Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la modernisation du ministère des affaires étrangères et européennes, Paris le 25 mars 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la modernisation du ministère des affaires étrangères et européennes, Paris le 25 mars 2009.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Journalistes,
Chers Amis,


Nous avions une tâche : la rénovation de notre outil diplomatique. Nous en avons parlé longtemps et à plusieurs reprises et c'était, très précisément, dans les objectifs de la mission que m'avait confiée le président de la République dans sa lettre de missions.

Des engagements avaient été pris, voilà que les engagements sont tenus.

Je vois que cela vous laisse muets mais, de temps en temps, nous tenons nos engagements.

Ce que je vais vous dire, ce que je vais vous décrire est le reflet, je n'ose pas dire d'une révolution, mais d'une importante évolution. Je pourrais vous dire d'une révolution copernicienne car c'est du globe qu'il s'agit, je dirais d'une évolution majeure.

Pendant longtemps, le monde tournait autour du Quai d'Orsay, maintenant, le monde se trouve au coeur du Quai d'Orsay.

Lorsque je suis arrivé dans cette Maison, au mois de mai 2007 - je vous rappelle que j'avais déjà été secrétaire d'Etat auprès de Roland Dumas, dans cette même Maison, et j'avais déjà une petite habitude - ce ministère s'interrogeait sur son rôle, sur sa place dans l'Etat et sur la définition-même de son coeur de métiers.

La France, pendant ce temps, s'interrogeait sur sa place en Europe et dans le monde.

Je suis venu ici avec cette mission : moderniser notre outil diplomatique, le remettre en mouvement pour que la France soit plus forte, plus efficace et plus audacieuse.

Le monde change, c'est une banalité, ce ministère devait changer et mon souhait - c'était mon souhait le plus profond mais aussi celui de bon nombre d'agents de cette Maison, de beaucoup plus que vous ne le croyez - était qu'il faut sortir des habitudes, avoir les moyens de notre ambition et pour rester fidèle à soi, il faut toujours se renouveler.

J'ai beaucoup consulté, je me suis appuyé notamment sur les travaux du Livre blanc dont nous avions confié la réalisation à Louis Schweitzer et à Alain Juppé.

Même si on ne l'est jamais assez, j'ai été au maximum à l'écoute des agents du ministère, des syndicats, à l'écoute de chacun de ceux que je pouvais rencontrer. J'avais aussi quelques convictions personnelles, forgées sur le terrain, au prix d'une longue pratique, durant de nombreuses années et souvent en contact direct avec les diplomates.

Aujourd'hui, moins de deux ans plus tard, je vous présente cette modernisation.

Le Quai d'Orsay change en profondeur, j'ai voulu lui donner une nouvelle organisation, de nouvelles méthodes de travail et un nouveau visage.

Pour ce qui est de l'organisation tout d'abord, nous avons voulu adapter le ministère aux nouvelles réalités du monde, aux grands enjeux mondiaux et aux besoins quotidiens des Français. J'ai voulu tout d'abord doter le ministère d'un Centre de crise qui assure une veille permanente, 24 heures sur 24, une meilleure réactivité en cas de problèmes. Ce Centre de crise s'appuie sur une équipe de diplomates capables d'intervenir sur le théâtre lui-même, pas seulement d'être dans le Centre de crise, ce qui est déjà énorme, mais d'intervenir sur le théâtre même de l'action et qui se mette au service des Français en difficulté et souvent, plus largement, des Européens ou d'autres nations qui nous le demandent. Les tragiques événements de Bombay, la crise en Thaïlande, l'aide humanitaire à Gaza l'ont montré récemment.

D'ailleurs presque tous les jours, il faut réagir car il y a des problèmes qui se posent aux Français, quant il ne s'agit pas d'une démonstration de la forte industrie des enlèvements qui existent dans le monde.

Urgence donc, mais aussi long terme. J'ai également voulu renforcer nos capacités de prévision. Aujourd'hui, on ne peut plus s'en tenir à la seule analyse des rapports entre Etats, j'ai donc souhaité la création d'une direction de la Prospective chargée de l'étude des phénomènes jusque-là insuffisamment pris en compte dans nos analyses diplomatiques. Je pense à la dimension religieuse, à la dimension d'émigration comme à bien d'autres, telles que l'environnement, l'économie en cette période de crise, etc.

Enfin, les opportunités et les problèmes liés à la mondialisation demandaient une expertise spécifique, une vision plus cohérente et une capacité d'initiative renouvelée.

J'ai donc décidé de créer une direction générale de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats.

Cette direction est le pilote des stratégies de long terme pour répondre aux enjeux globaux auxquels je faisais allusion : la santé, la démographie, l'énergie, les ressources naturelles - concernant ce thème, c'est par exemple la Conférence d'Istanbul qui a eu lieu il y a quelques jours sur la question de l'accès à l'eau, avec l'échec, l'échec partiel de cette Conférence mais l'échec tout de même -, l'économie, la technologie et la culture.

Cette direction porte notre action en matière de régulation des systèmes économiques mondiaux, de lutte contre les paradis fiscaux ou contre les flux financiers illicites et de développement de financements innovants.

Enfin, j'ai voulu une Direction de l'Union européenne qui englobe l'ensemble des politiques européennes, autrefois réparties en deux structures.

Je présenterai d'ailleurs aux agents, dans quelques jours en présence des trois secrétaires d'Etats, très précisément les tâches de ces directions.

Ces innovations vont de pair avec le regroupement de nos sites parisiens que je vous invite à visiter et je le ferai avec vous très volontiers.

L'immeuble de la Convention pas loin du bord de Seine ainsi que celui de La Courneuve offrent de meilleures conditions de travail et une meilleure fluidité de l'information entre services. Je crois que ce sont les clefs de la diplomatie de demain. En effet, ces rencontres entre nos services n'étaient pas assez régulières.

Une fois de plus, merci aux agents, à ceux qui redoutaient ce transfert, à ceux pour qui changer les habitudes, des habitudes familiales, des habitudes de quartier, etc. n'était pas simple et, j'ai constaté avec eux qu'ils s'adaptaient avec une détermination que je salue. Merci donc aux agents.

J'ai également voulu réformer nos ambassades. Ce sont des lieux de rassemblement, de concentration, d'expertises au service des Français. C'est à l'ambassadeur de coordonner tous les moyens d'intervention de l'action publique et c'est maintenant à lui, légalement, de coordonner toutes les représentations et les actions extérieures dans les pays où ils nous représentent.

Ces pouvoirs sont désormais renforcés, notamment en matière de coordination interministérielle. J'insiste sur cette coordination interministérielle - le décret vient d'être publié. Il faut absolument que nos ambassades soient, non seulement le lieu d'accueil de tous les Français qu'ils soient en difficulté ou non, mais il faut que chacun des agents d'un autre ministère et bien sûr les ministres se sentent accueillis, chez eux, chez lui, dans nos ambassades.

Pour cela, il faut transformer peut-être aussi les mentalités et la formation.

Notre réseau reste, demeure, se renforce comme universel. C'est le deuxième du monde après celui des Etats-Unis. Tous les pays le savent et le reconnaissent.

Hier, pour la première fois, un ministre français des Affaires étrangères s'est adressé à la réunion des ambassadeurs britanniques, je peux vous dire qu'ils sont assez admiratifs, - posez-leur la question vous-mêmes - de nos transformations. Pourtant, dans le domaine de la modernisation, ils nous avaient précédés. Maintenant, croyez-moi, ce que nous faisons, dans le domaine culturel en particulier, rencontre leur soutien et leur admiration.

Notre réseau est donc universel, je le répète, c'est un atout considérable pour notre diplomatie. Cela nous permet d'intervenir partout en temps réel sur les sujets diplomatiques ou consulaires.

Mais, être présents partout ne signifie pas être présents partout de la même manière. J'ai lu, avec peine, une classification des ambassades qui n'existe pas. Ce que nous avons fait, c'est de demander aux ambassadeurs et ce fut l'un des exercices qui a un peu retardé la présentation que je fais devant vous aujourd'hui, de s'interroger sur leur mission.

Ils ont sélectionné eux-mêmes, en fonction de leurs importances, les diverses missions et vous comprendrez que ce n'est pas exactement semblable d'être à Mexico, d'être à Washington ou d'être à Oulan Bator où j'ai constaté, je vous le signale, qu'il y avait douze personnes. Ce n'est donc pas pareil. Il y a des missions qui doivent être considérées comme telles, comme le coeur-même de l'action de l'ambassade.

Désormais, nous avons donc une vision modulaire des ambassades, avec des missions différentes mais autant de prestige partout. L'ambassadeur a la même valeur dans un pays moins peuplé ou très peuplé. La Mongolie n'est pas loin de la Chine, chacun est ambassadeur.

Il ne faut pas voir, dans cette nécessité qui nous est imposée par les économies que nous devons faire - chacun des ministères et pas seulement celui-ci -, ce n'est pas une classification hiérarchique.

Il y aura parfois mais pas toujours, beaucoup d'intérêt à se consacrer à une mission principale qui sera tellement importante pour notre pays.

Puisque je parle de Oulan Bator, je vous signale qu'en Mongolie, il y a beaucoup d'uranium et que c'est capital. Ce n'est donc pas parce qu'il y a 450 agents actuellement dans un pays et un dans les autres que nous hiérarchiserons les carrières. Ce n'est pas vrai, vous verrez, vous aurez des surprises dans la nomination des ambassadeurs et des ambassadrices car je maintiens le plus possible, absolument, l'équité. Il faut absolument qu'il y ait un équilibre entre les hommes et les femmes. Evidemment, c'est difficile car il n'y a pas autant de femmes à des postes qu'elles méritent qu'il n'y a d'hommes.

Trop de rigidité dans le réseau de nos ambassades entravait notre capacité d'actions. Ce que je propose aujourd'hui, ce sont des missions ciblées, pour chaque poste, au service d'une stratégie d'ensemble. Ou bien, alors, il ne fallait pas réformer le ministère, il ne fallait pas maintenir la vocation universelle de notre réseau. Il fallait choisir de supprimer des ambassades et nous supprimerons quelques consulats pour en créer d'autres ailleurs parce que c'était nécessaire, le monde a changé, changeons notre adaptation au monde.

Nous restons donc présents partout mais nous nous adaptons aux exigences de notre stratégie et aux réalités du terrain.

Prenons des exemples concrets, notre ambassade à Washington couvre des enjeux globaux, politiques, économiques, culturels, les questions de sécurité qui représentent toutes les facettes de notre relation complexe et riche avec les Etats-Unis. L'ambassade de France à Tbilissi est très mobilisée sur la politique intérieure géorgienne, vous comprenez pourquoi et d'ailleurs voilà un ambassadeur dont je pourrais vous parler, qui s'est très bien adapté, qui représente très bien notre nouvelle diplomatie à Tbilissi, mobilisée sur la stabilité régionale et sur les équilibres sensibles avec la Russie. L'ambassade de France en Uruguay va assurer une diplomatie d'influence politique, culturelle, scientifique dans un pays très francophile auquel nous sommes attachés par des liens historiques.

Ce sont quelques exemples de modulations. Elles ne mettent pas en cause l'intérêt profond que nous accordons aux relations avec ces pays. Encore une fois notre réseau est le deuxième du monde et nous sommes représentés partout.

J'ai également voulu donner à notre diplomatie un nouveau visage, celui de la France du XXIe siècle parce que l'image du diplomate souffre encore de mauvais clichés. La diplomatie c'est un métier, un métier utile aux Français, je suis très fier de travailler pour ce métier. C'est un service public que nous devons reconnaître comme tel et vous aussi, si vous me le permettez pouvez en être fiers. Je veux faire des mots "diplomatie", "diplomate", des mots positifs. Je lis un peu partout "un diplomate, qui réclame l'anonymat", "un diplomate nous dit" etc... il y a toujours un côté mystérieux dans cette appellation qu'il faut peut-être un peu dépoussiérer. Etre diplomate, c'est accomplir un métier moderne dans l'économie globale, dans la mondialisation, c'est beaucoup plus intéressant et plus passionnant mais certainement plus utile qu'avant.

D'abord, j'ai souhaité que nos diplomates reflètent mieux la France d'aujourd'hui et je vais signer devant vous ce jour même une charte de l'égalité professionnelle et de l'égalité des chances pour un personnel plus féminin, je le disais tout à l'heure, plus jeune et provenant d'horizons plus divers. J'ai voulu aussi améliorer la formation initiale et professionnelle en instituant une école diplomatique et consulaire. Dès la rentrée 2010, les nouveaux agents y recevront pendant plusieurs mois leur formation de diplomates sur notre nouveau site de La Courneuve.

Un nouveau visage, c'est aussi un visage plus ouvert parce que la politique étrangère aujourd'hui, ce n'est pas une affaire de castes ou de spécialistes, c'est l'affaire de tous les Français, c'est pourquoi nous avons rénové en profondeur notre politique de communication vers le grand public. Pour mieux informer nos partenaires des positions françaises mais aussi et surtout pour mieux expliquer à nos concitoyens les enjeux de la globalisation. Les diplomates se déplacent maintenant régulièrement dans les régions françaises à la rencontre du public, c'est ce que nous appelons le "ministère hors les murs" et j'y attache une importance particulière. Nous avons rénové notre site Internet, il est visité désormais chaque mois par plus d'un million et demi d'internautes.

J'ai voulu enfin changer en profondeur nos méthodes de travail parce qu'aujourd'hui la diplomatie n'est plus seulement une affaire entre diplomates dans le secret des ambassades, l'action extérieure implique un nombre croissant d'acteurs souvent non étatiques, bien sûr les organisations non gouvernementales mais les universités, les entreprises, les collectivités locales. La seule manière d'être efficace, d'anticiper, de proposer, c'est de conjuguer l'ensemble de ces forces. C'est là, je crois, le secret d'une diplomatie qui fera gagner la France dans la mondialisation. Tous ces acteurs seront désormais nos partenaires, je les rencontrerai régulièrement, dans le Conseil stratégique que je crée à cet effet.

Changement de méthode encore dans notre politique culturelle.

Notre "C" de la DGCID voulait dire Coopération pas Culture. La culture avait disparu depuis 1998. Notre diplomatie culturelle souffrait d'une dispersion des moyens et d'un manque de lisibilité. Elle avait besoin d'une nouvelle organisation plus réactive, plus souple et plus ouverte aux partenariats. J'ai donc décidé de créer une nouvelle agence sous la forme d'un établissement public - établissement public, je ne crée pas une agence privée dans un coin, dont seront absents les diplomates, au contraire -. Cet établissement public, baptisé Institut français sera chargé de toute notre coopération culturelle extérieure. Les Instituts français sont également présents dans chacune des ambassades. Ils coordonnent désormais l'ensemble de nos programmes culturels, scientifiques, universitaires et de coopération dans les pays partenaires. Cette réforme était nécessaire et elle demande bien sûr des moyens. Ces moyens, je les ai partiellement obtenus auprès du Premier ministre et du président de la République : 40 millions d'euros supplémentaires seront spécifiquement consacrés à notre politique culturelle extérieure, en plus des 300 millions qui y étaient déjà consacrés.

Chacun peut mesurer l'effort que cela représente et l'ambition que le gouvernement met dans une diplomatie d'influence à la hauteur de nos intérêts nationaux. C'est aussi un signal d'encouragement pour ceux qui oeuvrent dans le monde au rayonnement de notre pays. J'ai confié la préfiguration de l'agence culturelle à des hommes et des femmes d'expérience et de talent, des personnalités du monde parlementaire - je les remercie d'être ici -, culturel, intellectuel, artistique, à qui je veux dire toute ma confiance dans cette préfiguration. Cela prendra quelques mois. Nous avons un jour l'intention - au début de l'année prochaine - de regrouper les autres agences dans une maison des opérateurs, tout proche d'ici, nous le souhaitons et nous le ferons. D'ici là, d'autres rejoindront ce groupe de préfiguration, des spécialités seront regroupées : les arts plastiques, le cinéma, le théâtre, etc...dans toute une nébuleuse autour de ces personnalités qui travailleront sur la préfiguration et puis nous créerons l'agence d'ici juillet prochain. Les Etats généraux de l'action culturelle extérieure seront réunis et aussitôt après l'Agence sera lancée.

J'ai toujours été animé par cette conviction : une politique étrangère, c'est un élan collectif fondé sur des valeurs et sur des ambitions communes, entre un pays et son action extérieure, entre un pays et ses diplomates. Il doit y avoir un lien très fort, c'est le sens de cette rénovation. Nous avons tous ici une obligation de résultats envers les Français, nous avons aussi une obligation de résultats envers le reste du monde, envers tous ceux qui attendent un message et un espoir venu de France. Notre diplomatie est à la confluence de ce double devoir : la France a besoin du monde et le monde a besoin de la France.

Mesdames et Messieurs,

Dans un monde en mouvement, le ministère est ainsi mieux préparé. La force d'un pays, c'est sa capacité d'initiative et d'entraînement. Nous avons fait le choix d'une diplomatie audacieuse et inventive. Nous avons désormais l'outil qui nous permettra de la mettre en pratique tous les jours, toutes les minutes au service de notre pays et, comme je l'ai constaté hier à Londres, puisque je m'adressais aux ambassadeurs britanniques et je les informais sur notre réforme, c'est un peu la même chose en Grande-Bretagne et en France, les affaires extérieures sont une affaire très fortement intérieure.

Merci beaucoup.


Q - Si je comprends bien : dorénavant, tous les ambassadeurs sont égaux, ils sont tous considérés au même point, au même niveau...

R - ... ils l'étaient déjà, Monsieur...

Q - Oui, mais est-ce que cela va avoir tout de même une influence sur la compétitivité pour les grands postes ? Parce qu'un poste à Washington, ce n'est pas considéré par un ambassadeur de la même façon qu'un poste à Ouagadougou.

Ma deuxième question concerne l'Institut français. Est-ce que c'est pour la formation de diplomates qui ont été déjà assimilés au ministère par la voie traditionnelle de l'IEP et de l'ENA, ou est-ce que c'est une voie parallèle pour des diplomates et pour les former indépendamment ?

R - Ce n'est pas l'Institut français. Vous avez dit "Institut français", mais c'est l'Institut diplomatique, l'Académie diplomatique, tout ce que l'on a regroupé pour la formation, cela n'a rien à voir. L'Institut français, c'est l'agence culturelle. A côté de cela - et je réponds à votre question -, quand on sort de l'ENA, on n'est pas forcément des spécialistes du développement, je l'ai constaté souvent, ou de l'action culturelle, je l'ai constaté encore plus, ni même de la culture.

Je vous donne un exemple : bien sûr que l'ambassade à Washington est extrêmement attirante, mais ils n'y sont pas tous. Il y aura évidemment, comme il y a dans le Tour de France ou dans n'importe quel poste de l'industrie, une compétition, nous n'entendons pas la gommer et nous espérons nommer les meilleurs.

Cette formation et la façon dont nous avons ciblé les missions en fonction des postes, cela répondait à une nécessité parce que, si nous voulions rester universels, le premier choix était celui-là. Maintenant, nous avons, donc, à passer à l'acte, si vous voulez. Il faudra que cette formation, qui sera pour tout le monde, soit spécifique : tout ce que l'on n'a pas appris dans des domaines très précis, on pourra peut-être s'y tremper un petit peu. Encore une fois, un poste en Afrique, où 70 % de la population n'a pas accès à l'eau, ce n'est pas exactement pareil qu'un poste à Berlin.

Il faut donc que nous précisions ces choses et que chacun des ambassadeurs puisse recevoir un bagage spécifique. C'est un long chemin pour aller à Washington, certains y parviennent.

Q - Au sujet de la politique culturelle extérieure, pouvez-vous nous préciser qui seront les membres de cette mission de préfiguration ? Par ailleurs, je sais qu'une réflexion doit être menée sur l'implantation géopolitique de ces instituts. Quelles seront les priorités en terme d'implantation ?

R - Je ne voudrais pas les nommer tous car beaucoup vont nous rejoindre et je serais donc très impoli. Je peux vous dire que le groupe de préfiguration est placé pour l'heure sous la direction de MM. Saint-Geours, Poivre d'Arvor, Nolte et Mme Bidegain. Mais il y en a beaucoup, certains sont là. Il y a des parlementaires - sénateurs et députés - ici présents. Il y a aussi quelques spécialistes. Je ne veux pas vous donner la liste maintenant, car elle serait imparfaite et des personnes qui figurent sur cette liste ne sont pas présentes aujourd'hui.

La préfiguration sera le lieu - vous pourrez les rencontrer d'ailleurs quand vous voudrez - où tout cela s'élaborera. C'est le creuset d'une agence qui devra être à la fois très dynamique, très innovante. J'ai eu le bonheur de rencontrer le directeur du British Council hier, qui nous a dit son admiration pour ce modèle. Je ne dis pas que le British Council soit mauvais, au contraire, il a très longtemps servi de modèle. Mais ce n'est pas pareil, le British Council, c'est complètement à part. Nous, nous sommes restés, nous sommes volontairement dans le ministère des Affaires étrangères, plus souples, plus inventifs, trouvant de l'argent plus facilement en dehors des budgets - j'ai déjà trouvé 40 millions supplémentaires pour l'Agence -. Voilà, ce sera une structure qui profitera de l'expérience de tous ceux qui y participeront. Je vous ai fourni l'article que Mme Anne Gazeau-Secret, qui était la directrice de la DGCID, a écrit, vous le consulterez avec, je crois, intérêt.

Q - Monsieur le Ministre, Nicolas Sarkozy part en Afrique demain. Vous étiez à l'origine prévu comme accompagnant le président de la République. Pouvez-vous nous dire pourquoi finalement vous n'allez pas avec lui en Afrique ?

R - Parce que j'ai au même moment le Gymnich, la réunion des ministres des Affaires étrangères européens sous Présidence tchèque. Vous savez qu'hier, il s'est passé un petit événement qui fait que la Présidence est un peu endommagée par le vote du Parlement qui l'a mise en minorité. Nous ne savons donc pas comment cela va se passer. C'était encore une raison pour être présent au Gymnich. Si j'étais allé, comme je le souhaitais, d'abord en République démocratique du Congo puis au Congo-Brazzaville et que là, je dois avoir un avion qui me ramène directement, ce n'est pas possible. D'autre part, je suis, cette après-midi, et je ne peux pas partir, responsable unique de la politique extérieure et de l'OTAN au Sénat. Pour toutes ces raisons, je ne peux pas participer, mais de nombreux ministres accompagnent le président. Ils me représenteront avantageusement, notamment Alain Joyandet, qui est chargé de ce dossier.

Nous sommes préoccupés et nous voulons fournir notre aide à nos amis tchèques, très précisément en cette période. La Présidence n'est déjà pas facile, l'Union européenne est une tâche qui vous prend 24h/24 et maintenant les voilà fragilisés. Je crois qu'il est tout particulièrement important de soutenir nos amis tchèques en ce moment.

Q - Est-ce que vous pourriez nous dire la différence, dans votre esprit, entre la diplomatie culturelle et la stratégie d'influence ? Je pose la question dans le prisme américain, c'est-à-dire qu'ils ont fait une très forte poussée dans le "public diplomacy", on n'a jamais exactement su si c'était des relations publiques, de la diplomatie ou du culturel et sous la présidence de George Bush, cela a été résumé comme n 'étant pas un grand succès même par des personnes comme Karen News . Est-ce que nous aurons la même configuration ? Vous voyez une nette différence entre stratégie d'influence et politique culturelle à l'étranger ?

R - Je vous réponds avec beaucoup de précautions. J'en vois très peu. La stratégie d'influence ne comprend pas que le culturel. L'action culturelle, l'agence culturelle y répond très précisément et c'est peut-être la meilleure réponse que je puisse vous faire. Voyez-vous, nous avons constaté qu'il ne suffisait pas d'imposer de la culture française à des gens qui ne la demandaient pas ou qui la demandaient différemment. Si nous avons fait cette agence culturelle - et encore une fois je vous ai donné les noms de ceux qui dirigent la préfiguration, mais, vous allez voir, vous allez être surpris par l'élan que cela va donner -, il y a une demande de France. Elle n'est pas forcément correspondante à l'offre que l'on faisait. Il faut que l'on s'adapte beaucoup plus. Cela veut dire respecter les cultures, être moins arrogants, avoir avec les pays des rapports peut-être plus physiques, plus fraternels, plus proches des gens. Voilà ce que nous voulons faire. Ce qui était proposé, j'ai infiniment de respect, j'adore Cyrano de Bergerac et je peux vous le réciter par coeur, mais franchement, ce n'est pas forcément ce que l'on demande à chaque fois, ni la Comédie française, que je respecte et que j'aime, ni Cyrano de Bergerac, qui est magnifique. Il faut que l'on essaie de composer et de faire un tout petit peu plus adapté à la demande.

Mais la demande de France ce n'est pas seulement la culture. C'est évidemment politique, c'est évidemment stratégique. Alors, c'est pour cela que nous avons maintenu cette agence culturelle à côté des directions nouvelles que nous créons et, en particulier, à côté de la direction des Affaires globales, parce que cela en fait partie.

Peu de pays ont une diplomatie mondiale avec une possibilité d'accès à presque tous les pays du monde. C'est ce dont nous parlions avec les Britanniques hier. Dans cette demande de France - il y a certainement également une demande de Grande-Bretagne, il n'y a pas de doutes -, il y a beaucoup de culture. Il nous fallait un outil plus fort, plus souple, regroupant un certain nombre de gens. Ce n'est pas fini.

On peut penser que la diplomatie d'influence, que la politique d'influence, comprend également l'éducation, les lycées - ils seront à côté de nous -, comprend ces centres culturels, mais nos amis des Alliances françaises, qui sont plus autonomes par rapport aux centres culturels, seront à côté de nous. Tout cela va constituer, j'espère, une dynamique dont j'attends beaucoup de résultats.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez parlé d'Europe tout à l'heure. Dans quelle mesure est-ce que cette diplomatie rénovée fait une place au service diplomatique européen, dans la mesure où il entrerait en vigueur si et quand le Traité de Lisbonne sera ratifié ?

R - Pertinence et acuité de la question. D'abord je vous signale que ce qui vient de se passer en République tchèque endommage une fois de plus la certitude d'avoir le Traité de Lisbonne, parce qu'il restait deux pays qui n'avaient pas ratifié, je parle devant le représentant permanent, je m'incline d'ailleurs devant le représentant permanent, dont nous attendons le retour ici.

Parler de la configuration future d'une diplomatie européenne, c'est accepter l'idée - nous l'acceptons d'ailleurs volontiers, mais ce n'est pas fait - que le Traité de Lisbonne soit ratifié, accepté par tout le monde en Europe. Cette réflexion était plus forte, plus nourrie, avant le rejet par référendum en Irlande du Traité de Lisbonne.

Quelle est la question qui se pose ? Est-ce qu'il y aura encore des diplomaties nationales et même des représentants de la diplomatie nationale au sein de l'Europe alors qu'une grande diplomatie européenne sera mise en oeuvre ? Comment ? Quelles représentations ? Quel personnel ? Est-ce que ce sont des diplomates qui viendront de tous les pays ? Est-ce qu'ils viendront de la Commission de Bruxelles seulement ? Tout cela était discuté.

Maintenant, nous sommes un peu en panne, mais nous nous apprêtons - parce que j'espère, je pense que nous pourrons bénéficier du Traité de Lisbonne - à reprendre - vous savez, théoriquement, nos amis irlandais vont voter avant la fin de l'année - ces travaux et le réseau diplomatique européen est un sujet. Beaucoup le craignaient, pas forcément dans les plus grands pays, mais c'est normal. Ils craignaient la venue de ce Traité de Lisbonne qui allait faire disparaître une part - semblait-il pour eux, pour certains qui le craignent, moi je ne le craignais pas - des diplomaties nationales.

Q - Vous avez parlé des économies nécessaires dans le cadre de la réorganisation du ministère. Vous avez signalé en même temps qu'il y avait une augmentation du budget culturel. Comment savoir où sont les économies ? On sait que pour le réseau culturel en Allemagne, il y a eu des économies et qu'il y aurait encore certaines restrictions prévues pour les instituts culturels français en Allemagne, entre autres. Je voudrais un peu m'y reconnaître entre, d'un côté, les économies et, de l'autre, les augmentations de budget.

R - Je tenterai de vous aider à vous y reconnaître. D'abord la culture française en Allemagne, c'est assez proche. Vous savez qu'il y a beaucoup d'agents au sein de notre ambassade en Allemagne, dont notre excellent ambassadeur. C'était un des lieux, avec le Sénégal, où nous avons tenté des rapprochements, des fusions et une espèce de simplification de l'organisation et du fonctionnement sans diminuer l'efficacité. Ne craignez rien, la politique culturelle de la France en Allemagne est maintenue. Les économies, nous les avons faites, malheureusement, dans la diminution des personnels.

Pour un certain nombre de personnels et d'agents locaux partant à la retraite, leur poste ne sera pas renouvelé. Il y en a environ 700 sur trois ans. Il y avait, si je ne m'abuse, 16.720 agents de ce ministère, il en restera, dans 3 ans, 16.020. Théoriquement, car nous en engagerons. Nous pensons que nous aurons des budgets différents au fur et à mesure que la crise économique passera.

Puis, nous avons fait aussi des économies d'échelle. Nous nous sommes débrouillés, comme tous les ministères. Il y a eu la RGPP (révision générale des politiques publiques) que nous avons été bien forcés de suivre. Dans notre ministère qui avait consenti à beaucoup de sacrifice, qui était l'élève modèle depuis dix ans ! 10 % de diminution de personnel, 11 % de diminution de budget. Nous étions l'enfant modèle, à nos dépens, aux dépens des agents. Nous avons continué en maintenant les budgets.

Je vois des chiffres absolument fantaisistes que je m'empresse de rectifier devant vous. Nous avons un budget de plus de 300 millions d'euros. Et je parle seulement de la culture. On doit y ajouter les 500 millions de budget de l'Agence des lycées français et je viens d'y rajouter 40 millions. C'est-à-dire qu'il y aura 40 millions de plus venus du budget pour la culture. Les instituts français, les centres culturels sont capables de générer 100 millions eux-même. Si vous mettez à part les lycées, il y aura 440 millions pour la culture cette année. Ce n'est peut-être pas assez, mais je pense que l'on pourra quand même bien démarrer.

L'activité des centres culturels qui deviendront institut français a augmenté dans l'année 2008. Les crédits devraient, pour la culture, être plus étoffés que prévus et qu'annoncés. Tout autre chiffre serait faux.

Q - Vous n'avez pas parlé de Campus France. Il est question de fusion avec Egide et d'une unique tutelle du ministère des Affaires étrangères et européennes. Que répondez-vous aux conférences d'établissements et d'enseignement supérieur qui sont opposé à cette unique tutelle ? Deuxième question est-ce que le choix a été fait pour le nom ?

R - Je ne leur demande ni d'être opposés ni d'être favorables. Ils sont autonomes. CampusFrance concerne les études supérieures. Etait-il logique ou non que la chaîne soit continue, à partir de l'influence culturelle mais de la proposition pédagogique des lycées français d'aller jusqu'à l'université ? Moi, je le pense encore. J'en ai parlé avec ma collègue Valérie Pécresse et, pour le moment, nous ne sommes pas d'accord. Si le comité de préfiguration avec les multiples agents, les professeurs, les parlementaires, juge différemment et fait une autre proposition, j'en serai ravi. Pour le moment c'est ainsi.

Vous avez noté qu'il y aura une maison des opérateurs. Valérie Pécresse est tout à fait d'accord pour que, dans cette Maison où seront regroupées toutes ces agences, il y ait CampusFrance. De toute façon, nous serons proches. Est-ce que nous devrons être mêlés ? Est-ce qu'une seule agence c'était mieux que plusieurs côte à côte ? Je ne sais pas. Après tout, le gigantisme des agences n'est pas un gage de leur efficacité.

Nous avons eu ce problème avec l'Agence française de développement qui sera maintenant placée sous la responsabilité de l'ambassadeur. Auparavant, un ambassadeur pouvait refuser un projet, maintenant il devra les proposer à l'Agence et les accepter. Il y aura un comité d'orientation où je serai le plus souvent.

Quand on a décidé, par exemple, que l'agriculture était insuffisamment soutenue dans le monde, il faut que cela passe par notre réseau diplomatique. Dans ces conditions le représentant de l'Agence française de développement sera à l'ambassade le numéro 2 - en général -, sous la direction de l'ambassadeur.

Nous souhaitons que les choses soient regroupées mais pas qu'elles disparaissent. Et surtout pas le rôle que joue l'AFD en matière de prêt bancaire ou de dons. Mais la décision doit être politique. Les grandes orientations stratégiques seront proposées ici et ensuite les ambassadeurs auront beaucoup plus de pouvoir pour la mise en service sur le terrain.

Pourquoi fait-on une formation particulière sur le développement ? Parce que l'ambassadeur doit être lui-même, avec son collaborateur, capable de décider des projets de développements locaux. Cela ne veut pas dire que l'AFD ne sera pas responsable des grands travaux à l'échelle d'un continent ou d'une région.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 mars 2009

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