Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Canal Plus le 11 mars 2009, sur les filières d'immigration clandestine et la polémique sur les méthodes répressives évoquées dans le film "Welcome", assimilant la situation des clandestins à Calais à celle des Juifs en 1943, sur les tests ADN et les statistiques ethniques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Canal Plus le 11 mars 2009, sur les filières d'immigration clandestine et la polémique sur les méthodes répressives évoquées dans le film "Welcome", assimilant la situation des clandestins à Calais à celle des Juifs en 1943, sur les tests ADN et les statistiques ethniques.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, ROUX Caroline, MERCADET Léon.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire; ;

ti : C. Roux, M. Biraben et L. Mercadet.- M. Biraben : Il est donc ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire. E. Besson est notre invité, Caroline.

C. Roux : Oui, c'est la première fois que nous le recevons depuis qu'il a hérité de ce nouveau portefeuille qui pourrait être encombrant pour un homme de gauche qui dénonçait il y a deux ans encore « l'immigration choisie » destinée à rassurer l'extrême droite. Mais, E. Besson fait le job, comme on dit, sans états d'âme. Il y a quelques heures, il était à la frontière américano-mexicaine. Il revient fasciné par la fermeté et l'efficacité des contrôles. Aujourd'hui, au programme, peut-être, cinéma avec la sortie de « Welcome ».

Avec plaisir ! Je ne reviens pas fasciné, intéressé mais ce n'est pas fasciné.

C. Roux : On y viendra, on y viendra !

Bonjour.

M. Biraben : Bonjour, soyez le bienvenu. On va revenir sur « Welcome » qui sort donc aujourd'hui et dont X. Leherpeur vous parlera tout à l'heure. Ce film qui fait... il y a polémique. Vous nous encouragez à le voir ce film ?

Oui, c'est un beau film. Ce que je regrette, l'avant-vente ou l'après-vente du film, si je puis dire, mais le film lui-même est émouvant. V. Lindon joue bien et c'est un très beau film. Ce que je regrette c'est la polémique qui est née sur deux points. D'abord, il y a ce fameux article L622-1 du code des étrangers sur lequel ils font semblant de ne pas comprendre que c'est un article destiné à lutter contre les passeurs et pas contre les particuliers et pas contre les associations qui les aident. Et puis, il y a un dérapage qui est lourd, grave, inacceptable, de P. Lioret.

M. Biraben : Le réalisateur.

Le réalisateur. Alors, il tente maintenant de l'atténuer sans dire clairement... tout le monde a le droit de déraper mais à ce moment-là, il faut dire clairement : « je retire mes propos ». Et le vocabulaire qui est issu de la Seconde guerre mondiale - « traque », « rafles », assimilation aux Juifs en 43 - est un vocabulaire grave, inacceptable et que selon moi on ne devrait jamais utiliser dans le débat politique.

C. Roux : Il a fait une tribune, hier.

Je l'ai lue, je l'ai lue hier soir.

M. Biraben : Dans Le Monde.

C. Roux : J'allais dire, qu'est-ce que vous en pensez, mais on va être un peu plus précis. Il revient sur un exemple, l'exemple d'une femme il y a quelques jours encore, près de Béthune, une femme a été mise en garde à vue pour avoir simplement rechargé des téléphones portables de migrants et il vous dit : « c'est ça que vous devriez trouver inacceptable ».

D'abord, ce sont deux choses différentes. Assimiler la situation des clandestins de Calais aux Juifs en 43, c'est totalement inacceptable, je persiste et signe et j'aimerais qu'il le dise explicitement.

C. Roux : C'est-à-dire, vous voudriez qu'il s'excuse, ça veut dire quoi ?

Je voudrais qu'il retire ses propos et je voudrais surtout...

C. Roux : ... il les maintient dans sa tribune du Monde.

Justement ! C'est pour ça que j'insiste. Et deuxièmement, il dit « ce n'est peut-être pas la Shoah, c'est peut-être pas l'assimilation aux clandestins, mais les techniques sont en gros à peu près les mêmes ». Non, les techniques n'ont rien à voir et on n'est pas dans la même situation. J'aimerais que vous me donniez l'occasion d'y revenir dans un instant. Concernant l'affaire en question, c'est une affaire qui est en cours, l'autorité judiciaire est saisie. Vous imaginez que je ne peux pas faire de commentaire. Je dis simplement qu'il s'avance beaucoup en disant que simplement c'est parce qu'elle aurait rechargé des téléphones portables. Vous imaginez bien que lorsqu'il y a une instruction en cours c'est peut-être qu'il y a des indices un peu plus sérieux. D'un mot, si vous me le permettez, pourquoi la situation de Calais est difficile ? C'est parce que ces personnes ne veulent pas rester en France, qu'il s'agisse des Afghans, des Irakiens, des Erythréens, des Somaliens, coûte que coûte ils veulent aller en Angleterre. La preuve, ils ne veulent pas demander l'asile à la France, ils pourraient le faire. Deuxièmement, nous les aidons, il y a des associations qui les aident et la France les aide, l'Etat, les collectivités locales. Et mon ministère, l'Etat, met à leur disposition des places d'hébergement qu'ils ne veulent pas utiliser. Donc, je n'accepte pas qu'on dise que ces personnes sont maltraitées alors qu'elles veulent passer clandestinement en Angleterre, ce que l'Etat français ne peut pas faciliter.

C. Roux : Est-ce que la loi concernant les bénévoles qui viennent en aide aux migrants est suffisamment claire ?

Elle est extrêmement claire et elle nous est indispensable pour lutter contre les passeurs, contre ces filières clandestines qui exploitent la misère humaine. Dans le film, vous verrez que le jeune garçon paie 500 euros juste pour passer dans un camion qui va l'amener clandestinement vers l'Angleterre. Mais ce que le film ne dit pas, parce qu'il n'a pas eu l'occasion de le dire, c'est qu'auparavant ils ont payé 10 à 12 000 euros pour venir jusqu'à Calais. C'est ça, ce sont les passeurs que nous essayons de traquer et je ne vois quel républicain, quel humaniste pourrait avoir le moindre état d'âme parce que la police traque les filières d'immigration clandestine et les passeurs qui exploitent cette situation humaine.

C. Roux : Vous l'invitez à venir en parler avec vous au ministère ?

On a parlé deux fois. Au début, j'ai pensé qu'on pouvait parler de bonne foi, et je lui ai prouvé, par exemple, que cet article en soixante ans n'avait condamné que deux ans.

C. Roux : Aujourd'hui, vous dites : « il est de mauvaise foi », c'est ça ?

Je pense que c'est un instrument de promotion de son film, voilà. Je vous le dis aussi clairement que je le pense.

M. Biraben : On passe à l'ADN. C. Roux : C'est la première fois qu'on vous reçoit en tant que ministre de l'Immigration.

Oui, je le regrette, j'attendais.

C. Roux : Oui !

M. Biraben : Non, là, vous exagérez, non, non !

C. Roux : Est-ce qu'il y a une méthode Besson ou est-ce que vous avez calé votre pas dans celui B. Hortefeux ?

Les deux. Les pas de B. Hortefeux c'est la feuille de route du président de la République qui en campagne électorale a été très clair, il la dit « je veux une immigration légale ». Vous évoquiez le Mexique, tout à l'heure.

C. Roux : On va y venir.

J'ai été très heureux de l'entendre dire au Mexique que la France reste une terre d'immigration.

C. Roux : Qu'est-ce qu'il y a de différent dans la façon dont E. Besson exerce le poste de ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale ?

Je crois qu'en mon absence, vous avez reçu B. Hortefeux, ben c'est exactement la même chose. Brice il a ses mots, ce ne sont pas les mêmes que X. Bertrand.

C. Roux : D'accord.

Il a sa façon de faire, voilà. Et deuxièmement, il a dit lorsqu'il m'a transmis ses pouvoirs que intégration, développement solidaire, identité nationale qui pour moi est une identité républicaine qu'il faut revendiquer, que c'était des choses auxquelles il n'avait pas eu assez de temps pour s'occuper.

C. Roux : Sur le dossier ADN, des tests ADN, est-ce que vous avez le même avis que B. Hortefeux ?

L'avis de B. Hortefeux et le mien, c'est que c'est la loi. La loi dit qu'il faut expérimenter les tests ADN. En revanche, en même temps, la loi est très complexe parce qu'elle a voulu tellement encadrer du fait des polémiques qu'il y avait eues sur l'ADN, qu'elle est très difficile à mettre en oeuvre.

C. Roux : Vous n'avez toujours pas signé le décret d'application concernant l'expérimentation des tests ADN. Pourquoi vous ne l'avez pas signé ?

Non, parce que je veux vérifier qu'il est en tout point conforme à l'esprit et à la lettre de la loi et qu'il ne suscitera aucune polémique et que celles et ceux qui s'étaient posé des questions verront leurs questions, je dirais réduites à néant au sens positif du terme, c'est-à-dire rassurés.

C. Roux : Ca veut dire que vous n'avez pas confiance en ce qui concerne le jugement de votre prédécesseur ?

Non, ça n'a rien à voir. Il était dans le même contexte que le mien.

C. Roux : Vous avez du mal à vous faire un avis sur les tests ADN ?

Non, mais je n'ai pas d'avis à avoir, je suis membre de l'exécutif.

C. Roux : Ah si, vous ave un avis à avoir !

Non, non, non, je n'ai pas d'avis à avoir...

C. Roux :... si vous prenez le temps pour signer un décret, c'est pour faire un avis, vous avez dit.

Mais non, avant la... c'est les conditions de la mise en oeuvre, mais avant la loi chacun peut avoir un avis, mais quand vous êtes membre de l'exécutif, ce qui est mon cas, membre du Gouvernement, lorsque la loi est votée, vous l'appliquez. En revanche, lorsque les conditions d'application sont difficiles, vous êtes obligé de regarder comment vous faites. Donc, j'y travaille.

C. Roux : Les statistiques ethniques. Y. Sabeg veut mesurer le sentiment d'appartenance à une communauté. Est-ce que ça vous paraît aller dans le bon sens ?

Ca me paraît répondre à un besoin mais c'est compliqué. On a deux exigences contradictoires : on a des principes qu'on pourrait appeler des principes républicains - on n'apprécie pas, il n'y a pas de jugement sur la race, les origines ethniques, etc., « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », c'est le préambule de la Constitution. Et en même temps, on sent bien qu'on a besoin de valoriser ce qu'on appelle la diversité de la population française. Donc, on a besoin d'instrument de mesure. Donc, Yazid essaie de naviguer entre ces exigences contradictoires. Moi, je préférerais qu'on attende son rapport, celui qu'il va remettre prochainement au Président de la République, pour voir ce que sont exactement ses propositions, et si elles sont conformes à cet idéal républicain que je citais il y a un instant.

M. Biraben : On le recevra mardi prochain, Y. Sabeg. Pour l'instant, il y a une question de spectateur pour vous.

L. Mercadet : Oui, bonjour Monsieur Besson. Donc, aujourd'hui, vous allez donner ses papiers à un jeune afghan qui est champion de boxe. Alors, vous avez une question de Léandre, Léandre qui vous dit, « Monsieur le ministre, devons-nous être tous des champions d'athlétisme pour pouvoir bénéficier de naturalisation ? ». Alors, je précise que Léandre nous dit qu'il réside en France depuis neuf ans, qu'il a un bac + 4, un travail, qu'il est père d'un enfant français, et qu'il n'arrive pas à avoir ses papiers.

Bon, d'abord Léandre pourrait les obtenir. Deuxièmement, il ne faut pas faire des reproches...

L. Mercadet : ... je vous donnerai son mail après l'émission.

D'accord. Il ne faut pas faire de reproches contradictoires. Si je n'avais pas agi en disant que je voulais donner tout de suite un titre de séjour au jeune Sharif, on m'aurait dit « mais enfin, on peut être champion de France et donc on n'a pas ses papiers ». Et lorsque je les donne instantanément pour un champion de France, ce qui est totalement conforme à l'esprit de la loi, c'est-à-dire des motifs exceptionnels, la question c'est « alors, pourquoi vous le lui donnez, faut-il être champion de France ? ». La réponse est simple, c'est que la loi permet, lorsque quelqu'un a eu des actions exceptionnelles, des motifs exceptionnels, a donné la preuve de sa volonté d'intégration dans notre pays, ce qui est son cas, d'accélérer la procédure. En fait, je ne déroge pas à la règle, j'accélère la procédure, je veux qu'il reste en France dans de bonnes conditions, et qu'il puisse participer à des compétitions, j'espère dans cinq ans, parce qu'il faut au moins cinq ans, sous le drapeau français.

M. Biraben : Le Mexique, très, très vite.

C. Roux : Folle, très, très vite ! Le Mexique, vous rentrez donc du Mexique. Est-ce que vous avez une bonne idée que vous avez ramenée du Mexique pour gérer l'immigration en France ?

La bonne idée, si je puis dire, c'est la même que celle que nous avons en Franc et en Europe, c'est qu'il faut favoriser ce qu'on appelle l'immigration circulaire. Pas de pillage des cerveaux...

C. Roux : ... c'est plus l'immigration choisie, alors, c'est fini.

C'est totalement compatible avec l'immigration choisie, c'est de dire : pas de pillage des cerveaux, on vient en France un an, deux ans, trois ans, et ensuite on repart dans son pays. C'est ce que les Mexicains essaient de faire avec les Américains.

M. Biraben : Vous reviendrez pour continuer de développer cette idée et d'autres. C'est gentil à vous.

M. Biraben : Lorsque que vous êtes invité, vous accepterez maintenant.

Avec grand plaisir.

M. Biraben : On vous courra moins après.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 mars 2009

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