Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France Info le 18 juin 2009, sur le droit d'asile en France et en Europe, les centres d'accueil pour les demandeurs d'asile (CADA), et le débat sur la "burqa" et le statut des femmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France Info le 18 juin 2009, sur le droit d'asile en France et en Europe, les centres d'accueil pour les demandeurs d'asile (CADA), et le débat sur la "burqa" et le statut des femmes.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : R. Duchemin.- La France est redevenue en 2008 le tout premier pays d'accueil de l'Union européenne. Vous êtes là pour nous parler du droit d'asile notamment, puisque en sortant de ce studio, vous irez rencontrer le Haut commissariat aux réfugiés, puis les gens de l'Ofpra. Votre ministère aujourd'hui consacre à l'asile près de la moitié, je crois, de son budget, plus de 300 millions d'euros...

Exactement, 300 millions d'euros.

C'est pour contrebalancer l'autre volet, plus répressif ?

Pourquoi le présenter comme ça ? Nous avons en France une tradition républicaine, qui est de dire que celles et ceux qui sont persécutés dans leur pays, pour leur race, pour leur religion, pour leurs idées politiques, doivent pouvoir demander l'asile à la France. Et la France est de fait le premier pays de demandes d'asile en Europe, le troisième dans le monde après les Etats-Unis et le Canada. Et nous honorons cette tradition. Je crois que vous avez cité mon ministère, son titre est long, il mériterait de s'appeler "Immigration, Asile, Intégration", parce que l'asile, vous l'avez rappelé, y compris financièrement, est une partie constitutive très importante de ce ministère. Et nous avons l'intention de respecter cette tradition.

Vous parliez du nombre de demandes d'asile formulées, il a augmenté, 42.513 l'an dernier, 35.520 en 2007. Malgré tout, sur le terrain, les associations ont le sentiment que ces demandes sont examinées, je me fais leur porte-parole, de manière plutôt sélective, en fonction de la provenance des demandeurs. Est-ce vrai ou est-ce faux ?

Non, d'abord nous avons une particularité en France, c'est que ce n'est pas moi qui décide à qui l'asile est accordé. Nous avons un organisme indépendant, l'Ofpra, et nos avons ce qu'on appelle "la Cour nationale du droit d'asile", c'est une chambre d'appel qui fait que, tout demandeur d'asile peut contester la première décision. Ce qui fait que nous avons un peu plus d'une réponse sur trois positive, 36 % de réponses positives sur les 42.000. Et nous essayons d'améliorer le statut des personnes, des réfugiés ou des demandeurs d'asile. Je vais ouvrir cette année, 1.000 places de plus dans ce qu'on appelle "les CADA"...

Les centres d'accueil...

Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile. On en a un peu plus de 20.000 aujourd'hui en France, mais c'est insuffisant, compte tenu de l'augmentation de la demande d'asile que vous venez de souligner. Et donc, sur le budget 2010, nous allons ouvrir 1.000 places. Je vais aussi tout faire pour réduire le délai dans lequel les demandeurs d'asile obtiennent la réponse. Aujourd'hui, c'est de l'ordre de 18 mois pour ceux qui font appel, c'est-à-dire pour ceux qui passent devant la CNDA. Je voudrais, en deux ans, ramener ce délai à neuf mois, ce qui serait, vous l'imaginez, quelque chose de très important. Je voudrais enfin, faciliter le... - comment dire ? - le regroupement familial, si je peux dire, des réfugiés. C'est-à-dire qu'une fois qu'un réfugié a obtenu l'accord de la France...

Que la famille puisse le rejoindre ?

Il faut que la famille puisse venir. Ce n'est pas très facile, d'autant que ce sont souvent des pays en guerre donc il y a des problèmes d'état civil. Mais nous allons tout faire pour faciliter ce regroupement. Donc, vous voyez, la France va respecter scrupuleusement sa tradition républicaine d'asile, qu'il faut absolument distinguer de la question de l'immigration. L'immigration n'est pas l'asile. Evidemment, ça touche des ressortissants de pays étrangers mais l'asile, ça n'a rien à voir avec l'immigration.

Souvent, de pays en guerre, l'Erythrée, la Somalie, l'Irak...

Souvent de pays en guerre, ou de pays qui ne sont pas en guerre, mais qui persécutent un certain nombre de leurs opposants pour des raisons politiques ou religieuses.

Et tous les cas sont examinés avec la même bienveillance, quel que soit le pays d'origine ?

Bien sûr, il n'y a pas de doctrine, et notamment pas de doctrine gouvernementale, c'est la situation individuelle qui est [inaud.]. Si vous me permettez de dire autre chose : nous allons avoir une pression sur la demande d'asile, très importante en Europe. Et l'autre chantier que j'essaie de mener, c'est de mettre en oeuvre le pacte européen...

J'allais y venir.

...qui avait été signé par mon prédécesseur. Aujourd'hui, il faut savoir qu'on a une très très grande disparité en Europe ; nous ne prenons pas les mêmes décisions. Nous voulons...

Oui, il faut préciser qu'effectivement, c'est laissé à l'appréciation de chaque gouvernement.

Voilà, chaque Etat. Ce qui fait que, pour être très clair, un Afghan ou un Kurde qui demande l'asile à l'Espagne, la France, Chypre ou Malte, a une chance statistique très différente d'obtenir cet accord. Donc nous voulons harmoniser nos positions, et nous voulons aussi être plus solidaires des petits pays - je pense notamment à Chypre et à Malte -, qui sont ceux qui recueillent le plus de demandeurs d'asile, et qui n'ont pas évidemment les moyens, et notamment financiers, d'y faire face.

Puisque vous parlez de Malte, vous allez, je crois, venir en aide directement à 80 demandeurs d'asile qui sont là-bas. Malte, qui est un tout petit pays, vous l'avez signalé, qui est asphyxié par l'arrivée de demandeurs d'asile. Vous allez les choisir comment ces 80 ? Parce qu'on entend dire que certains critères sont un peu pipés d'avance. Doivent-ils parler français ? Quelles sont les conditions pour qu'ils viennent en France ?

Ce n'est pas moi qui les choisis, c'est l'Ofpra qui a fait ce choix, si je puis dire, en fonction de la situation individuelle, de l'attachement potentiel à la France. La langue faire partie des critères mais il n'est pas le seul. En clair, nous allons accueillir aussi des anglophones. Et je vais aller à Malte, vous l'avez souligné, le 26 juin prochain pour les rencontrer et leur souhaiter la bienvenue dans notre pays, et essayer d'imaginer ce que vont être les difficultés qu'ils peuvent rencontrer, essayer de faciliter leur intégration en France.

Pardon de vous poser la question comme ça, mais 80 à Malte, 700 Irakiens, je crois, ce n'est pas quand même un petit peu pour se donner bonne conscience, une sorte d'effet d'annonce ?

Je ne sais pas. Ça fait la deuxième fois, sous une autre forme, que vous me posez la question. Il n'y a pas de bonne conscience, il y a une tradition. La France est considérée dans le monde comme le pays des droits de l'homme, elle a une tradition d'accueil, ces persécutés doivent pouvoir venir dans notre pays. Cela ne veut pas dire que nous pouvons accueillir tout le monde, que nous pouvons faire face. Et toute la difficulté, c'est la distinction entre ce qu'on pourrait appeler "l'asile" au sens propre du terme, "l'asile politique", et des sortes de réfugiés économiques, c'est-à-dire des personnes qui sont pauvres et qui ont du mal à vivre, et que nous n'avons pas les moyens d'accueillir de façon inconsidérée en France.

Et qui sont, elles, en situation parfois, le plus souvent, irrégulière...

Et qui, en France ou en Europe, essaient d'entrer clandestinement, oui, illégalement dans notre pays, c'est vrai.

Ca, c'est l'autre face de l'immigration.

C'est une autre facette, même si j'ai déjà eu l'occasion de dire, y compris à vous à ce micro, que contrairement à ce que l'on dit et ce que l'on répète parfois, la France veut réguler ces flux migratoires mais elle reste un pays d'accueil. Nous accueillons légalement chaque année 200.000 personnes au titre du long séjour, et 2 millions de personnes au titre du court séjour. Donc, voyez, nous ne sommes pas un pays fermé.

Je sais qu'on en a déjà parlé à ce micro. Toujours pas de chiffre officiel pour la régularisation, vous avez peur, peut-être, d'un appel d'air ? C'est en tout cas ce que disent les associations...

Non, j'ai eu l'occasion de dire à l'Assemblée nationale, il y a quelques jours, les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas donner un chiffre très précis, mais j'ai donné un ordre de grandeur parce que vous m'avez posé la question - d'autres aussi depuis -, et c'est de l'ordre de 2.500 régularisations pour raisons dites "humanitaires". Mais ça peut couvrir un spectre large, y compris certaines de travail. C'est l'ordre de grandeur, je ne peux pas le certifier, mais c'est de l'ordre de 2.500.

Question sur la burqa, puisque c'est une question qui fait débat : 57 parlementaires se sont saisi du problème, toutes tendances politiques confondues. F. Amara dit "qu'il faut l'interdire". Qu'en pensez-vous ?

D'abord, sur le fond, je pense que c'est un symbole qui, pour beaucoup de républicains et d'Occidentaux, est inacceptable, dans la mesure où il fige une forme d'infériorité du statut de la femme. En même temps, il faut dire qu'en France, nous sommes dans un pays de liberté, et que nous avons dit les endroits - les administrations, les hôpitaux, les écoles, etc. - où, dans certaines conditions, les femmes ne pouvaient pas porter le voile. Mais la règle en France, c'est de dire que dans les rues, chacun est libre. Toucher à cet équilibre me paraît risqué. En même temps, je vous ai dit, à titre strictement personnel, j'ai beaucoup de réticence à l'égard du voile parce que c'est quand même le symbole le plus grand de l'infériorité théorique du statut de la femme.

D'un mot, c'est la philo aujourd'hui, vous avez un souvenir de cette journée particulière ? Vous l'aviez eu le bac, avec mention ?

Oui, je crois. J'ai un souvenir très précis parce que j'avais complètement manque l'épreuve de mathématiques et heureusement, la philo m'avait aidé à m'en sortir.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 juin 2009

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