Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à RMC le 18 mai 2009, sur la montée de la violence dans les cités et les lycées, la campagne de l'UMP pour les élections européennes et la perspective du remaniement ministériel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, à RMC le 18 mai 2009, sur la montée de la violence dans les cités et les lycées, la campagne de l'UMP pour les élections européennes et la perspective du remaniement ministériel.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti : G. Cahour.- Bonjour X. Bertrand, secrétaire général de l'UMP. D'abord, La Courneuve, avec cette actualité ce week-end, ces policiers qui se sont faits tirer dessus à coup d'armes de guerre, visiblement pour blesser voire pour tuer - c'était dirigé dans la vitre. C'était une première. La semaine dernière, pour le bilan de N. Sarkozy, les deux premières années à l'Elysée, on nous disait : "c'est trop tôt ; attendons la fin de son mandat pour faire un bilan Sarkozy". Sur la sécurité, cela fait sept ans que N. Sarkozy est aux manettes. N. Sarkozy disait : "je vais ramener la sécurité dans les cités". A-t-il échoué ?
 
Par rapport à ce qui s'est passé de 1997 à 2002, ce qu'ont fait les socialistes, et ce qu'a réussi à faire N. Sarkozy, il n'y a pas photo. On a eu une montée continue de la délinquance et de la violence pendant les années socialistes ; on a maintenant une décrue, un recul de la délinquance. Ce n'est pas moi qui le...
 
Mais on est monté d'un cran quand même ! C'est-à-dire que dans les années 1980, on s'affolait lorsque c'était des jets de pierres, aujourd'hui, ce sont des armes de guerre.
 
Je vais vous donner ma vision des choses. C'est qu'il y a eu une montée permanente avec les socialistes, et c'est d'ailleurs L. Jospin lui-même qui l'avait reconnu, la naïveté de reconnaître qu'il pensait qu'il y avait un sentiment d'insécurité alors qu'il y avait une insécurité qui progressait. Depuis 2002, c'est une priorité, et depuis 2002, ça recule. Qu'est-ce qui se passe ? Comme dans de nombreux pays, comme aux Etats-Unis, il y a une évolution de la violence, et maintenant, on le voit bien, il y a ces armes de guerre qui sont utilisées, ce qui est totalement inacceptable. Il faut donc qu'il y ait des renforts policiers et des sanctions. L'un des auteurs aurait été arrêté ; il faut qu'il soit sanctionné, vite et fort. Mais il faut aussi bien prendre en compte des nouveaux phénomènes. Vous avez vu comme moi ce qui s'était passé à Strasbourg avec ces casseurs qui étaient venus là uniquement pour détruire, cagoulés. Là aussi, une évolution de la délinquance, une évolution de la violence. Il faut donc réagir aussitôt.
 
Mais dans les faits, aujourd'hui, la sécurité n'a pas été ramenée dans les cités.
 
Dans les faits, vous le savez bien, vous connaissez les chiffres mieux que moi, vous les commentez tous les jours. Vous savez bien que, entre les chiffres qui montaient à l'époque et les chiffres qui reculent aujourd'hui, l'insécurité recule. Maintenant, nous n'en aurons pas fini avec la lutte contre la délinquance et contre la violence. Voilà pourquoi il y a un nouveau texte qui sera présenté par C. Estrosi au Parlement au mois de juin, notamment pour éviter les phénomènes des bandes à l'école... Tous les endroits doivent respecter le droit, mais à l'école, là où il y a nos enfants, on veut qu'ils soient encore mieux protégés pour éviter qu'il y ait des bandes, éviter qu'il y ait des cagoules dans les manifestations. Nous ne cèderons pas un pouce de terrain aux casseurs. Et dans une période où les gens peuvent être rendus plus fragiles par la crise, on ne doit pas être fragile sur une conviction, la sécurité est la première des libertés et l'ordre public, ça se respecte ;
 
Et dans les écoles, les collèges, les lycées, on met des portiques de sécurité ou pas ?
 
On protège au maximum, et déjà...
 
C'est une proposition, c'est un débat qui est lancé. Donc, cela veut dire que quelqu'un peut mettre son grain de sel dans le débat. Vous, quel est votre grain de se ?
 
Moi, je pense qu'il faut renforcer au maximum. Il y a des endroits où cela peut être nécessaire ; allons-y !
 
N'est-ce pas surréaliste de faire rentrer 650 élèves par des portiques de sécurité, le matin ? Il faut arriver deux heures avant, comme pour l'avion !
 
Je crois déjà, surtout, que ça a un effet dissuasif qui est très clair. Mais l'important également, c'est de dire que des bandes qui interviennent dans un établissement scolaire, dans ces cas-là, on sera sanctionné de la façon la plus ferme qui soit.
 
Purement techniquement, c'est possible ou pas ? Vous êtes maire, vous avez peut-être...
 
Je ne suis pas maire, je suis adjoint au maire. Oui, c'est possible. Je n'ai jamais été maire, mais je suis adjoint au maire, intéressé par ces questions. J'étais administrateur dans un collège. Oui, c'est possible. Ce qui est important, c'est de bien rappeler que là aussi, dans un collège, dans un lycée, nos enfants doivent être protégés. Cela doit être, en quelque sorte, sanctuarisé, et le fait de savoir que ceux qui interviennent pour se laisser aller à des règlements de comptes, à de la délinquance, seront sanctionnés encore plus durement, ne vous inquiétez pas, ceux qui sont prêts à ça savent aussi ce que la loi prévoit, et si la loi est renforcée, cela change les comportements.
 
Les européennes, la campagne avec les élections européennes le 7 juin. On a l'impression que cela n'intéresse pas grand monde. D'ailleurs, cela se voit dans les chiffres : 1 Français sur 2 s'intéresse à cette campagne. Comment peut-on faire pour réveiller la campagne, réveiller l'électorat.
 
Parler d'Europe, ce que fait le mouvement populaire qu'est l'UMP. Nous parlons d'Europe, nous expliquons...
 
Vous parlez d'Europe, mais vous avez quand même eu du retard à l'allumage pour présenter vos listes !
 
Vous trouvez que, parce qu'on a désigné les candidats le 24 janvier, on a eu du retard à l'allumage ? Moi, je ne trouve pas. On a commencé la campagne les premiers, nous avons fait le plus grand nombre de réunions publiques...
 
Les têtes de liste : Les autres, c'était plus tard.
 
C'est vrai que les socialistes sont partis plus tard en campagne. C'est vrai.
 
Non, mais les autres ! Il n'y avait que les têtes de liste, mais la liste complète, ça a été un peu plus long !
 
Comme la fois dernière. D'ailleurs, je tiens à vous dire une chose : nous avons été les premiers à désigner officiellement et à déposer nos listes au ministère de l'Intérieur ; en fin de semaine dernière, ce n'était pas le cas des socialistes. Pourquoi ? Mystère ! Maintenant, nous, nous sommes très clairs et je pense que nous sommes en mesure d'intéresser les Français à cette campagne, en disant très clairement par exemple, "non" à l'entrée de la Turquie au sein de l'Union européenne. Et hier, madame Aubry n'a pas été claire sur la question de la Turquie. Les socialistes ne sont pas clairs sur l'entrée de la Turquie, oui ou non, au sein de l'Union européenne. Pour l'UMP, c'est "non", et nous le disons dès maintenant. Hier, madame Aubry nous dit que la question ne se posait pas vraiment aujourd'hui, qu'il fallait laisser aller les négociations... Non, il faut être clairs sur la Turquie. Pour nous, c'est"non" aujourd'hui et ce sera "non" demain.
 
Vous parlez de la Turquie ! Vous pensez vraiment que vous allez attirer l'électorat vers les urnes en nous parlant de la Turquie ? On a plutôt envie de savoir ce que les élections des eurodéputés vont changer dans notre quotidien ! La Turquie, c'est quand même ...
 
Venez avec moi demain en déplacement, et vous verrez si ce n'est pas une question qui nous est posée à chaque fois. Moi, je vais vous dire : une campagne, ça se fait sur le terrain.
 
Sur le terrain alors, quelle est la question numéro 1 ?
 
C'est celle là.
 
La Turquie ?
 
Celle qui nous a été posée le plus souvent, c'est celle-ci. D'autres questions me sont posées. Les autres questions, c'est : que nous garantissez-vous pour que cette crise ne se reproduise plus jamais ? Qu'allez-vous faire pour sortir le plus vite possible de la crise ? Et quel modèle de croissance pour l'Europe nous proposez-vous ? Autre question : vos députés européens auront-ils la même énergie et la même capacité à bouger les choses que N. Sarkozy quand il était président de l'Union européenne ?
 
Quelle différence entre un eurodéputé de gauche et de droite ? A part la Turquie ?
 
La première des choses, c'est que nous, nous voulons avoir le même engagement, la même volonté politique que N. Sarkozy pendant la présidence française de l'Union européenne. Et ça, ça compte. Parce que pendant six mois, on s'est aperçu que l'Europe pouvait changer et que l'Europe était en train de changer. Et nous avons, depuis deux ans, commencé à changer les choses en France. Les députés européens du Mouvement populaire, du Nouveau Centre, de la Gauche moderne, des progressistes, auront la même capacité à sortir des sentiers battus et aussi à secouer l'Europe quand il le faut. Regardez ! Si le président de la République avait écouté tous les avis, il n'aurait jamais réuni à l'époque l'Eurogroupe, parce que ça ne se faisait pas. On réunissait les ministres de l'Economie et des Finances, jamais les chefs d'Etat et de Gouvernement. Eh bien, il n'a pas hésité à bousculer les choses. C'est comme cela qu'on a évité une catastrophe financière sans pareille. Moi, je veux la même énergie de la part des députés européens.
 
Donc, c'est une question d'énergie...
 
C'est une question de volonté politique aussi.
 
Donc, c'est une question d'énergie, pas une question d'idées ?
 
Si vous me laissez finir, je vais vous dire aussi pourquoi. Une Europe qui protège, c'est aussi une Europe qui sait mieux utiliser un outil qui est le Fonds d'ajustement à la mondialisation. Un exemple. L'Europe a décidé, il y a quelques années, d'avoir un outil pour aider les salariés dans des secteurs difficiles à changer d'emploi, 1 milliard d'euros en deux ans. Vous savez combien ont été utilisés ? 67 millions d'euros seulement. Je veux d'une Europe qui ne laisse pas dormir près d'un milliard d'euros dans les tiroirs alors qu'il y a des salariés qui ont besoin, eux, d'avoir de nouvelles solutions d'emploi. Voilà pourquoi moi, je suis profondément européen. Mais on a le droit d'être profondément exigeant, et on veut une Europe qui change.
 
[2ème Partie]
 
... Encore un mot de l'Europe, pour un député à l'Assemblée nationale, en France, chaque député a ensuite une permanence. Pour les eurodéputés, ce n'est pas obligatoire. Certains le font. Est-ce qu'il faut imposer ça ? Est-ce qu'il faut innover et, justement, créer des permanences pour les eurodéputés, pour créer une connexion avec les citoyens ?
 
Ce n'est pas à mon avis le rôle du Parlement que de l'imposer, mais pour moi, au sein du Mouvement Populaire, les choses sont claires. Les députés européens qui seront élus devront être présents à Bruxelles et à Strasbourg, même si Strasbourg reste pour moi la capitale de l'Europe et le restera, mais aussi être présent sur le terrain. Ça veut dire avoir des locaux, avoir une permanence, tenir une permanence, et se déplacer aussi dans la grande Région. Pour moi, c'est indispensable. Et d'ailleurs, ça fait parti des engagements des députés européens du Mouvement Populaire.
 
Est-ce que c'est si indispensable que ça ? Voyez le témoignage d'une eurodéputé socialiste qui disait : « On a souvent l'impression que les gens viennent chez nous en se disant : ça va être un guichet pour avoir l'argent de l'Europe ? »
 
Attendez, une chose est certaine. Les parlementaires, les élus, ça sert à quoi ? Ça sert aussi pour écouter ce que vous disent les gens qui votent pour vous. Il ne faut pas s'étonner après que les gens ne votent pas pour vous si vous ne voulez pas les recevoir. Alors peut-être que c'était une député socialiste - j'ai cru voir ça dans la presse - mais chez nous, je suis désolé, quand vous êtes élu, vous allez à la rencontre et vous recevez. Il ne faut pas s'étonner après que les gens ne votent pas. Parce qu'en plus, il y a là un des vrais sujets : on dit souvent que l'Europe est trop technocratique, et je le reproche bien souvent. Mais seulement si on veut pas d'une Europe technocratique, il faut une Europe politique. Il faut donc que les politiques soient présents à Bruxelles, à Strasbourg, et aussi sur le terrain. Vous voulez un exemple d'une Europe techno ? Il y a eu un G20, qui nous a dit comment éviterons nous à l'avenir, qu'il y ait de nouvelles crises financières, notamment sur les fameux fonds spéculatifs dans les paradis fiscaux. Eh bien le commissaire européen, Mr McGreevy, a quand même présenté un projet de directive européenne qui autoriserait les fameux fonds spéculatifs, les hedge funds, dans les paradis fiscaux, à venir travailler en Europe. Soit ce monsieur n'a pas la télé, n'écoute pas la radio, ne lit pas les journaux, mais en tout cas, ça ne sert à rien qu'il continue à travailler la dessus. Les députés du Mouvement Populaire ne voteront jamais, jamais une telle directive. L'exemple type ! C'est aux politiques de faire en sorte que les technocrates ne prennent pas le pouvoir, et pour ça il faut aussi que les électeurs aillent voter pour des politiques.
 
X. Bertrand, est-ce qu'il faut remanier le gouvernement français avant ou après les élections européennes ?
 
Ce n'est pas moi qui compose le Gouvernement, vous le savez. Moi j'ai quitté volontairement le Gouvernement...
 
Mais en terme de stratégie politique, vaut-il mieux le faire avant, ou après ?
 
Poser la question au président de la République.
 
Me dites pas que vous n'avez pas d'idée sur la stratégie politique, sur ce que...
 
Non, non, je pense que le sujet aujourd'hui...On est dans une crise économique importante, mondiale, et les Français n'attendent pas aujourd'hui une réponse politique.
 
Mais c'est devenu une tradition de remanier après des élections.
 
Vous savez, la tradition ça a parfois du bon, mais il n'y a pas de règles écrites en ce qui concerne les remaniements ou les réaménagements ministériels. Donc j'ai pas à ma prononcer là-dessus. Vous voulez que je vous dise une chose ? Je ne suis pas étonné, c'est une question qui vous intéresse. Mais alors les Français sont, à mon avis, à des années-lumière de cela. Vous savez pertinemment qu'élus, M. Barnier et R. Dati, quitteront le Gouvernement, ce n'est pas un scoop que je vous livre. Cela se sait.
 
Pourquoi ils le quittent pas avant d'ailleurs ? En campagne...
 
Et à chaque fois comment ça se passe ? A chaque fois, notamment pour les dernières élections municipales, on a eu des candidats qui étaient ministres en même temps, et qui savent faire les choses. Ils sont pas aux 35 heures les deux, et ils n'ont pas l'intention de s'y mettre.
 
Et ça leur permet de profiter des moyes du Gouvernement, pour se déplacer, aller faire un petit déplacement ministériel et puis enchaîner avec un petit meeting quoi...
 
Ce n'est pas le genre de la maison l'UMP. Ce n'est pas le genre de la maison UMP. A chaque fois qu'il y a un déplacement, les ministres qui sont candidats sont intégralement pris en charge par le Mouvement, ça fait partie des dépenses qui sont prévues dans le cadre des comptes de campagne. C'est très bien comme ça, c'est transparent. Ça n'a peut-être pas été les habitudes par le passé, un lointain passé, mais en tout cas, pour moi les choses doivent êtres claires : quand y'a des dépenses engagées pour la campagne des européennes, pour le Mouvement Populaire, c'est le Mouvement Populaire qui paye.
 
Alors quand on parle remaniement, de cette perspective là, on évoque...
 
Ça vous intéresse décidément beaucoup cette question !
 
Ah oui, bien sur que oui, c'est une question politique.
 
Mais c'est pas une question qu'on nous pose sur le terrain, je vous assure.
 
Mais ce sera important après les élections, donc vous verrez qu'on en parlera beaucoup après les élections, donc nous, on anticipe. On parle de C. Allègre, qui pourra arriver au Gouvernement, dans un ministère de la Recherche et de l'Industrie. La perspective de C. Allègre au Gouvernement, ça ne séduit pas tout le monde à l'UMP. Est-ce que vous ça vous séduit ?
 
Ecoutez, moi je ne suis pas sélectionneur de l'équipe de France, ce n'est pas moi qui compose le Gouvernement. C. Allègre c'est un réformateur, et ça c'est important. C'est peut-être aussi ce qui fait qu'il gêne beaucoup de socialistes C. Allègre. Maintenant, ce que je crois, c'est que si vous voulez me poser la question : l'ouverture est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise chose... C'est un peu ça ?
 
Oui. Est-ce qu'il faut aller plus loin à l'ouverture ? Est-ce qu'il a le bon profil pour faire l'ouverture ?
 
Ecoutez, je vous l'ai dit je suis pas sélectionneur, mais je sais une chose. C'est que si vous voulez faire bouger en profondeur la France, il faut aussi avoir un gouvernement qui ressemble aux Français. Et donc qui rassemble. Et qu'il y'ait des personnalités qui ne soient pas toutes de l'UMP, je crois que c'est important. Et d'ailleurs j'ai voulu la même logique, avec B. Hortefeux et J.-C. Gaudin, pour composer les listes pour les européennes. Voilà pourquoi on a un accord important avec le Nouveau Centre, avec la "Gauche Moderne" de J.-M. Bockel, avec les "Progressistes" d'E. Besson. Moi je pense qu'avoir dans un gouvernement des personnalités différentes, c'est quelque chose qui compte, et plus jamais, plus jamais, vous aurez un gouvernement qui sera replié sur un camp ou sur un autre. On l'a connu par le passé...
 
Et pourquoi pas ?
 
Posez la question à ceux qui auront à former le prochain Gouvernement... Ce n'est pas moi qui formerai le prochain Gouvernement.
 
Mais vous en tant que secrétaire général de l'UMP, vous n'avez aucun avis, nous n'en parler avec vos collègues, vous n'avez aucun avis sur C. Allègre ?
 
Franchement, non.
 
C'est noté, on ne vous la ressortira pas. Le contexte social, avec cette crise dans les universités, qui s'éternise. On nous dit que les examens auront bien lieu ; on constate dans la réalité que certains recteurs d'université ont l'intention de remplacer l'écrit par de l'oral pour aller plus vite. On nous dit que les examens ne seront pas bradés, dans les faits, quand il n'y a pas eu quatre mois de cours, on ne peut pas faire autrement que de bricoler des examens.
 
Non, pas de bricolage, pas de bradage. Vous ne voulez quand même pas aujourd'hui, donner d'une certaine façon raison à ceux qui sont les fossoyeurs de l'université française ! Les quelques dizaines d'agitateurs professionnels, pas tous étudiants...
 
Mais comment on fait pour ne pas bricoler des examens quand il n'y a pas eu quatre mois de cours ?
 
Déjà, pourquoi on ne va pas le faire ? Parce que les quelques agitateurs, qui sont quelques dizaines, pas plus, qui continuer à vouloir bloquer, sont en train de tuer l'université française, tuer ! On ne va pas les laisser faire. Et pour ne pas les laisser faire, il ne faut pas non plus brader les examens. Ce n'est pas encore terminé, il y a la possibilité d'avoir des cours supplémentaires, il est possible d'organiser les cours. C'est aussi la responsabilité...
 
Pour vous, on peut rattraper quatre mois de cours ratés ? Oui. Avec des pavés de 170 pages à avaler ?!
 
Vous savez bien aujourd'hui que toutes les universités ne sont pas bloquées, heureusement, et que dans les autres, les choses s'organisent pour permettre aux étudiants de passer les examens. Les étudiants non plus n'ont pas envie d'être pris en otage et n'ont pas envie d'avoir un diplôme au rabais. Mais il faut bien mesurer qu'il y a aujourd'hui des étudiants, j'en connais, qui avaient prévu des stages, des stages à l'étranger en juillet, ils avaient tout préparé, ils avaient passé du temps, ils ne pourront pas y aller à cause, justement, de ceux qui bloquent encore certaines universités. L'esprit de responsabilité devrait s'imposer chez tous, mais ceux-là, il faut les dénoncer.
 
Entre des cours envoyés par mail et un cours en amphi ou en TP, cela n'a rien à voir.
 
C'est pour cela qu'il n'est pas non plus trop tard aujourd'hui pour organiser différemment les cours, les cours de rattrapage. Mais il n'est pas question de donner, de distribuer ou de brader les diplômes. Ce ne serait l'intérêt de personne et surtout pas des étudiants. Mais je ne suis pas sûr que pour les casseurs et les agitateurs, l'intérêt des étudiants, ça leur parle encore.
 
Il y a encore quelques mois, vous étiez ministre du Travail. L'entreprise Hertz demande à ses cadres de baisser leur salaire de 5 % à peu près, face à la crise, pour éviter de licencier ; est-ce une mesure que vous comprenez ?
 
Quand il y a des augmentations de salaire, il faut que ce soit des négociations qui aient lieu. S'il y a cette question de la baisse de salaire pour quelques uns, il faut qu'il y ait un dialogue social fort dans l'entreprise. Ce ne peut pas être une décision unilatérale...
 
Ça ne peut pas être individuel, ce ne peut pas être au cas pas cas, c'est ça ?
 
Vous savez, il y a certain grand chef d'entreprise qui voit leur rémunération baisser, c'est individuel, et ça, ça me va très bien. Mais dans ces cas là, il faut qu'il y ait de vraies garanties, une vraie lisibilité sur l'avenir de l'entreprise. Il ne faut pas, justement, flouer les salariés. Il faut donc qu'il en parle, mais il faut être sûr, dans ces conditions-là, qu'il n'y pas une partie des bénéfices qui serait distribuée autrement. Donc il faut que les choses soient transparentes, il faut que ce soit l'intérêt de l'entreprise, que ce soit aussi accepté, et accepté par qui ? Moi, je crois au dialogue social dans un cas comme celui-ci. Ça n'a pas vocation à généraliser mais les salariés, les représentants du personnel savent aussi mesurer l'intérêt de l'entreprise mais il faut jouer cartes sur table, et il faut tout dire et tout donner comme argument.
 
Question d'un auditeur sur les évènements à La Courneuve...
 
On n'est pas dans un scénario de film, mais il est vrai qu'il y a certainement des films qui inspirent certains dans les cités. On ne peut pas les laisser faire et on ne les laissera pas faire. Il n'est pas question de laisser se développer une quelconque escalade. Il faut des renforts dans certains endroits. Les renforts ont été décidés, M. Alliot-Marie est sur le terrain. Il n'est pas question de laisser un pouce de notre territoire à des délinquants, à des criminels. Il n'est pas question de céder un pouce de terrain en matière d'ordre public.
 
Question d'un auditeur : Est-ce que l'UMP n'est pas en train de ressortir le débat sur la sécurité juste avant les élections européennes ?
 
Vous savez, quand il y a des faits comme ceux qui se sont produits, vous en parlez, vous, beaucoup à l'antenne, la question est plus posée à RMC, et la réponse est non. A partir du moment où cela fait partie de l'actualité, il n'est pas question de s'écarter des problèmes qui concernent les Français. On ne choisit pas l'actualité mais une chose est certaine, on doit réagir pour éviter que cela ne se reproduise et éviter que d'autres faits comme ceux-ci soient à l'antenne dan les jours ou dans les semaines qui viennent. Ça, c'est notre responsabilité politique.
 
Aujourd'hui, on fête un anniversaire, les deux ans de F. Fillon à Matignon. Il y a dix-huit mois, donc six mois après l'arrivée de F. Fillon, on se disait, "mais est-ce que ça sert vraiment à quelque chose, un poste de Premier ministre avec un Président ultra actif ?"... Est-ce que ça sert à quelque chose deux ans après ?
 
Vous avez toujours des questions - je suis content de venir - qu'on ne nous pose jamais sur le terrain, mais alors, jamais ! Jamais, jamais. Ce serait intéressant de poser la question aux auditeurs, aux téléspectateurs.
 
Il n'empêche que quand on les pose, ça réagit quand même au 32- 16, donc c'est que ça doit quand même un peu intéresser.
 
Cela fait les politiques en eux-mêmes, je pense, notamment, les deux questions qui étaient posées, c'était sur quoi ? Sur la sécurité. Pas sur le remaniement, pas sur monsieur Allègre. Bon, un Premier ministre comme F. Fillon, qui a l"expérience des réformes, qui le courage pour les mener, il est aussi celui qui avec N. Sarkozy a permis que 90 réformes en deux ans soient mises en oeuvre et de remontrer aussi une chose, c'est que la parole politique maintenant, ça compte à nouveau. Les promesses qui ont été faites en 2007, ce sont des promesses tenues. La TVA dans la restauration, cela faisait sept ans qu'on nous en parlait. De la mettre en place, et au 1er juillet, pas au 1er janvier, cela va aussi permettre de préserver des emplois. Donc un Premier ministre qui est totalement engagé dans l'action et les réformes, oui, ça compte.
 
Est-ce que vous étiez aux portes ouvertes de la Grande loge de France. Ce week-end, c'était portes ouvertes dans la franc-maçonnerie, vous êtes franc-maçon...
 
Non.
 
C'est une bonne idée les portes ouvertes dans la franc-maçonnerie ?
 
Oui, certainement. Moi, je suis pour la transparence et je pense que je suis l'un des très rares exemples en politique, parce que je crois que quand vous êtes responsable politique, vous devez tout dire, avoir fait part de mon appartenance...
 
C'est quoi être franc-maçon en 2009 ?
 
Attendez. Un, je n'étais pas invité ; deux, je n'y serais pas allé parce que je l'ai indiqué : à partir du moment où vous avez un engagement politique très fort, j'ai été ministre, je suis responsable aujourd'hui du premier parti politique de France, non, je n'y serais pas allé.
 
C'est quoi être franc-maçon en 2009 ?
 
Je pense qu'il faut poser la question, pas seulement à moi, parce que comme je vous l'ai dit, à partir du moment où j'ai fait ce choix politique. Mais cela veut dire aussi avoir la volonté de s'ouvrir aux autres, et de réfléchir sur un certain nombre de thèmes, de thèmes de société par exemple. Mais vous voyez, pour éviter ce genre de questions, je crois qu'il faut un maximum de transparence partout et pour tous.
 
Est-ce que F. Lefebvre en fait trop, le porte-parole de l'UMP ? J'ai compté le nombre de communiqués la semaine dernière, il y en a eu une dizaine. Est-ce que finalement, ce n'est pas lui qui incarne l'UMP plus que vous ?
 
C'est que c'était donc une petite semaine ! Qui est-ce que vous invitez aujourd'hui ?
 
Vous.
 
Merci. Moi, j'étais porte-parole de N. Sarkozy pendant la campagne présidentielle, et je sais une chose, c'est qu'on a besoin d'un porte-parole qui soit actif et qui soit réactif. Et F. Lefebvre fait cela très, très bien. Pourquoi intervient-il ? Parce qu'il remet les pendules à l'heure, F. Lefebvre.
 
Vous relisez ses communiqués ?
Bien sûr !
 
 Tous ?
 
Bien sûr !
 
Vous pouvez dire, "non, celui-ci, je n'en veux pas" ?
 
Bien sûr. Si vous voulez, je pourrais vous montrer mon Black Berry. On travaille en toute concertation.
 
Donc vous pouvez lui dire "j'en veux pas de celui-là" ?
 
Oui, mais ce n'est jamais arrivé. Et je vais vous dire pourquoi : parce qu'on travaille en confiance, on se connaît. Il connaît bien le fonctionnement d'un parti politique et surtout, il sait en permanence ne pas céder un pouce de terrain aux manipulateurs et à ceux qui jouent la carte de la désinformation. Et comme il y a un certain nombre de choses, de mensonges, qui sont proférés par le PS, il a totalement raison de remettre les pendules à l'heure.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 mai 2009

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