Tribune de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Libération" du 5 février 2009, sur le refus des communautarismes et la promotion du "vivre ensemble", intitulée "Au nom de l'universalisme républicain". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Libération" du 5 février 2009, sur le refus des communautarismes et la promotion du "vivre ensemble", intitulée "Au nom de l'universalisme républicain".

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : Les responsables politiques ont parfois du mal à aborder certains sujets sensibles. Ils ne savent pas trop comment s'y prendre. Ils ont peur de mettre de l'huile sur le feu. Ils se sentent démunis et préfèrent éluder le problème plutôt que de reconnaître qu'ils n'ont pas de solution. Ou alors, ils réagissent avec indignation à un événement ponctuel, au risque d'être simplistes et de stigmatiser une frange de la population. Parmi ces sujets qui provoquent l'embarras et sur lesquels les responsables politiques préfèrent souvent fermer les yeux, il y a, je le crois, le défi majeur que la France doit relever dans les dix prochaines années : comment contrer le lent délitement de notre communauté nationale ? Comment redonner une véritable cohésion à notre nation ?

Tout comme « l'affaire de la Marseillaise sifflée », le conflit à Gaza a montré une nouvelle fois le malaise de la France sur cette question de l'identité nationale. Est-il normal que des affrontements à l'étranger mettent certains de nos quartiers en ébullition ? Doit-on se résoudre à ce que des Français, en raison de leur origine ou de leur religion, s'identifient d'emblée à des populations ou à des combattants hors de France à tel point qu'ils se considèrent parties prenantes d'une guerre qui n'a pas lieu sur notre territoire ? Pour la France, au nom de l'universalisme républicain, toutes les atteintes à la dignité humaine sont insupportables, quelle que soit l'identité des victimes. Mais je ne vais certainement pas reprocher à un Français de confession musulmane de se sentir davantage concerné par la situation des Palestiniens, à un Français de confession juive de se sentir plus proche d'Israël, à un Français de confession chrétienne de se sentir plus sensible à la situation des chrétiens d'Irak. Malheureusement, le phénomène d'identification à des conflits extérieurs n'a parfois plus rien à voir avec une sympathie naturelle pour les victimes ou avec une solidarité particulière pour des coreligionnaires.

Est-il normal qu'on reproche à un Français de confession juive l'offensive de l'armée israélienne ? Qu'on fasse à un Français de confession musulmane le grief des actes terroristes du Hamas ? Est-il acceptable qu'on réduise un citoyen français à son origine, sa religion ou sa couleur de peau, au détriment de son appartenance à la communauté nationale ? Tout cela est profondément choquant et condamnable. Quant à la recrudescence d'actes de violences antisémites ou antimusulmanes en France, simultanément au conflit de Gaza, elle est intolérable.

En écrivant sur ce sujet sensible, je n'ai qu'un but : faire part de mes interrogations en toute franchise et sans esprit polémique pour que nous trouvions ensemble des solutions. Je veux tout de suite préciser que je sais qu'il s'agit de comportements minoritaires et qu'ils ne suffisent pas à résumer le défi qui se pose à l'ensemble de notre pays. Faut-il pour autant les ignorer ? Je m'y refuse. Sans dramatiser à outrance, je crois qu'il s'agit de symptômes d'un malaise plus inquiétant que nous devons regarder en face.

De même que nous devons lutter vigoureusement contre les discriminations et pour l'égalité des chances - j'ai avancé une dizaine de propositions très concrètes sur ces questions, avec GénérationFrance.fr -, nous devons affirmer haut et fort notre refus de voir notre cohésion nationale remise en cause par les tensions communautaires et par les raccourcis identitaires. Si nous voulons renforcer le « vivre ensemble », ils nous faut prouver qu'être français aujourd'hui, cela a du sens et qu'au-delà de nos origines, de nos milieux sociaux, de nos convictions, nous avons une identité et des valeurs en partage, un avenir en commun.

Avec GénérationFrance.fr, je veux prendre le risque d'aborder ces questions ouvertement, malgré leur complexité. C'est dans cet esprit que nous accueillons aujourd'hui le collectif Urgence dialogue, initié par Valérie Hoffenberg, conseiller de Paris, et les présidents des radios Beur FM et Radio Shalom, pour une série de tables rondes associant des acteurs associatifs, des fonctionnaires, des responsables politiques de droite et de gauche. Nous lançons cette initiative avec un objectif : proposer des idées d'actions concrètes pouvant être reprises par les élus de terrain afin de renforcer la communauté nationale. Je veux croire que notre pays est suffisamment mature pour arrêter de glisser les sujets tabous sous le tapis et pour relever le défi du « vivre ensemble ». Le temps presse...


source http://www.ump.assemblee-nationale.fr, le 16 février 2009

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