Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France-Inter le 12 mars 2009, | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France-Inter le 12 mars 2009,

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, WEILL Pierre.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : P. Weill.- Savez-vous qui a payé le séjour privé de N. Sarkozy avec son épouse, au Mexique, de vendredi à dimanche dernier. Il y a beaucoup de rumeurs sur Internet, c'est le Président mexicain qui a payé ou bien un milliardaire mexicain, R. Hernandez Ramirez ?

Non, je ne sais strictement rien de tout cela.

Que pensez-vous de ce séjour, dans un lieu de luxe ? C'est le droit au repos, ou bien une faute de goût, dans cette période de crise ?

C'est une polémique dont on arrive à avoir le secret ? Je ne sais de tout cela, donc je ne peux rien vous dire de particulier. La seule chose que je peux vous dire, puis que vous parlez de la crise, c'est bien de cela dont on doit parler, c'est bien sur ça qu'on est mobilisé. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne puisse pas faire beaucoup de procès d'intention à notre Président qui y consacre beaucoup de son temps, beaucoup de son énergie, beaucoup de son talent et avec lui, tous ceux qui ont envie qu'on s'en sorte.

Mais deux jours dans un palace magnifique sur la côte du Pacifique, ce n'est pas un peu bizarre, alors que les Français sont dans la difficulté ?

Ecoutez, je veux bien qu'on fasse l'émission là-dessus mais, franchement...

Non, non, pas du tout, je vous pose la question, je voulais connaître votre sentiment.

Mon sentiment, est que si le président de la République avait la possibilité de se reposer deux jours, je pense qu'il y a d'autres sujets sur lesquels on peut s'étendre ce matin. J'ai le plaisir d'être chez vous et j'ai plein de choses à vous raconter, donc je propose qu'on passe tout de suite à l'essentiel.

Et moi, j'ai beaucoup de question à vous poser !

Alors, on y va !

La fermeture de l'usine Continental de Clairoix dans l'Oise, qui emploie 1.120, un délégué CGT disait hier soir sur Inter, je le cite "ils se foutent de nous, on a la haine". Votre réaction ?

Ma réaction, évidemment, elle est d'abord de comprendre parfaitement que tout cela vient s'ajouter à l'inquiétude générale. Ce que je voudrais dire, c'est d'abord que ces décisions des entreprises, elles sont extrêmement dures à vivre pour les salariés, mais je crois aussi pour l'ensemble des Français, parce que dans ces moments-là, on se sent les uns et les autres, très directement concernés...

Mais que leur dites-vous à ces salariés, s'ils vous écoutent, que leur proposez-vous pour les aider ?

Je vais vous dire, il y a deux choses. La première, c'est que je crois vraiment que l'on doit réfléchir pour la suite avec les entrepreneurs à la manière - et cela doit aussi se faire au niveau local - de faire en sorte que tout cela soit le mieux possible programmé, anticipé, et que ces décisions ne partent pas dans tous les sens, aux seuls intérêts de l'usine ou de l'entreprise concernée. Je crois que si l'on pouvait, dans cette période, essayer d'organiser un peu les choses, ce serait vraiment important. La deuxième chose que je voudrais vous dire, au-delà du respect du droit du travail, c'est que nous, responsables publics, il n'est pas question pour nous de dire, de faire croire qu'on peut interdire les licenciements. Mais il ne faut pas faire croire non plus qu'on ne peut rien faire, ce n'est pas vrai.

Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

Il s'agit d'avoir une obsession, lorsque quelqu'un est menacé de perdre son emploi, c'est qu'il puisse en retrouver un autre le plus rapidement possible. Et donc, tout est dans l'opérationnel. On a regroupé, l'ANPE et l'Unedic, ça s'appelle maintenant le Pôle Emploi ; je vous donne un exemple très concret : en Allemagne et au Danemark, quand un salarié sait qu'il va perdre son emploi, dans les deux-trois mois qui précèdent, il est immédiatement en contact avec l'ANPE. Eh bien je voudrais qu'on aille beaucoup plus vite aujourd'hui qu'on ne le fait en France. En France, vous perdez votre travail, vous avez besoin de trois semaines ou quatre semaines pour vous en remettre, vous allez vous inscrire et après on vous donne deux mois pour avoir un rendez-vous et ainsi de suite. C'est beaucoup trop tard !

Le PS demande que le plan de sauvegarde de l'automobile soit étendu aux équipementiers. Etes-vous d'accord ?

Je pense que tout cela doit se regarder. Si cela permet effectivement d'aider les entreprises françaises qui sont sous-traitants du secteur automobile. Moi, je crois savoir que ce sont un certain nombre de mesures qui peuvent directement ou indirectement les concerner. Ce qui m'importe, c'est que cela soit sur la base d'un contrat clair avec le secteur économique concerné, en terme d'engagement de maintien de l'emploi en France.

Est-ce que N. Sarkozy doit se saisir de ce dossier ? C'est ce que demande la maire UMP de Beauvais...

Ce qui m'importe surtout, c'est que ceux qui sont charge de la politique de l'emploi de manière opérationnelle s'occupent individuellement de chaque personne. Il faut regarder ce qui se passe ailleurs : aux Etats- Unis, où malheureusement la protection sociale est beaucoup plus faible, en réalité, il y a une culture qui conduite les salariés américains à être extraordinairement mobiles, en terme de formation, en terme de mobilité géographique. Je crois qu'il faut aussi, de ce point de vue, en France qu'on change de culture et qu'on comprenne qu'on est en train d'entrer probablement dans un nouveau monde, parce que cette crise, ce n'est pas l'équivalent de la bulle Internet d'il y a huit ans, ou de la bulle immobilière d'il y a quinze ans. C'est une crise du système.

L'Unedic prévoit de 375.000 à 450.000 chômeurs de plus en France en 2009. Les mesures du plan de relance du Gouvernement sont-elles déjà dépassées et insuffisantes ?

On ne peut pas dire qu'elles soient dépassées ni insuffisantes, alors qu'elles viennent seulement d'être lancées et qu'elles ont été lancées en janvier avec exactement en ligne de mire cette perspective très préoccupante que vous évoquez. Quelle est l'idée ? On a mis 26 milliards d'investissements sur la table et on l'a fait pourquoi ? Justement, pour soutenir l'emploi, puisque ces 26 milliards, c'est pour des entreprises qui vont produire en France. Donc on est très exactement dans ce que l'on souhaite. Mais cela n'empêche pas qu'il faut continuer de faire une politique dynamique en matière d'emploi.

Ce qui veut dire ?

Je vous donne une illustration complète : nous avons aujourd'hui dépassé, hélas, maintenant depuis un certain temps, le cap des deux millions de chômeurs, mais on a entre 4 et 600.000 offres d'emploi non satisfaites dans un certain nombre de secteurs, l'hôtellerie restauration, le bâtiment, etc. Voilà typiquement quelque chose sur lequel on doit travailler. Prioriser les formations sur ces secteurs qui, aujourd'hui, ne trouvent pas suffisamment à embaucher. Je crois qu'il ne faut pas craindre d'être très, très mobile, très réactif. Ce n'est pas au président de la République qu'il faut en appeler pour ce genre de chose, il est là pour prendre de mesures opérationnelles au niveau du pays. Ce qu'il faut, c'est que sur le terrain, les acteurs se bougent à fond. Je pense que les élus ont un rôle, les députés ont un rôle parce qu'ils sont dans leur circonscription. Je le vois à Meaux, je mobilise très régulièrement, dès qu'on a la moindre menace, l'ensemble des acteurs. On a créé un programme pour la deuxième chance, on fait du suivi personnalisé. C'est cela aussi qui fait la différence.

Le Parti socialiste, dans un livre de 178 pages, dénonce "La France en liberté surveillée" : tests ADN, peines planchers, rétention administrative, augmentation des gardes à vue, multiplication des fichiers, nomination des dirigeants de l'audiovisuel public, nomination des magistrats... Votre réponse ?

Que voulez-vous que je vous dise ! C'est un tract. Donc, comme toujours, le principe du tract, c'est qu'on n'est jamais étouffé par l'excès. Moi, je veux juste vous dire que de ce point de vue, c'est extrêmement indécent vis-à-vis des pays qui savent vraiment ce que c'est que les libertés bafouées - et malheureusement il y en a beaucoup dans le monde -, et puis, deuxièmement, vous dire qu'il faudrait que l'on reprenne chacun de ces points et que je puisse vous démontrer qu'il s'agit, pour l'essentiel, d'éléments qui permettent aussi de remettre certaines choses à l'endroit quand elles ne l'étaient pas. Et puis enfin, puisqu'on en est à parler de ça, je voudrais quand même vous rappeler que le Président Sarkozy, dont les socialistes disent tant de mal sur le plan des libertés, a pris une initiative, il y a un an, qui a consisté à changer la Constitution, non pas pour faire une VIème République, mais une Vème République bis, qui ne donne que des pouvoirs nouveaux au Parlement. Eh bien, je vais vous épater, monsieur Weil, les socialistes n'ont pas voté cette réforme. Elle n'est pas belle, l'histoire !

Le livre dénonce aussi - je cite - "les chasses aux sans-papiers, les rafles" ; irez-vous voir le film de P. Lioret, "Welcome", qui raconte le sort des migrants de Calais à travers l'histoire d'un Kurde aidé par Simon, un maître-nageur à Calais, joué par V. Lindon ?

Deux choses par rapport à ça. D'abord, toutes ces histoires individuelles, telles qu'elles sont racontées, touchent évidemment d'abord à notre émotion. Et c'est normal. Je crois qu'il faut bien faire la part des choses, sinon, on n'y arrive pas...

Vous irez voir le film ?

Peut-être. Je ne sais pas. Mais en tout cas, j'ai lu naturellement le scénario. On l'évoque beaucoup dans la presse. Mais je voudrais vous dire la chose suivante : je crois qu'il faut vraiment qu'on fasse la part des choses, sinon, on n'y arrivera jamais, on ne pourra jamais parler des choses. Il faut faire la part des choses entre d'un côté, les drames humains, individuels, qui sont à chaque fois extrêmement touchants, et de l'autre, la nécessité d'une politique publique, qui doit évidemment être ferme et juste. B. Hortefeux, qu a exercé les fonctions de ministre de l'Identité nationale et de l'Intégration (sic) pendant près de deux ans, qui l'a fait, je le dis parce que ce n'était pas très facile, il l'a fait à chaque fois en ayant à coeur de prendre en considération les situations humanitaires, et en même temps de conduire une politique indispensable de lutte contre l'immigration clandestine. Je vous signale que les mêmes Français, qui s'émeuvent légitimement de cela, demandent une politique de lutte contre l'immigration clandestine.

Trouvez-vous normal qu'une femme soit mise en garde à vue pendant dix heures pour avoir rechargé des portables de migrants ?

Moi, je vais vous dire, je ne suis pas enquêteur, je ne suis pas juge, et j'ai pris pour habitude ...

Je voudrais connaître votre opinion d'homme !

Je vais vous dire, j'ai pris pour habitude, sans doute avec l'âge, avant de porter un jugement, de bien connaître l'ensemble de l'histoire. Et comme je ne la connais pas, cela m'est un peu difficile de vous en parler comme ça. Evidemment que raconté comme ça, on ne peut pas ne pas vous donner raison. Mais je voudrais connaître l'histoire. Je voudrais savoir très exactement...

Vous êtes choqué ?

Ce n'est pas "je suis choqué" ou "je ne suis pas choqué", je vous raconte ma réaction. Elle n'est pas d'un seul fait. Ce n'est pas tout blanc, tout noir, oui ou non. Telle que vous la racontez, effectivement, elle est choquante, mais ce que je veux juste vous dire, c'est que je voudrais, pour être certain de l'être complètement, avoir toute l'histoire. Est-ce qu'elle n'avait fait que cela ? Est-ce qu'il y avait d'autres éléments de suspicion de la part des enquêteurs ? Tout ça se regarde, parce que ça concerne aussi des vies. Les filières d'immigration clandestine, ce sont des filières mafieuses. On a le droit aussi ...

On a entendu cette dame hier matin sur France Inter. Elle n'appartient pas à des mafieux...

Je ne sais pas. Vous êtes enquêteur ?

Nos journalistes ont enquêté et l'ont rencontrée et ont travaillé sur le dossier.

Ce que je veux vous dire, c'est que je demande juste qu'on soit juste. Voilà. Et je crois que c'est bien d'entendre toutes les parties et de ne pas oublier que la lutte contre l'immigration clandestine, c'est une exigence aussi pour sauver les personnes qui en sont les victimes.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 mars 2009

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