Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le projet de loi de règlement des comptes et le rapport de gestion pour l'année 2008 de son ministère, Paris le 17 juin 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le projet de loi de règlement des comptes et le rapport de gestion pour l'année 2008 de son ministère, Paris le 17 juin 2009.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Audition de Bernard Kouchner devant la commission élargie, commission des finances, de l'économie générale et du plan, commission des affaires étrangères, commission des affaires culturelles, (...), de l'Assemblée nationale, à Paris le 17 juin 2009

ti : Q - (concernant le bilan des postes mixtes "consulats et mission économique")

R - Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères, nous disposons à ce jour de six postes mixtes "consulats et mission économique" : Bangalore, Calcutta, Bombay, Houston, Atlanta et Chengdu. Nous avons demandé à Bercy l'autorisation d'en créer six de plus d'ici à trois ans, en l'occurrence à Karachi et Calgary, la localisation des autres n'étant pas encore définie. Même s'il est trop tôt pour tirer un bilan, les résultats sont plutôt probants et enrichissants - je pense notamment à Calcutta, que je connais bien. Quoi qu'il en soit, nous savons tous que nous devons procéder à des réductions de personnels.

Q - (concernant le bilan de la Direction générale de la Mondialisation)

R - Il est également un peu tôt pour dresser le bilan de la DGM puisque nous venons à peine de la mettre en place. Néanmoins, force est de constater que, jusqu'alors, nous ne disposions pas d'une réflexion globale sur le rôle mondial des religions. Aujourd'hui, ce sont six spécialistes qui travaillent sur le sujet - notamment avec M. Joseph Maïla, ancien recteur de l'Institut catholique - et je suis persuadé que nous obtiendrons d'excellents résultats. Il en est de même s'agissant de la santé publique - dont le lien avec le ministère était jusqu'alors impossible à créer - puisque nous disposons maintenant d'une sous-direction de la santé publique. Nos ambassadeurs doivent quant à eux comprendre que la DGM est le lieu par excellence de l'"interministérialité" et qu'elle n'est en rien réservée à notre diplomatie, cette dernière se mettant au contraire au service de l'ensemble des ministères. Ce sont là autant de réformes considérables, qu'il n'a pas été facile de mettre en oeuvre, mais dont nous serons tous fiers de la réussite.

Q - (concernant l'externalisation des visas)

R - Avec huit postes dédiés et 35 % des visas délivrés, l'externalisation est quant à elle une réalité. Les délais de rendez-vous et de délivrance des documents ont été considérablement réduits même si, s'agissant de la biométrie, un certain nombre de tâches demeurent réservées aux fonctionnaires français - j'ajoute que cette réforme n'a pas soulevé de problèmes particuliers. Par ailleurs, quinze postes supplémentaires seront créés d'ici à 2011 et 20 000 nouveaux visas seront délivrés selon cette modalité, portant ainsi à 52 % le nombre de documents qui en relèveront.

Q - (concernant la modernisation du ministère des Affaires étrangères et européennes)

R - Dans le cadre du contrat de modernisation 2006-2008 signé entre le ministère de l'économie et le ministère des Affaires étrangères, ce dernier devait engager une diminution des effectifs de 739 équivalents temps plein (EQTP) sachant, par ailleurs, que 144 emplois étaient transférés principalement au ministère de l'immigration. Pari tenu ! Avec une centaine de postes exclusivement dédiés au travail européen, la Présidence française de l'Union européenne, en 2008, ne s'est quant à elle accompagnée d'aucune demande d'accroissement des effectifs.

Nous nous sommes enfin engagés à supprimer, entre 2008 et 2011, 700 emplois supplémentaires pour 900 départs en retraite : ce sont ainsi trois départs sur quatre qui ne donneront lieu à aucun remplacement.

Le ministère des Affaires étrangères a poursuivi sa modernisation en anticipant l'application de certaines mesures prévues dans le cadre de la RGPP : création du centre de crise - lequel est fort sollicité - le 2 juillet 2008 ; élaboration d'un nouvel organigramme afin de renforcer notre efficacité auprès des ambassades ; création d'une direction de la prospective - distincte de la DGM - mais également de plusieurs "directions géographiques", ainsi que d'une direction de l'Union européenne ; réforme de la carte consulaire - à l'heure d'Internet, un certain nombre de consulats peuvent fort bien être supprimés et un système informatique européen permettant de délivrer des visas pourrait être aisément élaboré - ; renforcement de la gouvernance des opérateurs oeuvrant pour le rayonnement de notre pays ; nouveau statut de l'AFD ; réflexions sur l'évolution de l'AEFE ; préfiguration de nouveaux opérateurs culturels ; implantations immobilières réussies rue de la Convention et à La Courneuve ; l'immense chantier législatif qu'est le projet de loi pour l'action extérieure, lequel devrait être présenté en Conseil des ministres le 23 juillet ; rapprochements, dans les ambassades, avec les réseaux des autres ministères ; création du comité des réseaux internationaux de l'Etat à l'étranger (CORINTE). Je note, à propos de coordination, que le ministère des Affaires étrangères est le seul dont les réseaux internes ne soient pas protégés alors qu'un réseau de protection "Schuman" devrait avoir vu le jour depuis une dizaine d'années. Comment s'étonner que des conversations sur téléphones portables soient très vite écoutées, ainsi que je l'ai moi-même constaté lors de rencontres internationales ? C'est insupportable !

J'ajoute que le "recalibrage" de notre réseau à l'étranger passe par un certain nombre de mesures transversales qui touchent tous les postes, huit ambassades - dont celles de Washington, Dakar et Berlin - bénéficiant néanmoins d'un format d'exception en raison de leur importance. Cela se traduira par une économie de 350 agents sur un engagement total de 700 réductions de postes. Des mesures sectorielles, dont la constitution de pôles consulaires régionaux, permettront quant à elles de réaliser une économie équivalente à 190 EQTP. J'espère que tout cela sera mis en oeuvre dans les délais prévus.

Q - (concernant la préfiguration de l'Agence culturelle)

R - Concernant la préfiguration de l'Agence culturelle, j'ai précisément réuni aujourd'hui des équipes de professionnels - en l'occurrence du cinéma. Là encore, les choses évoluent positivement. Nous sommes en concertation permanente avec le ministère de la Culture afin de mieux répondre, en particulier, aux différentes demandes d'actions culturelles qui ne sont évidemment pas les mêmes aux Etats-Unis et en Afrique. Par ailleurs, la "demande de France" ne doit pas être confondue avec la "demande de Français" : nous avons tout intérêt à nous montrer attractifs en formulant un certain nombre de propositions culturelles dans tous les domaines. J'ajoute que j'aurai l'occasion d'exposer les grandes lignes de notre projet d'agence culturelle à Dakar, le 2 juillet, à l'occasion du cinquantième anniversaire du centre culturel français. Peut-être serait-il également opportun d'organiser la projection du dernier film de Yann Arthus-Bertrand, un peu de "parisianisme" ayant sans doute du bon !

Etablissement public, l'Agence devra faire preuve de réactivité et de souplesse afin de trouver des financements, notamment dans le secteur privé, et de soutenir ainsi nos industries culturelles. Elle travaillera avec le réseau des instituts français à l'étranger, mais également avec les alliances françaises et les établissements scolaires. A ce propos, j'ai rencontré des professeurs qui souhaitent intégrer notre réseau - et je m'en félicite -, mais nous devons également compter avec les agents de notre ministère, preuve que, une fois de plus, il est impératif de savoir travailler ensemble.

Q - (concernant la gestion immobilière de l'Etat)

R - Il est difficile pour les ambassadeurs, dont ce n'est pas le métier, de mener localement des opérations immobilières. La gestion immobilière de l'Etat à Paris n'a pas été fameuse. Connaître le marché à Istanbul ou à Tokyo est plus complexe encore. C'est la raison pour laquelle nous devons créer, avec le concours du ministère des finances, un opérateur immobilier. Une mission de préfiguration a été constituée par l'inspection générale des finances, le contrôleur général des armées et le ministère des Affaires étrangères.

Q - (concernant la gratuité de la scolarité pour les élèves de terminale et de première)

R - Après la gratuité de la scolarité pour les élèves de terminale et de première, la gratuité pour les élèves de seconde sera effective dès le mois de septembre. Je crains que la réalisation de cette promesse de campagne du chef de l'Etat n'ait des effets pervers, dont une tension sur les capacités d'accueil des élèves résidents et des pays tiers.

La mise en oeuvre du moratoire au-delà de la classe de seconde nous permettra de considérer des alternatives à l'extension du dispositif, comme l'instauration d'un système de bourses. Le coût de la gratuité dans l'ensemble du système scolaire serait de 750 millions, contre 60 millions au lycée.

Q - Envisageriez-vous qu'un engagement du Président de la République ne soit pas respecté ?

R - Je rappelle que c'était aussi une promesse de Ségolène Royal.

Il serait souhaitable de ne pas étendre le dispositif, à condition d'inviter les entreprises à participer aux frais et de compenser les inégalités de revenus par des bourses, ce qui se faisait auparavant.

Q - Dans certains pays, les frais de scolarité augmentent fortement !

R - Vous avez raison. Cela entraîne d'ailleurs une exceptionnelle envolée des dépenses.

Les Etats généraux de l'enseignement français à l'étranger ont réuni, le 2 octobre 2008, les différents acteurs de l'enseignement français à l'étranger pour débattre de la situation et des perspectives du réseau scolaire à partir des 30 recommandations de la commission sur l'avenir de l'enseignement français à l'étranger.

Une deuxième session se déroulera à l'automne pour dresser le bilan des consultations menées par les postes de diplomatie. Un plan de développement de l'enseignement des Français à l'étranger devrait alors être élaboré. Un nouveau plan d'orientation stratégique sera soumis en septembre au conseil d'administration de l'AEFE.

Q - (concernant les contributions internationales)

R - S'agissant des contributions internationales, 407 millions - hors opérations de maintien de la paix - ont été votés en 2008, soit 10 millions de plus qu'en 2007. Ce sont 400 millions qui ont été effectivement versés, soit une baisse de 6,4 % par rapport à 2007. Entre 2000 et 2008, la hausse des contributions n'a été que de 1,2 %. Cette maîtrise tient aux efforts consentis par le ministère.

L'évaluation de l'ensemble des contributions réalisée en 2007 s'est poursuivie dans le cadre de la RGPP. Nous nous sommes engagés à nous retirer d'organisations dont la pertinence politique n'était pas évidente : nous faisons désormais partie de 79 organisations, contre 138 en 2007. L'économie s'élève à 0,4 million d'euros.

Dans la mesure du possible, les contributions à caractère technique sont transférées aux ministères compétents : elles représentaient 1,2 million en 2008 et 17 millions en 2009. Pour 2010, de nouveaux transferts seront proposés, à hauteur de 24 millions, dont 22,6 millions ont déjà été actés par le conseil de modernisation des politiques publiques.

L'extinction de l'UEO, consécutive à l'adoption du Traité de Lisbonne, permettra quant à elle une économie de 1,5 million.

Le ministère s'emploie aussi à ce que les barèmes de contributions aux organisations internationales prennent davantage en compte le poids des pays émergents. Par ailleurs, la renégociation du barème de l'ONU devrait entraîner une baisse de notre quote-part.

Nous avons développé un dispositif d'évaluation du fonctionnement et des résultats des organisations internationales. Cette évaluation est complexe et délicate, surtout lorsqu'elle porte sur les résultats. Pierre Lellouche, représentant spécial pour l'Afghanistan, a demandé à la Banque mondiale d'évaluer la pertinence des contributions nationales à l'effort de développement du pays.

Enfin, la présence française dans les organes de contrôle intergouvernementaux a été renforcée avec la nomination d'un auditeur externe de onze organisations, dont l'ONU.

Il est presque impossible, malgré le Early Warning System, de prévoir les opérations de maintien de la paix (OMP). Les dépenses qu'elles occasionnent peuvent alors apparaître comme des dépenses inconsidérées ; elles sont pourtant efficaces.

La loi de finances pour 2008 avait prévu de consacrer 300 millions d'euros aux OMP, soit une augmentation de 115 millions par rapport à 2007, rendue nécessaire par les interventions au Soudan et au Tchad. Les crédits votés en loi de finances rectificative ont permis de couvrir les nouveaux besoins à hauteur de 383 millions d'euros et d'éviter des reports de charges importants.

Pour 2009, les crédits ont encore augmenté de 40 millions, soit une hausse de plus de 55 % sur deux ans. L'opération menée par l'EUFOR Tchad/RCA a permis d'éviter de nouvelles attaques de Janjawids. La mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) a pris son relais, avec, je l'espère, les mêmes chances de succès.

Ce remplacement, la fin de la mission des Nations unies en Ethiopie et en Erythrée ainsi que la forte réduction des effectifs de la mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) devraient permettre de compenser les nouveaux besoins.

Pour ce qui est des contributions volontaires - 85 millions d'euros en 2008 -, nous avons choisi de les recentrer sur quelques organisations des Nations unies. La majeure partie de nos contributions - bientôt 85 % - vont ainsi à l'UNRA, à l'UNICEF, au PNUD et au HCR, des programmes qui ne bénéficient pas de contributions obligatoires. Mais l'effort de la France - 1 % du budget - reste en deçà du rang qu'un pays représentant 4,5 % du revenu mondial se devrait de tenir. Je le regrette sincèrement.

Q - (à propos de la fermeture du Centre Kléber de conférences internationales )

R - Depuis la fermeture du Centre Kléber, la France ne dispose plus de centre de conférences internationales. Nous sommes ridicules ! Où pourrait se dérouler la conférence sur le Moyen-Orient que le président de la République appelle de ses voeux ? L'OCDE - une très belle réalisation de l'architecte Pei - ne permet pas d'accueillir une manifestation de cette ampleur. Un projet porté par l'Etat et vraisemblablement par la Ville de Paris, bénéficiant de partenariats privés, pourrait voir le jour dans le centre de la capitale.

Q - (à propos des projets de l'Agence française du développement)

R - Le comité d'orientation des projets de l'AFD permettra au ministère d'avoir voix au chapitre et de déterminer politiquement certains choix.

Il peut s'avérer utile de mener, sous la direction de l'ambassade, des projets modestes - je pense notamment à cette passerelle qui a transformé la vie d'un village afghan pour 12 000 euros seulement. Cela n'empêche pas que les grands projets régionaux de l'AFD soient mis en oeuvre. Cela ne signifie pas non plus que l'AFD se substitue aux services de coopération des ambassades. Il faut que le responsable local de l'AFD soit intégré à l'équipe de l'ambassade, sous peine que les projets respectifs entrent en concurrence et mènent, sur le terrain, à des catastrophes.

Q - (à propos du bilan du Centre de crise)

R - 38 opérations de crise ont été menées depuis l'été : 3 rapatriements de Français, depuis la Géorgie, l'Inde et la Thaïlande ; 25 prises d'otages, à Haïti, en Somalie, au Soudan, au Cameroun, au Pakistan et en Afghanistan ; 6 disparitions en Hongrie, au Népal, en Bosnie, en Argentine et à Maurice ; 4 opérations d'aide humanitaire d'urgence à Haïti, au Sénégal, à Gaza et au Sri Lanka ; 4 missions de prévention de crise en Guinée, à Madagascar et en Guinée équatoriale.

Q - (à propos de la réforme du réseau)

R - S'agissant de la réforme du réseau, sachez que les trois catégories ne correspondent en rien à une quelconque discrimination mais à des formes d'action différentes. Notre réseau, dont nous avons maintenu l'universalité, est composé de 160 ambassades bilatérales et de 21 représentations. Nous avons transformé une trentaine d'ambassades en postes de présence diplomatique, comprenant environ 10 agents. Huit ambassades, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Italie, au Maroc, au Sénégal et à Madagascar, connaissent un format d'exception. Leurs effectifs cumulés de 2 228 en 2008 devraient être ramenés à 2 000 en 2011.

Les ambassades ont entrepris à l'automne 2008 un inventaire détaillé des missions qui leur incombent et ont proposé une évolution de leurs moyens humains. En réponse, elles ont reçu des instructions sur les missions, sur les changements à apporter au dispositif local - carte consulaire, coopération et action culturelle -, sur l'évolution des effectifs - un plafond d'emplois à respecter à l'horizon 2011 - et sur les autres moyens du poste, comme les projets immobiliers.

En outre, la constitution de services communs de gestion a été proposée ainsi que plusieurs autres mesures inspirées de la RGPP, comme le développement de la formule des postes mixtes, l'organisation des ambassades en pôles de compétences interministériels, ou le recours à l'expertise locale pour les fonctions de conception et d'encadrement.

Aucun crédit n'est prévu pour la politique immobilière, mais un budget d'affectation particulier a été consenti par le ministère du budget. Les procédures de cession et d'acquisition sont tellement longues qu'il est difficile de profiter d'une quelconque aubaine.

Les cessions immobilières réalisées en 2008 ont représenté 13,9 millions d'euros, dont 1 million d'euros seulement en France. Je rappelle que l'année 2007 avait été marquée par la cession du centre de conférences internationales de l'avenue Kléber et des locaux de la rue Monsieur, à Paris, et, si l'on peut en discuter les résultats, il n'en s'agit pas moins de formidables opérations immobilières. Les sites de la rue de la Convention et de La Courneuve sont également une réussite immobilière et la réunion des ambassadeurs qui aura lieu au mois d'août se tiendra d'ailleurs pour un tiers au Quai d'Orsay, pour un autre tiers à Convention et pour le dernier tiers à La Courneuve. C'est également à La Courneuve que seront transférées les archives du ministère.

Les recettes s'élèvent pour 2008 à 58,74 millions d'euros, et les dépenses au titre du compte d'affectation spéciale à 66 millions d'euros en autorisations d'engagement d'opérations nouvelles et à 84 millions en crédits de paiement.

J'ai déjà évoqué le regroupement du traitement des visas et des dossiers de nationalité sur un site unique. Notre réforme est en cours et vise à maintenir le réseau universel. Une montée en puissance est prévue dans des pays comme la Chine, l'Inde ou la Russie, ce qui suppose la présence de services consulaires. Faute d'un service consulaire à Karachi, par exemple, les femmes pakistanaises souhaitant un visa ne peuvent pas aller le chercher à Islamabad si leur mari refuse qu'elles s'y rendent.

Dans le cadre de la RGPP, nous étudions la possibilité de création d'une préfecture des Français à l'étranger, ce qui suppose le transfert à Nantes du service central de l'état civil et le traitement en France d'une part significative des dossiers de l'état civil des Français à l'étranger, qui relèvent actuellement de la compétence des postes consulaires. L'effectif affecté aux actes transcrits concernant les événements d'état civil survenus en Algérie sera étendu dès cette année pour traiter les actes transmis par nos postes consulaires de Tunisie, puis, en 2010, du Maroc. Ultérieurement, en fonction du bilan qui sera établi, cette expérience pourra être étendue à certains pays d'Europe.

Le regroupement des dossiers de nationalité dans un seul poste consulaire par pays pose a priori moins de problèmes que le traitement des visas. Il est déjà effectif en Allemagne et pourra s'étendre dans un premier temps à tous les pays à réseau en Europe, c'est-à-dire en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni, puis, en 2011, à la plupart des pays à réseau hors d'Europe.

Q - (à propos de l'évaluation des résultats des agences et des organismes bénéficiant de financements du ministère des Affaires étrangères et européennes)

R - Nous nous efforcerons d'évaluer les résultats des agences et des organismes bénéficiant de financements du ministère.

Q - (concernant la gestion des opérateurs)

R - Vous m'avez demandé, pour ce qui concerne la gestion des opérateurs, un premier bilan du contrat d'objectifs et de moyens conclu avec CulturesFrance. Ce contrat a été signé conjointement par les deux ministères de tutelle - Affaires étrangères et Culture - le 2 mai 2007, pour trois ans. Il avait pour première vocation de clarifier, à l'occasion de la création de CulturesFrance, la fusion des deux associations, ainsi que leur mode de fonctionnement, et de permettre le bilan du rapport entre l'opérateur et ses tutelles en définissant le champ de compétence de CulturesFrance. Le contrat précise également les relations avec l'opérateur et le réseau culturel français à l'étranger. On peut se féliciter des améliorations, qui sont de bon augure, mais on ne peut préjuger de l'avenir, car ce mécanisme doit faire l'objet de transformations dont nous verrons le résultat.

CulturesFrance ne sera qu'une partie de la nouvelle agence chargée de l'action culturelle extérieure, laquelle devra être beaucoup plus souple.

CulturesFrance, c'était un guichet et des initiatives, mais cela ne suffit pas !

En outre, il conviendra de veiller à éviter tout "parisianisme". Un festival du cinéma français ne saurait être identique partout dans le monde et les demandes doivent être modulées en fonction des postes. Dans les faits, certaines manifestations connaissent de médiocres succès, mais d'autres sont très réussies, comme celle que CulturesFrance a organisée lors du récent Festival de Cannes.

Q - (à propos de l'évolution de l'action culturelle)

R - Les actes prioritaires étaient la maîtrise de la gestion des emplois - par le recours à des expatriés, à des résidents ou à des recrutés locaux - et la maîtrise de l'évolution de notre activité culturelle. Les attachés culturels resteront en place - c'était pour eux une préoccupation importante. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils soient tous excellents, mais certains sont très bons.

Lors de la réunion qui a eu lieu aujourd'hui et que j'ai déjà évoquée, les professionnels de la télévision et du cinéma ont demandé le maintien des attachés audiovisuels. Or les résultats sont très différents selon les pays. Au Brésil, par exemple, d'où je reviens, leur présence est capitale. Nous nous efforcerons donc de redéfinir avec les établissements, au sein de la nouvelle agence, une certaine souplesse, qui nous manque.

Pour ce qui concerne le réseau culturel et les instituts français, la réforme prévoit, outre la nouvelle direction générale de la mondialisation et le comité de préfiguration de la nouvelle agence, un opérateur chargé des politiques de mobilité. Des contrats d'objectifs sont par ailleurs en cours d'évaluation, en particulier avec l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. Nous souhaitons regrouper sur un même site toutes les agences chargées de la politique culturelle française à l'étranger - et sans doute CampusFrance y aurait-elle eu aussi sa place. J'ignore cependant si ce regroupement sera possible rue de la Convention, car le bâtiment est presque plein.

L'autonomie financière des instituts français à l'étranger pose un problème de compatibilité avec le principe d'universalité budgétaire. Nous voulons que la fusion entre centres culturels et services de coopération des ambassades soit réalisée dans le calendrier fixé, ce qui est difficile compte tenu des susceptibilités et des emplois concernés.

Pour ce qui est de la réforme culturelle, des compétences supplémentaires seront déléguées à nos ambassadeurs. Le livre, le cinéma patrimonial et le débat d'idées ont été transférés à CulturesFrance. Cette réforme est engagée dans le cadre d'une réelle coopération avec le ministère de la Culture, mais les résultats sont très divers. En effet, une journée du livre français ne saurait être identique en Afrique et à New York. Des adaptations sont nécessaires, qui devront être réalisées sous la direction de nos ambassadeurs. S'ils ne sont pas bons, on peut les changer. Il faut aussi créer des partenariats avec les ONG et les associations. Cette rationalisation de notre réseau culturel est engagée.

Je tiens à insister sur le fait qu'en matière de coopération culturelle et scientifique le ministère des Affaires étrangères et celui de la Culture oublient trop souvent la médecine - pourtant mondialement connue - et la science. Nous avons donc tenu à ce que le CNAM, qui possède des réseaux scientifiques, fasse partie du comité de préfiguration.

Q - (à propos de l'aide publique au développement)

R - Quant à savoir si la France perd du terrain et si son classement va nous faire honte, je rappelle que notre pays, on l'ignore souvent, est resté en 2008, avec un montant de 10,96 milliards de dollars, le quatrième bailleur de fonds du développement au monde - même si ce chiffre intègre la contribution au Fonds européen de développement et la santé -, derrière les Etats-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni, dont les contributions sont respectivement de 26, 13 et 11 milliards de dollars.

Avec un chiffre de 0,39 % en 2008, la part de l'aide internationale dans le PIB de notre pays est certes insuffisante, mais la France se place, en termes d'effort, au deuxième rang des pays du G8. Nous consacrons 37 % de nos subventions aux pays les moins avancés africains, et 14 pays en bénéficieront désormais. C'est sans doute trop peu, mais il est préférable, pour que nos efforts soient significatifs, de les concentrer sur certains pays, comme les autres donateurs l'ont fait avant nous.

La coordination des trois ministères des Finances, des Affaires étrangères et de l'Immigration, dont nous sommes chef de file, est régulière et se matérialise dans les travaux du co-secrétariat du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement - le CICID, qui s'est réuni voici quelques jours à Matignon. Cette coordination doit être renforcée, mais nous avons tous accepté, pour ces 14 pays, une meilleure articulation entre certaines politiques sectorielles, comme celle de l'immigration, et le cadre général de notre aide publique au développement.

J'en viens au financement de l'action des ONG. Je rappelle à cet égard que l'aide publique au développement apportée par la France se concentre sur l'éducation, la médecine et l'agriculture. Certaines ONG françaises n'auraient pas une taille suffisante ? Les trois ONG à la création desquelles j'ai eu le bonheur de participer - Médecins sans frontières, Médecins du monde et Action contre la faim - sont toutes trois mondiales et, par ailleurs, Prix Nobel de la Paix. Cependant, elles ne sont pas à la hauteur d'Oxfam, de Save the Children ou des grosses organisations américaines, voire de Caritas, bien que cette dernière fonctionne à l'échelle nationale. Dans le cadre des actions de l'ONU - du HCR, par exemple -, si nous sommes compétitifs en matière médicale, nous ne le sommes pas assez dans le domaine de l'aide au développement.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 juin 2009

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