Déclaration de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement, sur les concours généraux de l'enseignement secondaire, Paris le 3 juillet 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement, sur les concours généraux de l'enseignement secondaire, Paris le 3 juillet 2009.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement

Circonstances : Remise des prix du Concours général 2009 à Paris le 3 juillet 2009

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J'ai assurément beaucoup de chance. Et vous le comprendrez aisément aussi, une vraie fierté à être avec vous aujourd'hui. Comment en effet mieux démarrer les nécessités de la vie publique du ministre de l'Éducation que par la remise des prix du Concours général à laquelle vous m'avez convié ?

Institution de la vie lycéenne, symbole magnifique de la pérennité de notre système éducatif par delà les siècles, le Concours général est un élément clé de cette méritocratie républicaine qui, comme vous le savez, tient tant à coeur au Président de la République.

Avant d'arriver rue de Grenelle, je connaissais l'importance symbolique de ce concours, mais je ne pensais pas qu'il puisse être à ce point exigeant : 154 lauréats pour 14 874 candidats cette année. Si j'ai bien compté, cela fait un taux de réussite de 1,03 %. Il est vrai que si je rajoute les accessits et les mentions, cette proportion double. Mais quand même, quelle sélectivité !

Chaque année, le concours général permet donc à environ 300 élus de pouvoir entrer dans un cénacle à la fois étonnant et tout à fait particulier : les anciens lauréats du concours. Cette année, ils auront composé dans 54 matières - 36 disciplines générales et technologiques et 18 spécialités de baccalauréats professionnels - et je me réjouis particulièrement que les filles représentent désormais un tiers des lauréats - il est loin le temps où en 1924, le Concours général fut pour la première fois ouvert aux filles.

Ce cénacle ne délivre aucun diplôme en propre, n'accorde aucun privilège particulier pour la suite de la vie professionnelle et ne délivre aucune autre entrée directe dans les saints des saints des sociétés savantes de notre pays. Mais il a pour lui de rassembler une communauté d'intelligence qui depuis deux siècles et demi rassemble la majorité de ceux qui ont largement contribué à faire de la France un État hors norme.

Mes jeunes amis, je vous épargnerai la liste - très longue - de ceux qui vous ont précédé mais laissez-moi quand même égrener quelques noms pour vous montrer dans quel nouveau monde de grandeur et de bâtisseurs du futur, vos efforts aujourd'hui récompensés vous permettent désormais de figurer : vos ancêtres directs sont désormais Turgot, Calonne, Robespierre, Camille Desmoulins dont les destins politiques ont broyé le dix-huitième siècle. Mais il y a aussi Lavoisier et Chénier qui par leur seul talent ont su montrer que le siècle des Lumières était bien davantage qu'un siècle politique.

Plus près de nous, Sadi Carnot, Jaurès, Herriot, Georges Pompidou ont, eux aussi, un beau jour été marqués par un destin qui ne se construit que dans l'amour du savoir, le sens du sacrifice et, qui sait, comme tout concours, par peut-être aussi un peu de chance... Mais la politique n'est pas tout.

Peut-il y avoir écritures plus différentes que celles de Musset, de Baudelaire, de Sainte-Beuve ou d'Alfred Jarry ? Et pourtant avant leur entrée dans la république des lettres, ils ont tous été lauréats de votre concours. Comme pour les philosophes, Bergson le méticuleux et, pour les scientifiques, le malheureusement trop téméraire Galois ou le si posé Berthelot...

Vous découvrirez dans l'annuaire de l'association des noms plus contemporains, capitaines d'industrie comme Raymond Lévy, artistes comme Jeanne Balibar ou Volker Schlöndorff et toujours des écrivains comme Jorge Semprun ou Marc Lambron et des hommes politiques comme Jean-Pierre Chevènement, Jean-Louis Bianco ou Alain Juppé, voire les deux à la fois, comme les regrettés Jean-François Deniau ou Maurice Druon. Enfin, vous me permettrez de ne pas insister sur Victor Hugo ou Louis Pasteur, car je ne voudrais pas que vous vous sentiez écrasés par ces héros hors normes de la République...

De toute façon, évitez de croire d'emblée que le Concours général conduit forcément au Panthéon. J'ai d'ailleurs une pensée très chaleureuse pour tous ceux - la majorité d'entre vous - qui ne deviendront peut-être pas célèbres. Qu'est-ce d'ailleurs que la renommée ? Notion bien labile, les fameux journaux "people" nous le rappellent chaque jour. Mais s'ils ne deviennent pas célèbres, je sais qu'à l'aune de cette première expérience de l'excellence, ils affirmeront toute leur vie un souci constant de l'effort au service de l'intelligence.

J'ai aussi une pensée pour ceux qui ont concouru et qui, sans doute, pour un infime détail, ne sont pas là aujourd'hui et atteindront cependant - et heureusement -, j'en suis sûr aussi, des positions enviables dans la suite de leur existence.

Mesdemoiselles, messieurs, vous voilà donc pourvus d'un passeport un peu particulier. La photo est bien la vôtre mais l'encre est celle de la chaîne des savoirs qui vous relie à tous ceux qui vous ont précédés. Tout vous reste cependant à faire et à construire et c'est là la grande chance d'être encore lycéen. En ces temps de doute, où la petitesse ou la médiocrité apparaissent parfois comme les présupposés inéluctables de toute action, vous apportez une réponse d'espoir à tous les pessimistes viscéraux. Oui, l'effort paie encore, oui l'intelligence est belle, oui le talent est et doit être récompensé.

Vous savez - et vos parents aussi - combien il a fallu prendre sur soi pour affronter des épreuves d'une longueur inhabituelle à votre niveau. Vous savez combien il a fallu faire montre d'une concentration exceptionnelle pour affronter les sujets proposés. Vous savez enfin combien il peut être inquiétant de se dire que l'on est en compétition avec les supposés meilleurs de tout un pays. Et pourtant vous êtes allés au bout de vous-mêmes et je n'aurais jamais assez de mots assez profonds pour saluer votre performance. Je ne m'inquiète d'ailleurs pas pour ceux qui vont aller à Brême aux Olympiades internationales de mathématiques, toutes et tous vous êtes déjà dans votre style des championnes et des champions.

Chaque année, mes prédécesseurs à ce poste magnifique qu'est le ministère de l'Éducation - magnifique car que peut-il y avoir de plus beau que de présider aux destinées de ceux qui ont la mission de préparer l'avenir? - mes prédécesseurs, donc, n'ont de cesse de le rappeler. Le Concours général est une exception dans la galaxie des concours de la République, mais une exception tellement fondamentale pour forger les futurs responsables de notre pays, qu'on regrette parfois qu'il ne soit pas plus connu.

Certes, nombre de pays nous l'envient. Car bien que totalement disjoint du cursus honorum classique du monde universitaire, il est finalement l'un des systèmes de détection les plus sûrs des futurs talents de la République. Je sais que certains passéistes prétendent encore qu'il serait trop élitiste pour être proposé en exemple. Diable, récompenser le talent constituerait donc une dangereuse déviance ? Ne m'attendez pas sur ce terrain, mesdames et messieurs, car comme le Président de la République, je fais partie de ceux qui pensent que notre pays reste encore trop frileux dans le soutien indispensable qu'il doit apporter à ses talents. Je le répétais déjà au ministère de l'Industrie. Je ne varierai pas sur ce thème.

Or, des talents, cette salle magnifique de la Sorbonne - qui nous rend si humbles tant elle semble porter les murmures de tous ces maîtres qui de Robert de Sorbon à Richelieu ont souhaité y faire féconder la science - en est, grâce à vous tous, remplie. Quel magnifique hommage à une université dont le nom fait rêver à travers le monde à l'égal du Louvre ou de Versailles ! Car à la différence de bien d'autres manifestations où les lycéens ne sont que spectateurs d'un grand moment de la République, ici la fête vous est tout entière dédiée. Qu'il me soit ici permis de saluer particulièrement vos benjamins, Mlle Lavignia Magnani et M. Alexis Delamare qui n'ont que 15 ans. Je ne citerai pas le Cid mais ils sont un exemple étonnant qu'en version grecque comme en géographie la valeur en 2009 n'a pas attendu le nombre des années.

Le Concours général, comme je le rappelais tout à l'heure, est né en 1744 au mitan du siècle des Lumières. J'oserai dire qu'il est né du siècle des Lumières tant il est lié aux merveilleux espoirs d'une période où l'on concevait l'idéal d'une paix universeIle, où l'on découvrait le contrat comme outil de stabilisation sociale, où l'économie qui me tient tant à coeur se décidait à se faire science et où l'industrie s'apprêtait à devenir le moteur de la croissance et du progrès. Son créateur l'abbé Legendre avait légué une partie de ses biens pour une seule cause : le nouveau concours devait permettre d'identifier les puissants par l'intelligence à côté des puissants par la naissance. Noble idéal d'un Ancien Régime qui ne se reconnaissait pas encore dans la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité, mais qui, déjà, ressentait que l'immense réservoir de richesses que comportait l'intelligence allait bientôt devenir l'un des fondements de la puissance d'une nation.

Né de l'Ancien Régime, le Concours général a su devenir ensuite un symbole de la méritocratie républicaine. Cette mue étonnante s'est faite en deux étapes :
- la première a permis un affermissement du concours traditionnel, qui n'était ouvert rappelons-le qu'aux jeunes garçons de la sixième à la terminale, en le faisant se perpétuer à travers les empires et les républiques, puis en favorisant ensuite sa renaissance progressive à partir de 1922, après un arrêt malencontreux au début du vingtième siècle, en ouvrant les épreuves aux jeunes filles et aux provinciaux.
- la seconde a permis d'accroître son rayonnement, en laissant de nouvelles disciplines (technologiques depuis 1981, professionnelles depuis 1995) venir compléter les « classiques », avec un souci permanent d'adaptation au monde, comme le prouve le succès de l'épreuve de chinois introduite en 2007.

L'aboutissement de ce processus toujours en marche est ce juste équilibre d'aujourd'hui entre Concours général des lycées et Concours général des métiers.

Si j'ai salué tout à l'heure votre mérite personnel qui vous permet d'envisager avec sérénité l'avenir proche, je tiens maintenant également à rappeler deux évidences.

Si vous avez affronté seul(e) le ou les épreuves - car certains d'entre vous sont des récidivistes, ce qui m'impressionne beaucoup, n'est-ce pas monsieur Ayan Meer, n'est-ce pas monsieur Charles Serfaty ? - comme sept autres, vous avez démontré des talents protéiformes en réussissant à triompher dans plusieurs épreuves la même année, mais je sais aussi que certains affirment déjà un goût illimité de la victoire en étant récompensés en terminale après avoir été déjà primés en première ; si vous avez donc affronté seul(e) les épreuves, disais-je, vous avez tous eu derrière vous des supporters sans égal : vos parents. Ce sont eux qui sont probablement les plus fiers aujourd'hui et à juste titre, car eux, ils n'ont jamais douté pour vous. Qu'il me soit donc permis de saluer leur amour et leur abnégation, car il est parfois lassant de ne voir présenter les parents dans les médias que d'une manière caricaturale : au mieux comme des indifférents au pire comme des démissionnaires. Votre présence ici, vous qui accompagnez vos lauréats, indique clairement que dans ce pays comme ailleurs les parents ont un rôle indispensable dans la réussite de leurs enfants.

De même, dans cette « dream team » qui a accompagné votre performance individuelle, je tiens également à mettre en avant le travail de vos professeurs. Il se dit ici ou là que beaucoup ignoreraient le Concours général ou le trouveraient éloigné de leurs préoccupations. Quand on lit la liste des établissements dont vous êtes originaires, ce préjugé me semble devoir être très vite dépassé. Vous venez de toutes les régions et de toutes les formes d'établissements. Certes les lycées parisiens restent toujours bien placés - nous ne pouvons que nous féliciter d'une telle pérennité dans l'excellence - mais tous les établissements ont désormais leur chance comme le montrent plusieurs lycées français à l'étranger ou les établissements de Strasbourg, Montélimar ou Limoges qui ont vu cette année plusieurs lauréats sortir de leurs rangs. Et s'il y a une telle diversité dans vos origines géographiques, c'est que, partout en France, ou dans nos établissements à l'étranger, des professeurs croient en la valeur de ce concours exceptionnel.

Pourquoi, en effet, avez-vous la chance d'être ici aujourd'hui ? Je ne sais d'ailleurs si pour certains d'entre vous c'est la première visite en ces lieux mais je me rappelle les confidences de certains de mes amis qui, à ma différence, ont été lauréats et qui accompagnent aujourd'hui le Président de la République : pour certains d'entre eux qui sont de ma génération et qui étaient issus d'un milieu modeste, cette cérémonie était leur première visite à Paris, la ville Lumière dont ils rêvaient.

Pourquoi donc, disais-je, avez-vous la chance d'être là ? Certes d'abord parce que comme je l'ai dit tout à l'heure, vous avez su aller au-delà de vous-mêmes. Mais aussi parce qu'un jour un de vos enseignants a cru dans votre potentiel et vous a incités à vous présenter. Et vous le savez bien, il a alors tout mis en oeuvre pour vous aider. Votre succès est la preuve de son discernement. Votre prix, votre accessit ou votre mention constitue pour elle ou pour lui un réconfort exceptionnel. Votre performance sera dans la suite de leur carrière la rançon de la gloire du métier.

Merci donc à vos professeurs qui ont pris sur leur temps pour vous convaincre de tenter cette aventure incroyable, pour vous communiquer cette énergie indispensable au succès et, plus important que tout, pour vous réaffirmer sans cesse cette confiance en vos capacités.

Le talent est une chose, la capacité de le mettre au service d'une action porteuse de sens en est une autre. Les enseignants qui vous ont accompagnés sur la voie du succès ont été tout à la fois des éclaireurs, des guides et des passeurs de connaissances. Cette mission est essentielle. Elle est au coeur de la vocation d'un métier qui ne sera jamais comme les autres.

Voilà, je ne voudrais pas faire traîner trop longtemps ce moment si spécial où vous allez pouvoir sous le regard de vos proches recevoir les fruits de la reconnaissance de la République. Vingt personnalités ont accepté de remettre les prix avec moi. Comme vous, ils viennent d'horizons très différents, comme vous, ils ont su affirmer des talents particuliers, comme vous, ils croient aussi que le courage et l'effort se doivent d'être particulièrement récompensés. Qu'ils soient chaleureusement remerciés d'avoir bien voulu prendre part à cet événement. Je ne voudrais pas non plus que vous n'ayez pas le temps de découvrir les oeuvres des lauréats du concours des métiers qui m'ont vraiment impressionné tant elles dégagent déjà une maturité et une originalité propres aux grands créateurs.

Pour conclure, laissez le père de famille attentif que je suis aussi, vous souhaiter à toutes et tous bonne chance pour les années d'études qui sont devant vous. Toutes les statistiques le montrent en effet : inéluctablement ce succès va vous donner une chance supplémentaire pour envisager des études au long cours, à l'université ou dans les grandes écoles. Tout ne fait donc que commencer. Et pas forcément le plus facile.

Mais je ne me fais pas trop de soucis pour vous. Car sous cette coupole, huit siècles de savoir vous entourent : c'est plus que suffisant pour affronter l'avenir.


Source http://www.education.gouv.fr, le 6 juillet 2009

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