Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche à Canal plus le 9 février 2009, sur la réforme des enseignants chercheurs et la discussion sur les modalités en cours de cette réforme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche à Canal plus le 9 février 2009, sur la réforme des enseignants chercheurs et la discussion sur les modalités en cours de cette réforme.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :
 
 
M. Biraben, C. Roux & L. Mercadet.- M. Biraben : La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, V. Pécresse est notre invitée. C. Roux : C'est pour elle une semaine décisive, elle fait face à une fronde des enseignants et des chercheurs. Le Président à la télé, jeudi dernier a dit : d'accord pour discuter des modalités d'application de la réforme, mais pas de son principe. Il ne reste donc à la ministre que le dialogue pour calmer le jeu. Mais demain, elle doit faire face, une nouvelle fois, à la colère dans la rue. Bonjour.
 
Bonjour.
 
M. Biraben : Soyez la bienvenue, V. Pécresse.
 
Merci.
 
M. Biraben : On va revenir sur ce qu'a dit N. Sarkozy bien entendu de la réforme, il a cité entre autres A. Kahn, chercheur et président d'université, qui était favorable à la réforme jusqu'à samedi, où il a fait marche arrière, et où il demande désormais à N. Sarkozy de retirer la réforme. Est-ce que vous allez l'écouter ?
 
En réalité, il faut expliquer un petit peu ce que c'est que ce décret. Ce décret qui est là, c'est une étape supplémentaire d'autonomie. Parce que la loi autonomie, elle est passée, donc la réforme sur l'autonomie est derrière nous. Il y a 20 universités autonomes aujourd'hui, et ça c'est fait, et ça se passe bien. Donc la réforme de l'autonomie elle est faite. Ce décret là, aujourd'hui, c'est un décret qui modernise le statut des enseignants chercheurs, pour permettre à ces universités, qui deviennent autonomes, de pouvoir gérer leurs richesses humaines au plus près des besoins de l'université. Donc c'est une étape d'après. Et pour revenir à ce qu'a dit A. Kahn, A. Kahn a eu le courage effectivement de dire dans Le Monde qu'il fallait aller vers ce nouveau statut des enseignants chercheurs, aller vers une gestion dans les universités au plus près des besoins des étudiants...
 
C. Roux : Mais il a changé d'avis ?
 
Non ! Ce qu'il a dit, en fin il n'a pas changé d'avis sur le fait que cette réforme était bonne...
 
C. Roux : Il a dit : elle est mal emmanchée ?
 
Lui ce qu'il pense, c'est que compte tenu des malentendus qui s'expriment aujourd'hui, il vaut mieux baisser les bras.
 
C. Roux : Alors qu'est-ce que vous lui répondez ?
 
Eh bien, je lui réponds moi, je vois les malentendus, je constate les malentendus et je place toute ma semaine sous le signe du dialogue, parce que je crois que ces malentendus peuvent être levés.
 
C. Roux : Est-ce que la journée...
 
Et je reste convaincue comme lui, que la réforme est bonne.
 
C. Roux : On va parler du dialogue, mais déjà sur la mobilisation de demain, est-ce qu'elle changera quelque chose pour la ministre ?
 
Je crois que ce qui est important c'est d'écouter ce qui va se dire demain. C'est-à-dire de comprendre où sont les points de désaccord ? Où sont les incompréhensions ? Où, sur quoi le dialogue doit porter ? Qu'est-ce qui inquiète ? Qu'est-ce qui fait craindre...
 
C. Roux : Vous le savez déjà ça, vous n'avez pas besoin de la journée de demain ?
 
Oui, mais non, parce que tout se mêle. Moi, j'entends les craintes venues qui sont infondées. C'est-à-dire qui ne correspondent pas au texte du décret. J'entends des craintes qui sont peut-être beaucoup plus fondées. Le risque, par exemple qu'un président d'université puisse abuser de son pouvoir, si on lui donne tous les pouvoirs. C'est pour ça que nous avons mis des garanties dans le texte, des garanties très importantes de protection. Une évaluation nationale, qui s'imposera au président d'université, donc voilà ! Toutes les garanties que nous devons mettre dans le texte, toutes les garanties d'application de ce texte, eh bien, elles dépendront évidemment des craintes qui s'exprimeront demain.
 
C. Roux : Est-ce que vous craignez une forte mobilisation ?
 
Ce que je veux surtout, c'est vraiment qu'il n'y ait pas, j'ai dit le mot malentendu. C'est un dessein, je ne veux pas qu'il y ait d'incompréhension sur ce que nous voulons. J'entends parfois des gens parler de ce texte, et dire des choses qui ne sont pas du tout ni dans la lettre, ni dans l'esprit de ce texte. Par exemple, je vous le disais, l'abus de pouvoir local, je pense qu'on donne des contre-pouvoirs. Les gens disent : ça va être opaque. Au contraire, ça n'aura jamais été aussi transparent. La situation actuelle est opaque. La situation actuelle, il n'y a pas de motivation des décisions, il n'y a pas de transparence. Donc il ne faut pas, parce que les gens vivent une situation qui actuellement n'est pas complètement satisfaisante, ils se disent que demain avec le décret ça sera pareil.
 
C. Roux : Alors la question qu'on se pose ce matin, c'est : est-ce que c'est une semaine décisive pour ce texte ?
 
Moi, je crois, je crois...
 
C. Roux : Vous dites c'est la semaine du dialogue, ça sous-entend quand même que c'est une semaine importante.
 
C'est une semaine importante, parce que c'est une semaine où vont s'exprimer un certain nombre de craintes. Et moi, dès demain, j'irai à l'Académie des Sciences, mercredi et jeudi, je recevrai l'ensemble de la communauté universitaire, et nous allons en parler. Nous allons en parler parce que moi, je veux quand même vraiment convaincre sur le fond, que dans tous les pays du monde, les universités gèrent leurs ressources humaines, elles gèrent leurs enseignants chercheurs ; la richesse des universités c'est leurs hommes. Et c'est même... s'il faut évidemment prendre toutes les garanties pour que le principe de l'indépendance des enseignants chercheurs, c'est-à-dire leur pensée libre soit garantie, leur statut national soit garanti, il faut aussi que les présidents des universités puissent décider s'ils font telles formations, s'ils font telles recherches. Sinon, les universités ne seront pas vraiment complètement autonomes.
 
C. Roux : Alors on le voit bien, vous défendez le texte sur le fond. On a entendu le président de la République qui a dit : on peut discuter des modalités, mais pas du fond du texte. Est-ce que ça, vous y tenez, ce matin, et vous dites à vos interlocuteurs : quoi qu'il arrive, on ne bougera pas sur cette réforme-là parce que c'est la bonne ?
 
On va dialoguer. Je crois qu'on est...
 
C. Roux : Ça veut dire qu'il y a des marges de négociations possibles ?
 
Il y a des voies de passage. Moi, dans toutes les craintes qui s'expriment, je n'entends pas la remise en cause fondamentale de cette loi autonomie. Je pense que la communauté universitaire, aujourd'hui, s'est appropriée cette autonomie. Il y a 20 universités autonomes, là, j'étais à Strasbourg, mercredi, certes, il y avait des tensions, mais Strasbourg, c'était extraordinaire. C'était la fusion de trois universités qui deviennent la première université de France, la 4ème université de recherche et qui va être autonome. Qui va être la grande université européenne. Et pour les étudiants, pour les enseignants chercheurs, pour les personnels, c'est un défi extraordinaire, qu'ils ont relevé....
 
C. Roux : Alors vous dites, il y a des voies de passage...
 
Donc il y a une mobilisation là-dessus.
 
C. Roux : Les voies de passages sur quoi, concrètement ? Sur quelle partie du texte ?
 
Je veux rassurer et je veux rassurer surtout chaque discipline. Parce qu'en fait, dans cette réforme, j'ai l'impression que chaque discipline ou chaque enseignant chercheur se dit : mais qui va gagner, qui va perdre. Mais pour moi, il n'y a pas de gagnant, il n'y a pas de perdant. Il faut que chacun s'épanouisse dans cette nouvelle université.
 
C. Roux : Je vous repose ma question : sur quoi ? Une voie de passage, vous nous l'avez dit à l'instant, sur quelle partie du texte ?
 
Ecoutez, je ne préempte pas le dialogue, le dialogue c'est écouter, et ensuite c'est répondre. Donc je vais d'abord écouter et je répondrai.
 
C. Roux : Il y a certains membres de votre majorité, D. Fasquelle, qui est également professeur de droit, et doyen de la faculté de droit à Boulogne-sur-Mer, qui vous fait une proposition. Il dit : il faut tout remettre à plat, il y a un tel malentendu sur ce texte qu'on peut faire une proposition de loi, pour amender le décret et mettre fin à un mal entendu avec les chercheurs. Est-ce que vous entendez cette expression de la part d'un député de votre majorité ?
 
Je crois que D. Fasquelle exprime ses inquiétudes, qui sont celles d'un doyen de faculté de droit, dans une université pluridisciplinaire du Nord, avec des enjeux de politisation très fort. Et lui a la crainte du pouvoir des présidents. Donc il faut rassurer sur ce point. Mais moi, je ne crois pas que c'est en défaisant, en détricotant tout ce que nous avons réussi à construire que nous parviendrons à rassurer.
 
M. Biraben : Une question tout de suite pour vous, avec L. Mercadet de nos téléspectateurs ? L. Mercadet : Bonjour madame la ministre, il y a plusieurs questions sur les IUFM, c'est-à-dire les Instituts de Formation des Maîtres, notamment celle de Mylène, avec la masterisation des IUFM, des professeurs ayant réussi le concours pourront avoir en charge une classe directement, sans avoir reçu aucune formation. Il suffira d'avoir un master quelconque. Cela ne vous inquiète pas que nos enfants aient des professeurs mal formés ?
 
Mais ça ne sera pas le cas. Ce ne sera pas le cas, parce que...
 
L. Mercadet : Alors expliquez-vous ?
 
Alors on parle d'une autre réforme qui est aussi en cours et qui suscite aussi, des questions. C'est celle qui est lancée par X. Darcos du recrutement de tous les professeurs des écoles et du second degré à Bac+5, avec un master. Aujourd'hui, la situation n'est pas bonne pour les enseignants, parce qu'ils sont recrutés souvent, ils ont 5 ans d'études, mais ils sont recrutés au niveau licence. Et une carrière au niveau licence dans la fonction publique, ce n'est pas tout à fait la même chose, c'est une carrière à Bac+5 en terme de perspective, en terme de rémunération. Donc X. Darcos dit : il faut former pendant 5 ans les futurs maîtres, et les recruter à Bac+5 et leur donner les carrières d'un Bac+5. Donc c'est une très bonne réforme, pour les futurs enseignants et pour les élèves. Pour les deux. Parce que leurs enseignants seront mieux formés, ils auront eu 5 années d'études. Alors il y a eu une crainte...
 
M. Biraben : C'est la même chose déjà, vous venez de le dire ? Ils sont déjà recrutés à Bac+5 ?
 
Oui, mais ils sont... non, ils sont recrutés, c'est toute la difficulté. C'est qu'en fait, le concours est tellement sélectif qu'on les recrute à Bac+3, c'est-à-dire qu'il pourrait...
 
M. Biraben : Oui, mais ils ont déjà Bac+5 ?
 
Mais en fait, ils ont fait 5 années d'études, mais pas des années d'études qui les préparent nécessairement à leur métier. Des années d'études complémentaires parce qu'ils attendaient d'avoir réussi le concours, vous voyez ce que je veux dire.
 
L. Mercadet : Ce concours dont vous nous parlez, c'est bien le CAPES c'est ça ?
 
Le CAPES ou le concours de professeurs des écoles.
 
L. Mercadet : Donc là, le CAPES, donc avec le masterisation, si je comprends bien, on pourra rater le CAPES et être prof quand même ?
 
Ah ! Non, non, pas du tout. Le concours reste la norme de recrutement. Et les nouveaux masters comprendront trois mois de stage, de stage rémunéré pour tous ceux qui auront été admissibles. Donc il y aura trois mois de stage en responsabilité rémunéré avant de devenir professeur stagiaire. Et ensuite, il y aura un an de stage donc si vous voulez, en réalité cette masterisation c'est un an d'études supplémentaires. Mais ce n'est pas et avec un diplôme Bac+5. Voilà, mais ce n'est pas, en tout cas, moi, en tant que ministre, ce que je veux. C'est garantir que nos futurs enseignants seront recrutés à partir d'une formation académique de qualité et professionnalisante. C'est-à-dire avec des stages et des stages en responsabilité.
 
M. Biraben : Caroline, les régionales ?
 
C. Roux : ...Alors les régionales, l'UMP suspend les débats pour les primaires aux régionales, le spectacle de la désunion était trop difficile à supporter pour l'UMP ?
 
Non, je ne crois pas que ce soit le problème. Moi, je vous dis très franchement : aujourd'hui, les primaires pour les régionales sont complètement pour moi, entre parenthèses. Je veux dire ma priorité c'est la mission que m'a confiée le président de la République. Ma priorité c'est la France, l'université française et ma priorité c'est la réforme des universités.
 
C. Roux : C'est gérer ce conflit là ?
 
C'est la réforme des universités, poursuivre.
 
C. Roux : Mais ça vous intéresse encore, rassurez-nous, les régionale en Ile-de-France ?
 
On verra, aujourd'hui, je suis totalement focalisée sur ma tâche.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 février 2009  
 

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