Déclaration de M. Hervé Morin, ministre de la défense et président du Nouveau Centre, sur le rôle du parti au sein de la majorité, la réforme des collectivités locales, la protection des libertés et les enjeux des élections européennes, Paris le 21 janvier 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hervé Morin, ministre de la défense et président du Nouveau Centre, sur le rôle du parti au sein de la majorité, la réforme des collectivités locales, la protection des libertés et les enjeux des élections européennes, Paris le 21 janvier 2009.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

Circonstances : Présentation des coeux du Nouveau Centre, à Paris le 21 janvier 2009

ti : Mes Chers amis,


Chacun s'attend à vivre en 2009 une année difficile.

L'onde de choc provoquée par les folies de la finance internationale a atteint l'économie réelle avec une force et une intensité telles que notre pays doit se préparer à affronter une crise économique et sociale majeure.

Aux difficultés économiques s'ajoute une situation internationale qui reste préoccupante malgré un cessez-le-feu fragile obtenu à Gaza.

En Afghanistan, tout indique que l'année 2009 sera décisive, marquée par une élection présidentielle et des élections législatives.

En Iran, la poursuite d'un programme nucléaire risque d'engendrer une grave crise régionale et internationale.

Enfin, au Sahel, le développement du terrorisme d'Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est autrement préoccupant pour notre sécurité.

Beaucoup voient ainsi en 2009 l'année de tous les dangers. Je veux pourtant croire qu'elle sera aussi l'année de toutes les opportunités.

- Opportunités avec l'entrée en fonctions hier d'un nouveau Président des Etats-Unis, Barack Obama, qui suscite un immense espoir et sur qui repose une immense responsabilité : participer à la relance mondiale mais aussi et surtout réconcilier les Etats-Unis avec le reste du monde.
- Opportunités pour jeter les bases d'une refondation du capitalisme mondial.
- Opportunités pour l'Europe, avec ce grand rendez-vous démocratique que seront les élections européennes du 7 juin prochain.

Voilà pourquoi au pessimisme d'humeur, je préfère un optimisme d'action, parce que l'action, c'est le propre de l'engagement politique, c'est l'essence même de l'engagement. Et cela m'amène à vous parler de notre parti, de notre formation politique.

Que de chemin parcouru depuis la création de notre parti il y a 15 mois !

Un Congrès fondateur, une Université d'été, deux conseils nationaux, un groupe politique à l'Assemblée nationale et un groupe qui se renforce au Sénat : 3 sénateurs Nouveau Centre en 2007, 11 aujourd'hui et un dialogue fructueux et plein d'espoir avec Jean Arthuis.

Le Nouveau Centre, c'est aujourd'hui près de 9 000 adhérents. C'est presque la moitié des 21 000 membres que comptait l'UDF en janvier 2007.

A ceux qui considèrent que le chemin parcouru reste insuffisant, je veux dire que je suis fier de ce que nous avons construit ensemble pour faire exister le centre dans la vie politique française. Le Nouveau Centre est la 3e force politique du pays en termes d'élus locaux, mais aussi par sa représentation à l'Assemblée nationale, cher François Sauvadet.

Nous détenons une responsabilité éminente : celle de reconstruire la maison UDF laissée à l'abandon. C'est à nous de rassembler cette famille politique du centre et du centre droit. Car le centre n'a pas vocation à rester morcelé et artificiellement divisé. La famille de Valéry Giscard d'Estaing, de Jean Lecanuet, de Jean Monnet, de Robert Schuman, de Simone Veil : cette immense famille, elle existe toujours dans le pays. Il nous appartient de la faire revivre, de lui redonner la force et le pouvoir qu'elle représentait il y a quelques années.

Nous appartenons à la majorité. Et c'est dans la majorité que nous faisons progresser nos idées.

- Le référendum d'initiative populaire, c'est nous !
- L'objectif d'équilibre budgétaire dans la Constitution, c'est nous !
- La reconnaissance du pluralisme dans la constitution, c'est nous ! Merci à Jean-Christophe Lagarde et à Charles de Courson pour ces résultats.
- Le plafonnement des niches fiscales - parce que les plus riches n'ont pas à être exonérés de l'effort de solidarité nationale - c'est nous ! Je veux saluer la persévérance de Charles de Courson, de Philippe Vigier et de Nicolas Perruchot.
- L'expérimentation du CV anonyme prévue par le plan sur la diversité, c'est une idée que nous portons depuis des années, avec Francis Vercamer, auteur d'un célèbre amendement sur le sujet.
- Et je pourrais aussi évoquer, bien sûr, le retrait du fichier Edvige ou les amendements obtenus sur l'audiovisuel. Merci à Jean Dionis du Séjour ; merci également à nos sénateurs, cher Jean-Léonce Dupont, chère Catherine Morin Dessailly, et cher Hervé Maurey.

Soyez convaincus que les occasions ne manqueront pas, en 2009, de peser encore davantage dans le débat politique et de jouer notre rôle d'aiguillon de la majorité animés de la volonté réformatrice qui est la notre.

Les réformes doivent se poursuivre. C'est le mandat que les Français nous ont confié. La conjoncture économique, aussi difficile soit-elle, doit bien entendu nous mener à mesurer les risques en matière sociale mais ne doit pas être un prétexte à l'arrêt des réformes. C'est grâce aux réformes que nous profiterons pleinement de la croissance quand elle reviendra. Si nous avions réalisé la même croissance que la moyenne européenne depuis 1995, nous n'aurions ni déficit budgétaire, ni déficit de la sécurité sociale et nous serions au plein emploi.

2009 sera l'année de la réforme des collectivités locales. Voilà si longtemps que nous la demandons tant l'architecture actuelle est source de confusion, de gaspillage et d'inefficacité. Nous défendons trois idées simples. Je les ai exposées devant le Comité Balladur, et Edouard Balladur est venu lui-même s'exprimer devant le Groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale :
1. La fusion des départements et des régions en une assemblée régionale unique - mais où certains sujets pourront être traités par les élus départements de cette collectivité - ou si ce n'est pas le cas, la création d'une dizaine de grandes régions de dimension européenne, dont bien sûr la fusion de la Normandie.
2. L'interdiction des compétences croisées et la fin de la compétence générale de chaque échelon de collectivité, qui est source d'accroissement des services et des personnels. 500 000 fonctionnaires territoriaux supplémentaires en 20 ans !
3. L'existence de véritables ressources propres pour responsabiliser la dépense alors que les collectivités locales restent aujourd'hui essentiellement financées par des transferts de l'Etat. A travers cela se joue une liberté majeure qui nous tient tant à coeur : la liberté locale.


Mes Chers amis,

En 2008, nous avons construit les structures de notre parti. 2009 sera l'année de l'élaboration de notre projet politique. Je veux que nos fédérations y participent activement. C'est l'objet de la consultation lancée sur notre projet européen.

Les Carrefours des Centres viendront également nourrir nos propositions. Après celui sur l'Europe qui s'est tenu dans ma commune d'Epaignes, le prochain aura lieu le 9 février à Drancy chez Jean-Christophe Lagarde, avec Valérie Létard. Il sera consacré aux nouvelles solidarités face à la crise. Un troisième Carrefour des Centres aura lieu le 23 mars chez Philippe Vigier, à Cloyes-sur-le-Loir, sur le thème des libertés. Notre parti doit être celui des libertés.

Car la révolution numérique que nous sommes en train de vivre renouvelle profondément la question des libertés.

Avec les nouvelles technologies, on troque des libertés contre des services gratuits. Mais cette gratuité a un prix : la traçabilité et la marchandisation de chacun à son insu, sans son consentement.

Soyons conscients que les nouvelles technologies permettent de tout savoir sur vos allées et venues, sur vos habitudes, sur vos préférences, sur vos fantasmes, sur vos tocs et sur vos pêchés, qu'ils soient véniels ou mortels.

Prenez l'exemple du « Passe Navigo » des usagers du métro parisien. Il existe en réalité deux « passes Navigo ». L'un, qui stocke l'historique de tous vos déplacements et qui est gratuit. L'autre, payant, qui préserve votre anonymat pour un surcoût de 5 euros. A la suite des observations formulées par la CNIL, j'ai aussitôt écrit au Président de la RATP et au Président du STIF pour leur demander la mise en place d'un seul et unique « passe Navigo » anonyme et gratuit.

Mes chers amis, quelle est cette société où notre liberté doit s'acheter, où notre liberté à un coût ?

Mes Chers amis, notre liberté n'est pas à vendre. Elle nous appartient et elle doit être protégée. Je vous invite à être le parti des libertés fondamentales.

Avec Internet, tout se sait, tout s'échange et rien ne s'oublie. Absolument rien ! Et sans aucun contrôle ou presque.

Les atteintes portées au respect de la vie privée, au droit de propriété, aux droits intellectuels, aux droits artistiques et culturels et à nos libertés individuelles ne sont ni prévenues, ni sanctionnées.

Si nous voulons protéger notre identité numérique, nous avons besoin d'un véritable « Habeas Corpus » numérique qui garantisse les droit fondamentaux de l'« homo numericus ». Nous ferons des propositions en ce sens lors du Carrefour des centres du 23 mars. Et bien sûr, cet « Habeas Corpus », pour qu'il soit effectif devra être européen. Soyons ainsi le parti des libertés, de toutes les libertés.

Je pense aux libertés individuelles et collectives
Je pense à la question pénitentiaire, car la privation de liberté ne doit pas conduire à la privation de dignité.
Je pense aussi aux libertés économiques et sociales et bien sûr aux libertés médiatiques.

Un mot sur la réforme de la justice.

Je vous le dis, je suis favorable à une réforme supprimant le juge d'instruction pour le remplacer par un juge de l'instruction à charge et décharge qui contrôlera le déroulement des enquêtes, mais ne les dirigera plus. Mais il faut y apporter des garanties. J'en vois au moins trois.

- D'abord, une garantie d'indépendance absolue des magistrats chargés de l'instruction.
- Ensuite, la possibilité pour tout justiciable de se porter partie civile pour relancer une procédure classée par le Parquet.
- Enfin, et en réalité surtout une égalité des citoyens dans la procédure, ce qui implique un effort supplémentaire sur l'aide juridictionnelle pour permettre aux plus modestes d'être aussi bien défendus que ceux qui peuvent s'offrir les meilleurs cabinets d'avocats.

J'imagine, cher François Sauvadet, que le groupe aura l'occasion de travailler là dessus.

Vous le voyez, libertés locales, droit de la défense, Habeas Corpus numérique, initiative parlementaire de François Sauvadet sur le contrôle des fichiers, dignité des conditions de détention judiciaire, voilà des sujets pour nous.


Mes Chers amis,

Comment vous parler de 2009 sans évoquer ce rendez-vous démocratique majeur que seront les élections européennes ?

L'engagement européen fait partie du « code génétique » de la famille centriste et je veux remercier François Sauvadet d'avoir pris l'initiative d'organiser avant-hier à Paris la première conférence européenne des Centres. C'est inédit que parlementaires et ministres centristes de toute l'Union européenne se réunissent ainsi pour partager leur vision de l'Europe avec la perspective d'élaborer un jour une plate-forme commune pour les élections européennes. Car l'élection d'un parlement européen transnational devra bien nous conduire un jour ou l'autre à proposer un programme électoral qui soit lui aussi transnational et des listes véritablement transnationales.

On entend souvent dire que le fonctionnement de l'Europe n'est pas suffisamment démocratique. Il n'y a pourtant rien à redire à la légitimité des institutions de l'Union. Ce qui fait défaut, c'est bien davantage l'absence de vie politique européenne. Il est urgent de mettre de la politique dans le jeu européen.

On ne peut pas d'un côté se lamenter sur le taux de participation aux élections européennes qui décline à chaque scrutin depuis 30 ans, sur leur nationalisation, et de l'autre se satisfaire de l'idée que, quels que soient les résultats des élections, la politique menée à Bruxelles sera toujours la même. L'Europe est malade de son consensus ; elle a besoin de clivage politique.

Il faut qu'à travers le suffrage des citoyens européens émerge d'une façon ou d'une autre, une majorité ayant clairement un mandat pour infléchir la politique européenne en fonction de ce que veulent les Européens et non pas en fonction de ce que veulent la Commission et les Etats membres. Veut on une politique libérale ? une politique sociale ? une politique conservatrice ? une politique environnementale ? Les citoyens européens doivent pouvoir se dire que leur vote pourra orienter dans un sens ou dans un autre les politiques européennes.

Il faut aussi oser briser des tabous pour mener les politiques dont l'Europe a besoin. Je pense, par exemple, à une politique industrielle permettant la construction de grands groupes à l'échelle mondiale.

Je pense aussi à l'instauration d'une préférence communautaire pour certains secteurs sans bien entendu transformer l'Union en un bastion protectionniste !

Mais au delà de ces sujets, l'Europe doit nous protéger des dépendances qui menacent notre économie.

Je pense à l'énergie. Regardez la guerre du gaz entre l'Ukraine et la Russie. Nous sommes les otages d'un conflit dont nous ne portons en rien la responsabilité. Voilà une preuve supplémentaire que le temps est venu, pour les pays qui en manifestent la volonté politique, de nous doter d'une véritable Communauté européenne de l'énergie, une CECA du 21e siècle, pour sécuriser nos approvisionnements, pour les diversifier et pour développer les énergies renouvelables. Et pour permettre aux Européens d'être en mesure de compter face aux grands défis énergétiques.


Mes Chers amis,

J'en viens maintenant à la question des élections européennes.

Irons-nous seuls sur des listes autonomes ou bien avec l'UMP sur des listes d'union ? J'ai souhaité consulter, dans chacune des grandes circonscriptions européennes, l'ensemble des cadres et des élus du Nouveau Centre sur notre stratégie. Nous sommes le seul parti politique à procéder de la sorte, de façon démocratique et en toute transparence. Nous sortons d'un bureau politique au cours duquel nous avons beaucoup écouté.

Nous allons poursuivre notre réflexion, mais je veux vous dire ceci :
Oui nous avons vocation à être candidats aux européennes. Je sais que vous avez envie d'y aller. Je sais Damien, l'enthousiasme des jeunes centristes.
Et si vous saviez à quel point moi aussi j'ai envie d'en découdre.
Mais j'ai la responsabilité de conduire un parti. Un parti jeune, qui n'a que 15 mois d'existence.
Oui, nous aimons l'Europe, oui, nous avons vocation à défendre nos idées européennes. Mais non, nous n'avons pas vocation à suicider notre parti à la première élection qui se présente. Je ne veux pas me faire imposer un calendrier.

L'horizon pour nous, c'est d'être une force constituée, capable de peser sur la scène politique, non pas forcément à l'élection de 2009, mais à l'élection présidentielle et aux législatives de 2012. C'est cette grille de lecture qu'il nous faut avoir.

Nous venons de décider en bureau politique de désigner nos chefs de file lors de notre prochain Comité exécutif la semaine prochaine. Nous allons engager des discussions avec l'UMP pendant une quinzaine de jours, et nous verrons bien comment les choses se présentent. Et nous avons décidé de réunir le 3 février un bureau politique décisionnel.

Voici tracée, mes Chers amis, la feuille de route que je nous fixe pour l'année à venir. Nous sommes un jeune parti en construction et je forme le voeu qu'en 2009 notre formation soit plus que jamais composée d'hommes et de femmes unis et solidaires au service d'une ambition commune.


Je vous remercie.


Source http://www.le-nouveaucentre.org, le 22 janvier 2009

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