Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "RTL" le 4 juin 2009, sur l'accord sur le prix du lait entre producteurs et industriels de la filière et sur son rôle de coordinateur de la campagne UMP pour les élections européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "RTL" le 4 juin 2009, sur l'accord sur le prix du lait entre producteurs et industriels de la filière et sur son rôle de coordinateur de la campagne UMP pour les élections européennes.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche;

ti : J.-M. Aphatie Bonjour, M. Barnier. Les producteurs de lait et les industriels de la filière ont trouvé un accord, hier soir, sur le prix du lait : 280 euros les 1.000 litres. Est-ce la fin de la crise du lait ?

Non, ce n'est pas la fin de la crise du lait. Cette crise a commencé, il y a plusieurs mois. C'est une crise européenne. Tous les pays sont touchés. C'est une crise de la demande ; et donc, nous avons encore à traiter cette question dont je m'occupe depuis plusieurs mois au niveau européen, d'abord pour faire utiliser tous les outils de régulation que nous avons maintenus pendant la présidence française : le soutien aux exportations, les restitutions, le stockage pour faire avancer les aides aux agriculteurs qui vont être, comme l'a décidé François Fillon, versées le 16 octobre avec un mois et demi d'avance, pour maintenir les outils de régulation notamment un système de maîtrise de la production parce que le marché du lait est très volatile. Il est très fragile ; et moi je ne crois pas qu'on puisse laisser ni l'agriculture, ni l'alimentation, ni le lait en l'occurrence à la seule loi du marché.

"Il a fallu batailler des heures et des heures", a dit hier J.- M. Lemétayer, le président de la FNSEA. "On a vu à quel point, a-t-il dit, les industriels n'étaient pas prêts à faire un effort". Les industriels ne sont pas coopératifs dans cette affaire ? C'est leur faute si cela dure autant de temps ?

S'il y a eu un accord, c'est que finalement chacun a fait un effort : les éleveurs qui demandaient plus et les industriels qui voulaient payer moins ; et le Gouvernement, ce n'est pas lui qui fixe le prix du lait.

Est-ce que les industriels n'ont pas voulu pendant longtemps, trouver d'accord ?

Cela a été difficile ; ça a été long ; c'est pour cela que j'ai pris l'initiative, hier, au-delà et au côté du travail des médiateurs qui ont fait un très, très bon travail depuis plusieurs jours, d'inviter les différentes familles. Il y a les trois familles dans la filière laitière : il y a les producteurs, les éleveurs, il y a les industriels et puis il y a les coopératives. Je les ai réunies longuement, hier toute la journée, pour faciliter cet accord et puis pour dire aussi que nous sommes très conscients des difficultés de l'élevage laitier ; et c'est pour cela que nous avons mis en place un plan d'accompagnement de 30 millions pour aider à la trésorerie des éleveurs. J'ajoute aussi, pour être tout à fait complet puisqu'on va parler de l'Europe, que tout cela se situe dans un contexte européen, le contexte de la politique agricole commune, que j'ai réorientée en France depuis maintenant plusieurs mois. Et pour un éleveur laitier sur deux, ces aides vont augmenter l'année prochaine, et en particulier dans les zones de montagne ou de piémont où on va leur donner 20 euros par 1.000 litres de plus qui s'ajouteront aux 280.

On dit toujours qu'il n'y a plus d'argent, qu'il y a des déficits. Nous avons encore trouvé 30 millions d'euros pour aider les agriculteurs. C'est un puit sans fond, le budget de l'Etat ?

Non, il y aura une partie de redéploiement d'efforts que nous allons faire sur d'autres postes, d'avances de trésorerie. Mais je pense que c'était juste.

C. Menanteau, dans la chronique économique, tout à l'heure, disait que vous avez acheté la paix sociale pour terminer la campagne électorale dans de bonnes conditions.

Non, je n'ai pas trouvé très bien cette remarque parce que ce n'est pas le cas. Cela fait des mois, je vous le dis, que comme ministre de l'Agriculture, je gère cette crise et d'autres crises parce qu'il y en a beaucoup, que j'essaie de relever les perspectives, de préserver, d'améliorer la politique agricole commune. Par exemple, C. Menanteau a dit une chose inexacte, c'est le fait qu'on avait abandonné les régulations. Si on les avait abandonnées, on ne les utiliserait pas aujourd'hui. Nous utilisons tous les outils de régulation, y compris les quotas. Et j'ajoute aussi que, actuellement, la France a un quota de production laitière et que nous ne l'atteignons pas. Donc, nous ne sommes pas en surproduction. C'est une crise de la demande.

Voilà. Le temps que vous avez consacré à la gestion de cette crise du lait, M. Barnier, vous ne l'avez pas consacré à la campagne européenne. Et au fond, on peut se demander si vous n'êtes pas le symbole du rapport que l'on a que les responsables politiques ont à l'Europe : on fait plusieurs choses à la fois ; et l'Europe, ça passe après ?

Non, parce que quand on parle d'agriculture, de lait, de pêche, on parle d'Europe. Je suis le ministre. Mais hier soir, j'étais à Marly-Le-Roi, malgré tout ; et ce soir, je serai à Paris avec F. Fillon et tous nos candidats.

Drôle d'image d'un candidat qui n'est pas candidat à 100% !

Ecoutez franchement, si vous aviez suivi attentivement...

On nous dit que l'Europe, c'est la chose la plus importante...

Si aviez suivi attentivement la campagne en Île-de-France, que j'ai menée avec R. Dati avec toute notre équipe, vous auriez vu que nous avons fait une vraie campagne : le matin, le soir. Personne ne peut dire que je n'ai pas mené une campagne. D'ailleurs, nous verrons, dimanche, comment les Franciliens jugeront cette campagne. C'est eux qui diront ! Mais nous avons fait une vraie campagne. Et surtout j'ai pris cette campagne très au sérieux parce que nous sommes les seuls candidats à avoir fait un projet pour l'Île-de-France. Nous sommes les seuls candidats à avoir fait un petit livre bleu, ce qui est à la disposition de tous les Français avec trente propositions pour changer l'Europe.

Vous savez que chaque candidat dit que le camp adverse n'a pas de propositions. Donc, vous voyez, au moins là-dessus, vous êtes tous d'accord !

Non, j'ai dit que nous sommes probablement les seuls, sérieusement, à avoir fait un travail de propositions pour les cinq ans qui viennent, à avoir une feuille de route pour changer l'Europe, pour qu'elle se protège davantage et qu'elle agisse davantage comme une puissance politique dans le monde.

Il y a beaucoup de pays en Europe où les candidats sont aussi ministre ?

Ah je ne sais pas s'il y a d'autres candidats ministre ? Probablement, il y a d'autres candidats qui sont commissaire. Je n'ai pas à juger de ça. Moi, je pense avoir fait une campagne à fond, avec enthousiasme. J'ai fait plus de soixante réunions publiques ; et en même temps, j'ai fait, comme le Président de la République me l'a demandé, mon travail de ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Encore une fois, quand on parle d'agriculture et de pêche, on parle des deux grandes politiques économiques européennes qui sont les deux premières depuis près de cinquante ans.

Quel rapport les responsables politiques français ont à l'Europe ? A. Duhamel le disait tout à l'heure, il y aura une émission, ce soir, sur France 2 qui sera consacré à l'Europe ; et ce n'est pas vous qui serez - vous êtes coordinateur de la campagne - ce n'est pas vous qui êtes invité, ce n'est pas vous qui défendrez l'Europe, mais c'est quelqu'un qui n'est pas candidat. X. Bertrand, le secrétaire général de l'UMP. Comment peut-on accepter cela ?

Mais on accepte les invitations qui nous sont adressées. Vous avez des chaînes de télévision. Moi je suis...

Mais c'est vous qui devez être sur le plateau de France 2, et non X. Bertrand !

Mais écoutez, demandez-le au P-DG de France 2 !

Et pourquoi X. Bertrand n'a pas dit : "Mais invitez M. Barnier !"

Mais je ne suis pas choqué de ça, parce que X. Bertrand, depuis le début, il est le chef de cette campagne.

C'est vous, le chef ! C'est vous...

... Laissez moi parler. Vous m'interrogez. Vous me racontez des histoires !

C'est vous le chef !

Je suis le coordonnateur de cette campagne. J'ai été chargé de faire le projet. Le voici. Je suis d'ailleurs content de vous le remettre puisque vous me posez des questions sur d'autres choses, je vous le remets volontiers.

Je l'avais déjà, mais...

Eh bien écoutez, parlez-moi de ces propositions. C'est ça dont j'ai été chargé au côté...

Mais ce n'est pas vous qui les défendrez ce soir ?

J'ai été chargé de ce projet en confiance et au côté de X. Bertrand ; et nous avons, chacun dans notre rôle, fait cette campagne ; et encore une fois, ce seront les Français qui jugeront dimanche.

Vous serez député européen, M. Barnier, dans quelques jours. Peut-être deviendrez-vous membre de la Commission ? Etes-vous favorable à la reconduction de J.-M. Barroso à la tête de la Commission européenne ?

Là encore, ce n'est pas mettre les choses dans le bon ordre. Le bon ordre, c'est d'attendre le résultat des élections. Ce n'est pas une formalité le vote des Français, dimanche, ou des Européens, samedi et dimanche. Ce n'est pas une formalité. C'est très important, c'est le temps de la démocratie. Respectons-le ! Moi je pense que Barroso était un bon président.

Eh bien, il faut le reconduire, alors !

Je pense qu'il a fait... C'est les Français et les citoyens européens qui le diront puisque le choix...

Mais non ! Puisque vous ne dites pas que si vous votez...

... Parce que le choix du président de la Commission sera fait par les chefs d'Etat au mois de juin, sera confirmé par un vote solennel du Parlement européen. Attendez donc que les Européens se soient prononcés. Respectez le temps de la démocratie. Ce n'est pas une formalité l'élection, dimanche.

Qu'est-ce que c'est compliqué, l'Europe !

Non, ce n'est pas compliqué. Si c'était trop simple, ce serait une Europe uniforme. Moi, je veux une Europe unie, qui respecte les Etats et les citoyens et l'identité nationale de chacun des peuples qui forment cette Europe.

H. Clinton a dit : "La Chine doit rendre publiquement des comptes sur ceux qui furent tués à Tien An Men, il y a vingt ans, ou jetés en prison, ou qui demeurent portés disparus". C'est l'Amérique qui dit cela, et pas l'Europe, berceau des droits de l'Homme ?

Non, pardon, l'Union européenne, depuis des mois et des mois, y compris pendant la présidence française, a demandé, par exemple, la libération anticipée des prisonniers qui sont en prison depuis...

La Chine doit rendre des comptes ? Je pense que la Chine doit libérer les prisonniers et faire face à son Histoire.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 juin 2009

Rechercher