Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "France 2" le 20 février, sur la réalité de dépendance économique des Antilles, sur l'annonce d'un projet de loi pour préparer la France à la réforme de la PAC en 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "France 2" le 20 février, sur la réalité de dépendance économique des Antilles, sur l'annonce d'un projet de loi pour préparer la France à la réforme de la PAC en 2013.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche;

ti : R. Sicard - On va évidemment parler du Salon de l'Agriculture, qui commence demain, mais d'abord les Antilles. N. Sarkozy a annoncé, hier, toute une série de mesures, 580 millions mis sur la table. Est-ce que ça n'arrive pas un peu tard ? Pourquoi est-ce que l'Etat a mis autant de temps à réagir ?

Je crois que les Antillais, comme les Réunionnais, les Guyanais, les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Mayotte ont besoin de respect. Ils ont besoin de l'attention de l'Etat, en raison de l'insularité et de l'éloignement. Ils ont besoin aussi de solidarité. Et c'est tout cela, que le président de la République a confirmé lui-même hier soir...

...Mais il ne fallait pas le faire plus tôt ?

Il y a eu un dialogue, une crise qui s'est nouée. Je pense que le moment maintenant, n'est pas de revenir sur les retards ou les problèmes de cette crise, c'est de les traiter, d'apporter des solutions. Et le président de la République, hier, en recevant tous les élus d'Outre-mer a clairement dit, et cette attention, et ce respect, cette solidarité, il l'a dit avec des chiffres, il l'a dit avec les mots du président de la République, du Président de tous les Français. Il a dit qu'il irait lui-même lancer ce grand dialogue républicain avec l'Outre-mer. Et maintenant, dans le cadre de ce respect, de cette solidarité, il faut travailler, y compris dans le domaine qui est le mien, par exemple pour réduire les prix...

Voilà. Un des problèmes des Antilles, c'est l'agriculture. Il y a le problème de la canne à sucre, le problème de la banane, pratiquement tout est importé. Est-ce que de ce point de vue, il n'y a pas un gros effort à faire, pour améliorer la situation ?

Alors on a engagé ce travail. J'étais en Guadeloupe et Martinique, il y a quelques semaines. J'ai visité naturellement et j'ai travaillé avec les Réunionnais et les Guyanais. Il y a dans le domaine de l'agriculture et de la pêche, un très gros travail à faire, pour recréer de la sécurité alimentaire, de la souveraineté alimentaire. Par exemple, en Guadeloupe, on importe plus de la moitié du boeuf. Les volailles sont importées à 95 %...

Mais comment on en est arrivé là ?

Parce qu'il n'y a pas eu suffisamment de soutien à la production locale. Peut-être la facilité d'importer. Donc maintenant, nous allons construire et reconstruire des filières. Et c'est possible, j'ai en tête l'exemple de La Réunion, qui avait le même problème, d'importer en matière de viande, de porc, de boeuf, de volaille, l'essentiel de sa nourriture. On a crée un pôle Viande à La Réunion, avec le soutien de l'Union européenne, le soutien des collectivités locales, de l'Etat, et on a retrouvé de la souveraineté alimentaire. Donc c'est ça l'objectif.

Vous allez faire la même chose aux Antilles ?

Nous allons faire la même chose. Et nous avons lancé ces nouvelles filières et ces soutiens aux productions locales. Y compris, d'ailleurs, en respectant l'identité - j'ai parlé de respect -, l'identité des productions locales. Il y a des fruits et des légumes tropicaux, qui ont en terme de pharmacopée, en terme de nutrition, en terme de qualité, une valeur propre que nous allons mettre en valeur.

Sur le Salon de l'Agriculture : hier, N. Sarkozy a annoncé un projet de loi, pour préparer la France à la réforme de la Politique agricole commune de 2013. Il y aura quoi dans cette loi ? Faut-il moderniser l'agriculture française ?

D'abord, il faut expliquer à celles et ceux qui nous écoutent, que je suis le seul ministre du Gouvernement dont toute la politique est mutualisée au niveau européen. Il n'y a plus vraiment de politique nationale agricole, ni pour la pêche d'ailleurs. Donc, ce qu'a dit le Président, c'est qu'on va réformer cette grande politique européenne, qui est la première politique économique depuis cinquante ans, à partir de 2013. On ne va pas attendre, que Bruxelles ou les autres, nous disent ce qu'il faut faire. On va dire, nous, début 2010, quel projet agricole pour l'Europe nous voulons.

Qu'est-ce qu'on fait alors concrètement ?

Et c'est le projet de loi, que le président de la République a demandé qu'on mette en chantier. Cette politique, il faut qu'elle soit... D'abord, qu'on la garde, parce qu'elle est symbolique d'une certaine idée de l'Europe, ça ne se résume pas, l'Europe, à un supermarché.

Il y a un risque, parce qu'elle coûte cher, elle bénéficie surtout à la France...

Je ne crois pas qu'elle coûte cher.

...Et beaucoup de pays n'en veulent pas.

Non, il y a une vingtaine de pays, qui sont favorables à cette politique. J'ai pu le mesurer pendant la présidence française. Elle ne coûte pas cher. Je pense que ça coûterait beaucoup plus cher de ne pas avoir de PAC en terme de désertification de l'ensemble des territoires, non pas français seulement, mais de toute l'Europe, concentration de la production dans quelques régions. Ce n'est pas ça qu'on veut, on ne veut pas l'industrie agricole que souhaitent les Anglo-saxons. On ne veut pas non plus, vous, ni aucun de ceux qui nous écoutent, une alimentation aseptisée, on veut - vous allez le voir au Salon de l'Agriculture - des produits qui aient des goûts, des couleurs, des saveurs, des odeurs ! Une traçabilité aussi. Donc c'est ça l'enjeu de la politique agricole. Et c'est ça qu'accompagne, ce n'est pas de l'assistance, ce n'est pas de la charité, la Politique agricole commune, c'est un investissement. On soutient l'automobile, on soutient plein de secteurs de l'économie, la politique agricole c'est le soutien à un des secteurs productifs les plus importants, les plus solides de notre société.

Ce qu'a dit N. Sarkozy, c'est que le détail des mesures serait révélé par vous, lundi. Pourquoi ? Parce qu'il ne faut pas donner de mauvaise nouvelle avant l'ouverture du salon, avant l'inauguration du salon par N. Sarkozy ?

Non, parce qu'il faut d'abord dire la route, avant de dire ce qu'il y a dans le moteur. C'est logique, c'est même une manière de respecter les citoyens et les contribuables. Le président a fixé le cap, il a dit le calendrier de la réforme et là, on a une première occasion d'adapter. Ce n'est pas une révolution, c'est une évolution de la Politique agricole commune, qui a été fixée par les Européens. J'ai une boîte à outils, qu'est-ce que je fais de ces outils ? On va, lundi, annoncer comment on utilise ces outils et dans quelle direction. Le Président a fixé ce cap.

Alors qu'est-ce que vous allez annoncer ?

On va annoncer des mesures qui vont, mieux équilibrer les soutiens qui sont très différents, entre les différentes filières. On va annoncer des mesures de solidarité, de redistribution à l'intérieur de cette politique agricole. Par exemple, pour sauver l'élevage ovin, qui est en voie de disparition ; pour soutenir des productions durables - la production de protéagineux -, pour créer un système d'assurance. Les agriculteurs, sachons-le, dans notre société, sont les moins bien protégés, les plus vulnérables pour les accidents climatiques ou sanitaires. On va créer un système d'assurance privé-public. Donc on va, à l'intérieur d'une enveloppe qui ne bouge pas, redistribuer de manière raisonnable, mais d'une manière ambitieuse pour que la PAC soit plus protectrice pour les agriculteurs, qu'elle soit plus équitable, plus juste et en même temps plus durable. On va soutenir un nouveau modèle agricole européen et français.

L'année dernière, l'inauguration du salon, par N. Sarkozy avait été un peu agitée. On se rappelle d'insultes qui avaient été échangées avec un visiteur. Vous ne pensez pas que cette fois-ci, ça sera la même chose ? Ca sera plus calme ?

Non, je ne crois pas que vous puissiez ne rappeler qu'un petit incident, qui s'est produit à la toute dernière minute de la visite du Président. Ce que je retiens de la visite l'année dernière, c'est un grand discours, comme celui qu'il a fait hier dans le Maine-et-Loire, où le Président montre son attachement à la terre et à ceux qui travaillent la terre comme ceux qui travaillent sur la mer. Et puis, un accueil très chaleureux qu'il avait reçu. Il y a eu un petit incident à la fin, on sait pourquoi, et c'est tout. Mais ce n'est pas ça qui était important dans la visite de l'année dernière.

L'autre idée que vous développez, c'est une révolution dans l'agriculture. Vous appelez ça "objectif terre 2020". De quoi s'agit-il ? De réconcilier l'agriculture et l'écologie ?

On a parfois critiqué ou caricaturé les agriculteurs, parce qu'ils utilisent des produits phytosanitaires pour protéger leurs cultures, parce qu'ils ont besoin d'eau pour cultiver. Et moi, je ne veux pas qu'on caricature. Ce n'est pas par plaisir que les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires, ça coûte cher, ça peut être dangereux, c'est un exemple. Et donc dans ce Plan terre 2020, qui est en débat, j'ai remis tous les engagements que nous avons pris avec les agriculteurs, dans le Grenelle de l'Environnement, où on a été très proactif, pour ce nouveau modèle de développement durable. Et je veux dire que nous allons prendre notre part à la construction d'un nouveau modèle de développement économique. Je crois qu'on ne va pas sortir de cette crise comme on y est entrés. Les agriculteurs sont les premiers concernés par le réchauffement climatique. Et donc nous prenons notre part à la construction de ce nouveau modèle, de, je dirais, "d'éco-croissance", de croissance écologique ou plus respectueuse de l'environnement.

Ce ministère de l'Agriculture, vous allez le quitter, puisque vous êtes candidat aux Européennes. Qui est le mieux placé pour vous succéder ?

Ce n'est pas l'usage qu'un ministre qui doit partir - et j'ai annoncé que début mai, je quitterai mes fonctions...

Vous avez peut-être une petite idée ? On parle beaucoup de C. Estrosi, par exemple...

Mais moi, je n'ai pas, franchement, de commentaire à faire sur qui me succèdera. C'est le choix du président de la République, du Premier ministre et ils trouveront quelqu'un de compétent. Personne n'est irremplaçable. Ce que je sais, c'est que je vais prolonger mon engager européen, puisque je suis le ministre de deux grandes politiques européennes. J'ai dit depuis longtemps que je voulais avoir une nouvelle étape d'engagements européens, sans m'éloigner de la France, parce qu'on peut être, on doit être patriote et je le suis, passionnément. En même temps, on doit être européen.


Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 20 février 2009

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