Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec "France Info" le 17 septembre 2009, sur la préparation du sommet du G20, notamment la proposition d'une taxe sur les transactions financières, et les dossiers internationaux, Iran, Afghanistan et Somalie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, avec "France Info" le 17 septembre 2009, sur la préparation du sommet du G20, notamment la proposition d'une taxe sur les transactions financières, et les dossiers internationaux, Iran, Afghanistan et Somalie.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes; FRANCE. France Info, journaliste

ti : R. Duchemin.- Merci d'être en direct avec nous, ce matin, sur France Info. Vous vous déclarez, je crois, ce matin, pour une contribution solidaire sur les transactions financières. Dites-moi, B. Kouchner, est-ce que c'est une taxe Tobin bis ou pas ?

On peut dire ça, mais ce n'était pas exactement le même procédé. Elle portait sur les capitaux, et puis c'est une longue histoire. C'est une contribution qui doit être internationale, pas question que la France la mette en oeuvre, pas question que l'Europe même, pourtant 27 grands pays, la mette en oeuvre. Il faut que ce soit une décision internationale, donc l'ONU. Et la France l'a proposé, une fois de plus, j'espère qu'on en discutera, peut-être pas en assemblée générale cette année, mais qu'on en discutera. De quoi s'agit-il ? D'une taxe indolore ; contribution, parce que c'est la solidarité.

Taxe et indolore, c'est quelque chose qui va de pair, B. Kouchner ?

Sur 1.000 euros, ça fait 5 centimes d'euro. 0,005 %. D'ailleurs, c'est un document, le rapport Landau, qui au nom du ministre des Finances français, a proposé ce début de taxe. On verra bien, mais ça produirait entre 20 et 30 milliards, en ce moment...

Pour les pays pauvres ?

Pour le développement. Et maintenant, non seulement sans doute sur la santé, sans doute sur l'éducation, mais également parce que le réchauffement climatique impose une solidarité, avec les pays qui n'ont pas le développement que nous avons connu.

Il y a déjà des pays qui sont d'accords avec la France, pour justement trouver une position harmonieuse sur le principe de taxation de ces marchés financiers. Est-ce que vous allez pouvoir infléchir, par exemple, la position des Etats-Unis, parce que c'est probablement là, que le bât va blesser ?

Oui, mais regardez, il y a déjà 58 pays qui se sont réunis il y a deux jours à Paris, au ministère des Affaires étrangères et un groupe de travail donc, va mettre en oeuvre, une proposition pour l'ONU. Comme nous parlons de gouvernance mondiale, je crois que ce serait bien, qu'il y ait un peu de dynamique du côté de l'ONU. Et puis, ce qui se serait bien aussi, c'est que la finance se rachète, se moralise un peu. Jusque-là, on ne parlait que de profits, là on parle de solidarité. Cela me semble nécessaire. Je suis très heureux que la France puisse le proposer à nouveau. Le groupe se réunira à nouveau en octobre et on va voir ce que ça donne. Enfin, en tout cas, nous en parlerons à l'ONU. Moi, j'en parlerai au secrétaire général et je pense le Président Sarkozy aussi, bien sûr, la semaine prochaine.

Puisqu'il y est favorable...

Il y est favorable.

On va être un petit peu dans la même configuration, finalement, au G20 sur la question des bonus. Vous pensez que là aussi, on va pouvoir, nous Français, nous Européens, arriver à infléchir la position des Etats-Unis ?

Je le crois, je le veux, je l'espère. Et je suis sûr qu'il y aura une position commune européenne, ce qui est déjà beaucoup. Puisqu'ils se réunissent ce soir, les 27, à Bruxelles. Et il faut absolument qu'on moralise - je reprends ce mot, je crois, nécessaire - et puis qu'on rende transparentes toutes ces activités qui nous ont apportés au bord du gouffre. Alors si on revient comme avant, je crois que la France en tout cas, et l'Europe sûrement, n'aura pas fait son travail.

Un des gros dossiers qui va être traité la semaine prochain aussi, c'est évidemment la question de l'Iran. La France, je crois, souhaite qu'un échéancier soit défini, entre les différents qui sont en charge du dossier nucléaire iranien. Il y a une réunion prévue le 1er octobre avec Téhéran. Comment est-ce qu'on avance sur ce dossier ?

La réunion du 1er octobre, sans doute en Turquie d'ailleurs, c'est à la suite de la proposition américaine qui était une bonne proposition, de tendre la main et de reprendre le dialogue. Ou même de l'initier, puisque les Américains n'avaient participé qu'à une réunion à Genève. Mais nous, bien sûr que nous sommes d'accords et si ça peut déclencher un mouvement de négociation, je rappelle qu'il s'agit surtout, de l'utilisation éventuelle, alléguée en tout cas, et scientifiquement assez fondée, de l'utilisation du nucléaire à des fins militaires. Pour le reste, le document qui a été remis par les Iraniens, c'est un bon point, puisqu'ils parlent de tout sauf du nucléaire, mais sur le tout, nous pouvons parler aussi. Notre expérience, je dois le dire, l'expérience de la France, l'expérience de l'Allemagne, l'expérience de l'Angleterre, des trois pays européens qui ont lancé ce processus dit "de négociation". Mais ce processus n'a pas été loin, nous sommes déçus par ce que nous avons fait. Nous avons parlé très souvent avec les Iraniens et nous continuons ; espérons que cette fois-ci, ce sera, disons, un nouvel espoir.

Vous parliez tout à l'heure de transparence en matière financière...

Mais pardon, un mot encore : ce qui a encore changé et en pire, d'une certaine façon, c'est qu'il y a un mouvement de contestation très populaire et très profond - et je salue le courage de ces Iraniens-là -, et ça, ça nous met dans une position - comment dirais-je ? - de nécessité de dialogue, certainement, mais aussi nécessité disons d'une vision des droits de l'homme et d'une vision de la démocratie qui est loin d'être celle qui prévaut en Iran.

Vous parliez tout à l'heure de transparence en matière financière. Je voudrais qu'on parle de transparence tout court, avec ce qui se passe en Afghanistan. H. Karzaï est en passe, visiblement d'être réélu, 1 million et demi de bulletins frauduleux, dit-on. Que peut faire la communauté internationale aujourd'hui, concrètement ?

D'abord attendre. Il faut que les résultats soient connus. Pour le moment, ils ne le sont pas. Vous savez qu'il y a une commission des plaintes, et cette commission des plaintes est en train d'examiner des milliers de points de vote sur lesquels il y a une suspicion. Alors on verra bien, ils vont soustraire cette quantité de bulletins du total général, et puis, nous verrons bien. Nous verrons bien si monsieur Karzaï est élu ou pas. Mais là aussi, il n'y a pas de solution militaire recherchée, il y a de la sécurisation nécessaire et nous ne partirons pas avant que les Afghans, eux-mêmes, puissent prendre en charge leur projet. C'est-à-dire qu'il faut une armée et une police beaucoup plus importantes. Mais là, regardez, cette taxe internationale, ça servirait, là aussi, à développer les projets nécessaires - agricoles, irrigation, scolaires, santé - en Afghanistan. Et ce serait indolore. Nous n'avons pas assez d'argent pour le développement, nous ne faisons pas assez pour le développement, en Afghanistan en particulier.

Alors vous parlez de l'Afghanistan, des Afghans ; il y en a beaucoup dans la jungle à Calais. E. Besson vient de décider sa fermeture, qu'est-ce qu'on va faire de tous ces gens, des réfugiés, des sans-papiers ?

D'abord, on va les traiter humainement, c'est-à-dire qu'on leur procurera...

Mais on a déjà fermé Sangatte il y a sept ans, les mêmes causes reproduisent les mêmes effets...

Ecoutez, madame, c'est l'application de la loi, c'est l'application des lois européennes, puisqu'il y a un pacte européen de l'immigration. Et c'est avec les Anglais, parce qu'ils ne veulent pas rester chez nous, ces Afghans, et puis ils ne viennent pas pour s'amuser, je le comprends très bien. Ils veulent aller en Angleterre, où il n'y a pas de carte d'identité, vous le savez, et où ils pourront travailler. Donc avec les Anglais, nous tenterons avec nos amis anglais, nous tenterons de leur trouver une façon de revenir qui leur convienne. Alors évidemment, c'est la guerre, il faut faire très attention, c'est la guerre en Afghanistan, ils ont fui la guerre, ils ont fui la misère. Mais de toute façon, se regrouper de cette façon, extraordinairement malsaine d'un point de vue de l'hygiène et d'un point de vue de l'ordre public, quand même, il ne faut pas exagérer, ne peut pas être toléré sur notre territoire. Vous savez, il ne reste pas chez nous, je le répète, ils veulent passer en Angleterre au péril de leur vie.

Deux questions très rapidement, concernant la Somalie d'abord. Ce matin, les insurgés islamistes qui détiennent encore un militaire français, posent des conditions. Vous leur dites quoi ? Vous leur répondez quoi ?

D'abord, ce n'est pas moi qui leur réponds, c'est le shebab, vous le savez. Je leur réponds qu'il est complètement faux que nous soutenions un gouvernement illégal. C'est un gouvernement qui est né à Djibouti de l'assentiment général de la Somalie. Enfin, il est né un gouvernement ! Monsieur Cheikh Cherif est un homme, que j'ai rencontré d'ailleurs deux fois, et puis ses ministres aussi, qui représentent la Somalie. Alors, les négociations ne se passent pas aussi simplement à la radio, comme vous le savez. Et nous espérons faire sortir ce dernier otage. Je vous rappelle qu'il était officiellement là-bas pour former la police et pour former l'entourage, la garde présidentielle en particulier.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 septembre 2009

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