Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les valeurs défendues par la francophonie, Paris le 5 juillet 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les valeurs défendues par la francophonie, Paris le 5 juillet 2009.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur

Circonstances : Dîner de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) au Sénat le 5 juillet 2009

ti : Messieurs les Présidents d'assemblées,
Monsieur le Secrétaire général parlementaire, J. Legendre
Madame la Présidente déléguée de la section française, (Henriette Martinez, députée)
Monsieur le Vice-président délégué, cher Joël, (Bourdin)
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,


Le Sénat est particulièrement heureux d'accueillir ce soir les délégués à la 35e session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie et, au nom de l'ensemble des sénateurs, permettez-moi de vous adresser la plus cordiale bienvenue !

Parmi les différentes assemblées interparlementaires auxquelles participe le Parlement français, l'APF présente une profonde originalité : elle ne réunit pas ses membres sur un critère géographique, ni autour d'une seule thématique comme c'est le cas de la plupart d'entres elles. Si elle a fondé son existence sur le partage d'une même langue, cette communauté emporte bien d'autres conséquences : elle induit une solidarité culturelle, un regard particulier sur le monde et des valeurs communes.

En tant que membres de l'assemblée consultative de la Francophonie, il vous revient d'exprimer vos convictions d'élus du peuple, de contribuer à nourrir les actions de l'Organisation internationale de la Francophonie, de stimuler la réflexion de nos chefs d'États et de gouvernements lors des Sommets.

Comme le rappelait M. Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, vous êtes engagés (je cite) « dans ce combat commun, au service de la langue française, au service de la diversité linguistique et culturelle, au service de la solidarité et du développement, au service de la démocratie, des droits de l'Homme et de la paix » (fin de citation).

Je rappelle, avec fierté, que l'année dernière, lors de la réforme institutionnelle, la Francophonie a été inscrite dans notre Constitution. Désormais, aux termes de l'article 87, la participation « de la République française au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partage » est devenue une obligation constitutionnelle.

Je tiens à rendre hommage à cette occasion à notre collègue, le président Jacques Legendre, secrétaire général parlementaire de votre Assemblée, qui a été l'initiateur de cette modification emblématique de notre loi fondamentale. D'une façon générale, il est difficile de trouver dans nos rangs plus ardent défenseur de la Francophonie et de ses valeurs !

Votre première mission, c'est bien sûr la défense et la promotion de la langue française, parlée par plus de 160 millions de personnes dans le monde mais dont la place apparaît souvent menacée. Vos travaux portent par exemple régulièrement sur le statut de notre langue dans les organisations internationales, y compris dans les instances européennes.

Je sais que mes collègues, membres de la section française, comme chacun d'entre vous, exercent partout où ils en ont l'occasion la plus extrême vigilance à cet égard. Je les encourage à poursuivre ce combat difficile, qui n'est jamais totalement gagné.

Je crois aussi que la vitalité d'une langue, quelle qu'elle soit, dépend des efforts consentis dès l'école, dès le plus jeune âge. C'est là que se joue l'avenir de notre langue commune. L'édition et la diffusion de livres francophones, en particulier des livres scolaires, sont un enjeu important à cet égard et je sais que ce sujet a fait l'objet des travaux de votre commission de l'éducation. Le livre, malgré le rôle croissant et utile d'Internet, reste un support essentiel.

Nous disposons aussi, avec l'audiovisuel francophone, et je pense notamment à TV5 et à France 24, d'un outil précieux pour offrir au plus grand nombre la possibilité de se familiariser avec le français quand il n'est pas leur langue maternelle.

TV5, notre chaîne multilatérale francophone a su s'adapter aux évolutions technologiques et aux demandes d'un public toujours plus exigeant, elle est aujourd'hui un acteur incontournable du paysage audiovisuel international.

Quant à France 24, dont les audiences progressent chaque jour, elle démontre qu'un public croissant souhaite disposer d'un regard différent sur l'actualité internationale, d'un regard conforme aux valeurs de la Francophonie et qui s'exprime en Français, mais aussi en anglais et en arabe. La diversité que nous défendons, nous savons nous l'appliquer et refuser tout sectarisme linguistique, tout enfermement culturel.

Qu'on ne me dise pas que la Francophonie se vit comme une forteresse assiégée ! Tout au contraire, le soutien résolu et unanime de votre assemblée à la signature, la ratification et à la mise en oeuvre de la convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles démontre bien que la Francophonie est engagée dans une démarche d'ouverture et de dialogue.

Le danger de la mondialisation, c'est l'uniformisation des cultures, la standardisation des identités. La Francophonie est dans une toute autre logique : elle participe, comme d'ailleurs les autres ensembles linguistiques, à faire de cette mondialisation non pas un risque, mais une chance pour le développement de toutes les identités et de toutes les cultures, pour leur rencontre, leur dialogue, leur respect mutuel.

Votre assemblée a aussi une autre mission, souvent délicate : celle de veiller à ce que la communauté francophone participe à un développement démocratique harmonieux. L'APF s'implique ainsi dans les situations de crise qui affectent l'espace francophone, elle participe à des missions de bons offices, à des missions d'observation électorale. Elle sait aussi prendre les mesures appropriées lorsque l'un de ses membres se met en marge des pratiques démocratiques élémentaires.

Votre assemblée ne se borne pas à proclamer les principes de la bonne gouvernance : elle propose aussi une méthode et des outils. Disant cela, je pense non seulement au travail approfondi conduit depuis plusieurs années par votre commission des affaires parlementaires, mais aussi aux coopérations interparlementaires que l'APF organise et auxquelles plusieurs d'entre vous apportent leur concours.

L'APF a également su, de façon ambitieuse, donner toute sa place aux femmes qui la composent et faire en sorte qu'elles deviennent, dans la société politique, ce qu'elles sont dans la société tout court : des actrices à part entière. Je me félicite que le Sénat ait accueilli, vendredi dernier, dans ses murs, le Réseau des femmes parlementaires. Je salue la présidente canadienne de ce réseau, Mme Rose-Marie Losier-Cool, et notre collègue Mme Michèle André, présidente de la délégation du Sénat aux droits des femmes, qui, toutes deux, sont de brillants exemples du talent des femmes en politique.

Pour préparer son avenir, une société doit également porter une attention particulière à sa jeunesse, faute de quoi elle risque de se priver des talents, de l'enthousiasme et de la créativité qui lui permettent d'évoluer pour s'adapter à un monde qui change.

Là encore, le Sénat a eu le privilège, hier et aujourd'hui, d'accueillir sous la présidence de notre jeune collègue, Christophe-André Frassa, la 5e session du Parlement francophone des jeunes. Par leurs débats, leurs convictions, leur vision exigeante du monde, ces 70 jeunes hommes et femmes, issus de 35 pays, sont l'aiguillon qui doit stimuler la réflexion de leurs aînés sur les grands enjeux de nos sociétés.


Mes chers amis,

L'ancrage d'une bonne gouvernance, le renforcement des systèmes éducatifs et l'épanouissement culturel ne peuvent se réaliser durablement dans des sociétés confrontées au chômage de masse, à la pauvreté et au sous-développement. La crise économique que le monde traverse aujourd'hui est une crise globale, qui nous affecte tous.

Le choix du thème de votre débat général : « crise financière, lutte contre la pauvreté et développement » atteste donc de la capacité de votre assemblée à s'impliquer dans un sujet central pour chacun de nos pays. Il était essentiel que la communauté des parlementaires francophones s'exprime sur ce qui constitue aujourd'hui la première préoccupation quotidienne de nos concitoyens.

Monsieur le Président, mes chers amis,

Quand on regarde à la fois l'esprit qui anime vos travaux et le rassemblement des peuples que vous représentez, c'est le mot de « communauté » qui vient à l'esprit. Une langue partagée n'est pas seulement un patrimoine : Albert Camus disait qu'elle est notre « patrie » commune, une patrie sans frontières.

Je souhaite plein succès à vos travaux, et vous redis à nouveau bienvenue au Sénat.


Source http://www.senat.fr, le 21 juillet 2009

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