Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à I-télévision le 18 juin 2009, sur les épreuves du baccalauréat 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à I-télévision le 18 juin 2009, sur les épreuves du baccalauréat 2009.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, BAZIN Laurent.

FRANCE. Ministre du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville;

ti : L. Bazin.- Ministre de l'Education nationale et donc ministre du baccalauréat. Une pensée pour ceux qui planchent sur la philo en ce moment ?
 
On leur souhaite beaucoup de chance, beaucoup de réussite.
 
Vous ne vous souvenez pas de votre bac philo, effectivement.
 
Eh bien, j'avoue que non. J'ai passé le bac en 1965, tout ça est un peu loin de moi. Enfin, c'était une épreuve importante pour les littéraires parce que c'était coefficient 9. Je m'en étais à peu près sorti, mais je ne me souviens plus de quoi il s'agissait.
 
Vous vous en êtes sorti puisque vous êtes devenu professeur agrégé par la suite, et enseignant à hypokhâgne. Est-ce que vous diriez que jusque là, tout va bien, parce que c'est une telle machine à organiser le baccalauréat que j'imagine que le ministre que vous êtes croise les doigts ?
 
Oui, la maison est sur le qui-vive. C'est une immense machine que le baccalauréat, nous allons avoir près d'un million d'élèves parce qu'il y a aussi les épreuves anticipées, donc il y a 640.000 élèves qui passent le baccalauréat en Terminale mais il y a aussi toutes les autres épreuves. Ca va être quelque chose comme cinq millions de copies. Donc c'est une immense machine préparée de longue date et la maison Education nationale sait gérer ça et c'est presque un miracle d'arriver à ce qu'il n'y ait pas d'incident, pas de copie perdue, pas de sujet dérobé. Donc je voudrais saluer au passage, quand même, l'Education nationale dont on dit souvent qu'elle pourrait progresser. En tous les cas, elle est extraordinairement organisée et elle va une fois de plus réussir ce miracle qu'est le baccalauréat chaque année.
 
"Un miracle", je le note ! Oui ! A Lille, des profs menacent de ne pas corriger les copies de philo parce que 150 en dix jours c'est trop et ce n'est pas respectueux des élèves.
 
Ecoutez, il ne faut tout de même pas exagérer. Ils ont 24 heures de moins qu'ils n'avaient l'an dernier. Ils ont généralement une centaine de copies à corriger chacun alors que les cours sont arrêtés par ailleurs. Ils sont payés à 5 euros par copie. Il y a beaucoup de Français qui seraient contents de toucher 500 euros pour corriger cent copies en huit jours.
 
Ils seront sanctionnés ceux qui ne corrigeront pas ?
 
Ils ne feront pas cela, évidemment, ils corrigeront leurs copies parce que les professeurs ont le sens du devoir et qu'ils ne prennent jamais les élèves en otages. Je le répète, il ne faut pas exagérer, on doit arriver à corriger une centaine de copies en huit jours.
 
A Lyon, les grèves de transports ce matin, c'était pile 7 heures 24 - 8 heures 25. Est-ce qu'on sera conciliant s'il y des retards ?
 
Nous ne sommes pas dans un concours, on est dans un examen, donc généralement les choses se passent avec beaucoup de... plus de souplesse que nous avons connue, par exemple, lors de l'agrégation quand des étudiants sont arrivés en retard. Mais là, c'est un concours, tout le monde doit être dans la situation de l'égalité. Généralement, on est un peu conciliants au baccalauréat, ce n'est pas la même chose. J'espère que ces retards ne seront pas un handicap pour eux. Ca tombait mal ? Oui, ça tombe très mal. C'est très mal de ne pas considérer à quel point il est important pour les élèves que les choses se passent bien. L'occasion de manifester peut se trouver à d'autres moments.
 
Trois lycéens arrêtés lorsqu'ils tentaient de voler les sujets, apparemment, présumés comme on dit, dans le bureau d'un proviseur d'Argenteuil. Cela arrive tous le ans. J'apprends quand même que ces trois-là passent le bac avec les autres ce matin, c'est un peu surprenant.
 
Il y a beaucoup de naïveté dans tout cela. Essayer de dérober les sujets du baccalauréat, c'est vraiment une tentative vaine. Et d'ailleurs, à supposer même qu'ils y soient arrivés, ce serait les sujets de secours qui auraient été donnés, donc ça ne sert évidemment à rien. Alors, il y a une enquête qui est en cours, nous allons voir tout cela.
 
Ils passent le bac en ce moment.
 
Dans l'attente des résultats de l'enquête, ils ont été autorisés à se présenter à l'examen. Il n'y avait aucune raison de compromettre leur avenir pour cette grosse bêtise.
 
Qu'est-ce qu'ils risquent ?
 
Beaucoup d'embêtements si les choses sont avérées, car fraude à l'examen c'est jusqu'à cinq ans de prison. Enfin, ce sont des gros, gros ennuis. Mais je pense que c'est plus une gaminerie qu'un véritable délit. Nous allons voir ça.
 
Vous avez envie d'envoyer un petit message à ceux qui auraient envie peut-être de tricher ou de s'arranger, d'avoir des antisèches sous les chaussures ou ailleurs ?
 
Ça, je leur déconseille très vivement. Le baccalauréat, lorsqu'on est préparé, lorsqu'on a fait une scolarité convenable, on l'a. Enfin, nous aurons cette année parmi ceux qui se présentent, 83, 84, 85 % de reçus. Donc les élèves bien préparés n'ont pas besoin d'avoir recours à des artifices quels qu'ils soient. Le baccalauréat est pour eux un point d'arrivée d'une scolarité, il ne faut pas qu'ils s'en inquiètent, mais enfin, il faut aussi qu'ils soient quand même bien préparés.
 
Vous avez dit à l'instant 83 % de reçus parmi les candidats, 65 % d'une classe d'âge a le bac, c'était 20 % en 1965, quand vous avez passé le bac.
 
Oui.
 
Cela veut-il dire que ça vaut plus rien ?
 
Non, parce que 65 %, ça veut dire qu'il y a un élève sur trois, un jeune sur trois en âge d'avoir le baccalauréat qui ne l'a pas, ce qui n'est pas un si bon chiffre que ça.
 
Vous entendez bien tout ce qu'on dit du bac...
 
J'ai bien compris, mais...
 
...Le bac ça valide plus grand-chose finalement. D'ailleurs, maintenant, on a refrappé des médailles comme si le bac n'était plus qu'une médaille.
 
Non, tout ça est tout à fait excessif. Je le répète, un jeune sur trois n'aura jamais le baccalauréat, c'est un chiffre important, c'est un chiffre excessif, et il ne faut pas dire que le baccalauréat serait bradé. Ce qui est vrai, c'est que...
 
Mais ça veut dire que l'ambition - c'est important -, ça veut dire que l'ambition c'est d'amener encore plus de jeunes à décrocher le bac...
 
Depuis plusieurs années maintenant, depuis cinq, six ans, on est à peu près à 63, 64, 65 % d'une tranche d'âge. Donc je crois qu'on aura beaucoup de mal à aller plus loin, mais c'est dommage. Nous avons tout intérêt à ce que le niveau global de la population monte, d'autant que le baccalauréat, c'est la clef d'entrée dans l'enseignement supérieur. Et je n'oublie pas d'ailleurs que dans les chiffres que vous nous donnez, il y a aussi un élève sur trois qui vient du baccalauréat professionnel. Il faut penser aussi à ces élèves-là, qui, eux, en revanche, verront avec le bac une entrée dans des métiers. Donc c'est vraiment une porte qui s'ouvre pour eux. Et le fait qu'ils soient majoritairement reçus aux épreuves est finalement un phénomène heureux. C'est bien, c'est exactement ce que nous souhaitons, que la vie s'ouvre devant eux.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 juin 2009

Rechercher