Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à Canal Plus le 16 juin 2009, sur la réforme des lycées, le baccalauréat et le probable remaniement ministériel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à Canal Plus le 16 juin 2009, sur la réforme des lycées, le baccalauréat et le probable remaniement ministériel.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
 
 
M. Biraben, G. Delafon et L. Mercadet.- M. Biraben : Dans deux jours, vos enfants passeront peut-être les premières épreuves du Baccalauréat et nous recevons, nous, aujourd'hui, le ministre de l'Education nationale, X. Darcos.
 
G. Delafon : Année difficile pour le ministre des Ecoles. Le 15 décembre dernier, il a dû stopper sa réforme des lycées. Son défi, de ce jeudi, c'est donc le Bac, et ses 622 322 candidats. Mais son Bac à lui, c'est le remaniement ministériel prévu pour la semaine prochaine.
 
Bonjour.
 
G. Delafon : Bonjour.
 
M. Biraben : Bonjour X. Darcos, soyez le bienvenu. On va s'adresser d'abord aux parents et à tous ceux qui vont passer le Baccalauréat. La première épreuve aura lieu donc jeudi matin. Pouvez-vous garantir à tous ceux qui nous écoutent que tout se passera bien ?
 
Comme chaque année, c'est même un miracle, parce que ce n'est pas 630 000 candidats...
 
G. Delafon : 622 322.
 
Oui, mais il y a aussi ceux qui passent les examens en Première, et donc nous avons près d'un million d'élèves. C'est une affaire énorme, il faut lever une armée de correcteurs. Mais tout cela marche assez bien, parce que l'Education nationale sait le faire...
 
M. Biraben : Cette année comme les autres ?
 
Oui ! Ca se passera comme d'habitude, fort bien. Et, je le répète, c'est un miracle d'organisation dont il faut saluer l'efficacité du système de l'Education nationale.
 
M. Biraben : Donc le miracle cette année, comme les autres ?
 
Oui, je pense.
 
M. Biraben : D'accord ! Gilles ?
 
G. Delafon : Monsieur le ministre, ces bacheliers - la polémique du moment, ou tout au moins le débat du moment - est-ce que ces bacheliers vont devoir travailler jusqu'à 67 ans ?
 
Ecoutez, ce que nous savons, c'est qu'un enfant qui est né au début du 21ème siècle, il a une chance sur deux d'être centenaire. Donc la question n'est pas tellement de savoir, si oui ou non, il faut travailler dans le temps. C'est comment payer des retraites si longues ? Et il me semble que cette question, qui relève moins du politique que d'une vérité objective, devrait faire l'objet d'un accord et tout le monde sait très bien, que soit on augmente les cotisations - qui veut le décider ? Soit on diminue les pensions, qui veut le décider ? Soit on travaille plus longtemps ? Et donc...
 
G. Delafon : Donc le débat est légitime ?
 
Ce débat est légitime, je reconnais qu'il est compliqué à gérer. Il a été entamé, comme vous le savez, par F. Fillon, poursuivi par X. Bertrand, aujourd'hui par B. Hortefeux. C'est un débat qui n'est pas tabou, tout simplement, parce qu'il est de l'ordre de la question objective, ce n'est pas une question d'opinion, on est là face à une difficulté sur laquelle, il me semble qu'on devrait trouver un accord national.
 
G. Delafon : Alors venons-en précisément à l'école. Là, je vous avoue, on a un petit peu du mal à s'y retrouver. Vous avez...
 
Ah ! On va essayer de vous éclairer.
 
G. Delafon : Vous avez rénové la voie professionnelle, mais votre réforme des lycées, je l'ai mentionné, elle a été stoppée le 15 décembre dernier. Depuis, il y a eu deux rapports : le rapport de monsieur Descoings, patron de Sciences Po, et le rapport du député Apparu. J'ai envie de vous demander, aujourd'hui, qu'est-ce qui va changer et quand, concernant les lycées ?
 
Le calendrier est fixé, nous commencerons à appliquer une partie de la réforme en septembre 2010...
 
G. Delafon : Donc 2009, pour l'instant... ?
 
2009 c'est dans 3 mois, nous serions bien incapables de changer le lycée en 3 mois. Le rapport Descoings et le rapport Apparu, ils font apparaître des points de convergences que nous connaissons : faire une orientation plus active, c'est-à-dire accompagner les élèves d'une manière ou d'une autre, pour qu'ils ne soient pas dans des filières qui les coincent, qui les empêchent...
 
G. Delafon : Donc meilleure orientation ?
 
...Meilleure orientation, avec du temps consacré à cela. Rééquilibrage des filières ; il n'y a aucune raison que dans la voie générale, tout le monde fasse des mathématiques pour ensuite faire une école de commerce, ou pour faire médecin.
 
M. Biraben : Que tout le monde n'aille plus en S donc ?
 
Oui, exactement. Et puis aussi la question des séries technologiques et industrielles qui ont besoin d'être rénovées, tout simplement parce que le monde évolue autour de nous. Et puis autour de tout cela, une autre conception du travail, si vous voulez, que les élèves qui sont en difficulté soient soutenus.
 
G. Delafon : Meilleur soutien des élèves...
 
Meilleur soutien, temps de recherche... Et puis aussi un certain nombre de questions plus complexes : comment organiser par exemple l'enseignement des langues, comment faire en sorte que les élèves maîtrisent la langue française ; en Seconde et en Première, souvent, ils commencent une seconde langue vivante, dont ils feront peu de choses, alors qu'ils auraient peut-être besoin d'avoir des compléments français. Donc nous avons là, un projet global qui se dessine et qui nous permettra, je crois...
 
G. Delafon : Et qui sera appliqué donc sur la rentrée 2010 ?
 
Oui.
 
G. Delafon : Rentrée 2009, maintenant. Le changement de la rentrée 2009, le grand changement, ça sera quoi ? Le Bac Pro ?
 
Le grand changement de la rentrée 2009, c'est que tous ceux qui sont engagés dans la voie professionnelle - c'est plus d'un élève sur trois - seront, auront un Baccalauréat en trois ans. Et donc nous avons...
 
G. Delafon : Au lieu des quatre actuellement ?
 
Au lieu de quatre ans. Aujourd'hui, les élèves s'engagent dans un CAP, dans un BEP ; ils avaient parfois le BEP, ils essayaient de faire des poursuites d'études - 47 % d'entre eux n'y arrivaient pas - jusqu'au Baccalauréat. Or le BEP n'était pas un diplôme d'insertion. Donc nous allons proposer à tous les élèves d'aller jusqu'au Bac pro en trois ans, éventuellement de faire des poursuites d'études. L'an dernier, nous avons commencé à expérimenter ce dispositif, nous avons eu 30 % de plus d'élèves en lycée professionnel. Donc c'est une réforme considérable, qui s'est faite sans que les gens ne le remarquent tellement, d'ailleurs parce que l'opinion publique ne s'intéresse pas suffisamment à la question de l'enseignement professionnel, qui est absolument central en entreprise.
 
G. Delafon : Par contre, l'opinion publique s'est beaucoup intéressée à la question du lycée et notamment de la sécurité des lycées.
 
Oui, et des collèges.
 
G. Delafon : Voilà ! Et des collèges. Le Gouvernement doit présenter le 23 juin, prochain, je crois, un amendement autorisant la fouille des cartables à l'école. L'idée c'est quoi ? C'est de sanctuariser l'école ?
 
L'idée c'est, d'abord là encore une fois, un principe de réalité, c'est comme tout à l'heure sur les retraites, nous avons aujourd'hui, en gros, un incident par jour, lié à l'intrusion d'armes. Hier encore, il y a eu un coup de couteau dans un établissement. Et donc il faut que nous empêchions ces armes de rentrer autant qu'il est possible. Et donc il faut qu'on puisse vérifier ce que les élèves apportent, il faut qu'on puisse avoir un système de contrôle et de prévention. Or aujourd'hui, nos responsables, nos proviseurs, nos conseillers principaux d'éducation n'ont pas les moyens juridiques de cette autorité-là. Et puis il faut aussi protéger nos enseignants, faire en sorte que lorsqu'on les agresse, que ce soit lorsqu'on agresse un magistrat ou un policier, que ce soit une circonstance aggravante que de s'en prendre à un professeur, comme récemment, un élève qui a failli tuer son professeur. Voilà, évidemment, je ne dis pas que ce soit là, toute la politique éducative, il y a beaucoup d'autres choses à faire. Mais protéger la sécurité des établissements, c'est aussi une de mes missions.
 
G. Delafon : Cela ne nous a pas échappé. D'accord ! Alors votre mission, je l'ai mentionné, votre Baccalauréat à vous, si j'ose dire, ce sera la semaine prochaine, puisqu'il y aura un remaniement ministériel. Est-ce que vous aspirez à conserver votre poste ?
 
Ce qu'il y aura la semaine prochaine surtout, c'est un discours du président de la République devant le Parlement.
 
G. Delafon : J'allais y venir.
 
Nouvelle institution et donc c'est une...
 
G. Delafon : Mais sur votre poste ?
 
Mais je vais vous répondre, une fois que le président aura fixé le cap, une fois qu'il aura montré comment il conçoit la deuxième partie de son quinquennat, il fixera les équipes dont il a besoin. Mais vous savez, excusez-moi de le dire gentiment, ce sont des questions de journaliste ; les Français, ils s'en moquent complètement, ce qu'ils veulent, c'est que je prépare le Baccalauréat...
 
M. Biraben : Pas certain !
 
...Que la rentrée se passe bien, que je fasse...
 
M. Biraben : Il n'est pas certain que les élèves qui passent le Baccalauréat ou les parents dont les élèves passent le Baccalauréat, ne s'intéressent pas au ministre de l'Education ?
 
Il faudrait qu'ils posent la question au président de la République. Mais enfin, je le répète, moi, je suis à l'oeuvre, j'ai énormément de choses en ce moment et je vais...
 
G. Delafon : Alors je vais vous poser la question autrement : est-ce que c'est un ministère éprouvant ?
 
C'est un ministère connu comme tel. 13 millions d'élèves, 1 200 000 fonctionnaires...
 
G. Delafon : Est-ce que vous êtes fatigué ?
 
Non ! Je ne suis pas fatigué du tout. Je continue à me passionner à la chose scolaire...
 
G. Delafon : C'est difficile ?
 
C'est un ministère qui n'est pas facile, qui est très réactif, on ne trouve pas une majorité de gens qui sont forcément absolument enthousiastes pour la politique que nous défendons, donc c'est un ministère un peu de mission, mais j'y suis heureux, et puis c'est ma vie quand même, vous le savez !
 
G. Delafon : Bien sûr, vous êtes dans l'enseignement depuis longtemps. Alors H. Guaino a mentionné l'idée qu'il fallait continuer l'ouverture, à propos du remaniement à venir. Est-ce que c'est aussi, votre avis ?
 
Ce que je crois, c'est que le président de la République a raison de considérer que la magnifique victoire qu'il a rencontrée dimanche dernier ne devait pas le pousser à se replier. Et qu'au contraire, c'était l'occasion pour lui de se montrer, comme il est, c'est-à-dire au fond le père de la Nation. Et donc il fallait qu'il entende toutes les sensibilités. Alors moi, je ne sais pas, évidemment je n'ai aucune compétence, ni aucune information pour dire comment cette ouverture doit se poursuivre....
 
G. Delafon : Mais vous n'êtes pas contre a priori...
 
Non, je considère que le président de la République a raison de vouloir incarner la totalité des sensibilités qui sont dans ce pays, c'est normal.
 
M. Biraben : Avant que vous ne vous retrouviez avec une petite figurine de Léon sur l'épaule, je vous propose que nous lui donnions la parole, il a une question de spectateur pour vous ?
 
L. Mercadet : Bonjour monsieur le ministre.
 
Léon !
 
L. Mercadet : Une de vos ouailles vous interpelle. Bonjour, je suis professeur des écoles, vous dit Nadjed. Je me pose des questions sur l'organisation du temps scolaire, depuis la suppression du samedi matin. Qu'en sera-t-il l'an prochain ? Quels sont les changements envisagés pour les profs ?
 
Comme vous savez, moi, ce que j'ai proposé c'est qu'on ne travaille pas le samedi matin. Et que d'autre part, deux heures soient consacrées aux élèves qui ont les plus grandes difficultés. Ensuite, les conseils d'école ont choisi, ils ont choisi de faire la semaine de 4 jours, dans l'immense majorité des cas. Moi, je ne vois aucun inconvénient à ce qu'on fasse une semaine de 4 jours et demis. Je pense même que c'est plutôt plus pratique et puis ça vient d'être décidé je crois, dans la ville de monsieur Bockel. Donc, je le rappelle que ce n'est pas ma compétence, ce sont les conseils d'école qui décident comment s'organise la semaine. Il faut répartir les heures dans la semaine, étant entendu que le samedi matin doit rester libéré.
 
M. Biraben : On va passer au « J'aime » « J'aime pas » maintenant. Vous allez nous dire, si vous aimez ou si vous n'aimez pas, le cours d'histoire que donne J. Chirac à N. Sarkozy à propos de l'homme africain ?
 
G. Delafon : Est-ce que vous êtes au courant ?
 
Non, mais on a utilisé un morceau de phrase du long discours de Dakar du président de la République, où le président de la République parlait au continent africain, d'une manière moderne en disant que...
 
G. Delafon : L'homme africain n'est pas entré dans l'histoire.
 
M. Biraben : "N'est pas suffisamment entré dans l'histoire", citation de N. Sarkozy.
 
N. Sarkozy voulait dire...
 
G. Delafon : Or J. Chirac a dit, lui, que l'homme africain avait été le premier à entrer dans l'histoire.
 
Qu'il est lui-même entré le premier, il a dit, parce qu'en effet, grâce à...
 
G. Delafon : Votre avis à vous.
 
...Grâce à Lucie, grâce à monsieur Coppens, on sait que l'humanité a commencé en Afrique. Mon avis, c'est que le président de la République avait raison de dire à l'Afrique qu'il fallait trouver un mode de fonctionnement, entre les pays développés et une partie des pays africains, qui soit moderne, et que nous fassions l'histoire ensemble. Et de ce point de vue là, je pense que le discours de N. Sarkozy a été sur interprété.
 
G. Delafon : Eh bien, voilà l'avis du professeur Darcos.
 
M. Biraben : Merci, beaucoup, X. Darcos, d'avoir été avec nous aujourd'hui.
 
C'est moi qui vous remercie.
 
M. Biraben : Bon courage, pour les épreuves du Baccalauréat.
 
Ah ! C'est plutôt aux élèves, je leur souhaite bonne chance, et je suis sûr que ça va marcher.
 
M. Biraben : Vous l'avez déjà, vous.
 
G. Delafon : Et bonne chance pour votre Bac à vous ?
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 juin 2009
 

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