Point de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur la réévaluation de l'ampleur de la crise économique mondiale, l'aide de la France à l'industrie automobile et le maintien de la décision de suspension des cultures d'OGM, Bruxelles le 13 février 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur la réévaluation de l'ampleur de la crise économique mondiale, l'aide de la France à l'industrie automobile et le maintien de la décision de suspension des cultures d'OGM, Bruxelles le 13 février 2009.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Point de presse avec M. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne à Bruxelles (Belgique), le 13 février 2009

ti : JOURNALISTE - Bonjour ! Bienvenue à ce Point de presse, comme suite à la visite du Premier ministre de la République française, Monsieur François FILLON, à la Commission européenne. Il y aura, comme d'habitude, tout d'abord, de courtes déclarations du président José Manuel BARROSO, et du Premier ministre, François FILLON, et après, nous aurons l'occasion de prendre quelques questions.

FRANÇOIS FILLON, PREMIER MINISTRE FRANÇAIS - Mesdames et messieurs, je me félicite de la réunion que nous venons d'avoir avec le président de la Commission, qui a prolongé les excellentes relations que nous avons entretenues tout au long de la présidence française et qui nous a conduits à constater combien nous étions d'accord, notamment sur la réévaluation nécessaire de la gravité de la crise économique qui frappe le monde entier et qui, en particulier, secoue les économies européennes. Cette crise est profonde, elle sera longue ; nous voyons bien, avec les nouvelles qui nous viennent d'Asie ou celles qui nous viennent des Etats-Unis, que les perspectives de redémarrage s'éloignent ; il faut donc que, dans ce contexte difficile, les pays européens soient les plus soudés possible pour prendre ensemble les mesures les plus efficaces et les plus coordonnées de relance de leur économie. Il y a, évidemment, beaucoup à faire ; quelles réponses communes l'Europe doit-elle apporter à la crise persistante du crédit bancaire qui impose des solutions communes en matière de valorisation des actifs bancaires ? Ce serait très grave que chaque Etat, sur cette question, agisse de façon désordonnée, avec les risques d'effets pervers que cela représente ; quelle organisation de régulation et de supervision du système bancaire en Europe ? Quelle coordination renforcée des plans de relance ? Il y a déjà un cadre européen qui a été fixé en décembre dernier, mais compte tenu de l'aggravation de la situation économique, est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin dans la coordination ? Sur ce point d'ailleurs, deux ministres français vont, la semaine prochaine, entamer une tournée de nos partenaires européens pour comparer ce que nous faisons sur le terrain et parler de solutions communes. Evidemment, nous avons parlé de l'avenir du secteur européen de l'automobile, et je veux dire sur ce point, que les craintes qui se sont, ici ou là, manifestées quant au plan français de soutien aux constructeurs sont des craintes qui ne sont pas fondées. La France est aujourd'hui certainement le pays en Europe dont l'industrie automobile est la plus déployée, à l'intérieur de l'Union européenne ; les constructeurs français fabriquent des voitures dans de nombreux pays de l'Union européenne et ils n'ont cessé, ces dernières années, d'en fabriquer plus dans ces pays qu'à l'intérieur même du territoire français. Les constructeurs sont face à des difficultés extrêmement graves, et en particulier, à des difficultés de financement. Pendant plusieurs semaines, j'ai souhaité que la BANQUE CENTRALE EUROPEENNE puisse prêter aux constructeurs automobiles directement, comme le fait la BANQUE CENTRALE AMERICAINE aux constructeurs automobiles américains ; ça n'a pas été possible pour des raisons qui sont liées au Traité, qui sont liées aux règles qui régissent la BANQUE CENTRALE EUROPEENNE ; dans ces conditions, il n'y a pas d'autres solutions que celle que nous avons choisie, c'est-à-dire de prêter nous-mêmes, à des taux d'intérêt qui sont des taux d'intérêt du marché, les sommes nécessaires pour que l'industrie automobile française continue de survivre dans une crise qui est une crise extrêmement grave. Il n'y a aucune condition dans l'accord que nous avons passé avec les industriels automobiles qui ressemblent, de près ou de loin, à de quelconques clauses protectionnistes. Mais j'ai aussi indiqué au Président BARROSO que l'Union européenne, si elle ne pouvait pas elle-même assurer ces financements nécessaires de l'industrie automobile, devait, avec nous, concevoir un Plan d'ensemble pour l'avenir, à moyen et à long terme, de cette industrie. Et j'ai suggéré au président BARROSO de lancer un vaste Plan européen sur la mobilité électrique, qui mobilise tous les moyens européens en matière de crédits de recherche, de prêts, mais aussi de normalisation pour bâtir le plus rapidement possible la nouvelle génération de transport propre en Europe ! C'est un défi considérable pour nos constructeurs, qui implique les sous-traitants, les fournisseurs d'électricité, les responsables d'infrastructures, les collectivités locales ; on voit bien que seul un plan européen peut permettre la naissance d'un système de transport très économe en carbone et qui soit compatible avec les réglementations de tous les Etats-membres. Nous avons, évidemment, parlé des prochaines échéances qui aborderont les questions que je viens d'évoquer : le Conseil européen informel du 1er mars - dont nous nous réjouissons et qui correspond à un souhait de Madame MERKEL et du président de la République française ; je remercie la présidence tchèque de l'avoir convoqué - le Conseil européen des 19 et 20 mars, le G20 de Londres début avril, et le Sommet sur l'emploi qu'a très justement décidé le Président BARROSO. J'ai enfin demandé la solidarité européenne pour aider les régions françaises sinistrées, après la tempête de janvier et le Président BARROSO m'a assuré de son soutien ; comme vous le voyez, cette réunion a été une réunion amicale, une réunion positive mais aussi une réunion qui nous a permis d'évoquer tous les sujets difficiles auxquels doivent faire face en ce moment les pays de l'Union européenne.

FRANÇOIS BEAUDONNET - La France, depuis deux jours, se défend de faire du protectionnisme, dans le cadre du Plan automobile. Or, conditionner une aide au maintien dans le pays entre dans la définition économique plutôt protectionniste. Quelle est l'argumentation, sur ce point, de la France, pour dire que la France ne fait pas de protectionnisme ?

FRANÇOIS FILLON - La France ne fait pas de protectionnisme car, naturellement, la France n'impose aucune condition à ses constructeurs quant à leurs investissements à l'intérieur de l'Union européenne ! Simplement, la France demande aux constructeurs, pendant la durée du prêt qui leur est consenti, de ne pas fermer de sites d'assemblage sur le territoire national. Je pense que chacun ici est capable de comprendre que jamais l'opinion publique française, comme n'importe laquelle des opinions publiques européennes, n'accepterait que le contribuable prête 6 milliards d'euros à un constructeur automobile dont la première décision serait d'annoncer la fermeture d'un site d'assemblage sur le territoire national. Voilà les seules conditions que nous avons mises. Les autres conditions sont des conditions qui ont trait au salaire des dirigeants - je ne pense pas que ce soit un problème de protectionnisme - ou ce sont des conditions qui sont liées au soutien des constructeurs à la filière automobile, aux sous-traitants dont d'ailleurs beaucoup ne sont pas Français mais sont au contraire des entreprises européennes. Je voudrais d'ailleurs faire remarquer à ceux qui parlent de protectionnisme à cette occasion, que l'alternative à ce que nous venons de faire, c'est la difficulté extrême dans laquelle se trouveraient les constructeurs automobiles français et donc, les usines qu'ils ont dans les autres pays européens ! Si RENAULT et PEUGEOT ne bénéficient pas, dans les trois mois qui viennent, des moyens de financer leur trésorerie - puisque c'est de ça qu'on est en train de parler, des moyens de financer leur trésorerie - comment pensez-vous qu'ils pourront continuer à faire fonctionner les usines qu'ils ont en Tchéquie, en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne, en Slovénie ou en Slovaquie, pour démontrer une nouvelle fois à quel point l'industrie automobile française est ouverte à l'intérieur de l'Union européenne.

JEAN-JACQUES MEVEL, JOURNALISTE AU FIGARO - . Un autre casse-tête européen, pour le Premier ministre FILLON : est-ce que votre gouvernement compte se ranger à l'avis de l'AFSSA sur l'innocuité du maïs OGM MONSANTO ? Et de fait, autoriser, en ré-autoriser la culture ? Et sinon pourquoi ? Et à Monsieur BARROSO : est-ce que cette décision française, à son point de vue, renforce la position de la Commission européenne vis-à-vis de la France ?

FRANÇOIS FILLON - Bon. Nous considérons nous, nous avons pris une décision dans le cadre du principe de précaution, au regard des risques potentiels des OGM sur l'environnement et notamment en matière de dissémination des OGM sur des cultures qui ne sont pas des cultures OGM. L'avis de l'AFSSA ne concerne pas ce sujet ! L'avis de l'AFSSA concerne les sujets sanitaires. Au fond, ce que dit l'AFSSA, c'est que le produit en question n'est pas dangereux pour la santé ! Dont acte, et naturellement, nous nous en réjouissons, mais ça ne remet pas en cause notre inquiétude sur la question de la dissémination et nous maintenons la décision de suspension qui a été prise en 2008 dans l'attente de la décision de l'Union européenne que, naturellement, nous respecterons comme il se doit.

MATHIEU JOLIVET, JOURNALISTE DE BFM RADIO - Oui, Mathieu JOLIVET, BFM radio ; Monsieur BARROSO, Monsieur FILLON, ne craignez-vous pas que ce débat autour du protectionnisme ne vienne polluer la préparation du G20, et notamment la réunion du 1er mars ? Merci.

FRANÇOIS FILLON - Le débat sur le protectionnisme, en tout cas en ce qui concerne le Plan français à l'automobile, ne résistera pas à l'examen des faits. Ce n'est pas parce qu'il y a, ici ou là, des gens qui utilisent des mots qui ne correspondent pas à la réalité qu'il y a un débat réel ! Il n'y a pas de débat réel sur le protectionnisme, s'agissant du Plan automobile français et la France, d'ailleurs, sera au premier rang du combat contre le protectionnisme ! Nous connaissons tous les dangers que représenterait le protectionnisme pour les économies européennes et pour l'économie mondiale d'une façon générale. Le Plan automobile français n'est pas un plan protectionniste. Il faut maintenant que - et d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle nous réclamons qu'il y ait le plus de rencontres possibles entre les gouvernements européens sous l'autorité de la présidence de l'Union européenne et sous l'autorité de la présidence de la Commission, pour harmoniser les politiques qui sont conduites ! Je disais tout à l'heure que si une solution européenne avait pu être trouvée au soutien à l'industrie automobile, franchement, on aurait préféré une solution européenne. Si, demain, nous pouvons mieux harmoniser nos plans de relance, nous sommes favorables à une harmonisation des plans de relance ; ça n'est pas forcément extrêmement sain qu'il y ait, à l'intérieur de l'Union européenne, des politiques de relance très différentes qui pourraient avoir des effets pervers sur le fonctionnement de nos économies. Donc ce débat, il faut maintenant l'aborder à partir des faits - et nous avons naturellement donné à la Commission toutes les informations sur notre Plan automobile - et pas à partir d'impressions qui peuvent être celles des uns ou des autres.

JOURNALISTE - Monsieur le Premier ministre ?

FRANÇOIS FILLON - Oui, Monsieur le Président, si je peux, puisque le Président BARROSO a parlé de pédagogie, dire aussi que la pédagogie consiste à expliquer à nos concitoyens qu'on n'est pas dans une situation normale ! Qu'on est dans une situation de crise extrême ! Une situation dans laquelle le marché automobile s'est réduit de quasiment 40 %, ces derniers mois. Une situation dans laquelle les constructeurs automobiles - en tout cas, les constructeurs français mais j'imagine que c'est vrai pour d'autres en Europe - ne peuvent pas trouver auprès des banques le moyen simplement de financer leur trésorerie, sauf à des taux qui sont des taux exorbitants ! Et donc dans une situation de crise, il faut prendre des mesures rapides - c'était d'ailleurs ce que préconisait le Conseil européen de décembre - des mesures rapides, des mesures ciblées, des mesures exceptionnelles ! Des mesures qui ne sont pas des mesures destinées, naturellement, à durer au-delà de la durée de la crise elle-même. Et je voudrais ajouter que la meilleure façon de défendre les emplois à l'intérieur de l'Union européenne, dans les pays où cette industrie automobile est installée, c'est de mettre en oeuvre ce plan de financement, car sans ce plan de financement, c'est l'ensemble de cette industrie automobile qui disparaîtra ! Il ne faut pas s'y tromper ! Dans les crises graves comme celle que nous sommes en train d'affronter, il y a des mutations qui se produisent, il y a des gens qui disparaissent, il y a des entreprises qui disparaissent, et d'autres, naturellement, qui tireront leur épingle du jeu ! Il faut que ce soit les industries européennes, il faut que l'industrie européenne soit dotée des instruments qui lui permettent de survivre à cette crise. Dans l'immédiat, c'est des financements dont elle a besoin, des financements, j'ai envie de dire classiques, pour assurer sa trésorerie ; et surtout, à moyen terme, c'est le plan que j'évoquais à l'instant, devant vous et que j'ai évoqué avec le Président BARROSO, pour faire en sorte que l'industrie automobile européenne soit la première au monde à mettre en oeuvre les véhicules propres de demain ! C'est la meilleure façon de se servir de la crise comme d'un levier pour assurer le progrès de la société européenne.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 16 février 2009

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