Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 19 mars 2009, sur la manifestation prévue le jour même, la défense du pouvoir d'achat, les heures supplémentaires et la situation économique et sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 19 mars 2009, sur la manifestation prévue le jour même, la défense du pouvoir d'achat, les heures supplémentaires et la situation économique et sociale.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
 
J.-J. Bourdin.- Allez-vous défiler aujourd'hui et où ?
 
À Paris, parce que c'est là que c'est là que les médias se déplacent, donc...Et c'est là qu'on peut aussi...
 
Donc, vous êtes obligé d'être devant les caméras ?
 
D'obliger à ce moment-là les médias à attendre qu'on puisse s'exprimer.
 
À quoi sert-elle franchement cette journée ? Cela coûte cher, on est en crise, franchement, pourquoi cette mobilisation aujourd'hui ? Qu'on se mobilise, qu'on proteste peut-être, mais est-ce la meilleure solution de faire grève ?
 
Malheureusement, si on pouvait faire différemment, on ferait différemment. Vous dites, "faire grève", nous, l'objectif, ce n'est pas...
 
Vous appelez à la grève quand même !
 
Dans certains secteurs, oui. Mais la CFDT n'a pas appelé à grève générale.
 
Vous appelez à la grève dans quels secteurs ? Dans la fonction publique ?
 
C'est secteur par secteur ; certaines entreprises privées appellent à la grève d'une façon très claire aujourd'hui. Donc, c'est chaque secteur, en fonction de sa réalité, qui a décidé. Donc, nous, au niveau confédéral, on laisse cette démarche-là aux équipes de base. Mais aujourd'hui, notre objectif, c'est de dire au Gouvernement qu'il faut faire le maximum pour accompagner au niveau social les gens qui sont en difficulté, et il semble qu'aujourd'hui on ne fait pas le maximum, on le voit, on l'entend. Depuis ce matin sur l'antenne, on entend des personnes qui disent : "mais ça fait 20 ans, 30 ans, que je suis dans une entreprise"...J'entendais tout à l'heure pour Caterpillar : "j'ai travaillé de nuit pendant 13 ans, et je n'aurai même pas 1.000 euros si je pars de cette entreprise, une entreprise qui a des moyens". Donc, ça, il y a un signe déjà vis-à-vis du patronat. Le patronat doit se dire, comme font certaines entreprises, il faut essayer de trouver une solution pour tout le monde. Ensuite, nous, la CFDT, on fait des propositions claires. On fait des propositions et on amène des financements sur ces propositions, pour accompagner au niveau social les personnes les plus en difficulté, en particulier en les formant ... Là, le Gouvernement ne nous suit pas. Et je ne comprends pas que le Gouvernement nous bloque de cette façon-là et qu'il n'essaye pas de débattre avec nous de ces mesures que l'on propose.
 
On va rapidement évacuer la colère qui s'est installée entre vous le Medef, après les récents propos de L. Parisot, qui dit : "cette grève, ça crée des illusions ; cette journée de mobilisation c'est de la démagogie, c'est une facilité, les syndicats sont des égoïstes".
 
Mais vous vous rendez compte des salariés, dans des entreprises, qui apprennent, hier, avant-hier, qu'on va fermer leur entreprise ou qu'ils vont perdre leur emploi et ils entendent Mme Parisot qui dit : "c'est de la démagogie" ! Mais eux, ils ne peuvent pas entendre des propos de ce type, ils ont le sentiment qu'on ne fait pas le maximum pour eux, et le sentiment qu'une responsable patronale [vient] leur dire : "c'est de la démagogie, votre problème, vous n'avez pas le droit d'exprimer vos mécontentements !" Je pense que la meilleure façon pour réussisse notre journée, c'était qu'elle fasse cette déclaration hier parce que cela a scandalisé beaucoup de militants !
 
Mais pourquoi une grève, par exemple, dans la fonction publique, pourquoi cette mobilisation alors que dans la fonction publique on ne craint pas pour son emploi, parce qu'on sait qu'on ne sera pas au chômage !
 
Oui, mais le débat a dépassé ce problème-là. On a un problème de sens...
 
Il y a une crise morale aujourd'hui en France ?
 
Oui, vous appelez ça "une crise morale", j'appelle ça "une crise de sens", mais je pense que c'est à peu près la même idée, c'est-à-dire que on ne comprend plus aujourd'hui quelle est la politique du Gouvernement et quels sont ses objectifs. Le président de la République, [dans] ce fameux discours de Toulon dès le début de la crise, où il avait semblé prendre les choses en main, a dit : "le monde change, les choses ne sont plus de la même façon après la crise qu'avant la crise" ; il faut maintenant qu'on tienne compte de ces changements. Or, sa politique, en particulier dans la fonction publique ne change pas du tout. C'est-à-dire, qu'on continue à supprimer des emplois dans la fonction publique, alors qu'on dit que c'est le retour de l'Etat et qu'il faut plus d'État.
 
Mais il faut faire des économies !
 
Des économies, nous, on en propose pour pouvoir financer ce qu'on dit. Mais là, on a un blocage. Je prends ce fameux exemple de cette polémique qu'on a lancée, et je suis plutôt content de l'avoir lancée, sur ce bouclier fiscal. C'est de dire, alors qu'on dit que il y a des gens qui ont profité du système, alors qu'on dit qu'il y a des gens qui vont ou qui risquent de tomber dans la grande pauvreté, le Gouvernement continue à faire des cadeaux fiscaux aux plus aisés dans notre pays. Donc, on dit : il faut remettre, au moins provisoirement, en cause ces mesures-là pour financer...
 
Vous proposez de suspendre le bouclier fiscal ?
 
Oui, de suspendre" le bouclier fiscal ...
 
Pendant combien de temps ?
 
Tout ce qu'on propose, nous, c'est pour deux ans. C'est-à-dire, qu'il nous semble qu'il faut tenir compte de la situation de cette année et de ce qui risque de se passer l'année prochaine. Donc, après, on verra dans deux ans. De la même façon, suspendre la défiscalisation ou les aides pour les heures supplémentaires. Parce que, quand même, vous avez vu, dans beaucoup d'entreprises on dit : on repasse aux 35 heures, on réduit le temps de travail...
 
Les heures supplémentaires, cela aide beaucoup de foyers à vivre !
 
Non, ça n'aide pas beaucoup de foyers à vivre.
 
Non ? Les heures supplémentaires défiscalisées ?
 
Mais ce n'est pas le défiscalisé qui aide les gens à vivre, ce sont les heures supplémentaires ; c'est-à-dire que, aujourd'hui, on a, [avec] les heures supplémentaires, un petit bonus. On est en train de confondre le financement des heures supplémentaires et la défiscalisation. La défiscalisation et le fait qu'on ne paye plus de charges sociales, c'est 5 milliards d'euros. 5 milliards d'euros ! À un moment où on a de plus en plus de nos compatriotes, de salariés dans notre pays qui ne travaillent plus ou qui réduisent leur temps de travail parce que c'est la crise, on finance des heures supplémentaires ! C'est-à-dire qu'on encourage les heures supplémentaires, alors qu'on a plus de chômage. Utilisons cet argent pour faire des mesures sociales de formation. Ce matin on parlait de Dunlop et de Continental, des salariés qui ont passé parfois 20 ans et 30 ans dans leur entreprise sans jamais une formation, vous entendez ! On est rentrés dans l'usine à 15 ans, on a toujours fait la même chose, et jamais de formation. Comment voulez-vous que ces salariés-là puissent s'en sortir pour l'avenir ! Donc, il faut, si leur entreprise ferme, ou si il y a chômage partiel, les former pour les qualifier, pour qu'ils puissent s'en sortir. Donc, utilisons ces 5 milliards d'euros pour former ces personnes qui sont au chômage.
 
On va revenir sur tout cela. Vous savez ce que F. Fillon va annoncer ce soir ? Il va annoncer l'accélération des mesures qui avaient été annoncées par le président de la République, c'est-à-dire, qu'on va aller beaucoup plus vite. Sur la suppression des deux derniers tiers provisionnels ; sur la prime exceptionnelle de 150 euros pour les familles touchant l'allocation de rentrée scolaire ; sur les bons d'achats de 200 euros par foyer pour financer les services à la personne ; sur la prime exceptionnelle de 500 euros pour les chômeurs qui ont travaillé entre deux et quatre mois sur le RSA qui va entrer en application plus vite que prévu, vous connaissez toutes les mesures... Donc, le Gouvernement va annoncer, ce soir, une accélération, c'est F. Fillon. C'est suffisant ou pas ?
 
C'est déjà une bonne chose. Cela veut dire que le Gouvernement traînait en route, donc qu'il faut accélérer, et j'ai soutenu ces mesures. C'est nous qui les avons obtenues. Donc, ça c'est une première chose. Ceci dit, maintenant, nous, ce que l'on aimerait bien, c'est de débattre de tout ce que je viens de dire, et de voir comment on peut améliorer ces éléments.
 
On va y revenir dans deux minutes. Vous allez me détailler quelles sont les propositions que vous faites ce matin, parce que ça c'est vraiment très important. On critique, on critique, on proteste mais il faut aussi proposer. Et vous proposez. On va voir ce que vous proposez
 
[Pause].
 
J'ai commencé tout à l'heure en vous posant la question : mais pourquoi cette journée de mobilisation. Je vous pose une autre question : imaginons que ça fonctionne bien aujourd'hui - enfin que ça fonctionne bien - qu'il y ait beaucoup de monde dans la rue, qu'il y ait beaucoup de grévistes et que... vous faites quoi après ? Une autre journée ?
 
Notre objectif ce n'est pas de faire des journées comme ça tous les quinze jours...
 
Tous les deux mois, une journée comme ça de protestation ?
 
Attendez ! On en discutera demain avec les autres syndicats. Il faut maintenant qu'on explique bien, secteur par secteur, région par région, les problèmes qui se posent.
 
Donc, ce soir, la mobilisation est terminée ?
 
Non, non, non. Ben non. On verra bien ce qui se passera, mais faire des journées ou régionales ou par secteur, c'est aussi montrer en réalité concrètement ce qui se passe. On a le 1er mai où généralement on fait des journées, j'allais dire un peu décousues...
 
Ce sera unitaire cette année, le 1er mai ?
 
Je le souhaite, parce que tout le monde le souhaite. Honnêtement, tout le monde souhaite. Donc, le 1er mai. Et puis, le reproche qu'on nous fait de la grève, du blocage, on ne pourra pas nous le faire ce jour-là. Donc, un 1er mai bien réussi avec beaucoup de monde dans la rue, y compris ceux des petites entreprises qui ne peuvent pas s'arrêter, et nous on souhaite aussi faire des moments comme ça. Le 14 et 15 mai, on a décidé - et ça c'est intéressant de le noter, parce qu'on dit toujours : en France, on est les seuls - 14 et 15 mai, il y aura des manifestations à Prague, à Berlin, à Bruxelles, à Madrid... [...]
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 19 mars 2009 

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