire général de la FSU. Bonjour G. Aschieri. Le président de la République s'exprimera tout à l'heure à Saint-Lô sur l'éducation, devant les personnels de l'éducation. Les syndicats boycottent ; pour quelle raison ?
 
Vous savez, il y a un mouvement social dans l'éducation qui continue, qui n'est pas terminé. On va avoir sans doute des collègues, en nombre, qui vont manifester ce jour-là à Saint-Lô. Et je pense qu'il n'aurait pas été très bienvenu, alors que nos collègues font grève et manifestent, d'aller sagement écouter des voeux, et surtout, c'est une manière de continuer à dire "il y a conflit, il y a problème et il faut les régler".
 
 Est-ce que vous savez ce qui est "dans les tuyaux", comme on dit, familièrement ? Le Figaro annonce un certain nombre de choses ce matin ?
 
Oui, je lis les journaux. J'entends ce que peuvent dire certains membres de cabinets ministériels. Apparemment, le Président va réaffirmer la volonté de réforme, il va dire comment le dialogue va se rétablir.
 
Il est rompu aujourd'hui ?
 
Oui, il est rompu, encore que le ministre ait fait un certain nombre de gestes qui sont de nature à contribuer à [le] rétablir un peu. Mais ce n'est pas allé suffisamment loin, il y a un gros problème, la grosse pomme de discorde, qui est la question des suppressions de postes.
 
Alors là-dessus, que vous disent vos interlocuteurs ? En tout cas, ceux auxquels vous parlez ?
 
Là-dessus, si j'en crois les journaux, d'abord, le Président ne devrait rien dire. Et il semble bien qu'au niveau du Gouvernement, il y ait débat sur cette question.
 
[Cette question de] savoir s'il faut continuer les suppressions de postes dans l'Education nationale ?
 
On pourrait envisager, dans une situation de crise, telle que nous la connaissons, quelque chose qui serait une pause, un moratoire. Mais...
 
C'est la demande que vous formulez ce matin ?
 
C'est la demande expresse que l'on formule. Pas seulement la FSU, l'ensemble des organisations syndicales, je crois. Et je pense que ce serait raisonnable. Non seulement cela donnerait enfin un vrai signal, à tout le monde qu'on n'abandonne pas l'Education, mais aussi cela aurait du sens. Les 30.000 suppressions de postes dans la fonction publique, les 13.500 dans l'Education, c'est autant de jeunes qui sont au chômage en plus. Cela relève du plan social. Est-ce que dans la situation où l'on est, on met des dizaines de milliards pour la relance, du système financier et de l'économie, est-ce qu'on n'aurait pas à se dire que 400 millions pour l'éducation en matière d'emplois, ce serait une contribution à cette relance et aussi un investissement pour l'avenir ! ?
 
Est-ce qu'il y a bien baisse de postes aux concours de recrutement de l'Education nationale, et si oui, de quelle ampleur ?
 
Dans les écoles, il y a 3.000 postes en moins, alors qu'il va y avoir plus d'élèves dans les écoles. C'est-à-dire que l'on va être largement en dessous de ce qu'il faut pour remplacer les départs, je pense qu'on va être peut-être à un peu moins de un sur deux remplacements ; cela va évidemment tendre la situation dans les écoles.
 
Et vous pensez que l'arme ou le biais - pour employer un terme plus neutre -, des recrutements aux concours, c'est une autre façon aussi de faire baisser le nombre de fonctionnaires de l'Education nationale ?
 
Ça va avec. Ça va avec et cela peut même aller un petit peu plus loin. Parce qu'il faut savoir que dans la plupart des concours, surtout dans le second degré, moins dans le premier degré où le système est différent. Il y a souvent en fin de course, moins de gens titularisés qu'il n'y a de postes au concours. Et donc une baisse peut aboutir en fait, à plus que la baisse, si je me fais comprendre.
 
Vous faites de cette question des recrutements l'un des mots d'ordre de la mobilisation que vous organisez samedi ?
 
Oui, c'est l'un des premiers mots d'ordre effectivement, mais vous savez, je le répète, c'est un signal. Aujourd'hui, supprimer les postes, ce n'est pas seulement enlever des moyens à l'école. C'est donner un signal très démobilisateur aux personnels, aux parents, c'est leur dire "vous pourriez travailler un peu plus, et ça marcherait mieux". Alors qu'ils ont le sentiment, que la barque est de plus en plus chargée.
 
Sur la question des RASED, ces personnels qui sont spécialisés dans la gestion des problèmes sociaux, on peut le dire comme ça, à l'intérieur de...
 
De l'échec scolaire.
 
De l'échec scolaire à l'intérieur de l'Education nationale. 3.000 suppressions de postes étaient prévues. Finalement 1.500 seulement...
 
Seront effectives.
 
Voilà ! Alors ?
 
C'est un premier succès, bien évidemment. Cela prouve que la bataille qu'on a menée, et très fortement, dans les écoles, elle commence à porter, mais ce n'est qu'un premier succès. Il faut qu'on regarde aussi de près comment cela va se faire, puisqu'on nous dit que cela se fera sans modification de budget. C'est-à-dire le ministre de l'Education nationale, il va devoir se débrouiller. Il va devoir prendre de l'argent ailleurs. Et comme il n'y a pas beaucoup d'argent, on peut avoir quelques craintes, évidemment !
 
Et donc vous continuez, sur les 1.500 postes de RASED qui sont encore...
 
Oui, effectivement, on continue à ne pas comprendre pourquoi il y en a 1.500 qui sont toujours supprimés. Cela continue à nous paraître absurde et le succès qu'on vient d'obtenir encourage à dire "continuons à mener la bataille". Et cela me ramène toujours à cette question de la pause ou du moratoire sur les suppressions de postes, bien évidemment !
 
Est-ce que X. Darcos vous semble aujourd'hui, être un ministre fragilisé ?
 
Cela dépend de quel point de vue. Je pense qu'il a besoin de retrouver la confiance des personnels. Il l'a perdue et ce n'est pas évident de revenir, même s'il s'y emploie. S'il fait des gestes, au-delà des RASED, il y a tout ce qu'il a dit sur la maternelle, par exemple. Du côté de son positionnement politique, là je pense que c'est sans doute plus complexe, et on pourrait même émettre l'hypothèse qu'en acceptant de reporter la réforme du lycée, N. Sarkozy a sauvé son ministre, ou plutôt l'a empêché d'être emporté dans une tourmente, non maîtrisée.
 
En lisant Le Figaro, ce matin, on voit que pourrait être annoncée tout à l'heure, la création d'un Haut commissariat à la Jeunesse, qui pourrait être - je parle au conditionnel - confié à M. Hirsch. Une structure de ce genre, vous semble-t-elle bienvenue, si elle devait voir le jour ?
 
Je vous avoue que je n'en sais rien. Ce sera sans doute mieux que ce fait l'actuel secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports, qui s'occupe beaucoup...
 
B. Laporte.
 
... du sport et très peu de la jeunesse. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une question de structure. Aujourd'hui, il y a besoin de faire un effort pour la jeunesse et cet effort, il doit porter évidemment sur l'éducation, la lutte contre l'échec, il doit porter sur la situation des jeunes et notamment le chômage des jeunes. Il doit porter plus généralement sur la place des jeunes dans la société, mais il doit aussi porter en matière de justice, sur la réaffirmation du rôle de l'éducatif par rapport à la répression. Mais moi, je trouve frappant que dans les ministères qui sont évoqués comme travaillant avec monsieur Hirsch, il n'y ait pas le ministère de la Justice, alors qu'il y a la menace d'une réforme de la fameuse ordonnance de 1945 qui ferait perdre toute la spécificité, la spécificité éducative de la justice des mineurs.
 
Allez-vous participer aux états généraux du lycée annoncés par X. Darcos ?
 
Oui, vraisemblablement. Il faudra qu'on voie dans quelle condition ? Pour l'instant, on annonce des états généraux...
 
Vous n'en savez pas plus ?
 
Je n'en sais pas plus. Je sais qu'il va y avoir une commission de quelques personnalités - c'est ce que dit d'ailleurs Le Figaro, pour organiser la concertation, mais au-delà je n'en sais rien. Il y a évidemment toujours une question qui est très prégnante, c'est : est-ce que cette réforme du lycée va se faire à l'économie ou pas ? Et l'une des questions que le Président pourrait évoquer, c'est cette question.
 
N. Sarkozy a dit, au moment de ses voeux aux personnels hospitaliers, que l'hôpital public en France était bien financé, et qu'il n'y avait pas besoin d'ajouter de l'argent. Même constat pour l'Education nationale ? Est-ce qu'il y a assez d'argent ou pas ? C'est quand même le premier poste budgétaire ?
 
Je pense qu'il n'y en a pas assez, mais ce que je voudrais dire, c'est qu'on n'est pas dans une situation où on réclame du toujours plus, à l'éducation. On est dans une situation où depuis 2002, on réduit les moyens de l'éducation et notamment les moyens en personnel. Et à l'hôpital comme à l'école, si on n'a pas des personnels qualifiés à mettre en face, soit des élèves, des jeunes, soit des malades, ça ne marche pas. Il y a tout de même le malaise de l'hôpital ; il est d'abord un malaise lié aux personnels. A l'école, c'est un peu la même chose.
 
Comment décririez-vous la philosophie des différentes réformes qu'on a pu voir sous le ministère Darcos et la présidence de N. Sarkozy ?
 
Au risque d'employer un mot un peu galvaudé, facile, je parlerai de libéralisme et je voudrais le définir, ce mot « libéralisme. » C'est d'une certaine manière l'oubli que l'échec scolaire est un échec extrêmement lié à la situation sociale et qu'il est aussi très territorialisé en France. Et c'est l'idée qu'il suffit de mettre en place de la concurrence entre les individus et les établissements, pour résoudre les problèmes. Et ça, ça me semble aller à l'inverse de ce qu'implique la situation aujourd'hui, qu'il y ait un effort collectif, et un effort aussi territorialisé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 janvier 2009

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