Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "France-Soir" du 28 janvier 2009, sur les opérations extérieures de l'armée française. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "France-Soir" du 28 janvier 2009, sur les opérations extérieures de l'armée française.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti : Q - Il semble que les décisions en matière d'opérations extérieures aient déjà été arrêtées par le chef de l'Etat. Au-delà de l'aspect symbolique, quelle est, dès lors, l'utilité réelle de consulter le Parlement ?

R - Chacun est dans son rôle. Le gouvernement est chargé de proposer et d'exécuter. Le Parlement est chargé de délibérer, de voter et de contrôler. Le Parlement n'a pas un rôle d'exécutif et n'est pas chargé de faire de la co-décision. Mais encore une fois, il vote, et a toujours la possibilité de dire "non".

Ce système de contrôle parlementaire est très sain et met fin à une bizarrerie démocratique : auparavant, nous pouvions envoyer autant de troupes que nous le souhaitions sans qu'à aucun moment le Parlement ne soit amené à se prononcer. Et pour nos forces, c'est un soutien important. Ce n'est pas le fait du roi, mais l'engagement de la nation.

Q - La réduction annoncée des opérations extérieures signifie-t-elle que la France n'a plus les moyens financiers de jouer les gendarmes du monde ?

R - Si cela coûte moins cher, c'est mieux. C'est le Normand qui parle. Mais le critère majeur de la décision n'a pas été le coût des opérations. Ce qui compte est de savoir si l'on a besoin de maintenir un tel niveau de forces. Si en même temps on peut faire faire des économies pour le pays, tant mieux.

Q - Le Livre blanc sur la défense fixe un volume de 30.000 hommes pour les opérations extérieures, soit plus du double de celles déployées actuellement. Parallèlement, vous avez annoncé la suppression de 54 000 postes militaires. Cela est-il compatible ?

R - Les restructurations de 54 000 postes concernent pour l'essentiel des postes qui sont dans l'administration générale et le soutien. La fonction première n'est donc pas la projection. Exemple : nous mutualisons l'ensemble des états-majors, ce qui permet de supprimer vingt-cinq postes d'administration générale, cela ne réduit pas les capacités de projection du pays. Dans le même temps, on améliore cette capacité en mettant l'argent ainsi économisé dans l'amélioration de l'équipement. En 2009, les crédits d'équipement de la Défense augmentent de 20 %, je suis certain qu'il s'agit d'une première dans toute l'histoire de la Vème République.

Q - Concrètement, quelles opérations vont être revues à la baisse ?

R - Je pense que l'opération en Bosnie n'a plus aucun sens. Je l'ai dit publiquement lors de la Présidence française de l'Union européenne. Et curieusement, quinze jours plus tard, j'ai commencé à recevoir des rapports des services secrets du monde entier expliquant que la situation en Bosnie se tendait. Peut-être faut-il y déployer maintenant des forces d'encadrement, de formation, ou civiles.

Q - Mais la Bosnie ne sera pas évoquée aujourd'hui au Parlement ?

R - En tout cas, je sais ce que le président de la République a décidé.

Q - Quid du Kosovo ?

R - Nous allons prendre le temps de discuter avec nos partenaires pour tirer les enseignements de l'évolution de la situation au Kosovo. De quoi a-t-on besoin aujourd'hui ? L'idée est d'aller vers une réduction des effectifs au cours de 2009, dans le cadre d'une réflexion sur la complémentarité entre les opérations qui y sont en cours.

Q - Le format sera-t-il également réduit en Côte d'Ivoire ?

R - Je ne suis pas certain que l'on ait besoin de maintenir un tel niveau en Côte d'ivoire. Concernant l'opération Licorne, nous souhaitons maintenir une capacité de réaction rapide.

Q - Le dispositif Epervier sera-t-il maintenu au Tchad ?

R - Oui, mais il sera toiletté. La réduction pourrait être de 50 à 150 hommes, ce qui n'est pas significatif.

Quant à l'opération de l'ONU au Tchad et en république centrafricaine, qui doit succéder le 15 mars à la mission de l'Union européenne, nous y participerons, par exemple en nous occupant de l'hôpital ou de la logistique. Quoi qu'il en soit, il n'est pas concevable que nous abandonnions cette opération qui a été initiée par la France.

Q - Trois des opérations débattues ont pour cadre l'Afrique. Est-ce à dire qu'il s'agit d'en finir avec une forme de protection française "paternaliste" ?

R - Le président de la République a annoncé la renégociation de nos accords de défense, et, d'autre part, une réflexion sur nos forces pré-positionnées, qui nous permettent d'intervenir à tout moment si nécessaire en cas de crise. Ce dialogue a commencé avec les capitales africaines concernées. Le débat d'aujourd'hui porte sur des opérations différentes, dans lesquelles nous sommes engagés dans le cadre de l'ONU, de l'Otan ou de l'Union européenne. Nous réfléchissons aussi à nos forces pré-positionnées, l'objectif étant le maintien d'un pôle sur la façade atlantique, un pôle sur Djibouti, probablement des forces au Gabon et, bien entendu, notre nouveau pôle dans cette zone stratégique pour le monde que constitue le pôle d'Abou Dhabi.

Q - Globalement, quelle est la part de la réduction attendue ?

R - L'idée est d'aller en 2009 vers une réduction des forces d'une vingtaine de pour cent. Nous pourrions diminuer les effectifs de 13.000 à 10.000 hommes.

Q - Ce qui se traduirait par quelles économies ?

R - L'ensemble des opérations extérieures approche les 900 millions. L'opération en Afghanistan coûte 300 millions, ce qui est immuable. Nous pourrions, avec une diminution des effectifs d'environ 20 %, économiser de l'ordre de 100 à 150 millions d'euros par an.

Q - Pourrez-vous résister à la forte pression de l'administration Obama qui va réclamer un renfort de troupes en Afghanistan ?

R - Pour le moment, nous ne sentons pas la "pression" que vous évoquez. Ce sujet n'est pas un objet de débat. Il n'y a aucun plan d'envoi de nouvelles troupes françaises en Afghanistan. Il n'y a aucune commande politique à l'état-major en ce sens de ma part ou de celle du président de la République.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 janvier 2009

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