Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 27 avril 2009, sur le climat social et économique, les chiffres du chômage et l'unité syndicale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 27 avril 2009, sur le climat social et économique, les chiffres du chômage et l'unité syndicale.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
J.-P. Elkabbach.- F. Chérèque, bienvenue d'abord...
 
Bonjour !
 
Et bonjour ! B. Hortefeux a relancé sur Europe 1 le débat sur le travail le dimanche. Cette fois, dit-il, pour le faire aboutir en juillet, il va vous consulter. Qu'est-ce que vous allez lui dire ?
 
Je vais lui dire qu'il est hors sujet ; il est hors sujet. On attendait le ministre du Travail hier sur beaucoup d'autres sujets, c'est la crise, l'emploi des jeunes, comment on va aider les personnes les plus en difficultés et il nous annonce le travail du dimanche. Je pense que les salariés qui sont en train de perdre leur emploi vont être bien surpris que ce soit ça la priorité du Gouvernement.
 
Mais on sait qu'il y a déjà 180 métiers qui travaillent de plein droit le dimanche, qu'il y a 7,5 millions de Français qui travaillent le dimanche. Si vous fermez, est-ce que ce n'est pas à la fois déplaire aux salariés qui sont concernés, F. Chérèque, et perdre des emplois ?
 
Il n'a jamais été question d'arrêter de travailler le dimanche. On sait très bien que dans les hôpitaux, on travaille le dimanche, dans les services publics on travaille le dimanche. Donc, là, ne soyons pas, je dirais, là aussi hors sujet. Economiquement, il n'y a aucune étude qui prouve que le travail du dimanche amènera des emplois et aidera l'économie en France. Ça, c'est un élément qui est important.
 
Donc vous lui diriez il n'y a aucune urgence.
 
Il n'y a aucune urgence, en plus on va détruire des emplois, des emplois de proximité, en particulier dans les petits commerces, en soi-disant créant des emplois qu'on ne fera jamais.
 
Donc vous serez hostiles ?
 
Nous sommes hostiles. On voit bien...
 
Ou avec des nuances ?
 
Non, attendez, on voit bien que dans les zones touristiques, on a mis quelques souplesses, mais quand on aura- le ministre du Travail parle d'emplois, comment dirais-je, de magasins...
 
De détail.
 
Qu'on aura ouvert tous les magasins de détail dans des zones comme Paris, Marseille et Lille, ne vous faites pas d'illusion c'est toute la France qui y passera, donc on changera l'organisation de la semaine, nous ne sommes pas favorables à ces changements.
 
Donc il y a un grand débat national qui est lancé. Alors aujourd'hui, F. Chérèque, vont être publiés les mauvais chiffres du chômage, comme prévu ils s'égrènent ainsi de mois en mois et tous les licenciements ne sont pas encore additionnés. Alors quelle réaction faut-il avoir contre ce qui a une apparence de fatalité ?
 
Nous, nous refusons la fatalité. Nous refusons la fatalité, deux choses : d'abord certaines entreprises licencient trop facilement, on ne fait pas les efforts nécessaires pour maintenir des emplois, tous les emplois qu'on peut encore maintenir.
 
Exemple ?
 
Exemple, on le voit bien, il faut un mouvement plus dur à Caterpillar pour que cette entreprise passe d'un seul coup de 730 suppressions d'emplois à 600. Ce qui veut dire qu'ils n'avaient pas fait l'effort nécessaire, donc combien d'entreprises sont dans cette situation-là. Donc là il y a un appel au patronat pour faire mieux au niveau social. Protégeons l'emploi plutôt que les actionnaires. Première chose. Deuxième chose : maintenant, il faut que chaque salarié qui sort de l'entreprise ou qui est en chômage partiel ait un accompagnement. Donc il faut faire plus pour accompagner ces salariés-là, c'est-à-dire que pour ces salariés dont on aura besoin demain, quand l'économie repartira, mieux les qualifier, mieux les former, d'où notre proposition de mettre encore plus de moyens dans ce fonds d'investissement.
 
Vous êtes optimiste symboliquement, vous dites quand l'économie repartira demain... C. Lagarde et le G7 de Washington paraissent un peu optimistes, ils croient à un redémarrage avant la fin 2009. Et vous aussi alors ?
 
Mais là il y a un décalage entre le discours optimiste des observateurs et ce qui se passe réellement. Mais on croit toujours qu'il y aura un redémarrage, je ne peux pas dire quand. Le problème c'est que l'économie française a toujours dit qu'elle n'était pas assez efficace, donc ce que je dis aujourd'hui depuis un moment c'est de profiter de cette période de difficultés pour mieux former, mieux qualifier les salariés pour que notre économie soit plus efficace, donc faisons-le, et aujourd'hui on n'a pas les moyens de le faire.
 
Il faut le faire aussi avec le Medef et les chefs d'entreprises.
 
Oui, alors le patronat doit prendre ses responsabilités, je l'ai dit, pour protéger l'emploi, mais aussi pour investir dans la formation, investir dans le développement, comme le fait actuellement la métallurgie qui va finir une négociation pour l'accompagnement des personnes en difficultés, faisons en sorte que toutes les branches professionnelles le fassent.
 
F. Chérèque, la réforme Bachelot sur l'hôpital ; pourquoi la CFDT ne va pas manifester demain ?
 
Parce qu'aujourd'hui, le débat c'est de défendre le pouvoir des médecins et je ne suis pas sûr qu'en défendant le pouvoir des médecins, on défende l'hôpital. Les deux problèmes à l'hôpital, aujourd'hui, ce n'est pas le pouvoir des médecins, le problème c'est le financement de l'hôpital qui est inégalitaire entre la clinique privée et l'hôpital, or la loi dont on parle n'aborde pas ce sujet-là. Et le deuxième problème c'est la désorganisation de la médecine de ville, l'installation des médecins partout sur le territoire, qui fait qu'il y a une désorganisation de l'hôpital.
 
Donc demain c'est une manif corporatiste ?
 
Oui, c'est une manif qui a pour seul objectif de défendre le pouvoir des médecins et je ne suis pas sûr que ce soit ça le sujet pour moderniser l'hôpital. Je prends un exemple : aujourd'hui les médecins se battent surtout pour, je dirais, leur activité libérale. Dernièrement, il y a eu un amendement au Sénat qui faisait en sorte qu'on limitait l'activité libérale, le dépassement d'honoraires des médecins. Là, ils ont réagi tout de suite, le Gouvernement a reculé. Donc on voit bien que derrière leur mouvement, il y a d'autres intentions que simplement leur pouvoir.
 
Dans quatre jours, 1er mai, cette année jour férié, les défilés vont être spectaculaires, c'est un 1er mai 2009 historique d'unité syndicale ; les manifestations auront lieu, F. Chérèque, contre qui, contre quoi ?
 
D'abord c'est le 1er mai, d'abord c'est le 1er mai, il y aura des manifestations partout dans le monde. Et dans cette crise mondiale, dans cette crise mondiale il est important que partout dans le monde on montre que ceux qui subissent la crise c'est d'abord les salariés. On ne manifeste pas contre une crise, on manifeste pour, lors de ce 1er mai, avoir plus de moyens pour accompagner et soutenir les salariés qui sont en difficultés. On manifeste pour faire en sorte, je l'ai dit, que les entreprises gardent leurs salariés. On manifeste pour que les Etats, en particulier la France, investissent plus dans l'accompagnement et le suivi de chaque chômeur.
 
Et les huit syndicats, après le 1er mai, qu'est-ce que vous allez décider pour après le 1er mai ?
 
On a déjà un mouvement qui est important à la mi mai, qui est déjà décidé, 14, 15 et 16 mai, il y aura des manifestations partout en Europe pour montrer que le problème de la crise ce n'est pas qu'un problème français et qu'on ne manifeste pas uniquement en France. Il y aura des manifestations.
 
C'est-à-dire en Europe, c'est-à-dire où ? A Bruxelles ?
 
Eh bien, il y aura Prague, il y aura Berlin, il y aura Bruxelles, il y aura Madrid, la CFDT enverra des délégations dans toutes ces manifestations pour montrer que le problème de la crise c'est aussi un problème européen et qu'il nous faut une réponse européenne.
 
Est-ce que vous vous pourriez être favorable à la grève générale que prépare ou propose le parti d'O. Besancenot ou à ce que propose ce matin dans Les Echos J.-C. Mailly, votre ami de Force ouvrière, qui propose aux sept autres syndicats, peut-être avec pudeur parce qu'il ne veut pas dire "grève générale", une grande grève de vingt-quatre heures ?
 
Non, nous avons toujours dit que nous n'étions pas favorables à ces journées ou à ces déclenchements de grève. Je me déplace toutes les semaines auprès de salariés qui me disent qu'ils savent très bien que ce n'est pas une grève qui réglera leurs problèmes. En plus lorsqu'ils ont des problèmes... regardez Continental ; Continental ils travaillent toujours parce qu'ils savent très bien que ce n'est pas en arrêtant leurs productions qu'ils vont régler leurs problèmes, ils ont aussi besoin de ces ressources. Donc des journées qui posent le problème au niveau national pour avoir des réponses nationales et puis après travailler concrètement dans chaque entreprise quand les problèmes se posent.
 
F. Chérèque, on nous promet la perspective, jugée dangereuse, de coupures d'électricité et de gaz ; est-ce que vous demandez à la CFDT, au moins, de ne pas s'y livrer ?
 
La CFDT n'a jamais été favorable aux coupures de gaz et d'électricité.
 
Est-ce que vous demandez à la CGT de ne pas le faire ?
 
Ecoutez, chacun prend ses responsabilités. Nous n'avons jamais été sur ces coupures. Mais ceci dit, ce n'est pas quand même l'évènement majeur dans l'actualité sociale aujourd'hui.
 
Mais ce n'est pas une méthode de protestation.
 
Non, mais je vous ai répondu, la CFDT n'a jamais été favorable à ces coupures.
 
Alors il est question d'interpeller et même d'arrêter les responsables, quels qu'ils soient, des désordres de Compiègne ou d'ailleurs ; la loi les sanctionnera, ça veut dire que les syndicalistes ne seraient pas protégés par leur statut ; est-ce qu'il faut réclamer d'ores et déjà de l'indulgence à la justice ?
 
Attendez ! La loi est la même pour tout le monde, donc là je n'ai rien à dire sur ce sujet-là. Mais ceci dit, nous ce qu'on attend du Gouvernement, en particulier du ministre du Travail, qui en a parlé hier, c'est de l'indulgence, vous l'avez dit, de la modération, c'est d'être à l'écoute de ces salariés, d'être à l'écoute de ces salariés. Je crois que la tension est suffisamment forte pour ne pas remettre de l'huile supplémentaire sur le feu. De l'écoute, de l'indulgence.
 
Le Président Sarkozy a annoncé vendredi un plan jeunes pour éviter qu'une classe d'âge soit sacrifiée bientôt ; est-ce que tout est à rejeter ?
 
Non, alors le président de la République a proposé certaines mesures qui sont bonnes, en particulier d'augmenter les moyens de l'apprentissage. La formation, l'apprentissage pour les jeunes, la CFDT est toujours favorable. Ceci dit, le grand flou de son plan c'est le financement, il nous annonce 1,2 milliard, mais il ne nous dit pas comment il va financer. S'il prend l'argent du fonds d'investissement social, qui est pour accompagner les salariés en difficultés, on va prendre aux salariés qui sont dans les entreprises en difficultés pour financer la formation des jeunes. On n'est pas d'accord. Demain, il y a une réunion qui va décider de ça. Je préviens dès aujourd'hui, il n'est pas question de prendre l'argent du fonds d'investissement social pour financer ce fonds des jeunes, il faut des moyens supplémentaires.
 
Sur quoi il faut négocier avec le Medef ?
 
Eh bien, il faut maintenant que les contreparties de ces entreprises sur l'aide pour les jeunes soient aussi des engagements du patronat de garder les jeunes dans l'entreprise parce qu'aujourd'hui on a des jeunes qui sont en apprentissage, qui vont être sortis des entreprises, il faut les garder, le chômage des jeunes est suffisamment important aujourd'hui comme ça.
 
Dernier mot, vous savez qu'Europe 1 célèbre aujourd'hui les cent jours de B. Obama à la Maison Blanche. Qu'est-ce que vous retenez, vous, F. Chérèque, de cette première décision ?
 
D'abord un changement de ton au niveau international, d'abord un changement de ton ; les Etats-Unis ne donnent plus de leçons partout au niveau international, est beaucoup plus modeste, essaie de trouver des solutions. Maintenant, il faut qu'aussi au niveau social aux Etats-Unis on ait des réponses parce que le problème social se pose d'une façon très cruciale pour les salariés américains.
 
Ce n'est pas demain la veille. Merci d'être venu, F. Chérèque.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 avril 2009

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