Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 19 juin 2009, sur l'éventualité d'une loi contre le port de la "burqa", le discours du président de la République au Congrès et sur le doublement du prix du pétrole depuis le début de l'année. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 19 juin 2009, sur l'éventualité d'une loi contre le port de la "burqa", le discours du président de la République au Congrès et sur le doublement du prix du pétrole depuis le début de l'année.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc, SICARD Roland.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement;

ti : R. Sicard.- Lundi, N. Sarkozy s'adressera aux parlementaires devant le Congrès, c'est une première sous la Vème République, on va en reparler. Mais je voudrais d'abord qu'on aborde cette polémique sur le port de la burqa : certains veulent l'interdire, est-ce qu'il faut une loi pour interdire la burqa en France ?

Vous savez, nous avons en France un grand principe républicain qui est celui de la laïcité. Et ce principe de la laïcité, il est assorti de liberté d'expression du culte et liberté d'affichage de certains signes extérieurs d'appartenance religieuse. Ces principes ont quelques exceptions, le président de la République a eu l'occasion de le rappeler le 6 juin dernier. Par exemple quand on appartient à l'administration, on ne porte pas de signe extérieur d'appartenance à une religion.

Mais dans les lieux publics...

Nous avons légiféré sur le port du voile à l'école. Et puis, il y a un dernier point, et N. Sarkozy avait beaucoup insisté là-dessus le 6 juin, il faut que ces signes d'appartenance soient volontaires. C'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas être imposés, notamment aux femmes, par d'autres, extérieurs à la famille par exemple. Et sur ce dernier point, et concernant la burqa, c'est vrai qu'on peut sérieusement s'interroger, surtout quand on entend par exemple monsieur Boubakeur s'exprimer sur le sujet et dire qu'en France...

Le recteur de la mosquée de Paris...

Et dire qu'en France, par exemple, le port de la burqa n'est pas nécessaire à l'expression du culte musulman. Donc il y a un vrai débat devant nous. Les parlementaires proposent une commission d'enquête, une résolution pour une commission d'enquête. Je crois que c'est important parce que ça doit nous permettre d'y voir plus clair sur le sujet. C'est au Parlement d'en décider, mais encore une fois, je crois que l'idée qu'on y voit plus clair pour mesurer l'ampleur du phénomène, et puis ensuite, prendre les décisions qui s'imposeront, m'apparaît une bonne décision.

Mais justement à propos de décisions, F. Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, dit qu'il faut une loi. Est-ce que vous, porte-parole du Gouvernement, vous pensez qu'il faut une loi ?

Vous savez, souvenez-vous, en 2005, lorsqu'on a légiféré sur le voile à l'école, nous l'avons fait après une quinzaine d'années de polémiques et après plusieurs mois de débats, une commission d'enquête parlementaire, un travail de fond qui a été mené. Donc nous avons besoin de faire aujourd'hui ce travail de fond pour mesurer l'ampleur du phénomène. S'il s'avérait que ce phénomène, après cette enquête, on s'apercevait que, très clairement, le port de la burqa était subi, c'est-à-dire que c'était contraire au principe républicain que je viens d'énoncer, eh bien naturellement, le Gouvernement, le Parlement en tireraient toutes les conséquences.

C'est-à-dire ferait passer une loi ?

Pourquoi pas ?

Sur le discours de N. Sarkozy au Congrès lundi prochain, qu'est-ce qu'il va annoncer N. Sarkozy ? Il faut des annonces importantes, il faut montrer que c'est un tournant dans le quinquennat ?

Vous savez, nous sommes deux ans après le début du quinquennat, beaucoup de réformes ont déjà été engagées et commencent à être perçues par les Français. Et puis, en même temps, ça fait neuf mois que nous sommes dans une crise mondiale hyper violente, sans précédent. Et donc, je crois que c'est important qu'après le débat européen que nous venons d'avoir pendant un mois, que nous ayons le chef de l'exécutif qui trace un peu les perceptives, fixe le cap de l'action du Gouvernement pour les prochains mois. C'est important que N. Sarkozy face partager aux Français sa vision de la société dans cette crise et au moment où l'Union européenne aborde un nouveau cap. Ce sera l'objet de son discours de lundi.

Après le discours, il y aura ce qu'on appelle un remaniement ministériel. Hier, J.-P. Raffarin disait que ce remaniement devait être important pour donner un signal fort. Est-ce que vous, vous pensez qu'il faut un remaniement important, conséquent ?

Je ne vais pas vous surprendre : je pense que ce n'est pas au porteparole du Gouvernement de faire le remaniement. On a beau avoir changé la Constitution, sur ce point-là, on n'est pas changé, c'est le président de la République et c'est sur proposition du Premier ministre.

Mais dans l'esprit, est-ce qu'il faut que ce soit un signal fort ?

Non. Vous savez, ce que je crois, c'est que nous avons deux ministres qui vont siéger au Parlement européen et donc il y a un réajustement à opérer pour remplacer ces ministres. Ensuite, sur le choix...

"Réajustement", ça veut dire "petit remaniement" ?

On ne va pas jouer sur les mots. C'est au président de la République et au Premier ministre d'en décider. Encore une fois, ce remaniement est rendu nécessaire compte tenu de l'élection au Parlement européen. Je n'ai pas à me prononcer sur l'ampleur, le contenu, le message, c'est une prérogative du président de la République. Et ce qui est important, c'est d'abord ce qu'il va dire aux Français lundi, aux parlementaires, aux Français à travers les parlementaires, sur le cap qu'il souhaite fixer, l'action gouvernementale dans les prochains mois.

Question au ministre de la Consommation : on s'aperçoit, quand on va dans les pompes à essence, que l'essence est en train d'augmenter considérablement. Est-ce qu'il faut s'attendre pour l'été à une explosion du prix de l'essence ?

Alors l'essence augmente, oui. Pourquoi ? Parce que le prix du baril de pétrole a doublé depuis le début de l'année, c'est passé un petit peu inaperçu. On s'aperçoit que le prix du baril de pétrole est aujourd'hui au-dessus de 70 dollars, il était à 35, 40 au début de cette année. Donc forcément, ça a une répercussion à la pompe. Alors qu'est-ce que nous avons fait ? Vous savez qu'avec C. Lagarde depuis dix-huit mois, nous avons travaillé avec les pétroliers et ils ont pris un engagement - qu'ils respectent, je dois le dire - pour que lorsque le pétrole augmente fortement, les prix soient lissés. C'est-à-dire qu'on n'ait pas du jour au lendemain un doublement du prix du pétrole, mais qu'on ait un lissage progressif. Et nous le vérifierons, et j'encourage les consommateurs à aller sur le site de comparaison des prix du pétrole, qui est un moyen de bien comparer, de bien acheter son essence. Et inversement, lorsque le prix du pétrole baisse, ils le répercutent intégralement à la pompe. Et ils l'ont fait dans toute la période de l'année dernière, deuxième partie de l'année, où il y a eu une forte baisse du prix du pétrole.

Vous pensez que les pétroliers n'exagèrent pas, qu'ils sont respectueux du principe ?

Encore une fois, on a beaucoup dit sur les pétroliers. Nous les avions mis autour de la table à Bercy, l'année dernière, avec C. Lagarde. Ils avaient pris des engagements. Et force est de constater - je sais que c'est très facile de critiquer les pétroliers, en les accusant de tous les mots -, moi, j'observe que sur ce point, ils ont respecté leurs engagements.

Vous êtes aussi secrétaire d'Etat à l'Industrie. Ce matin, on connaît les chiffres de l'Insee, ils ne sont vraiment mauvais : moins 3 % du PIB, 10 % de chômeurs à la fin de l'année ; on ne voit pas de sortie de crise...

Alors, effectivement, vous savez, nous l'avons dit depuis le début, nous n'avons jamais cherché à sous-estimer cette crise. Elle est d'une violence inouïe et elle a un impact sur l'activité industrielle et donc sur l'emploi. Alors face à cela, plus que de commenter les chiffres qui ne sont pas bons, je crois que ce qui est important, c'est de se retrousser les manches et de tout faire pour sortir au plus vite de la crise. Et c'est ce que nous faisons. C'est ce que nous faisons quand, par exemple, nous prenons des initiatives pour faire en sorte que toute solution soit préférée aux licenciements dans les entreprises qui sont victimes de la crise, avec le chômage partiel......

Ce n'est pas toujours le cas...

Non, ce n'est pas toujours le cas parce qu'il y a des moments, quand vous êtes à moins 40 % de chiffre d'affaires pendant six mois, il y a un moment où vous êtes menacé de mettre la clé sous la porte pour une entreprise. Ce que j'observe, c'est que l'immense majorité des responsables industriels fait preuve d'un grand sang-froid et de sens des responsabilités vis-à-vis de leurs salariés. Et l'objectif du Gouvernement, c'est de tout faire dans cette crise pour conserver ces compétences humaines qui sont réelles et puis pour préserver notre capital industriel. Nous sommes un grand pays industriel.

Mais ça n'implique pas un nouveau plan de relance ?

Vous savez, le président de la République a toujours été clair : s'il faut faire davantage nous ferons davantage. Nous l'avons d'abord montré ces derniers mois, nous avons lancé un premier plan de relance et il y a déjà 10 milliards d'euros qui ont été réinjectés dans l'économie par l'investissement. Ensuite, nous avons décidé de prendre des mesures pour l'automobile parce que ça se justifiait. Cela obtient des résultats, on a des résultats puisque la prime à la casse fonctionne bien. Et puis enfin, nous avons décidé de répondre à la détresse, aux difficultés de ceux qui sont les plus touchés de la crise, avec des mesures sociales, la mise en oeuvre du Revenu de solidarité active, la suppression du deuxième et troisième tiers provisionnel. Donc vous voyez, dès qu'il y a eu des éléments nouveaux dans la crise, on a été capables d'apporter une réponse. Donc vous voyez, nous sommes sur le pont pour répondre à la violence de cette crise.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 19 juin 2009

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