Interview de M. Gérard Larcher, président du Sénat, dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace" du 28 juin 2009, sur son action pour une nouvelle gestion du Sénat et sur la réforme des collectivités locales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Larcher, président du Sénat, dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace" du 28 juin 2009, sur son action pour une nouvelle gestion du Sénat et sur la réforme des collectivités locales.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur

ti : DNA : Lors de votre élection à la présidence, vous aviez fixé « un nouveau cap » pour le Sénat. Neuf mois plus tard, pouvez vous dire qu'il a été pris et tenu ?

Gérard Larcher : Je voulais un Sénat plus politique et un Sénat créatif, prospectif, qui trace des perspectives pour notre société et pour notre vie en en collectivité. Comme il est toujours difficile de juger sa propre action, il faut évaluer ce premier bilan à l'aune des grands textes de loi sur lesquels nous avons imprimé notre marque. Aujourd'hui, je crois que les Français ne peuvent plus se demander : « Le Sénat, à quoi ça sert ? ».

DNA : Sur quoi, selon vous, a-t-il montré sa différence ?

Gérard Larcher : La loi HPST -qui était si mal partie...- a été largement remodelée par notre assemblée. Nos travaux ont abouti à une bonne réforme, dans l'ensemble bien acceptée désormais. Sur la loi pénitentiaire, le Sénat a été en situation de confrontation avec le gouvernement parce qu'il y avait divergence sur les notions, essentielles, de liberté individuelles qui dans l'esprit du Sénat, doivent être respectées. Nous avons été très fermes, par exemple, sur le droit à la cellule individuelle, un sujet sur lequel nous travaillons depuis 8 ans avec l'apport des rapports Hyest-Badinter. Sur la dignité du détenu, à laquelle nous sommes très attachés -au delà de la peine qui doit être accomplie- nous avons été décisifs. Et si, au Congrès de Versailles, le président a parlé de la « honte de la République » en évoquant les prisons, les sénateurs et leurs travaux sont pour quelque chose dans l'opinion du chef de l'Etat. Pour la loi sur l'audiovisuel, où nous nous sommes opposés au décret supprimant la publicité sur les chaines de France Télévisions, notre contribution a permis d'aboutir à un texte plus équilibré. Pour le logement, nous avons apporté une dimension sociale au projet qui lui donne toute son envergure.

DNA : Et l'originalité de Gérard Larcher, comment la définissez-vous ?

Gérard Larcher : Je suis loyal au président de la République. Très loyal. Mais je suis aussi très autonome. Le gaulliste social que je suis veut imaginer ce que pourrait être le pacte social de demain. La crise nous offre l'occasion d'inventer un pacte de société. Il faut saisir cette chance ! A mes yeux, le Sénat doit être un lieu de passage, de dialogue, de rencontre et même de confrontation pour les partenaires sociaux, philosophiques, culturels. Le lieu, vivant, d'une réflexion privilégiée sur l'après-crise.

DNA : Vous avez été le candidat du renouveau d'un Sénat à l'image quelque peu dégradée. Où en est votre opération transparence ?

Gérard Larcher : C'est vrai que j'ai voulu m'attaquer au décalage entre l'image qu'avait cette maison à l'extérieur et la qualité de son travail à l'intérieur. Et cela passait par de la transparence, plus de simplicité dans la gouvernance et des économies substantielles sur le fonctionnement. Outre la réduction des traitements du président mais aussi des questeurs, nous avons gelé l'augmentation du budget sur 3 ans, restitué les excédents à l'Etat, réduit systématiquement tous les frais -notamment de transport-, rationalisé les dépenses et supprimé systématiquement celles « de confort ». Sous l'impulsion des questeurs, et notamment de Philippe Richert, nous avons fait beaucoup d'efforts quantifiables. Tout cela est acté et l'audit des comptes est consultable sur notre site Internet.

DNA : La discussion sur la réforme des collectivités territoriales et l'éventualité de la suppression du département s'annonce-t-elle, pour le Sénat, comme une épreuve difficile à gérer ?

Gérard Larcher : Ce sera un baptême du feu sur un sujet sensible. Nous avons une attitude dynamique sur ce dossier où se confronteront le rapport de la mission sénatoriale, les conclusions de la mission Balladur -qui propose de supprimer un échelon- et les propositions du président de la République. Il faut éviter une approche simplificatrice de notre histoire -ce serait un leurre- et en même temps nous avons un devoir de clarifier enfin la distribution des compétences entre les collectivités territoriales : je mesure toutes les difficultés qu'éprouvent quotidiennement les maires -et les citoyens- pour se retrouver dans ce dédale. Le débat dans le pays a eu lieu. Je souhaite maintenant que le Parlement soit pragmatique, et qu'il aille vite. Mais il n'y aura pas de réforme des collectivités territoriales sans une réforme parallèle de l'Etat.

DNA : Faut-il, de toutes façons, alléger le millefeuille en supprimant au moins une strate ?

Gérard Larcher : Le millefeuille n'est pas forcément indigeste. Ce peut être le meilleur des gâteaux si on sait reconnaître la crème, la pâte, le feuilletage, et le rôle respectif de chacun de ses étages. Je suis partisan d'affirmer la spécificité des rôles respectifs de la Région -lieu des stratégies- et de l'impulsion économique -et du département- lieux des proximités et des solidarités.

DNA : Doit-il y avoir deux conseillers territoriaux distincts pour ces deux institutions ou un conseillé unique ?

Gérard Larcher : On a senti à Versailles que le président de la République était plutôt favorable à la deuxième option. Mais il n'a pas été explicite, volontairement, pour laisser toute place au débat.

DNA : Quelle attitude aurez-vous ?

Gérard Larcher : Je veux faciliter la discussion. La replacer sans cesse dans une optique commune et rassembleuse : la recherche de l'efficacité et de la compétitivité des territoires. Je vous rappel que les collectivités gèrent 73% des investissements faits dans ce pays ! Je veux insister aussi sur les convergences, voire, le consensus, sur la commune. Elle est véritablement la cellule de base de la nation et de notre société et, par conséquent le rôle du maire est déterminant. Je crois aussi que nous devons achever l'intercommunalité et réfléchir à la gestion des métropoles, une réalité à laquelle il faudra donner un cadre.

DNA : Établissement public ou collectivités ?

Gérard Larcher : Il faut voir... Quant à l'éventualité de la fusion de départements -comme en Alsace- ou de régions -les deux Normandie- je suis favorable à ce qu'on avance sur ces réflexions. Qu'on avance sur tous ces sujets pour apporter les réponses qu'on attend de nous !


Source http://www.ump-senat.fr, le 1er juillet 2009

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