Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le nouveau centre des archives diplomatiques, la menace nucléaire iranienne et la situation tendue au Gabon, La Courneuve le 3 septembre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le nouveau centre des archives diplomatiques, la menace nucléaire iranienne et la situation tendue au Gabon, La Courneuve le 3 septembre 2009.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Inauguration du site de La Courneuve et du centre des archives par Bernard Kouchner le 3 septembre à La Courneuve

ti : Q - Quel sera l'avenir de ces archives ?

R - L'avenir, c'est que vous veniez les consulter, que vous fondiez votre raisonnement et peut-être même votre savoir sur des documents qu'il est nécessaire de connaître et qui n'étaient pas jusqu'à présent accessibles au public.

Q - Comment trouvez-vous ce bâtiment ?

R - Je le trouve très beau. J'ai beaucoup d'admiration pour cette oeuvre architecturale. Il y a une certaine rigueur et en même temps de la sérénité. On se sent bien ici. Personnellement, je mettrais peut-être un peu plus de couleurs mais c'est à l'architecte de voir. C'est un très beau bâtiment, un très beau geste architectural.

Q - Etes-vous content d'avoir déménagé ?

R - Je suis content de ce bâtiment. Je suis content que l'on puisse consulter ces archives qui sont les plus importantes du monde et que l'on ne pouvait pas consulter jusqu'à présent. Au Quai d'Orsay, elles étaient empilées et par miracle elles ne se sont pas détruites. On voulait donc qu'elles soient accessibles au public. Il y aura désormais une fréquentation de chercheurs, d'enseignants et plus généralement du grand public qui pourra consulter ces archives dans ce merveilleux bâtiment. Je n'ai jamais vu une salle de lecture aussi belle.

Q - Vos anciens bâtiments ne vont-ils pas un peu vous manquer ?

R - Au Quai d'Orsay, on avait réquisitionné trois étages dont on avait muré les fenêtres où l'on avait, par miracle, conservé ces archives. Il y a 80 km d'archives ici à La Courneuve.

Je suis très heureux que ce soit ici en banlieue. Je suis très heureux qu'un ministère aussi digne, si j'ose dire, que le nôtre, que le ministère des Affaires étrangères et européennes se déplace et se délocalise en banlieue proche. Découvrir cet avenir-là me paraît bien pour ce qui concerne le passé, parce que les archives c'est tout de même un peu le passé, c'est le savoir.

Q - Mohamed El Baradeï a jugé hier exagérée la menace nucléaire iranienne.

R - Pourquoi ne nous communique-t-il pas les annexes de son rapport ? Je n'exagère pas, il est clair à la lecture de l'AIEA qu'aucune des questions n'a trouvé réponse. Je n'exagère rien du tout et je crois que dans les annexes, il y a très précisément des éléments qui nous permettent de douter, de s'interroger sur la réalité d'un volet militaire au programme nucléaire iranien. J'attends donc de consulter ces annexes, je voudrais qu'elles soient communiquées au plus vite.

Q - inaudible

R - Je ne vois pas les annexes. Tout le monde, bien sûr, les réclame.

Q - Les Iraniens ont fait des propositions. Avez-vous reçu quelque chose ?

R - Nous n'avons reçu aucune proposition nouvelle. Il y a un gouvernement qui est en formation, avec une ouverture en particulier à l'égard des femmes ce qui constitue sans doute un bon geste. C'est tout, il n'y a pas de propositions.

Q - S'agissant de l'Iran, y a-t-il une réunion des ministres des Affaires étrangères des Six qui est prévue ?

R - Oui, il y a une réunion qui est prévue mais je ne sais pas encore si elle se déroulera à Pittsburgh ou à New York lors de l'Assemblée générale des Nations unies. Il y aura une réunion.

Q - Votre homologue russe a dit qu'il faut employer la diplomatie avec l'Iran et que ce n'est pas la peine de recourir aux sanctions.

R - Les Russes ont travaillé sur ces sanctions. Il y a donc une contradiction.

Q - Les "gestes d'ouverture" décrétés par l'Iran ne sont-ils pas de nature à entraver le vote de sanctions supplémentaires ?

R - Nous sommes les premiers - et pas les seuls - à avoir parler en permanence avec l'Iran. Nous n'avons rien obtenu. Lorsque M. Obama a été élu, il a dit : "nous voulons des contacts directs, nous les offrons". Nous avons dit : "très bien". Nous encourageons ce que nous avions fait nous-mêmes mais pour le moment, il n'y a aucun changement. Nous l'avons toujours dit - nous l'avions dit avant que M. Obama soit élu. Nous avons décidé, ce fut d'ailleurs l'objet d'une résolution à six avec l'Allemagne et les cinq membres du Conseil de sécurité, que nous devons rester unis, nous devons travailler et éventuellement travailler aussi sur des sanctions si les réponses ne sont pas apportées, cela n'a rien de nouveau. Comme il n'y a toujours pas de réponse, nous travaillerons à des sanctions, du moins c'est la raison pour laquelle nous nous réunirons à New York.

Q - Il y a une nouvelle main tendue du président Obama depuis deux jours vers l'Iran, une lettre a été envoyée.

R - Très bien, attendons la réponse. On dit plutôt que cette ouverture n'ayant pas reçu de réponse ne satisfait pas la diplomatie américaine. Que les Américains veuillent toujours privilégier le dialogue, ils ont tout à fait raison, c'est ce que nous souhaitons.

Q - On sent que vous êtes toujours un peu sceptique sur la question iranienne ?

R - Vous me trouvez sceptique. Mais est-ce que vous demandez aux Iraniens s'ils sont sceptiques ou s'ils sont confiants à l'égard du régime ?

Q - Certes, mais en tant que ministre des Affaires étrangères de la France.

R - Oui, mais je connais votre ouverture et la largeur de votre raisonnement, il n'y a pas que moi qui semble sceptique. Je pense qu'il y a un grand scepticisme en Iran. Je pense que ce mouvement est profond, très important, pas seulement parce qu'il atteint et même il divise la hiérarchie chiite mais aussi parce qu'il est populaire. C'est ce que je constate mais je ne suis pas plus sceptique que d'autres. Considérant les faits, nous constatons un vrai changement dans ce pays au niveau de la base.

Q - Concernant le Gabon, craignez-vous des débordements ?

R - Pour l'instant, je constate qu'il y a eu une consultation plus ouverte que dans les quarante années précédentes, ce dont je me réjouis. Je n'ai pas les résultats, comme vous je les attends, mais prenez garde aux rumeurs : on dit que l'on a tiré sur l'un des candidats, je ne sais pas si c'est vrai, on dit qu'il y avait des chars dans les rues et ce n'est pas vrai... Faisons attention, calmons-nous, attendons les résultats : pour le moment je ne les connais pas. Il y a avait trois candidats qui sont en tête apparemment, attendons d'avoir les résultats, nous verrons bien. C'est normal qu'un pays comme celui-là qui a été tenu aussi longtemps par une seule famille s'interroge et bouge un peu.

Q - Ne craignez-vous pas pour la population française qui vit là-bas ?

R - Pour le moment non. Le lycée a ouvert hier, la rentrée s'est effectuée dans le calme. J'espère que cela continuera. Notre dispositif est prêt pour protéger les Français éventuellement. Mais, j'espère que nous n'aurons pas à le faire

Q - On nous dit que vous allez vous rendre au Proche-Orient dans les prochaines semaines.

R - La séquence qui était prévue, était d'aller voir Mme Clinton, puis de me rendre en Israël et enfin au Moyen-Orient. Pour le moment les progrès ne sont pas ceux que l'on attendait. Le sénateur Mitchell retourne en Israël. Je pense que je vais y aller sous peu.

Q - inaudible

R - Ce soir j'organise pour M. Abbas un dîner de rupture du jeûne.

Q - inaudible

R - Je le souhaite infiniment. Je souhaiterais que ce soit les Américains et l'Europe en même temps et que l'on aille vers la paix, c'est-à-dire l'existence de la formation pratique de l'administration d'un Etat palestinien. Sans cela, je pense que l'on n'aura pas beaucoup de progrès. Nous allons en permanence dans ce sens. Les présidents Sarkozy et Moubarak ont proposé à M. Obama d'organiser une réunion de l'Union pour la Méditerranée qui marquerait une volonté de la part de tous et surtout des protagonistes. On y inviterait évidemment les Américains mais aussi les représentants des pays du Golfe. J'espère que cela se fera, à un moment donné. De ce processus, nous espérons qu'il sortira encore une dynamique positive.

Q - Inaudible

R - Pour le moment, nous n'avons pas de réponse parce qu'en ce moment entre M. Mitchell et M. Netanyahou, les choses sont difficiles à faire aboutir. Bien entendu, nous parlons de ce dossier avec les Américains.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 septembre 2009

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