Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à RTL le 31 mars 2009, sur les rémunérations des dirigeants de grandes entreprises. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à RTL le 31 mars 2009, sur les rémunérations des dirigeants de grandes entreprises.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti : J.-M. Aphatie Bonjour, X. Bertrand.
 
Bonjour, J.-M. Aphatie.
 
Le Gouvernement a rendu public son décret limitant la part variable des rémunérations des dirigeants des entreprises aidées par l'Etat. Concrètement, ceci concerne les deux constructeurs automobiles et six banques, c'est-à-dire pas grand monde. C'est très, très réducteur, dit B. Thibault. Que lui répondez-vous, X. Bertrand ?
 
Que moraliser le capitalisme, ça passe par des actes. Ce décret est un acte fort, A. Duhamel le disait tout à l'heure. Il n'y a qu'un seul pays en Europe, l'Irlande qui a mis en place un décret de ce type et encore... Parce qu'ils ont nationalisé, eux, les banques ; et je pense que ce décret c'est la marque à la fois de l'efficacité et de la réactivité.
 
Et il suffit ?
 
Ah, j'en suis persuadé, pour à la fois changer les comportements tout de suite dans les entreprises qui sont aidées par l'Etat, dans les entreprises publiques également ; et n'oublions pas non plus qu'à la fin de l'année dernière, un texte de loi a été voté - c'est moi-même qui l'avais présenté à l'Assemblée nationale - pour faire en sorte que quand il y avait des stock-options dans une entreprise, maintenant il y en aurait pour tout le monde ; et en plus, vous avez un code qui a été mis en place. Pas un code de bonnes pratiques seulement. Un code qui s'impose, un code qui oblige les entreprises à changer leur comportement. Et aujourd'hui, vous avez près de 90% des société cotées qui l'ont adopté et ce qui est important et essentiel c'est que les comportements de certains, de certains seulement chefs d'entreprise, changent.
 
Vous disiez, vous, X. Bertrand, le 22 mars - nous sommes le 31, il y a donc neuf jours - : "Il faut tout remettre à plat concernant les stock-options". Ce qui a décidé par la Société Générale est légal mais pas moral. Donc, disiez-vous, X. Bertrand, il faut changer la loi. Vous avez changé d'avis ?
 
Et je disais même une chose : si les comportements ne changent pas, il faudra changer la loi. Excusez-moi...
 
Vous avez changé d'avis ? "Il faut tout remettre à plat sur les stock-options", disiez-vous. Et alors ?
 
Je le pense toujours. Et dans quel cadre ? Dans le cadre du débat sur le partage de la valeur, le partage de la richesse...
 
Et là, vous allez toucher aux stock-options ?
 
Excusez-moi de faire encore une fois référence à l'éditorial qui a eu lieu tout à l'heure. Oui je suis persuadé qu'il faut être capable de dire que dans une entreprise, quand on réussit c'est aussi grâce aux actionnaires, mais c'est surtout grâce aux salariés. Je pense qu'il en faut plus pour les salariés.
 
Donc, vous allez tout remettre à plat concernant les stock-options ?
 
Si vous voulez aller beaucoup plus loin sur la question notamment du partage des valeurs, oui il faut poser ce genre de questions.
 
Je vous parlais des stock-options, X. Bertrand.
 
Les stock-options, j'en veux pour tout le monde dans une entreprise, pas seulement pour quelques-uns.
 
Proposition de F. Bayrou : "il faut supprimer, dit-il, les stock-options pour les entreprises du CAC 40".
 
Moi je préfère des stock-options pour tout le monde. F. Bayrou, encore une fois...
 
Non, ma question est précise...
 
Non, non, non, je viens de vous répondre...
 
Ma question est précise : vous n'allez pas remettre tout à plat ? Je ne veux pas les supprimer...
 
Vous avez changé d'avis, X. Bertrand ?
 
Non, je n'ai pas changé d'avis, J.-M. Aphatie. Je viens de vous expliquer. Je peux le faire davantage en détails. Ce qui est important, c'est que les stock options, ce ne soit pas réservé seulement à quelques-uns. La loi qui a été votée en décembre dit que quand il y a des stock-options attribués, il y a forcément un système de stock-options, d'actions gratuites ou d'intéressement participation pour tous les salariés. Plutôt que d'interdire, je préfère en avoir pour tout le monde. Est-ce qu'on peut rester un instant sur les stock-options ? Dans certaines entreprises, quand elles se lancent, quand elles n'ont pas beaucoup d'argent parce qu'on ne peut pas rémunérer comme il faut des dirigeants, on leur donne des actions et quand l'entreprise prend de la valeur, les actions prennent de la valeur.
 
C'est pour ça que je vous parle des entreprises du CAC 40, effectivement.
 
Mais pour toute entreprise quand on décide justement un nouveau challenge dans une entreprise, ça vaut la peine de pouvoir récompenser mais quoi ? La réussite. Je ne veux pas qu'on récompense l'échec, je veux qu'on sache récompenser la réussite. Et je crois qu'il est important aussi de bien voir sur cette question des stock-options. Il ne faut pas oublier que les affaires dont on parle aujourd'hui ne représentent que quelques grands, grands dirigeants...
 
Mais vous serez toujours en retard d'une guerre, X. Bertrand, puisqu'on apprend ce matin que D. Bouton, président du conseil d'administration de la Société Générale, va, lui, bénéficier du régime de sur-complémentaire de retraite des cadres de direction de la Société Générale. En gros, on dit : un million d'euros. Donc, ça vous choque ça, X. Bertrand ?
 
Vous ne pouvez pas dire qu'on est en retard d'une guerre parce qu'il n'y a aucune fatalité à baisser les bras ou à rester les bras croisés sur ce sujet, J.-M. Aphatie.
 
Et alors là, sur cette nouvelle information, qu'est-ce que vous dites, X. Bertrand ?
 
Mais déjà, est-ce que vous avez le détail de cette information ?
 
Oui, il y a beaucoup de chiffres...
 
Voilà. Beaucoup de chiffres ; mais précisément ?
 
32,93 millions d'euros provisionnés par la Société Générale pour six de ses dirigeants. Voilà le détail. Dont un million en retraite sur-complémentaire pour D. Bouton.
 
C'est vrai que tout d'abord, il ne s'agit pas de chercher un quelconque bouc-émissaire ; mais pour monsieur Bouton, ça commence à faire beaucoup. Entre l'affaire Kerviel, monsieur Bouton qui, aujourd'hui, est toujours là, les stock-options sur lesquels il a, en définitive, renoncé et cette affaire-là. Ce que je souhaite, c'est que monsieur Bouton se mette bien en conformité avec le code de l'AfEP et du Medef, c'est-àdire les organisations patronales qui sur la pression, je l'assume, du Gouvernement à l'époque, ont décidé de changer les règles du jeu. Et là, si ceci ...
 
Et là, sur cette retraite du sur-complémentaire, il vous paraît en conformité avec le code de l'éthique ou pas ?
 
Je demande plus de détails. Mais une chose est certaine c'est que si ça Page 23 sur 25 Journaux et invités du matin - Dept. Revues de presse - 01 42 75 54 41 31/03/2009 https://rpa.applications.pm.gouv.fr/journaux_et_invites.php3?date=2009-03-31 n'est pas le cas, et que si ça a été attribué avant ce code, il a le droit de se mettre en conformité, monsieur Bouton, parce que je crois aussi beaucoup à l'exemplarité. Il y a deux autres points qui me viennent à l'esprit, monsieur Aphatie...
 
Rapide !
 
Oui peut-être, mais quand même c'est important. Il y a aussi une question de gouvernance. La responsabilité est aussi celle des administrateurs et des actionnaires...
 
Je voulais vous soumettre autre chose, X. Bertrand.
 
... Parce que quand des décisions sont prises comme celles-là, il y a des administrateurs qui ont donné leur feu vert. Et je crois aussi au pacte social dans l'entreprise et il faut que chacun assume ses responsabilités pour qu'on n'est plus des errements, des excès ou de vrais scandales. La deuxième chose, on parle de quelques chefs d'entreprise. Regardez ! Le même, en l'occurrence monsieur Bouton. Mais moi j'aime les chefs d'entreprise qui prennent des risques et qui les assument. J'aime aussi les chefs d'entreprise qui s'augmentent quand ils augmentent les salariés et je n'aime pas quand des chefs d'entreprise sont séquestrés parce que je crois, aujourd'hui, qu'il y a des dizaines et des dizaines de milliers de patrons dans ce pays, qui se battent pour leur entreprise et pour leur emploi, et qui ne doivent pas être confondus avec seulement quelques-uns qui peuvent parfois se compter sur les doigts des deux mains.
 
Vous parliez des administrateurs. Juste comme ça. Dans la distribution de stock-options, à Gaz de France qui a, là aussi, suscité beaucoup de commentaires, il semble que celui qui représentait l'Etat, X. Muscat, qui était directeur du Trésor, qui est maintenant à l'Elysée, a voté pour la distribution de stock-options à messieurs Mestrallet et Cirelli. Voyez ! Comme quoi même l'Etat quelquefois peut faillir !
 
Mais vous savez très bien que l'attribution de ces stock-options là, était tout à fait légale, tout à fait normale. Eux ont jugé parce qu'il y avait en plus des négociations salariales dans l'entreprise, qu'il convenait d'y renoncer. Mais vous l'avez dit aussi, tout à l'heure, vous avez aussi un texte, un décret qui va s'appliquer, qui marque à mon avis une étape importante ; mais le code qui a été appliqué, il doit maintenant être voté dans chacune des assemblées générales. Je crois maintenant que c'est une question de gouvernance, que chacun doit prendre ses responsabilités. L'Etat a pris ses responsabilités. Maintenant, c'est aux administrateurs de les prendre.
 
Un mot très court pour terminer sur les élections européennes, X. Bertrand. D. Baudis est tête de liste du Grand Sud-Ouest pour l'UMP. Il va donc aller siéger au Parlement européen, s'il est élu. Mais il siègera à mi-temps puisqu'il veut garder, en même temps la présidence de l'Institut du Monde Arabe. Ca vous gêne un député européen à mi-temps, X. Bertrand ?
 
D. Baudis, ce n'est pas quelqu'un qui fait les choses à moitié.
 
Mais il aura deux jobs...
 
C'est quelqu'un de talent et vous avez aussi des députés européens qui peuvent avoir un mandat local ; et je crois d'ailleurs - juste un exemple - : s'il décide de s'impliquer notamment sur l'Europe de la Méditerranée, ça a du sens.
 
Donc, ça ne vous gêne pas qu'il garde...
 
Et d'avoir D. Baudis sur nos listes, c'est une chance.
 
Qu'il ait deux jobs, ça ne vous gêne pas, X. Bertrand ?
 
Je viens de vous dire. Ah vous savez, monsieur Aphatie, il arrive que certains aient plusieurs emplois. Des journalistes aussi ont plusieurs emplois, ça arrive aussi.
 
Des journalistes qui briguent le suffrage universel, X. Bertrand ?
 
C'est un scoop que vous nous livrez. Vous êtes candidat à une élection ?
 
Non, puisque vous parliez de journalistes qui briguent le suffrage universel...
 
Je connais des journalistes qui s'impliquent aujourd'hui dans les élections européennes. Visiblement, ce n'est pas le cas.
 
X. Bertrand, secrétaire général de l'UMP était l'invité de RTL, ce matin.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 mars 2009

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