Conférence de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur le développement des relations entre la France et le Nigeria, sa proposition de l'aider dans le domaine militaire pour sécuriser le delta du Niger et sur l'aide de l'Union européenne à l'Afrique occidentale, Abuja le 22 mai 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur le développement des relations entre la France et le Nigeria, sa proposition de l'aider dans le domaine militaire pour sécuriser le delta du Niger et sur l'aide de l'Union européenne à l'Afrique occidentale, Abuja le 22 mai 2009.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage au Cameroun et au Nigeria les 21 et 22 mai 2009 ;

ti : Mesdames et Messieurs, c'est pour moi un très grand honneur d'être aujourd'hui au Nigeria parce que le Nigeria est un géant de l'Afrique et c'est un partenaire incontournable pour la France.

Je pense évidemment d'abord à nos relations économiques. Le Nigeria en 2008 a été notre premier partenaire commercial en Afrique subsaharienne ; c'est d'ailleurs l'un des volets importants du voyage que j'effectue aujourd'hui ici au Nigeria puisque je suis accompagné par des dirigeants de certaines des plus grandes entreprises françaises qui en venant avec moi, manifestent leur désir de continuer à investir au Nigeria. La France est d'ailleurs le deuxième investisseur au Nigeria juste derrière les Etats-Unis.

Notre partenariat n'est pas seulement économique ; nous voulons aussi renforcer notre coopération sur le plan politique. Le Président Sarkozy et le Président Yar'Adua ont initié l'an dernier à l'occasion de la venue du président nigérian à Paris une nouvelle dynamique qui a débouché sur la conclusion d'un partenariat stratégique entre la France et le Nigeria. J'ai indiqué au Président Yar'Adua et au vice-Président Jonathan que nous devions travailler ensemble pour faire progresser la paix et le développement de l'Afrique. Le Nigeria est aujourd'hui un contributeur majeur aux opérations de maintien de la paix notamment sur le continent africain avec près de six mille soldats mis à disposition des forces de la paix ; c'est d'ailleurs l'un des précurseurs dans la réflexion africaine sur la constitution d'une architecture de paix et de sécurité africaine.

Le Nigeria est aussi un grand pays émergeant qui à ce titre a vocation à prendre toute sa place dans la nouvelle gouvernance mondiale que la France appelle de ses voeux ; le Nigeria sait, je l'ai répété aux autorités, qu'il peut compter sur le soutien de la France à cet égard, la France qui n'a jamais cessé de plaider pour une meilleure représentation de l'Afrique au sein de la banque mondiale, au sein du Fonds monétaire international ou au sein du G20. Et d'ailleurs lors de la réunion du G20 de Londres, nous avons constamment rappelé à nos partenaires que l'Afrique était aussi affectée même si elle n'en avait aucune responsabilité par la crise économique et financière mondiale et qu'il fallait renforcer les moyens de soutien aux pays en développement, ce qui a été fait en particulier avec le triplement des moyens du Fonds monétaire international.

L'objectif de ma visite était aussi de faire vivre le partenariat stratégique conclu en juin dernier pour qu'il débouche maintenant sur des projets très concrets. Les entretiens que j'ai eus cet après-midi tant avec le Président Yar'Adua et le vice-Président Jonathan ainsi que la séance de travail qui a rassemblé plusieurs ministres de mon gouvernement et du gouvernement nigérian s'inscrivent dans ce cadre. Notre objectif, c'est de développer avec le Nigeria une coopération concrète dans le domaine de l'énergie, dans celui de la sécurité, dans le développement du secteur productif mais aussi dans le domaine culturel et judiciaire ou encore dans celui de la gestion concernée des migrations. Nous avons signé plusieurs accords : un accord de coopération judiciaire en matière pénale, un mémorandum d'entente en matière de défense et de coopération maritime qui répond naturellement tout particulièrement aux menaces qui pèsent dans le delta et dans le golfe. Et puis trois mémorandums relatifs à notre coopération et à l'action de l'Agence française de développement puisque l'Agence française de développement, vous le savez, s'est réimplantée au Nigeria l'an dernier. Nous avons décidé d'intensifier la coopération avec le Nigeria, un document cadre de partenariat qui va définir en commun avec les autorités nigérianes les principaux axes de cette coopération, sera élaboré dans les tout prochains mois.

Enfin, mon déplacement se place aussi sous le signe du renforcement du processus d'intégration régionale dont la France s'est fait l'avocate auprès de l'Afrique comme auprès du reste du monde. J'ai rappelé à l'instant lors de l'intervention que j'ai pu faire devant la CEDEAO, que nous avions tous à gagner à une Afrique de l'ouest plus forte, plus stable et plus prospère. C'est un combat que la France conduit et qu'elle va intensifier tant nous sommes convaincus qu'il s'agit là d'une des meilleures réponses aux défis que l'Afrique doit affronter. Et maintenant je suis prêt à répondre à vos questions.


Philippe Morand, TF1 : Monsieur le Premier ministre, la France compte plusieurs centaines d'expatriés dans le sud du Nigeria et on sait qu'aujourd'hui, les enlèvements d'expatriés se multiplient. Alors comment la France peut-elle assurer la sécurité notamment de ses ressortissants, comment peut-elle aider le Nigeria à assurer cette sécurité aussi bien en mer que sur terre ?

François Fillon : Je note d'abord que c'est aux autorités nigérianes de définir les voies et les moyens d'une solution au problème que vous venez d'évoquer. J'ai évidemment évoqué cette question avec les autorités nigérianes qui m'ont indiqué qu'elles agissaient à la fois pour apporter des réponses sociales et économiques aux problèmes de la région et en même temps pour mettre fin à des exactions qui ne sont pas acceptables. Pour notre part naturellement, nous sommes prêts et je l'ai indiqué au Président nigérian, à assister le Nigeria en fonction de ses besoins et de ses demandes. C'est d'ailleurs le sens du partenariat stratégique qui a été adopté en 2008. Nous avons signé aujourd'hui un mémorandum d'entente qui prévoit une coopération dans le domaine de la défense et dans le domaine de la sécurité maritime. Ca veut dire que nous sommes prêts à partager avec le Nigeria notre expérience ; nous sommes prêts à assurer la formation d'unités nigérianes, nous sommes prêts à faire partager l'expérience que nous avons de l'interception en haute mer, de la lutte contre la piraterie, en particulier cette expérience que nous avons acquise au large de la Somalie, mais naturellement, il n'est pas question que les forces françaises interviennent en tant que telles. Il s'agit d'une coopération entre deux forces armées de deux pays, il s'agit d'échange d'expériences ; il s'agit le cas échéant de mise à disposition de moyens. Pour le reste, je constate que le nombre des entreprises françaises dans le delta est resté stable - c'est le même depuis 2005 - et je veux dire que ma visite demain dans le delta est aussi une marque de confiance dans la capacité du Nigeria à trouver une solution à la situation dans le delta.

Journaliste étranger : You mentioned that the EU and France is giving financial packages ?

François Fillon : D'abord nous avons décidé dans le cadre du G20 de tripler les moyens d'intervention du Fonds monétaire international à hauteur de 1.100 milliards d'euros. Une partie très importante de ces sommes est évidemment destinée à l'aide à l'Afrique. La France d'ailleurs participera à cet effort à hauteur d'un peu plus de 12 milliards de dollars. Dans le même esprit, nous avons voulu que soit mis en place un fonds de plusieurs centaines de millions de dollars destiné à venir aider les entreprises du fait du ralentissement des financements et du commerce international, l'Europe participant à la mise en oeuvre de ce fonds. Enfin l'Union européenne est en train de négocier avec la communauté économique des Etats africains de l'Afrique occidentale, un partenariat dont nous espérons qu'il va pouvoir être signé au mois de juin prochain et qui sera le premier partenariat définitif entre l'Union européenne et un ensemble régional africain. Voilà, c'est très important pour nous que l'Afrique n'ait pas à subir les conséquences d'une crise économique et financière dans laquelle elle n'a aucune responsabilité, à laquelle d'ailleurs ses établissements financiers résistent plutôt mieux que les autres mais qui naturellement va avoir des effets et des effets lourds du fait du ralentissement des échanges sur la vie des gens, sur l'emploi, sur la croissance et donc peut remettre en cause les efforts qui ont été faits pour lutter contre la pauvreté.

Journaliste du Guardian : Do you think there is a possibility that the agreement could be signed by june this year ?

François Fillon : Je ne suis pas totalement sûr d'avoir compris toute la question mais si la question, c'est est-ce que je suis optimiste sur la possibilité d'un accord en juin prochain, c'est-à-dire le mois prochain, entre l'Union européenne et l'Afrique de l'ouest, oui, je suis optimiste parce que je pense qu'il y a une volonté des deux côtés d'arriver à un accord, volonté qui m'a encore été confirmée tout à l'heure par le président de la Commission de la CEDAO. En tout cas la France pèsera de tout son poids pour arriver à ce résultat dans les meilleurs délais.

Journaliste : Avez-vous des objectifs en terme d'investissements français au Nigeria et espérez-vous à terme arriver à damer le pion aux Américains par exemple dans ce pays anglophone ?

François Fillon : Ecoutez déjà je trouve que la France soit le deuxième investisseur au Nigeria, compte tenu d'un détail qui ne vous a sûrement pas échappé, c'est que les Etats-Unis ont un produit intérieur brut un peu plus important que le nôtre et une population plus élevée ; je trouve que c'est déjà une très très belle performance. Mon objectif, c'est que nous maintenions ce rang, que nous continuions avec les entreprises françaises à investir. Nous avons notamment identifié les secteurs qui nous permettraient d'accroître nos investissements au Nigeria ; j'ai indiqué l'énergie avec pas seulement le pétrole mais aussi la réalisation d'unités de production d'électricité, une coopération de long terme en matière nucléaire ou encore en matière d'énergie renouvelable. Il y a vraiment un champ très important de coopération qui est ouvert pour les entreprises françaises et d'ailleurs j'ai pu constater qu'elles se pressaient pour participer à la visite que je conduis aujourd'hui.

Journaliste : Monsieur le Premier ministre, tout à l'heure à la CEDEAO, le seul moment où la salle a applaudi, c'est quand vous avez parlé de la position française qui consiste à défendre, à demander plus de place pour l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU mais pas lorsque vous avez dit que la France va s'efforcer de maintenir le même niveau d'aide au développement malgré la crise parce que c'est ça qui fait réagir généralement les audiences africaines. Alors donc visiblement il y a un intérêt diplomatique très fort du côté nigérian. Alors est-ce juste une attitude de principe ou est-ce qu'il y a un calendrier pour vraiment pousser ce dossier d'une place ou plusieurs places de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU ?

François Fillon : D'abord c'est un combat que la France mène depuis longtemps mais auquel nous avons donné avec le Président Sarkozy un tour nouveau. Nous voulons qu'on commence par l'élargissement du G8, l'élargissement du G20 et par la création de représentations supplémentaires de l'Afrique à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. Je pense qu'on a montré que cette accélération donnait des résultats, par exemple le G8 ne se réunira plus jamais comme avant, c'est-à-dire seulement avec ses huit membres fondateurs. La question de la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies est évidemment la plus difficile parce qu'elle a déjà fait l'objet d'un échec en 2005. C'est la raison pour laquelle avec la Grande-Bretagne nous avons proposé qu'il y ait une réforme intermédiaire qui permette de mettre d'accord le plus grand nombre d'Etats possible avant d'atteindre l'objectif final que nous nous sommes fixés d'une réforme complète du conseil de sécurité et de l'organisation des Nations unies. Je pense qu'il faut que le Nigeria, il faut que l'Afrique nous soutiennent dans cet objectif de réformes intermédiaires, de réformes d'étapes sans quoi il y a toujours le risque d'un blocage comme celui que nous avons connu en 2005 qui se traduit par un immobilisme qui est extrêmement négatif pour l'Afrique et pour tous les Etats qui veulent faire entendre leur voix comme ils en ont le droit, dans le cadre de l'enceinte des Nations Unies. Pour terminer, je dirai que ce mouvement-là, il est engagé et les applaudissements que vous évoquiez tout à l'heure montrent qu'il y a une aspiration que personne ne pourra plus jamais arrêter. Il faut donc que tout le monde se mette d'accord sur une solution de compromis.

Journaliste : Votre séjour en Afrique subsaharienne se termine presque. Quel est le souvenir ou quelle est l'impression... qu'est-ce qui vous a le plus frappé pendant ces quatre jours ?

François Fillon : D'abord ce séjour n'est pas terminé... parce que demain je vais aller dans le delta, ce qui est un déplacement auquel j'attache une très très grande importance et qui j'en suis sûr, pourra receler beaucoup d'événements, d'épisodes qui feront votre bonheur pour la rédaction de votre papier si toutefois vous pouvez attendre demain pour le faire. D'abord si c'est mon premier déplacement en tant que Premier ministre en Afrique, ce n'est pas mon premier déplacement en Afrique. Ce que je constate une nouvelle fois, c'est le dynamisme du continent africain, c'est sa volonté de se développer, c'est l'immensité des forces qui sont en mouvement et que parfois les occidentaux n'ont pas toujours mesurées à leur juste valeur et je pense que plus que jamais - je l'ai vu lors de l'accueil qui m'a été réservé au Cameroun, je l'ai vu tout à l'heure dans l'entretien que j'ai eu avec le Président du Nigeria - le changement de la politique africaine de la France, cette politique de partenariat que nous voulons conduire avec l'ensemble des pays africains, en prenant en compte ceux qui sont les acteurs majeurs comme le Nigeria, répond à la réalité de la situation du continent alors que sans doute par le passé, nous avons vécu sur des images, nous avons vécu sur des situations acquises, sur des situations qui étaient passées, qui ne correspondaient plus aux réalités. C'est une des forces de l'action du Président de la République française que de bousculer l'ordre établi et souvent l'ordre établi, c'est le cas pour pour les Nations unies, qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce que font beaucoup d'Etats ? Ils défendent un ordre qui correspond à la seconde moitié du 20e siècle alors qu'on a déjà bien entamé la première moitié du 21e siècle ; c'est la même chose dans les relations franco-africaines ; il fallait bousculer l'ordre établi, changer la hiérarchie de nos priorités, modifier nos méthodes, c'est ce que nous sommes en train de faire ; et le voyage que je viens de faire me conforte s'il en était besoin dans la vision que j'ai du caractère juste de cette politique.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 mai 2009

Rechercher