Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à LCI le 17 juillet 2009, sur le programme issu du Grenelle de la mer, les filières professionnelles et la recherche sur le "bateau du futur", les énergies marines et la lutte contre la pollution maritime. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, à LCI le 17 juillet 2009, sur le programme issu du Grenelle de la mer, les filières professionnelles et la recherche sur le "bateau du futur", les énergies marines et la lutte contre la pollution maritime.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat; FRANCE. Parti radical, président;

ti : C. Barbier.- J.-L. Borloo, bonjour. Les salariés de JLG, dans le Lot-et-Garonne, triomphent. Ils menaçaient de faire sauter leur usine à grand renfort de bouteilles de gaz. Ils emportent 30.000 euros d'indemnités chacun. On a l'impression que la violence paye, quand même !

La violence n'est jamais bonne conseillère. Cela dit, lorsqu'il y a des fermetures d'usine, qu'il y ait des discussions, des négociations qui dépassent les indemnités strictement légales, notamment dans des bassins où la capacité à retrouver rapidement un emploi est difficile, moi qui viens d'une région qui a été tellement touchée, le Valenciennois, je peux comprendre la détresse, même si en aucun cas, la violence ne peut être un mode de négociation.

On ne se bat plus pour l'emploi, on se bat pour de l'argent ?

On travaille pour de l'argent aussi ! Mais n'opposez pas dans la dignité des ouvriers l'un à l'autre. Je crois qu'on ne peut pas l'opposer. Je ne connais pas le cas particulier de cette usine, mais enfin, il faut bien se rendre compte ce qu'est le traumatisme d'une fermeture de site, notamment en zone rurale ou dans des zones où il y a peu de développement économique.

En Moselle, dans l'accident de la raffinerie de Carling, la CGT craint que l'enquête ne soit étouffée sous la pression de Total. Quelle garantie pouvez-vous donner ?

Mon honneur. C'est absolument inconcevable, inimaginable que quoi que ce soit puisse être étouffé. Il faut absolument connaître la vérité dans cette affaire. C. Jouanno préside des tables rondes de risques industriels et on a toujours le sentiment qu'on est des empêcheurs de tourner en rond. Le risque industriel fait malheureusement partie de l'industrie, et lorsqu'on préconise des mesures de sécurité industrielle, ce n'est pas l'effet du hasard, et malheureusement, le drame de Carling nous rappelle les difficultés et les dangers des activités industrielles en général, et en zone urbaine en particulier.

Mais justement, depuis AZF, les sites dangereux devaient être supprimés des zones urbaines. On a l'impression que ça n'a pas suivi. Qu'allez-vous faire à l'Ecologie ?

Vous ne pouvez, à chaque fois qu'il y a un accident, considérer que la zone est dangereuse. Là, on est, apparemment, dans le cadre d'un vrai accident sur un redémarrage de vapocraqueur. L'enquête dira ce qu'il en est précisément, mais ce que je veux vraiment vous faire toucher du doigt, c'est que l'industrie, c'est quelque chose de sérieux et de grave, qui comporte des risques. C'est pour cela que nous avons, nous, des systèmes d'analyse et de prévention des risques industriels. Le risque zéro est très difficile dans ce domaine, mais c'est l'occasion de redire à nos amis industriels que, quand nous faisons des contrôles, nous faisons essentiellement de la prévention, et de la prévention pour eux.

Le président de la République a repris hier à son compte, au Havre, les conclusions du Grenelle de la mer. Alors, comment allez-vous financer cette immense lutte contre la pollution maritime que vous déclenchez ?

D'abord, quel est l'enjeu ? L'enjeu, puisqu'on a l'anniversaire d'Apollo... De la Lune, on a cru qu'on voyait la Terre. Effet d'optique, en réalité, on voyait la mer, car au fond, cette planète, qu'on pourrait appeler "Planète Mer", est essentiellement couverte, à 72 % par des océans. Les océans, c'est notre vie. Les océans, c'est toute la richesse de nourriture, la richesse énergétique, qu'on n'exploite pas du tout aujourd'hui, notre principale biodiversité et les moyens de communiquer par ailleurs entre nous. Alors, c'est vrai que c'est assez étrange parce qu'on a fait de la conquête spatiale, alors que la conquête, la connaissance même des océans, on s'est un peu arrêtés, en gros depuis Cousteau, mais c'est vrai, ça, dans tous les pays du monde. Or, la France est une très grande puissance maritime. C'est la deuxième puissance maritime du monde. On a un Outre-mer qui est situé dans des endroits cruciaux, qui recèlent la plus grande biodiversité du monde, qui ont par ailleurs des stratégies d'autonomie énergétique. Alors, en clair, que va-t-on faire ? D'abord, pour le principe du Grenelle de la mer, tous les acteurs, ensemble, ont construit un programme. Un, le bateau du futur. Les bateaux, aujourd'hui, fonctionnent de manière, peu ou assez peu efficace. Donc, on souhaite des bateaux plus propres, plus sobres, plus économes et plus intelligents. Deuxièmement, les grandes filières professionnelles des cimetières marins. Les cimetières marins, je veux dire des bateaux. Vous vous souvenez de l'histoire du "Clemenceau". On ne peut pas continuer à démanteler ou de ne pas démanteler les bateaux dans des conditions actuelles. Donc, on souhaite une grande filière professionnelle, française, de niveau mondial, de démantèlement propre des navires, c'est vital. Troisièmement, les énergies marines, la puissance de la mer, la puissance de la houle, les énergies marines en général, les chocs thermiques qui permettent de climatiser par exemple, en allant chercher de l'eau à 400 ou à 500 mètres, on va développer trois sites pilotes et un grand centre mondial des énergies marines. Le port du futur, l'éco conception des bateaux, c'est tout ça qui va être la grande stratégie marine de la France.

Pour financer de grand projet, comptez-vous sur l'emprunt qui sera lancé ?

Il y a un certain nombre de choses qui s'autofinancent. Quand vous faites du démantèlement, vous créez une filière professionnelle qui par elle-même a vocation à être rentable. Quand vous investissez sur le bateau du futur, c'est pour économiser et l'énergie et le coût des rejets en mer. Lorsque vous avez, vous, un kilo de poisson dans votre assiette, est-ce que vous savez qu'il vous fallu 2 kg de pétrole pour l'amener dans votre assiette ! Donc, tout ceci va permettre de faire des économies. D'une manière générale, l'écologie c'est faire des économies.

Pas besoin de créer une taxe donc pour financer ?

Non, non, il n'y a pas besoin de créer de taxe.

Les pêcheurs vont devenir des éboueurs de la mer ?

Non, ils vont devenir des scientifiques. D'abord, ils vont rester des pêcheurs. Il est tout à fait clair qu'il faut aider cette filière, il faut créer des espaces de repos en mer, des aires marines pour permettre le renouvellement ; regardez ce qui a été fait sur la mer d'Iroise, ou ce qui a été fait en Méditerranée, on voit que la mer est capable... Elle est à la fois en grand danger, en très grand danger, et en même temps, elle est capable de se régénérer extrêmement vite. Donc, on va dans le cadre des "contrats bleus" leur proposer d'être des acteurs scientifiques, pour ceux qui le souhaitent, on a besoin de faire plein de recherche, enfin, sur la biodiversité, sur la salinité des mers, donc avec des capteurs. Enfin, tout ça va être vu avec B. Le Maire. Les pêcheurs sont les acteurs du Grenelle de la mer d'ailleurs tout à fait décisifs, et on compte évidemment sur eux.

"Tintamarre médiatique, incantatoire et inefficace", c'est C. Allègre qui dit cela, ce matin dans Libération à propos de la Conférence de Copenhague, en décembre prochain. Que lui répondez-vous ?

Je ne lui réponds pas. Copenhague, si tous les peuples au monde, tous leurs dirigeants ont décidé de se réunir à Copenhague après Kyoto et après Bali, il doit y avoir une petite raison.

Ce n'est pas du "tintamarre" ?

Non, c'est même le plus grand rendez-vous de l'histoire de l'humanité. La question est la suivante : l'humanité aujourd'hui, dans son mode de fonctionnement, prélève tous les jours un tiers de plus que ce que la planète peut reproduire et reconstituer, c'est ça en fait l'enjeu. Alors, qu'on le regarde par le CO2, qu'on le regarde par les ressources halieutiques, qu'on regarde par le réchauffement et la réduction des terres arables ou par un urbanisme un peu débridé ou par les rejets en mer qui viennent souvent de la terre à près de 500 kilomètres, peu importe. Avoir une économie robuste parce que respectueuse de la nature, c'est-à-dire, de l'homme et de son environnement, car derrière tout ça il y a une dimension humaine et sociale qu'il ne faut pas perdre de vue.

On annonce un remaniement pour les jours qui viennent. C. Allègre au Gouvernement, ça vous ferait grogner ?

Non, je n'ai pas à commenter les commentaires. Il y a très très longtemps que j'ai abandonné cet exercice.

Vous avez quand même demandé, suggéré un secrétaire d'Etat aux Technologies Vertes. Vous avez un nom en tête, vous avez quelqu'un que vous voudriez faire entrer dans votre équipe ?

Non, j'ai dit clairement au Président... Vous savez, moi j'ai la charge d'une mutation qui est assez décisive. Donc, mon devoir c'est de dire au Président : voilà, on est parfaitement organisés, on a les cinq ministères fusionnés, on a... tout ça...on a les budgets, on a les financements. Quels sont nos points faibles pour aller plus vite ? J'ai dit : j'ai une difficulté, c'est les technologies vertes, c'est dans des tas de champs différents, dans l'énergie mais pas seulement, ça va extrêmement vite. Et j'ai besoin d'une équipe qui soit en permanence, qui sache exactement ce qui se passe, en Inde, en Chine, aux Etats- Unis, ou en France, chez des inventeurs français, pour qu'on valide des accélérations. Donc, j'ai besoin d'une petite équipe complémentaire. Et le Président m'a dit : "réfléchis-y", bien entendu, on le fera.

C. Lagarde et vous allez décider d'une augmentation ou non des tarifs EDF. Est-ce que ça sera au 1er août comme chaque année, et est-ce que vous avez une idée...

On n'en a pas parlé. Tous les ans, il y a la réadaptation des tarifs EDF, ce qui est juste normal et l'habitude, on n'a pas eu de réunion là-dessus. J'ai vu que EDF s'était exprimée, mais nous, pour l'instant pas, parce qu'on n'a pas regardé ensemble ce sujet.

Sous la pression de Bercy, vous avez renoncé à l'idée du "chèque Vert" pour rembourser aux Français la taxe carbone, la contribution à énergie climat qu'ils vont payer ?

On a mis en place une conférence de consensus - on l'avait préparée longtemps avec M. Rocard - qui, je crois, arrive à des conclusions assez consensuelles. L'idée, c'est assez clair : il n'était pas question de créer des taxes, la question était d'avoir un signal prix sur les énergies fossiles, par exemple, lequel signal prix doit être, d'une manière ou d'une autre, restitué à ceux qui la payent. Alors, les entreprises...

A tous ou essentiellement à ceux qui sont les plus pauvres ?

Alors, les entreprises, en ce qui concerne la partie entreprises, peu importe la forme, que ce soit (...) c'est au Président d'en décider. Et aux particuliers, ceux sur lesquels reposera ce signal prix, le Président en décidera en temps utile. Mais je crois que...

(...) on prend quand même ?

Ce n'est pour l'instant pas arrêté, mais l'idée générale, alors que ce soit un "chèque Vert" ou peu importe la formule, c'est une expression, c'est une modalité, mais l'idée que les Français sachent bien que ce n'est pas fait pour attaquer le pouvoir d'achat, mais réorienter la consommation, investir dans des économies d'énergie ou dans les modes de transport plus sobres, c'est ça l'idée.

Et ça sera prêt en 2010 ?

2010, j'espère, au moins en partie, et on verra plus tard.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 juillet 2009

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