Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense, à RTL le 17 mars 2009, notamment sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense, à RTL le 17 mars 2009, notamment sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, H. Morin. La France doit-elle rejoindre le commandement intégré de l'OTAN ? Les députés en débattront cet après-midi. Dans Le Monde du 21 février, l'ancien Premier ministre, Alain Juppé, posait une question intéressante : "Quel avantage allons-nous retirer à perdre notre spécificité ?" Quel avantage, H. Morin ?
 
Il y en a au moins deux. Le premier, c'est celui de permettre d'avancer beaucoup plus vite sur la construction de la Défense européenne. Il y avait, chez la plupart des Européens, cette idée que la France défendait la construction de l'Europe de la Défense en ayant éventuellement en arrière-pensée d'affaiblir l'Alliance atlantique, parce qu'elle n'en était pas membre au sens du commandement intégré, puisque nous sommes dans l'Alliance atlantique et nous sommes un des membres fondateurs.
 
Donc, l'Europe de la Défense avancera plus vite !
 
En disant aux Européens très clairement que nous sommes totalement dans le jeu de l'Alliance atlantique, nous voulons participer à la rénovation de l'Alliance atlantique, à la rénovation de son concept stratégique ; mais en même temps, nous voulons faire avancer l'Europe de la Défense. Nous voulons que les Européens prennent une part croissante dans leur capacité à prendre en compte leur sécurité.
 
Deuxième avantage ?
 
Le deuxième avantage, c'est que nous avons à bas bruit réintégré progressivement la totalité des structures ; mais nous en étions des acteurs majeurs sans en définir le scénario ; et ce que nous voulons, c'est à la fois rester des acteurs majeurs de l'Alliance et en même temps, puisque nous participons à toutes les opérations de l'Alliance depuis 1995, compter dans la définition des objectifs, la définition des opérations, dans la stratégie qui est mise en oeuvre. Donc, on sera là où on est déjà beaucoup. Puis-je vous dire que nous sommes dans 38 comités sur 40 et que nous avons quand même intégré plus de 120 militaires dans les structures.
 
Donc, les députés voteront cet après midi. Mais bizarrement, ils voteront sur la politique étrangère en général, et pas sur cette question simple : la France doit-elle réintégrer le commandement de l'OTAN parce que vous aviez peur des abstentions de la majorité ?
 
Non, ce n'est pas ça le sujet. Le sujet c'est qu'un certain nombre disent, à tort, que c'est un facteur qui risque de porter atteinte à l'indépendance de la France. Tout le monde sait très bien que le fait...
 
Mais attendez, les députés sont des grands garçons. La question qui se pose, c'est de savoir si on réintègre ou pas le commandement intégré de l'OTAN ; pourquoi ne pas poser cette question simple aux députés ?
 
D'autres indiquent qu'éventuellement, cela empêchera la France de pouvoir mener une politique étrangère particulière, de porter la voix de la France à travers le monde ; et donc, s'il s'agit d'un élément de politique étrangère, il faut replacer cela dans un contexte de politique étrangère. Et ce contexte de politique étrangère, je le rappelle, cela ne remet ni en cause la voix de la France, [ni] la capacité de la France à porter un message particulier. Puis-je vous signaler que c'est la France qui a décidé de renouer des relations avec B. El Assad parce qu'on pensait qu'une partie du problème au Proche-Orient se règlerait en renouant un dialogue avec le Président syrien. Puis-je dire que c'est grâce à la volonté de nouer ...
 
Mais là, on parle de l'OTAN. Donc vous voyez bien, ce n'est pas B. El Assad, c'est l'OTAN. Mais bon, d'accord.
 
On nous indique qu'il s'agit d'un facteur qui peut limiter l'indépendance de la France. Je vous explique qu'en aucun cas, l'indépendance de la France n'est remise en cause par le fait d'intégrer les structures militaires de l'OTAN et que nous resterons maîtres de nos forces au sein de l'Alliance atlantique, de décider de participer à une opération ou non, du niveau de notre engagement et de l'équipement de nos forces.
 
La France est en Afghanistan depuis 2001, sous commandement de l'OTAN. Les Américains disent maintenant, après huit ans de présence de combats, des morts - des soldats français sont morts -, "on va dialoguer avec les bons talibans". La France est-elle d'accord avec cette nouvelle orientation ?
 
La France, depuis le début, explique qu'il n'y a pas de solution uniquement militaire.
 
Est-ce qu'il y a des bons talibans, H. Morin ?
 
La France dit depuis le début qu'il faut engager un processus de réconciliation nationale et donc avec une partie des talibans, parce que derrière le vocable de "taliban", il y a à la fois des hommes qui font un véritable djihad contre l'Occident et d'autres qui portent une idée d'un islam total dans leur pays.
 
Et on a attendu huit ans pour s'en rendre compte ?
 
Non, mais nous le disons depuis le début. Nous engageons en permanence le Président Karzaï à engager un processus de dialogue national et de réconciliation nationale. Il y aura des élections dans quelques mois en Afghanistan, et c'est le moment pour le faire.
 
Donc, débats et vote cet après-midi à l'Assemblée sur la politique étrangère, et accessoirement sur l'OTAN. Crise sociale. RTL donne la parole, ce matin, aux salariés de la FNAC qui défileront jeudi pour dénoncer un plan de suppression de 400 postes dans leur entreprise, alors même que le groupe Pinault-Printemps-La Redoute, propriétaire de la FNAC, a augmenté ses dividendes pour ses actionnaires. Que pensez-vous de ce type de situation ?
 
Il y a un profond sentiment d'injustice qui règne chez une partie de nos compatriotes. Pendant dix ans ou quinze ans, ils ont fait des efforts considérables pour s'adapter à la globalisation et à la mondialisation. On leur a expliqué que c'était la voie vers la prospérité. Et puis, ce monde-là s'effondre et ils sont à nouveau ceux qui vont payer une partie de l'effort que le pays va devoir faire pour se remettre en route.
 
Au fond, vous pourriez défiler, vous aussi, jeudi, Hervé Morin ?
 
Oui, mais ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut qu'il y ait une partie du risque social qui soit assumé par les entreprises.
 
Ce que ne fait pas, par exemple, le Printemps -la Redoute ?
 
Je n'en sais rien. Je ne connais pas le dossier de la FNAC. Mais ce que je sais, c'est qu'en même temps...
 
400 suppressions de postes !
 
En même temps, les entreprises ne sauraient se libérer du risque social ; et en même temps, il faut accepter l'idée que les entreprises doivent s'adapter en permanence. Ce n'est pas moi qui l'ai inventé, c'est Schumpeter. Schumpeter a démontré que l'économie était un phénomène de destruction et de création. Et donc, il faut en permanence que l'économie puisse s'adapter et que les entreprises s'adaptent. Alors, on avait des téléphones avec fil, on a des téléphones sans fil. Cela impose qu'en permanence, en fonction des progrès technologiques, nos entreprises puissent s'adapter. Et donc, il y a, j'allais dire, une juste conciliation entre le risque social qui doit être assumé par les entreprises qui ne doivent pas se débarrasser de cette question et en même temps, permettre aux entreprises d'évoluer et de progresser.
 
Et elles le font trop souvent les entreprises aujourd'hui ?
 
Il faut examiner au cas par cas...
 
Alors je vous en ai soumis un. Alors ?
 
Ecoutez...
 
Au cas par cas ?
 
Demandons des explications au président de la FNAC.
 
Un peu d'histoire. On compte, bien entendu, dans cette crise, sur l'industrie de l'armement, qui est importante en France. En décembre 2007, le Président Kadhafi était en France. Cela avait suscité beaucoup de remous. Et vous, les responsables gouvernementaux nous assuriez que la Libye achèterait 14 avions Rafale, 35 hélicoptères Tigre, Fennec EC 35 et d'autres équipements. Un an et demi après, cette commande a-t-elle été signée, Hervé Morin ?
 
Les discussions sont encore en cours.
 
Un an et demi après !
 
Vous savez, les discussions en matière d'armement sont des discussions extrêmement longues.
 
Il nous a bien eus, Kadhafi ?
 
Non, pourquoi vous dites ça ?
 
Parce qu'il n'y a rien qui ne sera jamais commandé.
 
Eh bien, vous verrez bien.
 
Vous reviendrez le jour où il commandera les quatorze avions.
 
Oui. Eh bien vous m'inviterez !
 
D'accord, l'invitation est prise.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 mars 2009
 

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