Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, dans "Le Parisien" du 16 août 2009, notamment sur la pandémie de grippe A (H1N1), les provisions pour bonus dans les banques et l'éventuelle réforme des avantages accordés aux mères de famille dans le calcul de retraite. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, dans "Le Parisien" du 16 août 2009, notamment sur la pandémie de grippe A (H1N1), les provisions pour bonus dans les banques et l'éventuelle réforme des avantages accordés aux mères de famille dans le calcul de retraite.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti : Alors que des gendarmes français se préparent à rejoindre l'Afghanistan en décembre, les talibans ont à nouveau frappé Kaboul hier...

Xavier Bertrand. Notre politique est cohérente. Les 200 gendarmes français qui seront présents d'ici la fin de l'année en Afghanistan vont avoir pour mission d'aider l'Etat afghan face à Al-Qaïda. Car c'est là-bas une zone stratégique. Les enjeux ne sont absolument pas régionaux, mais mondiaux. Ce qui se joue en Afghanistan, ce n'est pas uniquement la sécurisation de l'Etat afghan, mais aussi notre sécurité et notre liberté. Il n'est pas question de laisser l'Afghanistan redevenir une base arrière ou une base avancée du terrorisme. On a donc besoin de cet engagement. On a besoin de condamner et lutter partout contre le terrorisme, comme l'insupportable et douloureux attentat d'hier nous le rappelle.

La grippe A inquiète les Français, mais le gouvernement n'en fait-il pas trop jusqu'à envisager que les écoles puissent être fermées pendant trois semaines en cas de pandémie ?

La première des choses, ne l'oublions pas, c'est que ce virus inconnu a déjà fait de nombreuses victimes dans de nombreux pays. J'ai eu à préparer le plan français contre la grippe aviaire et je sais, d'expérience, qu'il ne faut pas laisser de place à l'imprévu et qu'il faut se préparer le plus sérieusement possible. Il n'est pas possible de dire que le gouvernement de François Fillon en fait trop. Quant à envisager la fermeture des écoles si c'est nécessaire, là encore, mieux vaut préparer les choses et les penser à l'avance plutôt que d'être contraint de réagir dans la plus totale improvisation. Il n'y aurait rien de pire.

Comment combattre tous ces nouveaux virus ?

Le réchauffement climatique a aussi des conséquences importantes sur notre santé. Il faudra créer un fonds mondial sur les maladies émergentes et le doter à terme de centaines de millions d'euros. Face aux nouvelles maladies, du chikungunya à la grippe A, l'humanité a intérêt à comprendre qu'il faut être dans une logique permanente de prévention.

Une jeune mère de famille, convertie à l'islam, a été interdite de piscine le 1 e r août parce qu'elle voulait y porter un maillot de bain dit « islamique ». Elle se dit victime d'une discrimination...

Je comprends la position de la municipalité qui lui a interdit l'accès de la piscine dans ces conditions. De quoi s'agit-il ? De la question de la laïcité. Encore une fois, vivre en France, c'est adhérer à la République et à ses valeurs. Or la République n'est pas un choix à la carte. La République, on y adhère intégralement. Il n'est pas question de transiger, d'une façon ou d'une autre, avec les valeurs républicaines, et donc de transiger avec la laïcité.

Comprenez-vous que certaines grandes banques françaises, pour que leurs traders n'aillent pas s'exiler par exemple à Londres, fassent d'énormes provisions pour être en mesure, comme avant la crise, de leur payer leurs bonus ?

Le sujet est plus compliqué qu'il n'y paraît, mais il y a tout de même une règle absolue : on ne peut pas continuer les pratiques du passé. Ce serait suicidaire. Il faut des critères.
Des critères objectifs, clairs : que ces bonus soient attribués à ceux qui réalisent des performances sur le long terme et non à ceux qui cherchent à faire la culbute plusieurs fois par jour pour réaliser des profits de court terme qui, souvent, ne sont que fictifs. Ceux qui croient pouvoir faire les malins et passer au travers des mailles du filet se trompent. La meilleure solution est bien évidemment internationale et, si les critères ne sont pas respectés, il faudra alors les obliger à les respecter.

L'idée de Nicolas Sarkozy d'une « moralisation » du capitalisme est-elle toujours à l'ordre du jour ?

Evidemment. J'ai été choqué de voir la façon dont certaines banques américaines se sont dépêchées de rembourser les aides publiques pour pouvoir faire comme si de rien n'était. Et pour pouvoir verser des bonus extravagants. La question qui se pose n'est pas celle de la rémunération des traders avec une part variable - ce serait une erreur absolue de vouloir l'empêcher -, c'est la question des bonus extravagants qui amènent certains à gagner en une année plus qu'ils ne pourront dépenser durant toute leur vie. Cela n'a pas de sens. La moralisation du capitalisme est donc plus que jamais à l'ordre du jour. On doit savoir partager les richesses mais, pour cela, encore faut-il les avoir créées. Et la vraie création de richesses repose sur le travail et les entrepreneurs, pas sur les spéculateurs. Lors du prochain G 20, il faudra ne pas avoir la mémoire courte.

Certains préconisent un moratoire sur la TVA, ramenée dans la restauration à 5,5 %...

Un moratoire ? Certainement pas. Il était important que l'Etat tienne parole. Il n'est pas question de revenir sur cet engagement. Le secteur de la restauration a été terriblement fragilisé par la crise. De quoi était-il question ? De baisser certains prix, oui, mais d'abord d'être dans une logique gagnante en matière d'emploi. Ce n'est pas aussi vite qu'on peut faire un bilan.

La Cour de cassation, au nom de l'égalité hommes-femmes, exige que les avantages accordés aux mères de famille dans le calcul de leur retraite le soient aussi aux hommes...

J'ai lu la décision de la Cour de cassation. Après cet arrêt, si un homme, demain, fait un recours, il a les plus grandes chances de le gagner. Je reste persuadé qu'il faut pouvoir donner un avantage - validé juridiquement - à celui ou celle (et on sait bien que ce sera le plus souvent la femme) qui interrompt son activité pour élever ses enfants. Il faut, pour cela, rechercher dans les textes les solutions - je n'ai pas peur de le dire - qui avantagent sur ce terrain-là les femmes. Si on parle d'égalité hommes-femmes par rapport à la retraite, il faut que l'égalité hommes-femmes en matière de carrière et de rémunérations soit au rendez-vous. Or tout le monde sait que ce n'est pas le cas. Et je refuse que les femmes soient pénalisées.

Approuvez-vous la décision de Brice Hortefeux de suspendre le préfet Paul Girot de Langlade qui, visant une employée d'Orly, aurait tenu des propos racistes ?

Il a eu mille fois raison. Et mille fois raison d'avoir réagi aussi vite et aussi nettement.

Les agressions contre les personnes-les prochaines statistiques vont le confirmer-sont à la hausse...

En matière d'insécurité, il ne faut jamais céder un pouce de terrain à la délinquance et aux délinquants, à Royan comme ailleurs. Brice Hortefeux à l'Intérieur comme Michèle Alliot-Marie à la Justice peuvent être assurés du total soutien de l'UMP. Si les méthodes de la délinquance évoluent, nos réglementations doivent elles-mêmes évoluer. Il n'est pas question de faire preuve, comme naguère les socialistes de Lionel Jospin, qui l'ont d'ailleurs admis après coup, de naïveté.

Qu'avez-vous proposé à Philippe de Villiers pour qu'il rallie l'UMP ?

Philippe de Villiers n'adhère pas à l'UMP : il va rejoindre le comité de la majorité qu'anime Jean-Claude Gaudin. L'idée est de constituer le rassemblement le plus large possible et d'être le plus tôt possible dans une logique d'union. Nous avons une commune volonté de faire réussir notre pays et de faire réussir le président de la République, dont la vocation est de rassembler. Je lui ai donc proposé que personne ne renonce à ses valeurs, à ses convictions, à ses idées, mais que nous puissions, au sein de ce comité, ne pas nous tromper d'adversaire. Je poursuis une double logique. La première : doubler le nombre d'adhérents de l'UMP en ouvrant le mouvement populaire sur la société française. La seconde : travailler avec d'autres, qui se situent au côté de l'UMP.

Le mouvement Chasse, Pêche, Nature, Traditions se rapproche, à son tour, de l'UMP. Votre objectif est-il de pouvoir dire demain : pas d'adversaires à droite ?

Notre objectif, c'est fabriquer encore et encore de l'union. Au moment où les socialistes se recroquevillent et où la gauche montre ses divisions, il est important de montrer que nous sommes ouverts, sur notre gauche comme sur notre droite, et unis quand les autres sont sectaires et divisés.


Source http://www.u-m-p.org, le 20 août 2009

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