Tribune de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, parue dans "Le Figaro" le 22 avril 2009, intitulée "Piraterie : pourquoi la France aide la Somalie". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, parue dans "Le Figaro" le 22 avril 2009, intitulée "Piraterie : pourquoi la France aide la Somalie".

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : La Somalie, qui n'en finissait pas de glisser dans le chaos et le silence, est à nouveau à l'ordre du jour de l'agenda international. Mais les événements dramatiques de ces dernières semaines dans le golfe d'Aden et l'Océan indien ne doivent pas dissimuler le sens global de notre action dans ce pays.

Lorsque je suis arrivé au ministère des Affaires étrangères et européennes, les convois du Programme alimentaire mondial (PAM) étaient déjà depuis quelques temps victimes d'actes de piraterie au large de la Somalie. Dès l'été 2007, avec mon collègue Hervé Morin, nous décidons de les faire accompagner par la Marine française et, en septembre 2007, le président Sarkozy annonce le lancement de l'opération "Alcyon" devant l'Assemblée générale des Nations unies. Nous travaillons ensuite à consolider le cadre juridique de la lutte contre la piraterie, en faisant voter plusieurs résolutions importantes au Conseil de sécurité. Enfin, à la faveur de la Présidence française de l'Union européenne, nous lançons en partenariat avec l'Espagne la première opération européenne maritime dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense - "Atalante" -, afin de sécuriser les navires européens qui transitent par le golfe d'Aden.

Cette opération a obtenu de nombreux succès. Aucun bâtiment protégé par "Atalante" n'a été attaqué. Notre détermination est totale, comme l'ont montré nos interventions pour libérer nos otages. La France a procédé à l'arrestation de plus de 70 pirates, et ceux qui se sont attaqués à nos compatriotes ont été ramenés en France pour y être jugés. Bien sûr, la piraterie n'a pas disparu. Nous constatons même qu'elle atteint désormais l'archipel des Seychelles, dont l'économie pourrait ne pas se relever de ce fléau, et qui nous appelle à l'aide. Mais, pour lutter contre ce mal, nous ne pouvons nous contenter d'une action navale.

En Somalie, la piraterie est d'abord le symptôme de la faillite de l'Etat qui mine le pays depuis 1991. Abandonnée aux seigneurs de guerre et scindée désormais en trois entités autonomes, la Somalie n'est plus en mesure d'assurer sa sécurité, ni sur terre ni en mer. Aider les Somaliens à reconstruire un Etat : c'est le deuxième volet de notre action.

Au cours des derniers mois, nous avons encouragé le dialogue entre les différentes factions rivales. L'élection à la présidence d'un islamiste modéré en janvier dernier est venue confirmer la pertinence de notre analyse : depuis plus d'un an, nous cherchions à convaincre nos partenaires occidentaux que Cheikh Sharif était le seul à pouvoir rassembler autour de lui un consensus. Aujourd'hui, pour la première fois depuis 1991, la Somalie est dirigée par un gouvernement d'union nationale, promesse d'espoir et de stabilité. Voilà qui devrait inciter, je l'espère, à ne plus considérer la Somalie à travers le prisme exclusif de la lutte contre al-Qaïda. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes : les prises d'otages occidentaux n'ont pas cessé, le gouvernement vient d'adopter la charia. Notre soutien à la consolidation de l'Etat s'accompagnera d'une intransigeance de chaque jour sur le respect des droits de l'Homme - et de la femme.

Nous contribuerons aussi à la formation des forces de sécurité somaliennes, par l'intermédiaire de nos troupes stationnées à Djibouti. Rendre aux Somaliens la maîtrise de leur sécurité : c'est tout l'enjeu de la réunion organisée ce jeudi à Bruxelles par le Secrétaire général des Nations unies. Il en va de la lutte contre la piraterie et contre le terrorisme, mais aussi de la stabilité de l'Afrique orientale tout entière, et de la réduction des flux migratoires toujours croissants, qui font chaque jour dans le golfe d'Aden des dizaines de noyés, en silence.

Notre action sur le terrain traduit au quotidien une stratégie à plus long terme, qui vient répondre à deux impératifs. Plus d'Europe de la défense, tout d'abord. Après l'opération Eufor Tchad/RCA, "Atalante" constitue une avancée décisive. Je forme le voeu que nous soyons rejoints dans la formation des forces somaliennes par des partenaires européens.

Plus d'Afrique, ensuite : la Somalie abrite sur son territoire la seule opération militaire exclusivement menée par l'Union africaine, l'Amisom (African Mission in Somalia). Nous avons contribué à former les hommes qui la composent, originaires d'Ouganda et du Burundi. Et nous allons continuer de le faire, car l'avenir de la sécurité dans ce pays passe par une appropriation régionale des enjeux de sécurité.

Ce tableau de notre action en Somalie me fournit l'occasion de rappeler aux détracteurs de la politique africaine de la France combien notre approche a évolué depuis deux ans. La France est présente désormais sur un dossier politique dont elle était absente. Elle utilise l'atout de sa présence militaire à Djibouti, avec ses partenaires elle s'active pour trouver des solutions. Et elle est entendue.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 23 avril 2009

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