Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 25 août 2009, sur la réforme de l'enseignement professionnel, notamment le baccalauréat professionnel en trois ans et la rentrée scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 25 août 2009, sur la réforme de l'enseignement professionnel, notamment le baccalauréat professionnel en trois ans et la rentrée scolaire.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement

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M. Darmon.- Bonjour. C'est le ministre à usages multiples : crise internationale, crise économique, crise sanitaire, Education nationale. L. Chatel, bonjour. Vous avez aussi récupéré un surnom cet été, "le couteau suisse", paraît-il. Alors, on va parler de plein de sujets, forcément, avec vous, mais d'abord, avec votre casquette de porte-parole du gouvernement. Aujourd'hui N. Sarkozy rentre de vacances, reçoit les banquiers. Est-ce que c'est aussi la rentrée de la communication politique ?
 
Oh, vous savez, il y a un an débutait la plus grave crise économique que le monde ait connu. Le gouvernement s'est fortement mobilisé, N. Sarkozy a pris la tête de ce combat au niveau international, il fallait sauver l'épargne des Français et donc il fallait, pour cela, accompagner...
 
Montrer du doigt les banquiers ?
 
Non, il fallait pour cela réactiver le système financier en France. Nous l'avons fait, en mettant en place un certain nombre de dispositions. C'est donc essentiel que, un an après, comme le président de la République l'a fait six fois déjà, depuis, vérifie le bon usage de ces aides qui ont été accordées au système bancaire. Et en gros, il y a deux objectifs, il y avait deux objectifs. Le premier, c'était de rétablir les lignes de crédit, c'est-à-dire que le crédit puisse retourner aux entreprises et aux ménages, et nous sommes extrêmement vigilants sur ce point. Et puis, le deuxième point, c'était de remettre complètement à plat ce système financier qui avait dérapé. Il ne faut pas faire comme si rien ne s'était passé, il ne faut pas que tout recommence comme avant.
 
Pourtant, le marché a l'air de recommencer comme avant. Les traders sont engagés de partout, recherchés, les bonus reprennent, parce que c'est la manière aussi, des banques, de fonctionner, elles gagnent leur argent comme cela.
 
Alors, c'est précisément ce que nous allons vérifier. Vous savez, N. Sarkozy, encore une fois, a été celui qui, au niveau international, a porté un changement en profondeur et continue à porter, il le fera ce mois-ci à Pittsburgh. Vous savez, sans N. Sarkozy, il n'y aurait pas eu de sommet de Londres. Sans N. Sarkozy, il n'y aurait pas de Pittsburgh ce mois-ci. C'est lui qui, au niveau mondial, porte de nouvelles règles d'un capitalisme qui soit plus transparent.
 
Créer un sommet, c'est une chose ; changer réellement le mode de fonctionnement, on voit bien que, également, à Londres, on essaie aussi de protéger le système. Est-ce qu'il est possible de, réellement, avoir une inflexion ?
 
Nous avons obtenu un certain nombre d'avancées importantes. Ce que nous voulons, maintenant, vérifier - ce sera l'objet de la réunion de cet après midi à l'Elysée -, c'est que les engagements qui ont été pris par les établissements financiers internationaux, les Français en particulier, soient bien mis en oeuvre, dans le cadre de nouvelles règles, pour des rémunérations qui soient plus transparentes, pour un système financier qui soit mieux régulé.
 
 Alors, donc, on verra effectivement si on peut faire bouger les choses au niveau politique. En tout cas, vous faites votre rentrée, vous, de ministre de l'Education nationale. Alors, dans votre cartable, vous avez votre propre projet, ou vous allez copier sur X. Darcos ?
 
D'abord, vous savez, l'objectif du ministre de l'Education nationale, c'est de faire en sorte que la rentrée se passe bien. Nous allons accueillir la semaine prochaine 12 millions d'élèves. Cet été, 878.000 enseignants, 175 personnels d'encadrement et administratifs ont préparé cette rentrée, pour faire en sorte, tout simplement, qu'il y ait bien un professeur devant chaque élève, et puis ont préparé les nouveautés de la rentrée. Vous savez, il y a quelque chose qui me frappe, dans la crise que nous évoquions à l'instant : l'éducation devient un petit peu une valeur refuge, c'est-à-dire que cette crise révèle un besoin de davantage d'éducation. Eh bien c'est la raison pour laquelle le Gouvernement, en cette rentrée, mise sur l'éducation, investit sur l'éducation. Quelques exemples, très concrets : nous mettons en oeuvre la réforme du lycée professionnel. C'est quoi l'idée ? ...
 
Cette fameuse réforme qui n'avait pas pu voir le jour l'année dernière !
 
Du lycée professionnel, hein... C'est l'idée que l'on mette sur un même pied, lycée général et lycée professionnel, qu'i n'y ait pas de discrimination entre les deux filières, que l'on accompagne dans le cadre de cette formation en lycée professionnel, mieux...
 
Oui. Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire, qu'il y ait moins de discrimination entre les deux filières ?
 
Oui, cela veut dire par exemple que le bac professionnel se fera en trois ans, comme le bac général - c'est une nouveauté. Cela veut dire que les élèves du lycée professionnel, s'ils rencontrent des difficultés, auront un accompagnement personnalisé. Cela veut dire que ceux qui auront choisi certaines filières, et pour lesquels ça ne se passera pas forcément bien, auront des passerelles pour avoir une deuxième chance. Donc, ça, c'est une nouveauté de la rentrée. Un deuxième exemple, dimanche va ouvrir l'Internat d'excellence de Sourdun. Vous savez, c'est l'idée que des enfants qui rencontrent des difficultés, on leur propose une structure, un environnement, un internat, pour leur donner toutes les chances de réussir dans le cadre de l'éducation. Autre exemple, nous aurons cette rentrée, 25 % d'élèves boursiers, en classes préparatoires aux grandes écoles. C'est la volonté de donner la chance à tous les élèves de France.
 
Donc, c'est l'ouverture de l'Education nationale, sur la société. Parce qu'on voit bien que c'est un ministère aussi qui est jaloux de ses prérogatives et de son territoire, jusqu'à présent. Est-ce que, au fond, vous voulez "désanctuariser" - entre guillemets ?
 
D'abord, l'Education nationale ne s'arrête pas aux portes de l'école. J'ai travaillé et je vais travailler, par exemple, avec les associations d'éducation populaire, par exemple avec les associations de parents d'élèves...
 
Ce sont des réseaux très importants ?
 
... qui sont des réseaux très importants, et puis avec les autres ministères. J'ai travaillé pendant l'été avec V. Pécresse sur la réforme de la formation des enseignants, l'idée d'allonger...
 
Ça c'est une rupture avec X. Darcos ; ça, ce ne se passait pas très bien entre... et avec vous, ça se passe ?
 
Ce qui est une rupture, c'est l'allongement de la durée des études pour les enseignants, et là encore, c'est un message fort, qui montre que nous misons sur l'avenir de nos enfants. On veut donner à nos enseignants, une formation qui soit mieux préparée à leur vie devant les élèves. On allonge d'une année, donc nous avons bien avancé avec V. Pécresse. Autre exemple, je travaille avec M. Hirsch, par exemple, sur la question de l'orientation ; c'est un sujet majeur. Je souhaite que l'on passe d'un système où, à 15 ans, on subit une orientation pour la vie, à un système où l'élève puisse véritablement choisir, avec une possibilité de réversibilité. On peut être moyen ou médiocre à l'école à 15 ans, et pour autant, avoir des qualités pour s'épanouir à 25 ans, dans une vie professionnelle, dans un projet.
 
Alors, quels que soient, donc, vos sujets, on vous a beaucoup entendu cet été, je crois que vous avez même récupéré le titre, dans la presse, le "ministre le plus bavard de l'été"...
 
Ce n'est pas anormal que le porte-parole du Gouvernement s'exprime.
 
Dont acte. Quelle leçon, d'ailleurs, tirez-vous justement de cet épisode d'Intermarché, là où, en quelques mots, il y a eu donc des clientes figurantes qui ont été envoyées vers vous à l'initiative de la marque de la grande distribution ? Au fond, est-ce que vous n'avez pas été victime d'un système de communication politique qui s'emballe, également ?
 
Oh, vous savez, si votre question c'est de savoir si ma place de ministre de l'Education était, dans un magasin, pour présenter une initiative sur le prix et le poids du cartable de la rentrée, je réponds mille fois oui. Ma place de ministre de l'Education était là, auprès des familles, pour valoriser l'initiative qui a été, je le rappelle, lancée par mon prédécesseur, X. Darcos, sur "les essentiels de la rentrée", une liste de produits à prix en recul par rapport à l'année dernière. C'est mon rôle d'être là.
 
Cela veut dire également que vous mutez, un peu, comme rôle de ministre, vous êtes un peu un ministre mutant, parce qu'à la fois vous êtes ministre de l'Education nationale, porte-parole, vous êtes au carrefour de l'économie. Est-ce que cela ne risque pas, avec toutes ces fonctions multiples, de, au fond, banaliser encore un peu plus le rôle d'un ministre sous la présidence Sarkozy ?
 
Vous savez, un ministre, c'est un responsable politique, et donc, naturellement, nous sommes dans notre domaine, notre champ de compétences, responsables, dans ce qui me concerne, par exemple, de préparer la rentrée et les réformes dans le domaine de l'éducation. Mais je suis et nous sommes tous aussi des responsables politiques, c'est-à-dire amenés à nous exprimer sur un certain nombre d'autres sujets, et puis à expliquer ce qu'est la politique du Gouvernement. Eh bien c'est un peu le rôle du porte-parole du gouvernement, et j'observe que par le passé, d'ailleurs, cette fonction a été occupée par des postes très différents, très variés au sein du Gouvernement. Donc, je considère que c'est mon rôle de responsable politique, d'être à la fois un ministre de l'Education nationale, présent, qui prépare la rentrée, qui prépare des réformes d'avenir, qui prépare notre pays, qui prépare l'éducation des enfants et en même temps, en tant que responsable politique, d'expliquer ce qu'est la politique menée par le Gouvernement.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 août 2009

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