Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à Europe 1 le 10 avril 2009, sur le rejet par l'Assemblée nationale du projet de loi sur le téléchargement illégal et l'absentéisme parlementaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à Europe 1 le 10 avril 2009, sur le rejet par l'Assemblée nationale du projet de loi sur le téléchargement illégal et l'absentéisme parlementaire.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, FOGIEL Marc-Olivier.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

Circonstances : Rejet du projet de loi sur le téléchargement illégal (dit "loi Hadopi") par 21 voix contre 15 à l'Assemblée nationale le 9 avril 2009

ti : M.-O. Fogiel.- Bonjour J.-F. Copé... Vous êtes le président du groupe UMP à l'Assemblée. Est-ce que vous avez passé une bonne nuit après ce nouveau camouflet ?
 
Non, je n'ai pas passé une bonne nuit, mais j'ai surtout un sentiment profond de regret de ce qui s'est passé, parce que...
 
Et d'échec ?
 
Regret d'abord... de toute façon ce n'est pas un succès de notre point de vue ; regret d'abord de s'être fait avoir bêtement. On a été majoritaires toute la matinée. Il y a une vieille tradition au Parlement, sur ces sujets-là, donc on est dans une fin de discussion, on sait très bien que l'essentiel du débat a eu lieu, tout était parfaitement calé, et puis voilà, un bon vieux coup comme ça arrive parfois dans la vie parlementaire. Dans les dernières minutes, les députés de l'opposition sont arrivés plus nombreux pour nous battre, mais bon voilà !
 
Sauf que, J.-F. Copé excusez-moi, mais 15 députés UMP en séance pour une loi si importante pour le président de la République. Franchement, il y a 577 députés à l'Assemblée, 15 députés UMP, est-ce qu'aux yeux des Français ce n'est pas ridicule ?
 
Si, mais enfin de ce point de vue ce qui est ridicule c'est en fait la manière dont fonctionne le Parlement, ce n'est pas plus aujourd'hui qu'une autre fois. Il y avait 15 députés UMP, il y avait 6 députés PS, donc ce n'était pas mieux dans l'autre sens. C'est comme ça que fonctionne la vie...
 
Mais enfin c'est vous qui proposiez la loi sur le téléchargement illégal, donc !
 
Non, mais attendez, laissez-moi finir ma phrase, sinon ce n'est pas la peine qu'on parle. Donc simplement le reflet là, c'est surtout le fonctionnement même du Parlement, c'est-à-dire qu'effectivement aujourd'hui, tels que les débats sont organisés, il n'y a plus besoin d'être beaucoup en séance pour que le débat ait lieu, surtout quand il s'agit d'une fin de texte, parce qu'en fait c'était une fin de texte, le débat il a déjà eu lieu.
 
Est-ce que vous prenez ça pour une faute personnelle, J.-F. Copé ?
 
Si, bien sûr.
 
Puisque vous êtes le patron, est-ce que vous n'avez pas réussi à mobiliser vos députés, c'est une faute personnelle pour vous ce matin ?
 
 
Je vais même vous dire mieux, c'est que moi j'ai pour habitude d'assumer et de ne pas me cacher derrière mon petit doigt. Et donc, dès que cet événement est intervenu, j'ai immédiatement dit publiquement combien j'assumais mes responsabilités en tant que responsable de notre groupe. Je vais d'ailleurs faire une réunion extraordinaire du bureau de notre groupe dès la fin de la suspension des travaux pour qu'on reparle de tout ça et qu'on veille à ce que ça n'arrive pas. Mais c'est vrai que, au-delà de la responsabilité qui est la mienne, qui est la nôtre, et qui touche au fait qu'il faut absolument d'urgence réviser maintenant notre mode de fonctionnement parlementaire, je suis surtout désolé parce que je crois profondément à cette loi. Alors je sais qu'elle est impopulaire, je sais que beaucoup d'internautes la critiquent, mais j'assume, et je le dis. Je pense que N. Sarkozy a eu totalement raison de nous faire travailler sur ce texte. Aujourd'hui, les artistes français, qui constituent une richesse culturelle exceptionnelle - Obispo le disait tout à l'heure sur votre antenne - sont pillés depuis des années, d'ailleurs dans l'inconscience générale. Beaucoup de gens ne savaient même pas...
 
Donc le texte va revenir le 28 avril. Est-ce que vous vous êtes fait taper sur les doigts, vous, J.-F. Copé ?
 
Mais non, on ne peut pas...
 
Ça pourrait, le président de la République pourrait dire ça fait beaucoup de couacs, après les OGM, après le travail le dimanche, maintenant ça suffit, le groupe n'est pas tenu.
 
Eh bien écoutez, en l'occurrence il ne m'a pas dit ça...
 
Il vous a dit quoi ?
 
On ne s'est pas parlé, on a surtout... j'ai travaillé surtout avec son équipe pour veiller à ce que le texte soit rapidement réinscrit, et il le sera dès la fin du mois d'avril. Mais surtout, ce que je voulais vous dire, c'est que tout ça donne un sentiment de gâchis, et je le dis aussi aux socialistes, j'espère qu'on a bien pris en photo les mines réjouies des députés socialistes qui ont fait battre ce texte, et qui, quelque part, montreront à nos artistes français que nous, nous essayons de tout faire pour assumer des décisions difficiles, et de l'autre, des socialistes qui surfent quand même sur une sacrée démagogie. Parce que derrière ça...
 
Mais est-ce que ça ne veut pas dire, quand même, J.-F. Copé, pour terminer, que les députés UMP qui n'étaient pas là hier n'étaient pas d'accord avec le texte parce que ce n'est pas un texte populaire ? Est-ce que ce n'est pas juste... Vous nous dites aujourd'hui un problème lié à l'organisation du Parlement, mais est-ce que surtout, dans vos rangs, les députés UMP n'ont pas eu envie de venir pour ne pas être impopulaires et ne sont pas d'accord, surtout, sur le fond ?
 
Je vais vous dire, vous avez raison de me poser la question, et elle est naturelle. La réponse est non.
 
Vous êtes sûr ?
 
Oui, parce que tout au long des débats, on a eu beaucoup de monde. Là il s'agissait d'une fin de texte, c'était un jeudi, il s'agissait juste, après une commission mixte paritaire, où tout avait été acté, simplement d'assumer qu'on bouclait le texte. Et en réalité, tout au long de la discussion, il y a eu une discussion animée, c'est normal qu'il y ait des gens qui puissent ne pas être d'accord, mais majoritairement notre groupe était évidemment à soutenir ce texte. Donc, le débat pour moi, en réalité, il était clos. Ça a été une petite manip des socialistes, qui nous ont piégés. Et donc, à partir de là, moi ma première pensée c'est de me dire "quel gâchis", il faut vite replacer ce texte, parce que c'est pour nos créateurs, pour nos artistes, et tant pis si la gauche elle a envie de se séparer des artistes français pour un coup de démagogie. Nous il faut qu'on continue d'assumer, même si c'est un peu impopulaire, c'est notre responsabilité, sinon il ne faut pas faire de politique.
 
Merci J.-F. Copé. Votre livre « Un député, ça compte énormément » sort le mois prochain. C'est sûr, un député ça compte énormément, hier notamment ils n'étaient pas assez nombreux.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du gouvernement, le 10 avril 2009

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