Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Inter le 24 juin 2009, sur le remaniement ministériel, la politique d'immigration, les droits de l'homme et le débat sur la "burqa". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France-Inter le 24 juin 2009, sur le remaniement ministériel, la politique d'immigration, les droits de l'homme et le débat sur la "burqa".

Personnalité, fonction : BESSON Eric, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

Circonstances : Remaniement ministériel le 23 juin 2009

ti : N. Demorand.- Il n'a pas changé de portefeuille, toujours en charge donc de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, également numéro 2 de l'UMP... Encore en poste donc ce matin après un remaniement de plus grande ampleur que ce qui semblait annoncé. Qu'est-ce qui explique un tel mouvement ? Il fallait remettre de l'énergie dans le Gouvernement ?

C'est ce qu'a dit le président de la République que, pour mener le changement qu'il avait exposé à Versailles, c'est-à-dire l'approfondissement du modèle français, il voulait une équipe, entre guillemets, "régénérée", même si pour aller jusqu'au bout sur la métaphore sportive, vous avez... le sélectionneur est le même, le système de jeu est le même, les cadres, les joueurs principaux, aux ministères principaux, sont à peu près les mêmes, même si parfois ils changent de poste. Et puis, il y a ce renouvellement que vous venez d'évoquer, oui.

L'arrivée de F. Mitterrand vous agrée ?

Oui, je vais vous faire une confession : je ne le connais pas personnellement, donc je vais le voir tout à l'heure au Conseil des ministres pour la première fois. Je connais son parcours et son éclectisme, c'est un homme de culture. Et puis, évidemment, il ne m'a pas échappé, comme toute la presse ce matin, que personne n'est insensible au nom qu'il porte.

C'était ça le but de la nomination ?

Je ne crois pas que ce soit le but. C'est, si je puis dire, la cerise sur le gâteau. Le gâteau, c'est un homme de culture, éclectique, qui connaît bien tous les sujets qu'il va avoir à traiter au ministère.

Le départ de B. Hortefeux des Affaires sociales, aussi rapidement, en pleine crise, six mois après avoir accédé à ce ministère, c'est un constat d'échec ?

Je ne le crois pas. Quand on écoute ce que disent les syndicats de B. Hortefeux, ils ont trouvé en lui un interlocuteur de qualité. Je pense que, c'est ce que vous venez d'évoquer, c'est-à-dire les nécessité du remaniement, le fait que, visiblement, le président de la République voulait proposer à M. Alliot-Marie le ministère de la Justice, a conduit à ce changement de poste.

Un mot de la fin du secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme, est-ce que ça, ça n'est pas clairement le désaveu politique d'un gadget ministériel ?

Je ne crois pas que ce soit "un gadget", mais en revanche il y avait une difficulté objective, qu'un jour B. Kouchner a dite franchement, et qui a été analysée comme un coup de griffe envers R. Yade. Mais structurellement, c'est une question qui se pose. Souvenez-vous, il y a longtemps, quand C. Malhuret était à ce poste-là, on avait eu le même débat. Un secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme qui fait bien son travail, et qui met en cause un certain nombre de gouvernements étrangers, gêne objectivement la diplomatie française, parce que nous ne pouvons pas donner des leçons tous les jours au monde entier. Donc, ça n'a rien à voir avec la personnalité de Rama ou de tel ou tel autre secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme. C'est structurellement, je dirais, qu'il y avait une difficulté objective.

C'est un virage Realpolitik ?

Non, je ne crois pas, ça n'empêche pas, vous l'avez vu, le président de la République sur l'Iran. Mais, comment dire, on ne peut pas faire à la fois, de temps en temps, le procès du néo-colonialisme et ne pas accepter que l'idée que la France travaille avec les dirigeants que les peuples se donnent. On peut le regretter, on pourrait vouloir plus de démocratie, on voudrait une gouvernance de qualité parce qu'on en a besoin en Afrique, que vous citiez notamment mais sur d'autres continents. Et en même temps, on n'est plus au siècle précédent ou au siècle encore précédent, et nous travaillons avec les dirigeants que les peuples se donnent.

Il n'y aura donc pas de phase II de l'ouverture ?

Ca, je ne le sais pas, on verra...

Et tout cas là, dans ce remaniement, elle ne progresse pas.

Ce que je constate déjà, si vous me permettez, c'est qu'il n'y a pas non plus réduction du nombre de ministres d'ouverture. Je vous fais remarquer que, depuis 2007 nous étions six venus de la gauche à être rentrés au Gouvernement sur proposition du président de la République. A l'arrivée, aucun d'entre nous n'est entre guillemets "sorti" du Gouvernement...

Vous êtes les seuls à avoir des CDI dans ce Gouvernement.

Pardon ?

Vous êtes les seuls à avoir des contrats à durée indéterminée dans ce Gouvernement.

Non, je pense que ce sont des CDD pour tous, mais simplement je constate que seul J.-P. Jouyet, parce qu'il l'a souhaité, pour prendre de belles responsabilités, est sorti du Gouvernement. Quant à Frédéric Mitterrand, je n'en fais pas un ministre d'ouverture, et puis je ne suis pas le meilleur exégète, je laisse aux spécialistes le soin de savoir s'il l'est, un peu, beaucoup ou pas. Mais je constate simplement que, sauf erreur de ma part, la seule appartenance politique qu'il ait eue, ça a été au Parti radical de gauche, donc il me semble...

Même si il avait appelé à voter J. Chirac, ou dit qu'il votait J. Chirac en 1995...

Oui, mais vous savez pourquoi ? C'était l'affaire dite du "devoir d'inventaire" que L. Jospin avait demandé, au regard des deux septennats de F. Mitterrand, et que donc, le vote de Frédéric Mitterrand, à la fois, c'était un signal.

Est-ce, je vous repose la question, la fin d'un cycle tout de même en ce qui concerne l'ouverture, dès lors qu'elle ne progresse plus ?

Je ne le crois pas mais le commentaire est libre. J'ai une autre vision, c'est qu'elle est désormais consolidée, et qu'elle est consolidée à un moment où le président de la République en a moins besoin, parce que objectivement ayant gagné les élections européennes, on aurait très bien pu dire que, finalement, c'était une lecture de l'instrumentalisation, il avait moins besoin. Je constate qu'elle sort intacte de ce remaniement.

Le président de la République a toujours dit qu'il ne demandait pas aux ministres d'ouverture de renier leurs convictions, et que c'était cette richesse-là qui faisait tout le sens politique de la démarche. Que reste-t-il de gauche chez vous ?

Il reste un certain nombre de réflexes. Prenez une question d'actualité, que je n'ai pas sollicitée : la semaine dernière, l'affaire dite de "la burqa". On me pose la question à brûle-pourpoint. J'ai dit deux choses : que je suis farouchement hostile, comme j'imagine 98 % des Français, à la burqa, j'y vois un symbole d'asservissement, d'oppression, un symbole rétrograde. Et, en même temps, je dis que je ne crois pas à la loi ou plus exactement, que la loi me paraît receler des difficultés très importantes. Le débat dure pendant quatre jours, c'est long quatre jours quand vous êtes au Gouvernement et que vous avez des réactions qui ne sont pas celles de vos collègues. Je n'ai pas eu un coup de fil de l'Elysée ou de Matignon pour me dire : "la ligne c'est celle-là, tu dois dire ceci parce que le président de la République va dire cela à Versailles". Contrairement à ce que l'on dit ou ce que l'on entend parfois, nous avons, dans les registres qui sont les nôtres une grande liberté de manoeuvre. Et puis, finalement, le président de la République a dit "non à la burqa", et en même temps, "je laisse le Parlement". D'un mot encore, je veux vous dire que...

Et sur la politique que vous menez dans votre ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale...

J'y reviens mais juste d'un mot, vous dire à quel point, sur la régulation du capitalisme financier, je suis en phase non seulement avec tout ce que j'ai toujours cru, mais tout ce qu'ont toujours dit, plaidé et pensé tous les r??formistes de gauche. C'est-à-dire l'acceptation de l'idée que nous sommes en économie de marché, que ce marché a besoin d'être régulé. Celui qui porte sur la scène internationale la régulation sur le capitalisme financier et qui a par exemple obtenu le fait qu'on mette à mal ce système des paradis fiscaux sur lequel vous ne pouvez pas bâtir de régulation internationale, je suis heureux que ce soit la France qui porte ce message, mais je ne voulais pas esquiver votre question sur l'immigration.

Alors, justement je vous la repose, est-ce que sur l'immigration vous menez une politique de gauche ?

Je mène la politique européenne. Quand il y a un mois et demi le président de la République est allé en Espagne, J.-L. Zapatero, Premier ministre espagnol, a dit : voilà, parmi tous les sujets sur lesquels je suis en phase totale avec la France, il y a notamment l'immigration et la lutte contre l'immigration illégale. Et lorsque, la semaine dernière où il y a dix jours, j'étais à Luxembourg, tous mes collègues ministres de l'Intérieur ou de l'Immigration étaient sur la même ligne. Cette ligne c'est quoi ? C'est d'ouverture ; l'Europe ne se vit pas comme une forteresse assiégée, nous continuons à accueillir légalement des étrangers en France, pour la France, 200.000 par an au titre du long séjour, et 2 millions par an au titre du court séjour. Donc, nous restons un pays ouvert, mais un pays régulé qui veut maîtriser ses flux migratoires, et qui dit non à l'immigration illégale, non aux filières de l'immigration clandestines, parce que si vous entrez illégalement, vous n'avez aucune chance de réussir l'intégration.

Donc, vous dites quelque chose d'important : il n'y aurait pas de différence de nature entre une politique de droite et une politique de gauche en matière d'immigration, aujourd'hui en tout cas ?

A ce micro même, un jour je vous ai dit : "est-ce que vous pensez que le Parti socialiste a vraiment une politique migratoire alternative ?". La réponse a été donnée lors des élections européennes. Je suis allé personnellement sur le site du PS, que je connais bien, j'ai lu les cinq lignes de préambule sur la politique migratoire, j'affirme que ces cinq lignes auraient pu être signées sans difficulté par moi et par le Gouvernement.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 24 juin 2009

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