Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec des journalistes francophones le 11 mai 2009 à New York, sur le Proche-Orient, notamment le Liban, et la situation humanitaire catastrophique au Sri Lanka. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec des journalistes francophones le 11 mai 2009 à New York, sur le Proche-Orient, notamment le Liban, et la situation humanitaire catastrophique au Sri Lanka.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Réunions ministérielles du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Proche-Orient et le Sri Lanka à New York le 11 mai 2009

ti : Q - (A propos des contacts avec le Hezbollah)

R - Pour nous, il n'y a pas de problème. J'ai des rapports avec le Hezbollah. Ils ont été membres du gouvernement, ils ont été invités en France. Je parle avant tout avec le Premier ministre et avec le président libanais, mais je parle aussi avec les représentants du Hezbollah. Je crois que les élections se présentent sous un jour plutôt bon au Liban. Tout le monde le dit, et toutes les communautés participent aux élections ; j'en suis très satisfait.

Q - Vous avez soulevé la question de Gajar dans votre discours, tout à l'heure. Les Israéliens ne sont pas prêts à se retirer si les élections ne tournent pas à la faveur...

R - Je peux me tromper mais je ne suis pas aussi négatif que vous. Dans ma conversation avec M. Lieberman, l'actuel ministre des Affaires étrangères d'Israël, la question de Gajar n'a pas eu de réponse négative. Ce n'est peut-être pas lui qui décide, je ne sais pas, en tout cas je ne suis pas aussi pessimiste que vous, là-dessus.

Q - Sur le Sri Lanka, est-ce que vous commencez à être un peu frustré par le Conseil de sécurité et est-ce que le fait qu'il n'y a eu que huit pays qui participent à votre réunion montre que même si vous voulez forcer le Conseil à se saisir de la question, vous n'auriez peut-être pas les voix nécessaires ?

R - Ce n'est pas une question de frustration, ce n'est pas une question de pathologie, ce n'est pas une question personnelle. Il y a devant nous, depuis des mois - et depuis 26 ans d'ailleurs - une guerre, un conflit à l'intérieur d'un pays qui atteint maintenant ce qu'on appelle son acmé. C'est-à-dire que devant nous, des milliers de personnes - personne ne connaît le chiffre - 20.000, 50.000 - à l'intérieur d'une poche, bloquées certainement par les Tigres tamouls, sont en train de mourir, parce que, malgré les affirmations et les promesses réitérées, il y a des bombardements à l'arme lourde qui sont opérés - et ce week-end encore - sur cette poche, contre la mer.

Nous avons demandé des choses très simples au gouvernement - à qui voulez-vous qu'on le demande ? -, au gouvernement démocratique, élu du Sri Lanka. Nous leur avons demandé tout d'abord que les agences des Nations unies, les volontaires de l'humanitaire sur des projets précis puissent accéder à la zone ; ce n'est pas fait. Nous leur avons demandé que l'on puisse aider ces réfugiés, ces personnes déplacées dans les camps, que l'on puisse leur apporter de la nourriture et des médicaments en nombre limité. Nous avons aussi demandé à aider le gouvernement s'il y a un processus nécessaire de déminage. Et nous avons surtout demandé que l'on puisse évacuer ces personnes et que l'on cesse les bombardements à l'arme lourde.

Je sais qu'il y a 26 ans de guerre, je sais que l'organisation des tamouls est une organisation terroriste, nous savons tout cela. Ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Ce n'est pas seulement le problème de la France mais c'est le problème de l'Europe, vous l'avez vu en tout cas pour les trois représentants européens au Conseil de sécurité et nous allons essayer par tous les moyens possibles de continuer à peser, par le biais - le seul que nous ayons d'ailleurs - de la communauté internationale pour que cesse ce massacre. Et ne vous étonnez pas que l'on parle au gouvernement du Sri Lanka. Nous ne parlons pas aux Tigres tamouls, hélas, sinon il y a longtemps que l'on aurait essayé. Mais ceux qui ont essayé, et en particulier la Norvège, n'ont pas obtenu des résultats satisfaisants. Nous continuons, nous nous obstinons et nous le ferons encore.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 mai 2009

Rechercher