Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à Europe 1 le 25 mars 2009, sur le déplacement de N. Sarkozy à Saint-Quentin, l'octroi de "bonus" à des dirigeants d'entreprises aidées par l'Etat et l'augmentation du chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à Europe 1 le 25 mars 2009, sur le déplacement de N. Sarkozy à Saint-Quentin, l'octroi de "bonus" à des dirigeants d'entreprises aidées par l'Etat et l'augmentation du chômage.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier, FOGIEL Marc-Olivier.

FRANCE. UMP, secrétaire général;

ti : M.-O. Fogiel.- Bonjour, X. Bertrand.
 
Bonjour, M.-O. Fogiel.
 
Vous êtes le secrétaire général de l'UMP. N. Sarkozy faisait donc de la pédagogie, hier, chez vous, à Saint-Quentin. Cette réunion était nécessaire face à la montée du mécontentement, et notamment chez certains députés UMP, X. Bertrand ?
 
C'était surtout l'envie pour le Président d'expliquer et d'expliquer qu'en période de crise il faut être fidèle à ses valeurs et il faut avoir des repères.
 
C'était un meeting, quoi !
 
Un meeting, un rassemblement avec 5 000 personnes, vous pouvez appeler ça un meeting, oui. Un meeting ça veut dire quoi ? Ca veut dire se rassembler et se retrouver avec un discours de vérité.
 
Avec 5 000 personnes ?
 
Avec un discours de vérité et aussi un discours de confiance et de responsabilité.
 
5 000 personnes à l'intérieur, un millier de manifestants à l'extérieur, des cordons de CRS, un millier d'hommes. Le préfet avait peur de sauter ?
 
Je vais vous dire une chose, je suis saint-quentinois, je connais bien ma ville, il fallait les trouver les mille manifestants. On n'a pas dénombré tout à fait ce nombre-là. L'AFP les a dénombrés pour vous.
 
Oui, enfin, écoutez, moi je ne veux pas rentrer dans une querelle de chiffres ou de nombre, ça s'est bien passé.
 
En tout cas, il y avait beaucoup de CRS. Ca s'est bien passé, c'était aussi quelque chose d'important, un évènement dans une ville et dans une région qui n'ont pas été épargnées par la crise. Et je peux vous dire que le message du Président a été reçu 5/5.
 
 Alors, sur le fond, justement, vous êtes déçu ce matin, vous, X. Bertrand, vous réclamiez une loi concernant les bonus et autres parachutes dorés. Il n'y en a pas.
 
Vous auriez dû venir à Saint-Quentin !
 
Pourquoi ? Vous avez entendu qu'il y avait une loi ? Pas moi.
 
Vous auriez dû venir à Saint-Quentin. Le Président en a appelé à la responsabilité de chacun. Aujourd'hui, la responsabilité est dans les camps des responsables d'entreprise. Jusqu'à la fin du mois, B. Hortefeux et C. Lagarde leur ont demandé de faire en sorte que les recommandations du Medef, recommandations pour lesquelles j'avais joué un rôle quand j'étais ministre du Travail, ne soient pas seulement des recommandations mais des résolutions, c'est-à-dire des décisions des conseils d'administration.
 
Mais si ça ne fait pas, vous avez vu encore cette affaire ce matin ?
 
Si ça n'est pas le cas, là, nous prendrons bien évidemment nos responsabilités.
 
Ça veut dire que vous allez déposer un texte ?
 
Mais je viens de vous le dire, « prendre ses responsabilités ».
 
Non, ce n'est pas ce que ça veut dire. « Prendre ses responsabilités » ça veut tout dire.
 
Mais attendez, ne nous emballons pas. Vous savez, on est dans un moment, le président de la République l'a dit, où il faut aussi garder son sang-froid et garder son calme. La balle est dans leur camp. Ils ont jusqu'à la fin du mois.
 
Très bien, mais sinon ?
 
On prendra nos responsabilités.
 
Ça veut dire quoi ?
 
Ça veut dire prendre un texte.
 
Vous prendrez un texte, d'accord.
 
Mais je vais vous dire une chose, ce qui est important c'est que les comportements changent.
 
Ben, ce matin, ça ne change pas ! Vous avez vu la une de Libé, une nouvelle affaire, des bonus pour les managers de Cheuvreux, 51 millions de distribués, licenciement de 75 employés, aide de l'Etat à la maison-mère : 3 milliards d'euros. « Le Président cause, les bonus continuent », comme titre Libé ?
 
La première des choses c'est que c'est à la page 3 de Libération, je ne joue pas sur les mots.
 
Non, non, c'est à la une de Libé.
 
Oui, mais c'est la page 3 de Libération, parce que j'ai lu l'article comme vous. Ils n'ont pas encore touché leur bonus.
 
Donc, vous leur dites quoi ce matin ?
 
Qu'ils n'ont pas intérêt à les toucher ces bonus. Pour une simple et bonne raison : c'est que rémunérer la réussite - la réussite fait partie des valeurs qu'il faut avoir - ça va ; mais rémunérer, justement, l'échec, il n'en est pas question. L'argent public ne sert pas à financer des bonus privés. L'argent du contribuable permet notamment de sauver des établissements bancaires, comme nous avons su le faire pour éviter la faillite de banques et donc aussi la faillite d'épargnants, pas pour rémunérer les bonus de quelques-uns.
 
Mais est-ce que vous avez l'impression que la chasse est ouverte ce matin, X. Bertrand ?
 
A entendre certains commentateurs, oui, alors que je crois qu'il ne faut pas oublier qu'il y a aujourd'hui des milliers et des milliers de petits patrons qui partout en France font des efforts pour justement préserver l'emploi et garantir leur entreprise, qu'il y a même aussi des grands patrons. Quelqu'un comme Monsieur Roux de Bézieux qui tient des propos éthiques sur le capitalisme, et j'entends ce message, vous avez des patrons comme F. Riboud, Danone, qui met en place un fonds justement pour ses fournisseurs, ça, ça a du sens.
 
Donc, pas tout le monde dans le même sac.
 
Pas tout le monde dans le même sac. Par contre, il y en a quelques-uns, ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont trop nombreux, et ceux-là doivent comprendre que cette crise du capitalisme est aussi une crise éthique et une crise de la morale. Ce qui en plus me choque dans l'affaire justement que vous évoquez, sur cette filiale du Crédit Agricole, c'est que le PDG du Crédit Agricole, lui, a renoncé à sa part variable de rémunération parce qu'il y avait une aide de l'Etat. Alors, l'exemplarité ça concerne tout le monde, même les filiales.
 
Même la filiale ! Hier, on a bien compris, de la pédagogie c'est expliquer aux Français qu'ils n'ont pas compris, on n'apporte pas des nouvelles réponses, en tout cas de nouvelles mesures. Dans le climat social tendu, est-ce que vous ne craigniez pas une révolte sociale, vous, X. Bertrand ?
 
J'ai entendu aussi qu'à la mi-avril il y aurait un plan important pour les jeunes parce que aujourd'hui quelle est la principale crainte ? L'emploi. Est-ce qu'on va pouvoir garder son emploi et si on le perd est-ce qu'on va en retrouver un ? Et le Président a dit justement que tous les moyens seraient mis pour qu'il y ait un suivi personnalisé, ne laisser personne au bord du chemin. Je sais qu'au moment où je le dis, ce matin, celui qui a perdu son emploi n'attend qu'une seule chose, pas mes propos, il attend de retrouver un emploi et aussi permettre à ces jeunes de bien considérer que leur avenir n'est pas bouché.
 
X. Bertrand, Continental, Heuliez, Amora, Sony, Goodyear, Total, le directeur d'un groupe pharmaceutique, 3M, retenu dans son bureau : vous ne dites pas que malgré toutes ces mesures ça ne marche pas ?
 
Ecoutez, on est dans une crise qui est mondiale et on sait bien que la crise n'est pas passée à côté de la France. Elle a rattrapé la France un peu plus tard que d'autres pays parce que nous avions notamment l'an dernier remis dix milliards d'euros dans l'économie avec le texte sur l'emploi et le pouvoir d'achat. Quand on décide de mieux payer les heures supplémentaires, quand on décide de supprimer les droits de succession...
 
... mais quand est-ce qu'on aura des résultats ?
 
M.-O. Fogiel, si nous avons eu en janvier 90 000 disparitions d'emplois, c'est énorme 90 000, mais c'est deux fois moins qu'en Espagne, ça montre que la crise nous a rattrapés plus tard, ce n'est pas le fait du hasard, et on ne restera jamais les bras croisés. Le Président l'a dit, on va évaluer avec les partenaires sociaux l'impact de mesures qui ont été prises.
 
Et il y en aura peut-être d'autres.
 
On voit déjà... ne jamais rester les bras croisés, jamais, dans une crise comme celle-ci. Il n'y a pas de fatalité à subir la crise et on ne subira pas cette crise.
 
Merci X. Bertrand.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 mars 2009
 
 
 
 

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