Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 7 mai 2009, sur le rejet du projet de loi sur le téléchargement illégal sur internet, le plan de relance et l'ouverture politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 7 mai 2009, sur le rejet du projet de loi sur le téléchargement illégal sur internet, le plan de relance et l'ouverture politique.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : M. Darmon.- C'est l'histoire d'un ministre licencié en 2007 et qui a monté sa propre entreprise politique. J.-F. Copé et son propre plan de relance, il est avec nous. Bonjour !
 
Bonjour.
 
Alors, on va parler du livre que vous sortez ces jours-ci, mais l'actualité parlementaire est encore présente, cette fameuse loi Hadopi, on voit que les eurodéputés...
 
C'est dans l'actualité du livre, d'ailleurs.
 
Les eurodéputés, justement, censurent une fois de plus, le texte français. Alors, finalement, est-ce que ça va ça sa passer, cette loi ?
 
Non, attendez, je vous mets à l'aise : ils ne censurent pas une fois de plus, c'est le prolongement des petites manips des socialistes français, qui ont passé un coup de fil à leurs copains socialistes eurodéputés, qui donc, dans l'urgence, nous ont fait passer, mine de rien, un amendement qui ne tient pas la route une seconde au Parlement européen. Et surtout, c'est là où j'ai mesuré que comme beaucoup de gens ne connaissent pas forcément, y compris d'ailleurs dans votre métier, le fonctionnement du droit européen, ils se sont dit : "tiens, il y a un truc voté au Parlement européen, donc il n'y a plus rien pour le Parlement français". Donc tout ça ne vaut pas.
 
Mais est-ce à dire que la majorité devra tenir compte de cet amendement ?
 
Non. Non, pour une raison très simple...
 
...Qui, rappelons-le, en fait, interdit que donc la coupure d'Internet se fasse sans décision de justice, ce qui est le contraire du texte français.
 
Non, cet amendement, en réalité, il ne vaut pas, comme on dit, parce que pour ça, il faut qu'il y ait également un accord du Conseil des ministres européens, et comme vous le savez, les Etats membres, sur ces sujets, appliquent une politique dans chaque pays. Et je vais même vous dire mieux, c'est que la loi que nous sommes en train d'adopter, malgré l'obstruction des socialistes, dont je rappelle que son objectif est de sauver des milliers d'artistes, de créateurs et d'interprètes, qui aujourd'hui à cause du téléchargement illégal ne sont plus payés de leur travail, parce que c'est comme ça que ça se passe. Alors, je reconnais que ce n'est peut-être pas très populaire, mais il y a des moments où il faut assumer le courage de ce type de décision. Eh bien ce texte, dès lors qu'il sera mis en application, permettra de revenir à quelque chose d'un peu normal pour la création française. Et tant pis si les socialistes sont dans autre chose.
 
Vous êtes à la tête du groupe UMP nouvelle manière, qui se veut ne plus être un parti de godillots, et pourtant, on a le sentiment que les choses n'ont pas vraiment changé, il y a toujours des propositions de loi imposées par l'Elysée ou le Gouvernement, il y a parfois des députés qui ont des idées retoquées par le Gouvernement. Est-ce que les choses ont vraiment changé ?
 
"Elles ont vraiment", non, elles sont en train. Vous savez, je crois que l'on n'est plus dans la logique du, alors, pour le coup, du député godillot d'autrefois. Moi je vois bien, j'anime une majorité composée de députés qui n'ont pas envie, plus envie d'être simplement des gens qui appuient sur le bouton du vote électronique « oui » ou « non », sans regarder les textes. Et on est en train de changer de peau, parce que voilà, on a des nouvelles dispositions qui le permettent. C'est vrai qu'il y a des jours où ça marche, des jours où ça marche moins bien, ce qui est normal en période de mutation.
 
Oui, vous dites, "un député, ça compte énormément", c'est d'ailleurs le titre de votre livre. On a l'impression que ça compte aussi énormément pour vous, principalement, c'est-à-dire que vous voulez montrer que votre territoire de conquête politique, c'est à partir du Parlement. Ça, c'est inédit.
 
Oui, enfin, je ne sais pas si c'est tellement comme ça que ça marche, parce que finalement l'idée, ce n'est pas simplement d'être dans une logique de conquête, comme vous dites, mais plutôt dans une logique de réussir ce que l'on fait. Qu'est-ce que l'on essaie de faire ? On a bien compris que l'on était dans un jeu collectif. On a une crise hyper difficile, qui est mondiale, et je note que les mesures que l'on prend depuis maintenant six mois, font que la France, malgré les difficultés, s'en sort un petit peu moins mal que d'autres pays. Ça se regarde après tout, d'autant que si jamais ce n'était pas le cas, qu'est-ce qu'on prendrait sur le coin du nez. Donc je note que par rapport à ça, les mesures que l'on prend, le fameux plan de relance, ça permet de tenir bon, et je crois que ça c'est important.
 
Vous le trouvez satisfaisant, vous le trouvez à la hauteur de l'époque ?
 
Il a un énorme avantage, c'est qu'il met la gomme sur l'investissement. C'est-à-dire que ça, ça détermine l'emploi, et c'est ce qui fait la différence avec un... si on avait fait un plan pour relancer la consommation, ça n'aurait probablement pas marché.
 
Les investissements d'aujourd'hui ?
 
C'est là où je pense qu'il faudra sans doute, et on va faire un travail d'évaluation avec le Gouvernement là-dessus, nous, les députés, c'est que l'idée c'est peut-être de voir comment on peut prolonger ces investissements vers des investissements d'avenir, un peu plus sur les nouvelles technologies et pas simplement sur les équipements de transport par exemple, ou universitaires, même si c'est important.
 
Ça c'est une manière soft de critiquer le plan de relance, ça...
 
Non. Enfin, pour vous, c'est une manière pas soft du tout de dire, "tiens, il y a peut-être une petite dépêche à faire avec ça", mais...
 
Non, il y a une question à poser en tout cas.
 
Voilà, la question vous la posez. Ce n'est pas du tout comme ça que je vois les choses. C'est simplement de vous dire que la politique publique, ce n'est pas quelque chose de statique, il faut, au fur et à mesure du temps, prolonger nos réflexions. Et je pense que ce ne serait pas mal que d'ici six mois, on y réfléchisse.
 
De manière pas soft du tout, J. Lang critique le projet de règlement intérieur du Parlement, en disant que ça va museler les droits de l'opposition. Il le faisait ici même sur ce plateau et il vous vise pratiquement. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
 
Je ne sais pas pourquoi il a dit ça. Vous savez, il y a plusieurs J. Lang dans la vie. Moi, il y a un J. Lang que j'aime beaucoup en ce moment, c'est celui qui dit, contre l'avis des socialistes, que la loi qui doit permettre de protéger les auteurs français est une bonne loi, ou celui qui a voté la Constitution. Alors, celui que je ne comprends pas, c'est celui qui dit que le règlement va, comme il dit, "museler", alors que l'objectif c'est simplement de tirer les conséquences de notre nouvelle Constitution, et dans cette nouvelle Constitution, il n'y a plus de 49-3, c'est-à-dire le truc qui bloquait jusqu'à présent toute discussion au Parlement. Ce qui veut dire que si on ne change pas le règlement, eh bien vous avez des députés de gauche qui peuvent obstruer pendant des nuits entières, des semaines entières, des textes, en déposant des milliers d'amendements, tous plus absurdes les uns que les autres, ce qu'ils sont d'ailleurs en train de faire sur la loi droits d'auteur. Donc, si on veut être cohérent jusqu'au bout il faut changer notre mode de fonctionnement. C'est d'ailleurs ça que j'ai un peu écrit dans le livre, en faisant un manuel, un bestiaire de l'obstruction. On peut en rigoler, mais c'est vrai qu'une fois qu'on a fini d'en rire, c'est grotesque pour l'Assemblée. C'est ça qu'il faut changer. Donc j'espère convaincre J. Lang.
 
Il y a aussi, justement, le J. Lang qui se fait applaudir ou qui est applaudit par N. Sarkozy, et toute une salle de l'UMP à Nice, qui est donc représentant de l'ouverture. Est-ce qu'elle doit continuer cette ouverture ?
 
Oui, c'est pour ça que je vous disais qu'il y a plusieurs J. Lang...
 
Mais est-ce que cette ouverture doit continuer ? C. Allègre annonce pratiquement aujourd'hui son entrée au Gouvernement...
 
J'ai lu ça. Est-ce qu'elle doit continuer ? Moi, ma thèse, c'est que c'était une très bonne idée, l'ouverture, parce que ça a montré que quand les moments étaient difficiles, on était capables de gouverner le pays sans sectarisme. Ensuite, c'est une question de personnalité. Moi, je vous dis très sincèrement, je pense que par exemple, quelqu'un comme E. Besson, qui vient du PS, a fait un parcours qui est tout à fait remarquable, il est aujourd'hui pleinement dans l'action gouvernementale, il a même des responsabilités à l'UMP. C'est au cas par cas, voilà. Eh bien on verra bien au fur et à mesure. Pour moi - c'était dans "La vérité, si je mens" -, il faut donner sa chance au produit. Voilà, on donne sa chance au produit.
 
Très bien. Il y a également l'élection de N. Sarkozy, deux ans, pas de bilan officiellement - enfin, tout le monde en parle. Pour vous, c'est un souvenir en fait un peu mitigé parce que c'est aussi le souvenir d'un licenciement sans préavis - ce sont vos propres termes - et également une période un peu "d'humiliation" - c'est également votre propre terme. Alors, qu'est-ce que vous retenez de cette période ?
 
L'humilité, voilà, c'est tout. Ça prouve que dans la vie, rien n'est jamais acquis. Dans le parcours politique, qui est un parcours de très longue durée, il faut consacrer beaucoup de son temps à se dire que l'on doit sans arrêt se remettre en question, ce qui fait de mal à personne, et moi le premier. Voyez, moi qui ne suis pas un adepte de l'auto-flagellation, je vous le dis. Et puis, finalement, de se dire qu'il y a tellement de manières différentes de servir son pays, me retrouvant à l'Assemblée - c'est ça que j'ai raconté dans mon livre - eh bien finalement, j'ai découvert qu'il y avait mille manières de faire progresser les choses. Enfin, il y a juste une condition, c'est d'assumer son ambition et moi je l'ai toujours fait, parce que je pense que vis-à-vis des relations que l'on a avec les gens, c'est important, mais en même temps de jouer collectif. Et, ça c'est important aussi, dans les temps difficiles comme dans les temps heureux.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 14 mai 2009

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