Tribune de MM. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, et Angel Gurría, secrétaire général de l'OCDE, dans "Le Monde" le 29 juin 2009, sur la gestion des flux migratoires et le marché du travail, intitulée « La crise ne doit pas transformer les migrations de travail en menace ». | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de MM. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, et Angel Gurría, secrétaire général de l'OCDE, dans "Le Monde" le 29 juin 2009, sur la gestion des flux migratoires et le marché du travail, intitulée « La crise ne doit pas transformer les migrations de travail en menace ».

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : Une bonne gestion de la migration requiert tout d'abord de pouvoir anticiper de manière efficace les besoins du marché du travail que ce soit en termes d'emplois à la fois qualifiés et moins qualifiés, temporaires et de long terme.


Il y a très peu de temps encore la migration de travail était considérée par beaucoup de gouvernements des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) comme l'un des moyens de répondre aux pénuries de main d'oeuvre et au vieillissement démographique. En Europe, des flux migratoires record ont par exemple été enregistrés en Espagne, en Irlande ou au Royaume-Uni pour répondre aux besoins du marché du travail liés à la forte croissance économique. La France, en 2007 sous l'égide du président Nicolas Sarkozy, a aussi fait le choix d'un rééquilibrage de l'immigration au profit de l'immigration professionnelle. Cela laissait présager une nouvelle ère pour la migration de travail, comme au temps des "trente glorieuses".

La crise économique a mis un frein brutal à ces évolutions. Les prévisions de l'OCDE publiées la semaine dernière indiquent que nous ne sortirons que lentement de la récession et que le taux de chômage dans la zone OCDE pourrait atteindre 10 % en 2010, soit plus de 57 millions de demandeurs d'emploi - une situation inédite depuis le début des années 1990. Les travailleurs immigrés sont les plus touchés. Ils sont parmi les premiers à être licenciés et, dans un marché du travail déprimé, parmi les derniers à être embauchés. En France, par exemple, le taux de chômage des immigrés atteignait 14 % au premier trimestre 2009 comparé à 8,2 % pour les personnes nées en France. On observe la même tendance presque partout dans l'OCDE.

Les politiques migratoires ont été réactives face à la crise. Dans la plupart des pays, les entrées sur le territoire ainsi que les listes de professions en tension ont été réduites rapidement ; le critère de situation du marché du travail ("l'opposabilité" de l'emploi) pour autoriser ou non l'entrée sur le territoire national a été appliqué de façon plus stricte, la priorité étant donnée aux résidents en situation de chômage et possédant les qualifications requises.

Mais ce serait une erreur de croire que tous les besoins de main d'oeuvre disparaissent en temps de ralentissement économique. En outre, la crise ne durera pas toujours et les pressions sur certains segments du marché du travail pourront réapparaître dès que la reprise sera au rendez-vous. S'il y a une leçon que nous avons apprise du passé, c'est qu'une bonne gestion des flux migratoires doit être capable de s'ajuster face à un changement de la situation économique, mais qu'elle doit aussi et surtout s'inscrire dans le long terme.


ANTICIPER LES BESOINS DU MARCHÉ

Les pays - et la France compte parmi eux - qui ont pris en compte cette perspective de long terme dans leur gestion de la crise seront les mieux placés quand la reprise s'amorcera pour mobiliser les migrations de travail et les compétences des immigrés, et soutenir ainsi la croissance.

Une bonne gestion de la migration requiert tout d'abord de pouvoir anticiper de manière efficace les besoins du marché du travail que ce soit en termes d'emplois à la fois qualifiés et moins qualifiés, temporaires et de long terme. Il faut en deuxième lieu s'attaquer aux migrations irrégulières et à l'emploi illégal d'étrangers et tout faire pour les rediriger vers des canaux légaux, notamment en renforçant les incitations pour les employeurs comme pour les immigrants à respecter la loi. Troisièmement, il est de notre devoir de mieux intégrer les immigrés et leurs enfants en luttant en particulier contre toutes les formes de discrimination. Enfin, il est indispensable de renforcer les liens entre les pays développés et ceux en développement, par exemple en abaissant le coût des transferts de fonds et en réduisant les risques de fuite des cerveaux grâce à des formes de recrutement qui ne pénalisent pas les pays d'origine.

Il s'agit là d'une tâche difficile. Au cours du forum politique organisé par l'OCDE, les 29 et 30 juin, et présidé par la France, les pays présents vont échanger leurs expériences et réfléchir ensemble à la manière d'élaborer des politiques migratoires à des fins d'emploi, qui soient à la fois plus réactives, plus efficaces et plus équitables. Lors de sa présidence européenne, la France a impulsé au sein de l'Union européenne un ensemble de mesures visant à mieux gérer les flux migratoires, à lutter contre l'immigration irrégulière et à favoriser l'intégration des nouveaux arrivants. Ces orientations ont été consignées dans le Pacte européen sur l'immigration et l'asile cosigné par les vingt-sept États membres de l'UE.

Mais pour que ces politiques soient couronnées de succès, il faut tenir un discours clair et convaincre les opinions publiques que, si elle est bien gérée, la migration ne représente pas une menace pour l'emploi et les finances publiques de nos pays mais qu'au contraire elle peut contribuer à la prospérité à la fois des pays d'accueil et des pays d'origine. Avec le retour de la croissance, on peut s'attendre à un regain de l'immigration de travail. Pour qu'elle profite à tous, il faut que des politiques efficaces de maîtrise et de gestion des flux soient déjà en place. C'est maintenant qu'il faut préparer cet avenir.


Source http://www.delegfrance-ocde.org, le 7 juillet 2009

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