Déclaration de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur la crise de la filière laitière, à l'Assemblée nationale le 26 mai 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur la crise de la filière laitière, à l'Assemblée nationale le 26 mai 2009.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

Circonstances : Séance de questions d'actualité, à l'Assemblée nationale le 26 mai 2009

ti : * Monsieur le Président Copé, dès le début cette crise, j'ai dit que le prix payé pour la livraison du mois d'avril aux éleveurs était insupportable. J'ai dit également qu'il n'était pas normal que des producteurs livrent leur lait pendant un mois et demi sans en connaître le prix à l'avance.

En tant que ministre de l'Agriculture et de la Pêche, ma responsabilité est de faire en sorte que les gens se reparlent - les producteurs, les coopératives, les industriels ne se parlent plus depuis deux mois. Voilà pourquoi, avec Luc Chatel, nous avons désigné deux médiateurs qui font un bon et vrai travail depuis quelques jours pour que tout le monde se retrouve autour de la même table. Cela se produira jeudi matin, au sein du Centre national interprofessionnel de l'économie laitière, dont le rôle stratégique a été conforté dans la loi de finances par un amendement gouvernemental que vous avez adopté. Dans ce cadre, j'espère que les partenaires pourront, dès jeudi, se fixer un cap - un prix annuel juste - mais également s'assurer une visibilité dont les producteurs comme les industriels ont besoin.

Mais, vous l'avez dit, au-delà de la situation que nous vivons, le sujet est plus large : c'est une crise européenne. On comprend dès lors l'importance que revêt une grande, une vraie politique agricole commune, et il n'y a pas de fatalité à la voir détricotée - pas plus son budget. Voilà pourquoi je suis très heureux que votre groupe décide d'y prendre sa part et je l'y aiderai.


* Monsieur Sauvadet, je ne reviens pas sur les propos que j'ai tenus à M. Copé concernant la négociation qui reprend jeudi et qui devrait, en effet, permettre de fixer le cap d'un prix juste, que les producteurs attendent avec angoisse et impatience.

C'est vrai, nous avons besoin de transparence. Pas plus que les pêcheurs, les paysans n'ont peur de la transparence des prix et des marges. C'est pourquoi le gouvernement met en place l'observatoire dont vous avez parlé, et qui va bientôt publier les indicateurs sur le porc, filière également en difficulté. Le travail sur les produits laitiers commencera dès le début du mois de juin, avec le même souci de transparence des prix et des marges.

Je voudrais également vous donner quelques indications sur les discussions que j'ai eues à Bruxelles, hier après-midi, étant donné que la crise touche l'ensemble de l'Europe. La Commission a apporté quelques réponses utiles.

D'abord, nous avons obtenu que soient prolongés tous les outils d'intervention et de restitution que la Présidence française avait sauvegardés pendant le bilan de santé - je parle des stockages, des restitutions et de l'intervention au-delà du mois d'août.

Ensuite, la Commission a donné son accord pour que tout gouvernement qui le souhaite puisse anticiper, dès le 16 octobre, le paiement de 70 % des aides agricoles.

Enfin, dans le cadre du bilan de santé, nous avons apporté, tant par le soutien aux productions animales à l'herbe - 700 millions d'euros en plus - que par le soutien aux productions laitières en zones de montagne et de piémont, des réponses qui seront utiles pour soutenir la production laitière.


Monsieur le Député, même si nous sommes à quelques jours d'une élection qui suscite, dans votre camp, une certaine fébrilité, vous ne pouvez pas dire n'importe quoi.

Puisque vous évoquez les quotas laitiers, laissez-moi vous rappeler - et je parle sous le contrôle d'un de vos collègues, Jean Glavany -, comme je l'ai fait la semaine dernière et comme je le répéterai aussi souvent que vous m'interrogerez... C'est en 1999, malgré la position du gouvernement dont faisait partie Jean Glavany, que la première décision de suppression des quotas laitiers a été prise. Le gouvernement de l'époque n'a pas su convaincre ses partenaires de ne pas prendre cette décision.

Heureusement, Hervé Gaymard, en 2003, a pu obtenir le report de cette suppression à 2014-2015.

Contrairement à ce que vous prétendez, Monsieur Peiro, nous avons maintenu tous les outils de régulation et d'intervention pendant la Présidence française de l'Union européenne. La preuve : nous les utilisons tous en ce moment. S'ils avaient été supprimés, nous ne pourrions pas nous en servir aujourd'hui. Alors, ne dites pas n'importe quoi ! Il en est un notamment sur lequel votre parti est en train de prendre position pour qu'il soit supprimé : le soutien aux exportations. Je vous recommande, y compris à la veille des élections européennes, d'être un peu plus logique avec vous-même et de ne pas raconter sur les estrades le contraire de ce que vous dites ici !./.


* Monsieur le Député, je préfère le ton que vous avez utilisé à celui de M. Peiro. Je pense en effet que les agriculteurs ont davantage besoin de la diversité de nos opinions et de la solidarité nationale et européenne que de petites polémiques.

Puisque vous m'interrogez personnellement, je vous répondrai que vous ne devez pas vous étonner que le ministre de l'Agriculture participe au débat européen, puisque l'agriculture est la première - et, jusqu'à présent, la seule - vraie grande politique économique européenne.

Sous l'autorité du président de la République, au cours des deux dernières années, nous avons systématiquement maintenu tous les outils de régulation et j'ai rappelé que nous les utilisions. S'ils avaient été supprimés, nous ne pourrions pas le faire !

J'ai également obtenu deux rendez-vous de pilotage économique et politique de la production laitière.

Telle sera ma réponse, Monsieur Glavany : on ne peut pas accepter la suppression des quotas laitiers en 2014 et 2015, comme la première décision en a été prise quand vous étiez ministre, sans mettre en place en même temps un autre système de maîtrise de la production laitière en Europe.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 mai 2009

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