Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé et des sports, à I-Télé le 3 juillet 2009, sur l'épidémie de grippe AH1N1, le dopage dans le sport cycliste et la canicule. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé et des sports, à I-Télé le 3 juillet 2009, sur l'épidémie de grippe AH1N1, le dopage dans le sport cycliste et la canicule.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de la santé et des sports

ti :
 
 
 
M. Dumoret.- R. Bachelot, ministre de la Santé, est avec nous. Merci Madame le ministre.
 
Ministre de la Santé et des Sports.
 
Ministre de la Santé et des Sports, on allait presque l'oublier.
 
A la veille du départ du Tour de France, il faut quand même le rappeler.
 
Eh bien, génial ! C'est la transition toute trouvée pour parler notamment du retour de Lance Armstrong. C'est pour vous une bonne nouvelle de le retrouver sur le Tour de France ?
 
D'abord, c'est une bonne nouvelle que ce Tour de France démarre demain, c'est le plus grand évènement sportif du monde au niveau populaire. Il y a quinze millions de personnes sur les routes, il y a deux milliards de téléspectateurs en cumulé. C'est une grande fête populaire. Quand on suit une étape dans une des voitures du Tour, on voit ces gens qui sont là, c'est vraiment une épreuve merveilleuse.
 
Ce sont des images qui nous ont tous frappés, un peu ternies quand même ces dernières années par les cas de dopage, est-ce que vous pensez que...
 
C'est pour ça qu'il faut mener une lutte vraiment très, très active contre le dopage. C'est aussi maintenant le sport le plus contrôlé de tous les sports au niveau du dopage. Donc, cette année, c'est l'Union cycliste internationale qui est maîtresse d'ouvrage sur le dopage. Je la rappelle à ses responsabilités. Bien sûr, à ses côtés il y a l'Agence française de lutte contre le dopage, qui est un organisme qui est financé à 95 % par le ministère de la Santé. Les contrôles se multiplieront, et je dis à Lance Armstrong qu'il sera particulièrement, particulièrement, particulièrement surveillé, voilà.
 
Mais pourquoi ce ne sont pas les Français qui établissent ces contrôles finalement ? Ce Tour de France se fait chez nous, on pourrait tout à fait avoir la maîtrise aussi de ces rapports, non ?
 
Oui, certainement ! Mais enfin, l'Union cycliste internationale, nous avons négocié avec elle, vous connaissez les difficultés qu'il y a eu entre l'Union cycliste internationale et la société qui organise le Tour de France, Amaury Sport Organisation. Les choses sont en train de s'apaiser, l'Agence française de lutte contre le dopage est là, c'est nous qui avons mis en place le passeport sanguin, parce que vous savez, le problème c'est qu'on détecte des substances et qu'en général les dopeurs et les dopés ont toujours une substance chimique d'avance.
 
D'avance, absolument !
 
Nous avons mis en place le passeport sanguin qui est particulièrement à l'oeuvre pour les coureurs cyclistes. Là, ce qu'on teste ce n'est pas une substance chimique, c'est le profil biologique d'un coureur, et dès que ça s'éloigne du profil biologique, on voit qu'il y a substance dopante, on voit qu'il y a dopage, même avec une substance inconnue, et c'est vraiment le cyclisme qui est très en pointe là-dessus.
 
R. Bachelot, est-ce que ce matin, vous pouvez nous dire que le Tour de France 2009 va être un Tour propre ?
 
Tout est fait au niveau...
 
... et vous croisez les doigts quand vous dites ça, vous croisez les doigts, j'espère qu'on le voit à l'antenne.
 
Tout est fait au niveau des organisateurs, tout est ait au niveau de la puissance publique. Vous avez vu que les organisateurs ont interdit deux coureurs de Tour de France, avec des procédures judiciaires qui ne sont pas encore terminées : Tom Boonen, et une qui est décidée avec Valverde. Donc, aussi les organisateurs savent à quel point un contrôle positif pourrait avoir des effets délétères. Bon, on fait tout pour que ça se passe bien.
 
Vous y allez, vous, sur ce Tour de France ?
 
Bien sûr !
 
Vous participez à quelle étape ?
 
Je ferai trois étapes, je ferai l'étape Tonnerre/Vittel... enfin je ferai l'étape ! Dans une voiture, pas sur un vélo.
 
On vous image à vélo, oui !
 
Oui, c'est ça ! J'irai au Ventoux avec R. Yade, ma secrétaire d'État aux Sports, et puis bien sûr l'arrivée sur les Champs-Élysées.
 
Et avec le Président aussi, vous y serez ? On parle d'une étape des Alpes.
 
Alors, sans doute, je ne sais pas quelle étape va faire le Président de la République, mais je sais qu'il aime beaucoup la montagne. Et puis alors il adore le cyclisme, il en fait lui-même, et il adore le Tour de France.
 
Bon ! R. Bachelot, vous l'avez dit tout à l'heure, vous êtes aussi ministre de la Santé. Je voudrais qu'on revienne avec vous sur le virus H1N1, et justement avec la déclaration de votre homologue britannique qui dit que « d'ici fin août, en Angleterre, donc au Royaume Uni, il aurait 120 000 nouveaux cas d'ici fin août, de grippe, donc porcine ». Est-ce qu'on est sur cette même tendance en France ?
 
Alors, la situation, évidemment, en France et en Angleterre, et au Royaume Uni, n'est absolument pas la même. Il faut savoir qu'il y a déjà près de 10 000 cas de grippe dite mexicaine ou de grippe H1N1 au Royaume Uni, et nous avons à peine 300 cas dans notre pays. Donc, vous voyez, nous ne sommes pas du tout sur la même maquette épidémique dans les deux pays. Cela sans doute est dû aux liens qu'il y a entre le Royaume Uni et les Etats-Unis d'Amérique, puisque le tiers des cas actuellement de cette pandémie grippale est aux Etats-Unis.
 
Sur quelle trajectoire nous sommes, nous, en France, alors ?
 
Alors, actuellement, donc 300 cas, aucun cas grave. Les deux cas plus sévères, rassurez-vous, sont déjà rentrés chez eux, et ils sont guéris. Nous avons pratiqué au début de cette pandémie une stratégie qu'on appelle une stratégie de contingentement dans les services hospitaliers, parce que d'abord on ne connaissait pas le virus, il fallait l'apprendre, il fallait le regarder, il fallait voir comment il se développait. Donc, stratégie de confinement dans des services hospitaliers dédiés. Maintenant, nous sommes dans une deuxième étape. J'ai élargi d'abord le nombre d'hôpitaux qui peuvent prendre en charge des malades, c'est-à-dire 112 hôpitaux, nous sommes maintenant, à la fin de la semaine nous serons à 450 services hospitaliers. Nous avons changé les protocoles de prise en charge des malades, nous les avons adaptés : les cas bénins sont renvoyés auprès de leur famille avec toute une liste de précautions. Nous verrons, je vais regarder avec beaucoup d'attention deux choses : d'abord, comment évolue la grippe dans notre territoire ; et puis surtout comment elle évolue dans l'hémisphère sud, puisque on est en hiver dans l'hémisphère sud. Et puis, nous verrons s'il convient de passer la main aux professionnels de santé libéraux.
 
Vingt secondes avant de retrouver l'info et le retour des titres. Est-ce que vous êtes prête aujourd'hui à réquisitionner les médecins avant qu'ils ne partent en vacances ? Est-ce que c'est quelque chose qui est envisageable aujourd'hui ?
 
Oh non, on n'est pas dans une stratégie de réquisition ! Vous vous rendez compte, 300 cas dans notre pays, pas de cas sévère. Nous sommes prêts à les mobiliser, j'ai d'ailleurs réuni les représentants des médecins libéraux hier pour voir les modalités de leur implication dans la grippe. De réquisition, non ! Absolument pas !
 
D'accord, pas de réquisition, c'est le mot. Restez avec nous, on va faire un petit tour du côté des autres antennes, les autres invités politiques, mais pour le moment c'est le retour des titres et de ce qui marque donc cette matinée.
 
(8 :45 :17 - Fin première partie. Rappel des titres)
 
On va revenir avec vous sur la grippe porcine...
 
...est-ce que je peux dire quelque chose, parce qu'on a regardé les départs en vacances. Il fait chaud.
 
Il fait très chaud.
 
Il y a des personnes âgées, il y a des personnes fragiles, des jeunes enfants... Hydratez-vous !
 
Vous avez raison !
 
"Brumisez"-vous, c'est très très important quand il commence à faire chaud que cette hydratation, que ces précautions, surtout pour les personnes fragiles.
 
Vous êtes prêts pour un énième plan canicule s'il le fallait ?
 
Oui !
 
Oui ? Il serait déclenché.
 
La prise en charge de la canicule a été déclenchée le 1er juin. Il n'y a pas à s'inquiéter pour l'instant, nous regardons avec beaucoup d'attention les hôpitaux s'ils ne sont pas surchargés. Actuellement, nous aurons un taux d'activité du système hospitalier au mois de juillet de 93 %, au mois d'août de 87 %, en sachant que les opérations programmées qui ne sont pas urgentes, évidemment, ne sont pas pratiquées à ces moments-là. Donc, le système hospitalier est prêt à accueillir éventuellement une crise caniculaire.
 
Alors, sur la grippe porcine vous nous aviez dit, ici même...
 
... Ne l'appelez pas grippe porcine.
 
Non ?
 
Appelez-là grippe H1N1.
 
D'accord, eh bien on va l'appeler comme ça, si vous le voulez. On avait dit que finalement l'été n'était pas dangereux et qu'il fallait probablement se préparer à la rentrée pour une vaccination, en tout cas pour un vaccin. Aujourd'hui, qu'est-ce qui a changé parce qu'on voit, avec les déclarations de votre homologue britannique, que finalement tout ça se poursuit et s'amplifie ?
 
Oui, c'est vrai qu'il y avait deux scénarios possibles et comme quoi les risques ne se présentent jamais comme on les attend. On attendait une grippe qui vient de l'Est, très virulente et peu contaminante, on a une grippe qui vient de l'Ouest, très contaminante mais peu virulente. On avait l'habitude de voir que la grippe au moment de la période d'été, le virus en général n'aime pas la chaleur, le virus se propage moins. Donc, on est devant un scénario qui évidemment a changé, c'est pour ça qu'il ne faut pas se laisser enfermer dans un plan qui serait une sorte de cage métallique. Il faut être très réactif, assouplir, s'adapter, et c'est ce que nous faisons depuis le début de la crise. En connaissant de mieux en mieux le virus, nous nous adaptons et nous prenons les mesures qui sont les bonnes. Et d'ailleurs, j'assiste à la réunion européenne des ministres de la Santé lundi et mardi pour coordonner également cette prise en charge au niveau européen, parce qu'on le voit bien, il faut prendre des décisions aussi au niveau européen.
 
Franchement, R. Bachelot, aujourd'hui est-ce qu'il y a un vaccin ? Est-ce que le vaccin est prêt ? Est-ce que vous pouvez dire aujourd'hui aux Français que s'il fallait le faire, il y aurait une vaccination de masse aujourd'hui, ou est-ce que vous allez justement privilégier plutôt une population par rapport à un autre ? Je vous dis ça, on terminera le débat là-dessus, mais c'est important et ça rassure les Français.
 
Bien sûr, je comprends ! Le vaccin il n'est pas prêt maintenant.
 
Pas encore.
 
Mais il sera prêt à l'automne. Alors, bien entendu nous allons... moi, mon ambition c'est de proposer à tous les Français qui le souhaitent la vaccination dont ils ont besoin, sans rendre cette vaccination obligatoire, en sachant que quand on aura vacciné 30 millions de nos concitoyens, on aura protégé la totalité. Il suffit de vacciner une personne sur deux, nous disent les experts, pour protéger la totalité de la population. Alors, sans doute y aura-t-il évidemment un échelonnement dans la livraison, mais à la fin de la période, à la fin de décembre, évidemment tous ceux qui le souhaitent pourront être vaccinés.
 
R. Bachelot, on va reparler du dopage, on va en reparler grâce à L. Fignon qui était l'invité de la "Matinale" de France 2. Vous allez l'écouter et vous allez me dire ce que vous pensez de ses déclarations.
 
L. Fignon sur France 2 - Extrait interview. Il dit à peu près la même chose que vous : le cyclisme est l'un des sports les plus contrôlés, mais il dit quand même qu'il y a encore des brebis galeuses dans le peloton.
 
Moi, d'abord, je veux envoyer un message d'amitié et de tendresse à L. Fignon parce que c'est un type vraiment formidable, il se bat contre la maladie avec un courage... Vous savez, pour moi, ministre de la Santé, je veux aussi faire porter un message - je vais parler d'autre chose que du dopage, c'est sur le cancer - je veux porter un message. Je suis à la recherche, ça existe dans les pays anglo-saxons, des personnalités qui acceptent de parler de leur maladie. On est beaucoup moins disposé en France à le faire. Et c'est important pour les malades de dire : on se bat, on peut faire des choses.
 
On peut s'en sortir.
 
On peut s'en sortir, voilà. Alors, d'abord un petit message d'amitié à L. Fignon. Oui, c'est vrai, le sport cycliste est le plus contrôlé et je trouve que c'est parfois assez injuste l'opprobre qu'on jette sur tout cela.
 
Alors, vous faites toujours partie du remaniement...enfin du remaniement ! Du gouvernement. Vous n'avez pas fait partie du remaniement.
 
C'est ça, j'ai... oui, voilà !
 
Il y en a un autre, en revanche, qui a quitté ce Gouvernement, c'est Y. Jégo, qui était l'invité de la Matinale d'Europe 1. On va l'écouter et vous allez réagir à ses propos. Y. Jégo tout de suite, ancien ministre de l'Outre-Mer.
 
(Extrait interview Y. Jégo - Europe 1).
 
Allez, R. Bachelot, pas de langue de bois, c'est dur à vivre, finalement, Y. Jégo le raconte. Il y a aussi d'autres ministres du Gouvernement qui ont dit leur amertume aussi d'être sortis du Gouvernement.
 
Vous savez, moi, je suis passée par là, je sais ce que c'est.
 
Oui, je sais, c'est pour ça que vous pouvez en parler.
 
En 2004, j'ai quitté le Gouvernement, c'est un moment extrêmement difficile à vivre parce qu'on se sent presque dans un choc amoureux : on vous dit qu'on ne vous aime plus. Moi, ce que je constate c'est qu'Yves le prend avec beaucoup de calme, et il a bien fait de rappeler qu'il y a des gens qui souffrent beaucoup plus que nous, et il l'a fait avec beaucoup de dignité, voilà.
 
Qu'est-ce que vous avez pensé de l'interview donnée par le président Sarkozy au Nouvel Obs. ? Est-ce qu'il a vraiment changé le Président, vous qui le suivez depuis des tas d'années, est-ce que aujourd'hui l'habit de Président lui sied mieux, Madame la ministre ?
 
D'abord, je ne l'ai jamais reconnu dans les images caricaturales qui avaient été données de lui. Moi, évidemment, je le connais pour évidemment... c'est un ami depuis très longtemps, on fait des déplacements ensemble dans les hôpitaux, auprès de gens qui souffrent.
 
Sauf que lui il dit, il donne son mea culpa, « j'ai parfois été un petit peu dur dans mes propos ».
 
Oui, bien sûr ! Moi, j'ai trouvé que c'était un homme plein d'humanité, elle est superbe cette interview dans Le Nouvel Observateur. Moi, ce que je trouve absolument drôle, c'est ces journalistes du Nouvel Observateur qui poussent des cris effarouchés devant cette interview alors que finalement le journal il a fait son travail de journaliste.
 
Donc, il a changé le Président ?
 
Oui, il évolue !
 
Il n'est plus dans son rôle.
 
 Il évolue parce que je pense qu'après deux ans d'exercice de la présidence de la République, c'est quelque chose qui ne vous laisse pas indemne.
 
Merci R. Bachelot d'avoir été l'invitée de la matinale d'I Télé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 juillet 2009 

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