Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "RMC Info" le 28 mai 2009, sur les questions agricoles d'actualité telles que le coupage du vin rosé ou le prix du lait, sur son attachement à la PAC, ainsi que sur la demande américaine de la fin de l'expansion des colonies israéliennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "RMC Info" le 28 mai 2009, sur les questions agricoles d'actualité telles que le coupage du vin rosé ou le prix du lait, sur son attachement à la PAC, ainsi que sur la demande américaine de la fin de l'expansion des colonies israéliennes.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche;

ti : J.-J. Bourdin.- Pendant deux semaines, sur BFM-TV et sur RMC, nous recevons les têtes de liste des principales formations politiques engagées dans ces élections européennes. Vous êtes tête de liste en Ile-de-France mais aussi ministre de l'Agriculture...

Et de la Pêche.

...et de la Pêche, oui, double, triple casquette, qu'on vous reproche parfois.

Ca ne va pas durer très longtemps.

Ca ne va pas durer très longtemps, oui, puisque vous allez quitter le Gouvernement pour devenir commissaire européen, vous l'espérez ?

Ou pour être député européen si les Franciliens le veulent, c'est de la seule chose dont il s'agit aujourd'hui. Et pendant ce temps-là, comme vous l'avez compris, le président de la République m'a demandé d'assumer cette fonction, d'assumer mes responsabilités, ce que je fais avec passion et la même exigence. Et je sais bien séparer les choses, même si... D'ailleurs, quand on parle d'Europe on n'est pas loin de l'agriculture et réciproquement.

On va parler du lait et du vin et du rosé, mais d'autres choses aussi ; on va parler de votre programme à l'UMP pour ces européennes. Mais je voudrais que nous regardions l'actualité ensemble. Première chose, N. Sarkozy va annoncer aujourd'hui ses décisions concernant les violences à l'intérieur des collèges et des lycées ; X. Darcos parle de sanctuariser les établissements scolaires - j'avais entendu ça dans la bouche de G. de Robien et même de F. Bayrou en 1993. Et d'ailleurs à ce propos, N. Sarkozy, lors d'un débat en 1987 disait le contraire : il ne faut absolument pas sanctuariser. Et j'ai entendu aussi C. Estrosi dire : "on va gagner la guerre contre la délinquance !". On est là, la guerre ?

Ecoutez ! Chacun emploie les mots qu'il juge utiles. La question c'est celle de la sécurité. En effet, que les établissements scolaires, les écoles, soient des lieux où la tranquillité, où la sécurité, et des enseignants et des équipes administratives, et des élèves et de leurs parents soit garantie. Donc, ce que va faire le président de la République, c'est simplement garantir que l'école de la République doit être un lieu sûr.

Donc, portiques de sécurité... Vous êtes favorable aux portiques de sécurité, installés partout, comme dans les aéroports ?

J'ai entendu ce matin, je crois que c'est sur votre antenne, assez tôt, un reportage sur un établissement où il y avait eu beaucoup de dégradations, où des systèmes de caméra, parfois des portiques, permettent de réduire les violences. Je pense qu'il faut à la fois de telles mesures de sécurité, il faut voir quelles sont les plus appropriées, le président de la République va le dire. Et en même temps, que les élèves... J'ai été président d'un Conseil général pendant longtemps, j'ai construit des collèges, et je les ai construits en mettant des beaux matériaux, et je pense que...

Vous n'avez pas installé de portiques ?

Non, mais je crois et je pense qu'il faut des mesures de sécurité ; il faut que l'école de la République soit un lieu de sécurité.

Regardons l'actualité aussi, internationale cette fois, puisque vous avez été ministre des Affaires étrangères. Washington demande le gel de la colonisation israélienne et la fin de l'expansion des colonies. Est-ce que vous êtes d'accord ?

C'est exactement la position de la France. Le ministre des Affaires étrangères, B. Kouchner, l'a exprimée. Et ça a été dit au ministre des Affaires étrangères israélien, et je trouve bien que le président des Etats-Unis... Naturellement, il n'y a pas de règlement de ce conflit, qui est le plus ancien, le plus insupportable, entre Israéliens et Palestiniens, il n'y a pas de règlement de ce conflit sans un engagement très fort des Etats-Unis. Et ce que trouve formidable et nécessaire, c'est que le nouveau Président des Etats-Unis, B. Obama, s'engage sur ce sujet dès le début de son mandat, n'attende pas la fin comme on a vu peut-être du temps de Clinton ou de Bush, parce que c'est trop tard. Donc, l'engagement américain, l'engagement européen, qu'a d'ailleurs impulsé N. Sarkozy, souvenez-vous, au début de l'année, il y est allé à plusieurs reprises, et puis d'autres partenaires de la région, les partenaires de la région du Proche et du Moyen-Orient, cet engagement-là doit abouti à la création de cet Etat palestinien, vivant côte à côte, à coté d'Israël et en sécurité. Et qu'on fasse cesser ce drame ; je me suis beaucoup engagé sur cette question et je continue à être...

Ce n'est pas l'engagement du gouvernement israélien en ce moment...

Oui, mais le gouvernement israélien doit comprendre...

La fin de la colonisation...

...que la feuille de route reste la même, celle de la création d'un Etat palestinien. Il n'y a pas de sécurité à moyen ou long terme pour Israël s'il n'y a pas un Etat palestinien.

Regardons l'actualité agricole, avec le lait et le vin. Le lait, vous avez entendu comme moi les producteurs de lait qui, pour certains, n'ont plus de quoi finir le mois, n'ont plus de quoi vivre, parfois, vous l'avez dit !

J'ai moi-même dit que le prix qui était proposé récemment pour la dernière livraison était insupportable, et j'ai moi-même dit, et je l'ai répété à l'Assemblée nationale, qu'il n'était pas normal qu'on livre son lait pendant un mois et demi et qu'on ne connaisse pas le prix, donc il faut rebâtir un système de juste marché.

Alors justement, ils attendent un prix du lait pour le mois de mai, déjà. Vous allez leur donner quand ce prix du lait ?

Ce n'est pas moi qui vais fixer le prix du lait, on n'est plus dans une économie administrée mais...

Non, ce n'est pas vous directement

Non, non, mais vous me dites : quand est-ce ce que vous allez donner le prix du lait ? Le prix du lait doit être fixé par une négociation ; nous allons recréer un cadre de négociations. Et ce matin même, comme je le souhaitais, après un travail intelligent qu'ont fait les deux médiateurs que nous avons désignés avec L. Chatel, l'ensemble des familles va se retrouver - ils ne se parlent plus depuis deux mois. Donc ce matin, ils se retrouvent dans le cadre du Centre national interprofessionnel de l'économie laitière, et je vais, par une lettre que j'ai adressée au président de ce Centre national, le CNIEL, refixer le cadre de régulation que le Gouvernement propose pour que ce Centre national, le CNIEL, soit conforté dans son rôle central, et puisse, comment dirais-je, fixer le cap d'un prix annuel juste, d'un prix annuel juste ! Et à partir de ce...

Il est où "le prix annuel juste ", selon vous, en ce moment ?

Ce n'est pas à moi de vous le dire. Il est en tout cas...

Il est à plus de 300. Il est à quoi ? Plus de 30 centimes d'euros le litre, 300 euros les 1.000 litres, il est où ?

En tout cas il n'est pas à 210 euros...

Les 1.000 litres, 300 sinon 350 ?

Je ne fixerai pas le prix. Si vous demandez au ministre de fixer le prix, je veux que ce soit un prix juste.

Non, mais dans votre esprit, il existe quand même ? !

Je veux que les éleveurs, que les producteurs laitiers soient rémunérés de manière équitable du travail qu'ils font, et qui est un travail difficile. Et donc, le Gouvernement est dans son rôle ; quand il demande à toutes les familles de se retrouver autour de la table, il facilite cette rencontre ou ce dialogue, et nous proposons un nouveau cadre de régulation, et je conforte le rôle du CNIEL - tous les éleveurs savent ce qu'est le CNIEL - pour donner le cadre de ce prix.

Alors si j'ai bien compris, les producteurs vont savoir très vite quel sera le prix de leur lait ? Le prix juste ?

Je pense, comme l'a dit le président de la FNSEA, J.-M. Lemétayer, et d'autres responsables agricoles, je pense qu'il faudra à partir de la réunion d'aujourd'hui, un certain nombre de jours, le cap étant fixé, des indices sur ce prix vont être fixés par le CNIEL, pour que producteurs, coopératives, industriels se retrouvent et fixent ce prix.

Parlons du rosé maintenant...

Non, non, attendez, je voudrais aussi dire que, sur le lait...

Allez-y.

...sur le lait, le sujet est tellement grave...

Oui, très grave !

...ce n'est pas le seul problème. La seule ligne d'action est celle que je viens de dire, pour fixer le prix du lait. J'ai également réorienté, et nous en avons déjà parlé, la Politique agricole commune, en créant une prime à l'herbe, en multipliant par quatre les crédits de soutien aux productions animales qui intéressent les éleveurs laitiers mais pas seulement eux. Et puis, il y a une action européenne ; je ne me résous pas, je ne me résoudrai jamais - je vous le dis aujourd'hui comme ministre de l'Agriculture et de la Pêche, je vous le dirai demain comme député européen - à ce que on livre l'agriculture en général, le lait en particulier, à la seule loi du marché. Je pense qu'il faut un cadre de régulation, il faut une gouvernance européenne, il faut, d'une manière ou d'une autre, préserver un système de maîtrise de la production laitière, ce qu'on appelle "les quotas" aujourd'hui, dont la suppression a été programmée pour 2014. Je ne me résous pas à cette suppression des quotas, si on n'a pas recréé au niveau européen, sur le marché unique européen, un système de régulation de la production laitière. [2ème Partie, après pause]

Le vin rosé coupé : décision à Bruxelles le 19 juin, c'est bien cela. ?

Peut-être un peu plus tard.

Peut-être un peu plus tard ?

J'essaye de demander du temps supplémentaire pour continuer à convaincre nos partenaires, qui étaient sur l'idée d'autoriser ce coupage, ce faux vin rosé que je trouve insensé, et j'essaye de les convaincre en parlant de refuser cette méthode...

Vous voterez contre l'autorisation ?

Nous avons dit que nous étions contre...

Vous avez dit mais vous n'avez pas toujours voté contre.

J'ai toujours voté contre. Enfin, il n'y a jamais eu de vote...

La France a déjà voté pour le projet, enfin s'est prononcée favorablement, non, en 2007 ?

Non jamais. Jamais, jamais...

C'est ce que disait hier le porte-parole de la Commission européenne ?

Non, la France a laissé poursuivre une discussion qui concernait ce qu'on appelle le règlement sur les pratiques oenologiques. Et dans ce règlement, il y a beaucoup d'éléments que nous approuvons, comme (la géolocalisation ?), l'usage des copeaux. Et puis il y avait cette mesure sur laquelle nous avons toujours, nous - et la Commission le sait - indiqué notre désaccord. Il n'y a jamais eu de vote, mais la discussion a continué sur un paquet global qui fait partie de ce qu'on appelle l'OCM-VIN. Et donc nous avons toujours dit notre désaccord. J'ai même écrit en février et en mars, à deux reprises, à la commissaire Mme Fischer Boel, pour marquer mon désaccord sur ce point, et d'ailleurs, la Commission a pris compte de notre position, elle a dit qu'on continue le dialogue. Nous continuons ce dialogue et elle a d'ailleurs accepté de reporter le vote final, parce que nous voulons trouver une solution.

Vous voterez contre, si rien ne change ?

La Commission sait que nous voterons contre ce règlement si cette position est maintenue.

L'autorisation de couper... Règlement permettant de mettre en vente du rosé coupé, mélange du vin blanc et rouge...

Oui, parce que c'est au fond, derrière cela, une certaine idée de notre modèle alimentaire. Je me suis opposé - et là, j'ai rallié l'ensemble des ministres de l'Union européenne - à l'importation de poulets chlorés. Je me suis battu avec les Américains, et finalement, ils ont obtenu un accord à peu près équilibré. Vous vous en souvenez de cette affaire du Roquefort, parce que nous refusons d'importer du boeuf aux hormones. C'est la même idée d'un modèle alimentaire qui est fait de qualité, de traçabilité, de goût et de couleur.

Le problème c'est que vous êtes seul. Enfin, quelques pays vous ont rejoints ?

Quand il y a eu les premières indications des positions des Etats membres, nous étions deux avec la Hongrie. Aujourd'hui, nous sommes un peu plus nombreux. Et je pense que le temps...

Nous sommes 27 !

... Oui, nous sommes 27. C'est tout le débat européen.

Voilà, justement à travers cette affaire de rosé français.

L'influence française elle ne se décrète pas, elle se construit par de la conviction, par des idées, par un travail...

Alors Bruxelles propose des étiquetages "Vin traditionnel" pour les rosés fabriqués selon la méthode traditionnelle. Vous êtes favorables à cet étiquetage ?

Non, je ne suis pas favorable à un étiquetage qui viendrait compenser...

Cela ne veut rien dire d'ailleurs "Vin traditionnel"...

... Qui viendrait compenser une autorisation de faire du coupage. Je voudrais qu'on préserve l'interdiction européenne actuelle.

Pourquoi ne pas rendre obligatoire l'étiquetage "Rosé coupé" ?

Mais cela voudrait dire qu'on autorise le coupé.

Mais Bruxelles va l'autoriser.

Attendez ! Il n'y a pas de fatalité...

Mais pourquoi ne pas exiger sur la bouteille : "Rosé coupé", un étiquetage ? Comme cela, le consommateur est prévenu.

Si nous autorisons l'étiquetage que vous dites, cela veut dire qu'on autorise le coupage. Pour l'instant, nous sommes dans l'idée de préserver l'interdiction...

Et si Bruxelles l'autorise, vous serez obligé de...

Nous discuterons, nous verrons quelle est la position finale des Etats membres. Je dis que les choses bougent, que nous sommes en train de convaincre...

Vous n'avez pas de veto, là, pour expliquer...

Non, il n'y a pas de veto, mais il peut y avoir un certain nombre de pays suffisamment nombreux qui bloquent une décision. Et ce que j'observe depuis quelques semaines, c'est que dans des pays qui avaient laissé faire, ou qui disaient même leur accord avec le coupage, les producteurs de vin en Espagne, en Italie, en Allemagne, qui ont les mêmes préoccupations de préserver l'effort de qualité chez nous... Pourquoi c'est grave ? Mais oui, mais là on est d'accord. D'abord, parce que ça met en cause notre modèle alimentaire européen, que je viens de dire, auquel nous tenons, qui n'est pas un modèle aseptisé. Et puis, cela met en cause le travail incroyablement positif qui a été fait par les vignobles, et pas seulement dans les Côtes de Provence.

Pas de décision au 19 juin, donc.

Je pense que cette décision sera prise un peu plus tard.

Quand ?

Fin juin, mais j'ai demandé à la Commission de nous donner quelques jours de plus.

De plus, c'est-à-dire à l'automne ?

Non, non, parce qu'il y a une obligation de régler cette question sur le règlement des pratiques oenologiques d'Europe avant le mois d'août.

C'est ce que me disait le porte-parole de la Commission européenne, hier, sur ces questions ? Vous savez ce qu'il me disait ? Il me disait : "mais, au mois d'août, vous aurez chez vous du rosé coupé".

Mais il y a déjà du rosé coupé qui vient d'Australie.

Oui, je sais. D'Australie, oui mais qui vient de France aussi.

Non, il n'y a pas de rosé coupé...

Ca vient du Champagne.

Il n'y a pas de vin de table... Soyons précis : il y a pas de vin table...

Mais il y en aura en septembre.

Il n'y a pas de vin de table qui procède de ce coupage avec cette attestation de faux rosé. Donc, nous voulons préserver cette méthode traditionnelle en Europe, pas seulement en France.

Bon, la PAC. 50 milliards d'euros distribués, c'est cela ? 10 milliards pour la France, à peu près ?

Oui, à peu près, par an.

A peu près, oui...

Ce n'est pas de l'assistance. Ce n'est pas de la charité.

Non, non, non...

C'est de l'investissement.

Oui, de l'investissement.

Vous savez pourquoi actuellement le secteur agricole et agroalimentaire, 1,5 millions d'emplois, tient le coup ? Il n'y a pas de délocalisation, il n'y a pas de suppressions d'emplois ? C'est parce que ce sont des gens qui travaillent, qui travaillent très dur, on en parlait pour les éleveurs laitiers, mais les autres aussi, viticulteurs, éleveurs, agriculteurs, pêcheurs. Il y a des gens qui travaillent, des gens qui se sont adaptés. Vous n'imaginez pas la capacité d'adaptation de l'agriculture depuis quinze ans, aux technologies modernes. Et puis, il y a une politique européenne, qui est la première politique économique européenne depuis cinquante ans, avec des régulations, des règles et un budget que vous venez de dire.

Alors pourquoi aucun des vingt principaux bénéficiaires de ces subventions en France, aucun n'est agriculteur ? Moi je ne comprends pas pourquoi. Eh bien, parce que... Par exemple, le volailler Doux, qui touche 63 millions d'euros par an, et qui se développe en Amérique du Sud ?

Derrière le volailler Doux, il y a beaucoup d'éleveurs...

Oui, mais il se développe surtout en Amérique du Sud.

Attendez ! Excusez-moi. Derrière le volailler Doux qui est soutenu au titre de la PAC, ce qu'on appelle les restitutions, les soutiens aux exportations, que veulent d'ailleurs supprimer le Parti socialiste ou le MoDem, je le dis en passant. A propos de la production laitière, actuellement, ils disent à l'Assemblée le contraire de ce qu'ils disent dans certaines tribunes. Derrière le volailler Doux, d'autres entreprises, il y a des agriculteurs qui livrent leurs produits achetés par ces entreprises que nous soutenons. Il y a pas mal d'agriculteurs qui reçoivent des aides de la PAC. Je voudrais d'ailleurs dire pourquoi vous dites ça, pourquoi vous savez ça, J. Bourdin ? C'est qu'on a rendu public...

Enfin, c'est Bruxelles qui a voulu rendre public...

Nous avons accepté... Ce n'est pas Bruxelles qui a décidé. Excusez-moi, arrêtez de parler de Bruxelles. Bruxelles c'est qui ?

Non, mais Bruxelles c'est la Commission européenne, M. Barnier.

La Commission européenne propose, je le sais puisque j'en ai fais partie, elle ne décide pas. Qui est-ce qui décide ? Ce sont les ministres et les députés européens. Arrêtons de dire...

C'est que nous sommes un parmi 27, M. Barnier. Pourquoi est-ce qu'on ne l'a pas fait avant, pourquoi est-ce qu'on ne savait pas avant qui était bénéficiaire de l'aide européenne de la PAC ?

C'était une faiblesse dans le système et nous l'avons compensée et réparée.

Très bien.

Moi je suis ministre depuis deux ans, l'Europe a décidé cette transparence et d'ailleurs les agriculteurs ne craignent pas cette transparence, pas plus d'ailleurs qu'ils ne craignent la transparence sur les prix et les marges, c'est aussi un autre problème lié au lait, lié aux fruits et légumes, lié au porc qui est en crise. Nous avons besoin de transparence sur les prix et les marges, c'est d'ailleurs l'objet de l'Observatoire...

Il faut la supprimer cette PAC ou pas ?

Ah non sûrement pas ! Sûrement pas !

Vous vous battrez donc contre ça ?

Mais une des raisons pour lesquelles je vais être dans le débat européen à nouveau, et totalement, c'est parce que cette Politique agricole, elle n'est pas seulement importante pour les agriculteurs, elle est symbolique d'une certaine idée de l'Europe qui ne se résume pas à un supermarché. L'Europe, ce n'est pas seulement une zone de libre-échange comme le voudraient les Anglo-Saxons, avec de la compétition fiscale et sociale et toutes les portes ouvertes sur l'extérieur...

Ou comme le voudrait le PPE, le Parti auquel vous adhérez, au Parlement, non, à Strasbourg ?

Non, non. Le Parti populaire européen, dont je suis membre, est un parti qui est à l'origine du projet européen, c'est d'ailleurs le Parti des chrétiens-démocrates à l'origine, de Schuman, de Monnet, d'Adenauer. Et ce parti a voulu une Europe qui protège et une Europe qui ait de l'audace politique, et c'est ça que nous voulons reconstruire ou conforter avec N. Sarkozy : une Europe qui protège, pas seulement sur l'alimentation, pas seulement l'agriculture, mais aussi nos emplois industriels, la taxe carbone et d'autres idées que nous mettons dans le débat. Et puis une Europe qui agit, qui retrouve l'audace des pères fondateurs, l'audace de la CECA. Souvenez-vous, on a mis ensemble le charbon et l'acier, on a construit Ariane, on a construit Airbus, on a construit la monnaie unique, on a construit Galiléo sur la navigation. Retrouvons cette audace sur des sujets comme l'énergie, comme l'environnement, comme la recherche. Je pense qu'il faut retrouver cette audace-là, aujourd'hui. C'est ce que nous voulons faire avec N. Sarkozy.

C'est-à-dire qu'il n'y a pas de prix de l'essence commun en Europe, il n'y a pas de fiscalité commune en Europe, il n'y a pas...

Voilà un vrai chantier, la fiscalité. On a un grand chantier, que nous pourrions conduire, qui est celui de l'harmonisation par exemple, de l'impôt sur les sociétés, peut-être sur une base volontaire dans le cadre de l'euro. Voilà des chantiers. Et celui de la coordination de nos politiques économiques et fiscales, et celui de nouvelles politiques industrielles. Je pense qu'il faut dans des données stratégiques de la croissance nouvelle, de ce qu'on appelle "l'économie Verte", bâtir des politiques communes, comme on a su le faire. On parlait de la PAC. La PAC c'est quoi ? C'est une politique économique qui a remplacé les politiques nationales en les mutualisant. Il faut faire ce même effort de mutualisation, en matière de recherche, d'industrie, et dans tout ce qui touche à l'économie Verte.

Je regarde le PPE quand même. Que dit le PPE à propos de la crise économique, de la crise financière : c'est la faute des consommateurs européens ; "cette crise n'est pas comme les autres, elle n'est pas simplement une crise économique et financière, c'est une crise de valeurs. Les fautifs, ce sont les familles qui renoncent aux obligations et à l'épargne pour rechercher la facilité et le confort, ce sont bien les valeurs qui sont en crise". Voilà ce que dit...

Non, écoutez...

Attendez, ce n'est pas moi !

Naturellement... Il ne s'agit pas de mettre en cause les consommateurs et les familles. Il s'agit de dire que nous condamnons un capitalisme qui a été celui des spéculateurs, celui du crédit qu'on croyait illimité, du profit contre le travail, et nous voulons remettre au coeur de la société européenne la valeur travail et l'épargne familiale, voilà ce que dit le PPE.

Oui, et chacun dans son coin face à la crise en Europe...

Sûrement pas chacun dans son coin ! Dans cette crise, qui n'est pas d'ailleurs une crise seulement financière et économique, c'est une crise écologique. N'oubliez pas cette crise sourde, profonde, très grave qui est le réchauffement climatique, qui va tout bousculer. On parlait de l'agriculture, vous savez que...

Ce n'est pas ce qu'a dit C. Allègre, votre futur collègue. Non ? Puisque vous aurez quitté le Gouvernement, vous, M. Barnier.

Vous verrez bien si C. Allègre rentre au Gouvernement...

Ca serait bien d'ailleurs qu'il entre au Gouvernement, C. Allègre ?

Voyez qu'on change de sujet...

Non, non, mais comme ça, on virevolte, mais je vous pose la question.

Moi j'aime bien C. Allègre, et je ne sais pas s'il rentrera au Gouvernement. S'il y rentrait, en tout cas il aura à accepter clairement la ligne politique fixée par le président de la République au moment du Grenelle de l'environnement, qui fait, grâce à J.-L. Borloo, le travail que j'ai fait d'ailleurs avec J.-L. Borloo et d'autres ministres, de ce sujet du défi écologique un défi majeur pour toute notre société. Je pense qu'on ne va pas sortir de cette crise comme on y est entré, on va en sortir avec des habitudes de consommation pour les entreprises, pour les citoyens, différentes, et que l'avenir est dans l'économie Verte. Donc il faudra que C. Allègre, s'il devait s'associer à ce travail, accepte de s'engager sur cette ligne.

J'ai compris. Question des auditeurs de RMC. Un animateur de RMC : Et justement cette question d'Emmanuelle en Seine-Saint-Denis, une question sur l'environnement. Elle nous dit : l'Italie et l'Allemagne interdisent le pesticide Cruiser, nocif notamment pour les abeilles ; le fabricant reconnaît sa haute toxicité. Pourquoi est-il autorisé et utilisé dans les champs de mais en France ?

Il a été autorisé de manière extrêmement encadrée jusqu'au 15 mai, pour protéger des cultures, parce que j'ai reçu un avis de l'AFSSA, qui est une autorité indépendante que nous consultons, qui me dit qu'on pourrait l'utiliser. Néanmoins, je me suis attaché à encadrer cette utilisation sur une année, avec d'ailleurs des observations, nous avons des tas de ruches qui ont été des ruches témoins ; on a constaté d'ailleurs sur certaines de ces ruches des mortalités ponctuelles, et je vais au mois de juin réunir le comité de suivi pour donner de manière extrêmement transparente tous ces résultats et le Gouvernement prendra ses responsabilités, une décision sur l'éventuelle interdiction ou l'éventuel usage l'année prochaine du Cruiser.

Trois questions politiquement concrètes, pour terminer, puisque nous les posons pratiquement à tous ceux qui viennent dans ce cadre européen, des questions européennes. Capitale de la Slovénie, vous devez savoir ?

Ljubljana.

Bravo ! Et de la Slovaquie ?

Bratislava.

Bravo ! Vous êtes le premier à répondre juste, premier de tous les intervenants de ce jeudi, je vous le dis tout de suite.

Capitales importantes et ce sont pas de grands pays, mais ce sont des pays qui nous ont rejoints, et certains d'entre eux font partie de cette zone des Balkans qui est si trouble et où il y a d'autres pays que nous devrons accueillir un jour dans l'Union.

Est-ce que vous pouvez nous citer une spécialité culinaire d'Ile-de-France, puisque vous êtes candidat en Ile-de-France ?

Il y a plein de spécialités culinaires, mais l'Ile-de-France est une mosaïque de cultures.

Le potage Saint-Germain, paraît-il. Moi je ne savais pas que le Navarin d'agneau était aussi une spécialité culinaire d'Ile-de-France.

Si vous allez chercher l'origine du Navarin d'agneau vous la trouverez peut-être ailleurs.

Ou les Bouchées À la Reine. Vous aimez ça ?

Cette région d'Ile-de-France est faite de tas de gens comme moi qui sont arrivés ici pour faire des études, qui y vivent, et qui ont des racines et qui gardent leurs racines.

Mais quittez votre Savoie un peu, là. Ca vous... !

Je reste fidèle à ma région, et comme beaucoup de Parisiens ou de Franciliens, j'ai des attaches et des racines.

Vous mettrez sur votre plaque d'immatriculation 73 ?

Oh ! Je mettrai 75 ou je garderai 73, on verra si...

Qu'est-ce que vous choisiriez d'ailleurs : 73 ou 75 ? Et si vous aviez à choisir, aujourd'hui, sur votre plaque... Et la plaque d'immatriculation de votre voiture, vous mettriez 75 ou 73 ?

Je mettrais l'endroit où j'habite parce que...

75 donc ?

Je mettrais 75. Mais ce n'est pas une question seulement de plaque d'immatriculation, parce qu'on garde dans son coeur...

Vous mettez 75 mais dans votre coeur c'est 73 ?

Je garde une grande fidélité à la Savoie, qui m'a fait confiance et m'a permis d'exprimer certaines manières de faire de la politique.

M. Barnier, merci.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 28 mai 2009

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