Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 11 mai 2009, sur la semaine de quatre jours dans l'enseignement primaire et la préparation des élections européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 11 mai 2009, sur la semaine de quatre jours dans l'enseignement primaire et la préparation des élections européennes.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
 
 
J.-M. Aphatie.- Une loi de mai 2008, que vous avez fait voter, X. Darcos, supprimait deux heures de cours dans le primaire, ce qui a incité beaucoup de communes à concentrer les heures restantes sur les quatre jours, c'est-à-dire pas d'école, le mercredi matin et pas d'école le samedi matin. A l'usage, beaucoup de ces communes, beaucoup de parents d'élèves, beaucoup d'enseignants sont mécontents et envisagent de revenir à quatre jours et demi. Alors, ça n'arrête pas de changer à l'école. Quelle est votre opinion X. Darcos ?
 
D'abord, ce n'est pas une loi, c'est un droit que nous avons ouvert aux communes. Moi, la seule décision que j'ai prise, c'est que le samedi matin, il n'y aurait plus classe et que les heures ainsi dégagées seraient utilisées pour apporter de l'aide personnalisée aux élèves en difficulté.
 
La loi supprimait deux heures par semaine, de cours, dans le primaire.
 
Pour la totalité de la classe qui du coup, les élèves faisaient 24 heures, et deux heures pouvaient être utilisées en plus pour les élèves en difficulté. Ensuite, les conseils d'école où sont des parents d'élèves, les élus, les professeurs, choisissent comment ils organisent la semaine. Ils ont choisi majoritairement de le faire sur quatre jours ; très bien, c'est leur choix. Mais il y a 1.000 classes aujourd'hui, 1.000 écoles qui font quatre jours et demi où il y a cours, le mercredi matin, et moi je ne vois aucun inconvénient à ce que les gens choisissent...
 
Mais quatre jours, beaucoup sont mécontents.
 
Et pourquoi sont-ils mécontents de quatre jours ?
 
Parce que sans doute trop de travail pour les élèves sur quatre jours.
 
Oui, mais là voilà une autre absurdité parce que six fois quatre : vingt-quatre, ça fait des journées...
 
Bravo !
 
Oui, bravo. Cela fait des journées de six heures. C'est vrai depuis 1887. Donc quand on me dit que la journée de l'élève est plus longue aujourd'hui qu'elle n'est naguère, c'est une erreur.
 
Et donc, à votre avis, les communes qui remettent ça en cause, n'ont pas forcément raison ?
 
Que les communes prennent les décisions qu'elles voudront. Je le répète, ce sont des conseils d'école qui le choisissent et je rappelle aussi que des parents d'élèves - une association de parents d'élèves avait fait une enquête à ce sujet - dont les enfants sont à l'école primaire et bénéficient des quatre jours, sont très majoritairement favorables à ce dispositif, 87 % d'entre eux. Et que les deux heures de soutien qui ont été dégagées grâce à la libération du samedi matin, bénéficient aux élèves. Les parents considèrent à 91 % d'entre eux, pour ceux qui en bénéficient, que c'est une bonne mesure. Donc après, c'est une question d'organisation qui relève des communes.
 
Donc, le conseil du ministre de l'Education sur RTL, ce matin - je dis bien le conseil - c'est "ne changez rien" ?
 
Le Conseil du ministre, ce matin, c'est de faire ce qu'il a demandé qu'on le fasse il y a un an et demi : que les conseils d'école choisissent quatre jours ou quatre jours et demi.
 
Certaines universités françaises vont entrer dans leur quinzième semaines de désordre. Parmi les causes de ces désordres, le décret qui réorganise la formation des futurs professeurs. Une rumeur dit que vous pourriez modifier ce décret cette semaine. Vrai ou faux ?
 
Non. Nous sommes en discussion. L'affaire est compliquée à comprendre du grand public, n'est-ce-pas. Il s'agit de savoir si, oui ou non, on va recruter les professeurs à bac + 5. Tout le monde est d'accord. C'est comme ça dans tous les pays développés et ça permettra surtout d'améliorer les débuts de carrière des enseignants. Ils seront mieux payés. Or, aujourd'hui, ils sont recrutés, pour la plupart d'entre eux, à bac + 3. Comment passe-t-on de bac + 3 à bac + 5 ? Bac + 3 en 2009 ; Bac + 5 en 2011. Comment fait-on entre les deux ? Donc, c'est la question que nous posons aujourd'hui. Nous avons déjà décidé de maintenir les épreuves, les mêmes que celles de naguère pour éviter que les préparations soient troublées. Maintenant, nous essayons de voir comment ceux qui seront dans l'intermédiaire en M1, c'est-à-dire en quatrième année, comment nous pourrons ou pas les recruter. Ce sont des questions qui sont aujourd'hui en discussion. Mais ça a toujours été l'objet de la discussion de fond.
 
Mais vous espérez sortir quand même de tous ces troubles, cette semaine, en proposant des choses ou vous n'en proposerez pas de nouvelles aux partenaires syndicaux ?
 
Mais nous ne faisons que cela. Il y a une commission même, qui a été mise en place, qui est présidée par le recteur de Bordeaux, monsieur Marois et le président de Toulouse Le Mirail, monsieur Fillastre, qui accompagnent les suivis de la réforme. La discussion n'a pas cessée. De toute façon, vous voyez bien, ne tournons pas autour du pot, que dans les vingt universités qui sont -pour partie - encore troublées sur 85, il ne s'agit pas de savoir si on est pour ou contre ceci ou cela, il s'agit de quelques dizaines d'individus qui bloquent les établissements et qui font que les élèves les plus modestes, ceux qui financent leurs études, ceux qui ont besoin d'avoir leur diplôme avant l'été, ceux dont les familles se saignent aux quatre veines pour leur payer des études, eh bien ceux-là, ils sont dans une difficulté énorme. Ils ne pourront pas peut-être valider leur semestre.
 
Les blocages qui persistent ne sont pas légitimes, selon vous aujourd'hui ?
 
Les blocages qui persistent nuisent aux étudiants les plus fragiles. Et pensez aux étudiants étrangers ! Aujourd'hui, il y a des étudiants qui vont avoir des diplômes partout, des diplômes prestigieux. Ils sont à Princeton, ils sont à Cambridge, ils sont à London Down School of Economics, ils sont à Madrid, ils sont à Hambourg et ils ne sont plus dans certaines de nos universités. Et tout cela est extrêmement grave. Je dis d'ailleurs à ces bloqueurs : méfiez-vous, parce que l'opinion se retourne, les étudiants ne supportent plus, les familles non plus. Et il n'y aura pas de diplôme, il n'y aura pas de licence ès-grève, de mastère en pétition ou de doctorat en blocage. Donc on ne donnera pas de diplôme à ceux qui auront fait en sorte que les universités ne fonctionnent pas.
 
Les élections européennes auront lieu le 7 juin prochain. Votre collègue, B. Kouchner, qui est ministre des Affaires étrangères et ministre des Affaires européennes, a indiqué, samedi, dans Le Parisien qu'il attendait de voir les programmes pour savoir quelle liste il choisirait dans l'isoloir. Que pensez-vous de cette attitude de B. Kouchner ?
 
Ecoutez, moi je m'étonne qu'on s'étonne. Si on a fait l'ouverture, c'est bien pour avoir des personnes qui pensent par eux-mêmes, qui ne sont pas des béni-oui-oui, on ne leur a pas demandé de se renier complètement. Il y a au sein du Gouvernement des gens qui ont des avis nuancés.
 
B. Kouchner pourrait voter pour des listes socialistes qui s'opposent au Gouvernement, cela ne vous étonnerait pas ?!
 
B. Kouchner a dit aussi qu'il attendait de voir les programmes. Donc moi je suis tout à fait serein parce que quand il va voir le programme du Parti socialiste, ou pire encore, celui du MoDem, dont le seul projet est de dire du mal du président de la République, je pense qu'il verra que c'est un programme un peu court.
 
Et il a besoin de voir les programmes pour savoir ça ? Vous, vous n'avez pas besoin, mais lui il a besoin ? Il est moins intelligent que vous peut-être ?
 
Bien sûr que moi aussi j'ai besoin de lire les programmes, mais moi j'ai choisi...
 
Vous ne savez pas vous non plus pour qui vous allez voter ?
 
Si, moi je voterai assurément pour des listes UMP. Mais moi, je ne suis pas un ministre...
 
Sans voir le programme ? Formidable !
 
...Je ne suis pas un ministre d'ouverture, moi !
 
Ca ne tient pas debout ! La réponse de B. Kouchner ne tient pas debout, X. Darcos, on peut le dire.
 
C'est une réponse qui me paraît pour l'instant imprudente. Mais je le répète : nous ne voulons pas de béni-oui-oui et ces gens n'ont pas décidé de se renier. Ils apportent au Gouvernement aussi parce qu'ils sont eux-mêmes. Je rappelle que B. Kouchner n'a voté pour le Président de la République, N. Sarkozy, ni au premier ni au second tour, ce qui n'empêche pas d'être un ministre fidèle au Président.
 
C'est compliqué parfois la politique !
 
Certes.
 
Après les élections européennes, il y aura un remaniement gouvernemental. J. Lang, qui n'est pas le plus méchant des opposants, expliquait hier que changer d'équipe ministérielle à l'Education nationale, pourrait contribuer, je le cite, "à calmer le jeu et instaurer un climat de sérénité et de dialogue". A-t-il raison ?
 
On pourrait penser aussi l'inverse. De donner en otage des ministres chaque fois qu'il y a une manifestation, c'est aussi une preuve de faiblesse politique. Les ministres ont accompli la politique qu'il était nécessaire de conduire, aussi bien V. Pécresse que moi, que nous avons fait parce que c'est l'intérêt général et parce que c'est la doctrine qui était la nôtre. Et donc, ce n'est pas simplement une question de personnes, c'est une question de politique.
 
Vous préparez vos cartons ?
 
Je ne prépare aucun carton. J'attends que le président de la République me dise comment je pourrais lui être utile.
 
Vous êtes venu avec un Code pénal ce matin à RTL ?
 
Il est toujours utile de se renseigner sur le fonctionnement du droit et des divers codes, indépendamment de toute autre considération.
 
Ce sera retenu contre vous sans doute X. Darcos !
 
J'espère que non !
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 mai 2009 

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