Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RMC" le 17 septembre 2009, sur les chiffres du chômage et sur la question de l'extension du RSA (revenu de solidarité active) aux jeunes de moins de 25 ans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RMC" le 17 septembre 2009, sur les chiffres du chômage et sur la question de l'extension du RSA (revenu de solidarité active) aux jeunes de moins de 25 ans.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi;

ti : J.-J. Bourdin.- Question directe et simple : le chômage, est-ce que le pire est à venir ?

Le pire est à venir, c'est soi disant ce que l'OCDE nous a annoncé.

C'est ce que l'OCDE annonce, oui.

Oui, juste quand même... le travail des prévisionnistes, il faut être un peu lucide sur ce qu'ils font. Si on reprend l'OCDE...

Ils se trompent ?

Non, ce n'est pas qu'ils se trompent mais c'est que prévoir ce qui va nous arriver d'ici un an et demi, l'OCDE n'en est pas capable. En juin 2008, ils nous avaient un taux de croissance de 1% ; trois mois plus tard, ils nous disaient : vous allez finalement avoir un taux de croissance de moins 4 %. Donc, mon travail ce n'est pas de faire des prévisions, je les laisse faire, notre travail c'est, avec tous les outils de l'emploi d'essayer de faire mieux que les prévisions. Et notamment d'ici à la fin de l'année, tout le monde nous a dit : vous allez avoir en France 650.000 destructions d'emplois. On essaye de se battre sur tous les fronts avec C. Lagarde pour faire en sorte de faire mieux que ça. Et on a mis en place en six mois des outils sur tous les champs : sur l'emploi des seniors, sur l'emploi des jeunes, sur les questions d'apprentissage, sur les risques des salariés licenciés. Donc, maintenant sur cette rentrée, mon travail ce n'est pas de me dire : "qu'est-ce qui nous attend en prévisions ?", c'est de se battre.

Donc, le pire n'est pas à venir, le pire est là quoi ? Le pire, on le vit ?

Oui, parce que le pire c'est quoi pour un pays ? Le pire c'est d'avoir son chômage qui augmente, donc le but n'est pas de dire : est-ce que c'est le pire maintenant, est-ce que c'est demain, est-ce que c'est hier ? On est dans une situation dure, mon travail ce n'est pas de m'amuser à faire la prévision, c'est de me battre, d'agir, et d'essayer de faire mieux que ce qu'ils nous annoncent.

Regardons le chômage des jeunes : le taux de chômage des 16-25 ans atteint 23,5 % au premier trimestre 2009, il va encore augmenter, là. Oui. De combien, vous craignez quoi ? Avec tous ces jeunes diplômés qui arrivent sur le marché du travail, qui ne vont pas trouver de boulot, vous craignez quoi ?

La crainte sur cette rentrée, c'est celle que vous avez donnée, c'est d'avoir... on a à peu près entre 200 et 250.000 jeunes qui arrivent, là, sur la rentrée, et le défi c'est que s'ils ne trouvent pas d'emploi, leur diplôme va perdre sa valeur...

Et voilà !

...Et que, du coup, d'ici un an, ils vont avoir de plus en plus de difficultés.

Combien risquent de rester sur le carreau ?

Là encore...

C'est difficile à dire ?

Le but c'est surtout qu'il y en ait le moins. Qu'est-ce qu'on a fait pour, parce que c'est ça qui est important...

Non, non, mais attendez, attendez ! Si j'ai bien compris, lorsqu'on va annoncer les chiffres, fin septembre et fin octobre, ces chiffres seront très mauvais ?

M. Bourdin, encore une fois...

Automatiquement, mécaniquement ?

Je comprends que vos questions soient là-dessus, mais mon travail ce n'est pas de me dire : la prévision à un mois, deux mois, qu'est-ce que ça va être ? Mon boulot, c'est de faire en sorte que ce qu'on a fait pour l'apprentissage, ce soit opérationnel sur cette rentrée. Que ce qu'on a fait pour faire en sorte que des jeunes qui ne trouvent pas d'emploi dans le secteur privé...

Alors puisque vous dites "il faut qu'on soit opérationnel, on l'est, on se bat, on se bat sur les 250.000 jeunes", combien d'emplois sauvés ? Combien de jeunes sauvés, combien de jeunes vont trouver du boulot ? Quel est votre objectif ?

On va parler très concret. Notre objectif, c'est d'abord de faire en sorte que tous les jeunes qui s'engagent dans la voie de l'apprentissage trouvent une entreprise ; le deuxième objectif, c'est que des jeunes qui ont fini des formations, je ne sais pas, par exemple, un bac +2 en histoire, en sciences humaines ou en sociologie, qui sont des domaines où on a du mal à trouver un job, on puisse leur proposer tout de suite, de l'ordre de 50.000 formations, qui sont fléchées sur des métiers où on sait qu'ils recrutent : les commerciaux, la banque, l'assurance, toutes ces offres de formations... Aujourd'hui, on a tous les paquets qui sont en place. Pour l'emploi le but c'est d'en financer. Je vais encore vous donner un exemple précis : hier, j'ai travaillé avec toutes les entreprises des télé conseillers, ils sont prêts à recruter 10.000 personnes cette année, la seule chose c'est qu'il faut mettre des stages de formation pour des gens. On a mis ça en place pour aider nos jeunes à sortir par le haut. Donc, le but c'est clair : on a ce défi conjointement avec M. Hirsch, notre objectif c'est sur la rentrée, on a mis en place toute une palette d'outils sur l'apprentissage, sur les formations, sur l'accès à un premier job, sur des contrats aidés au sein des collectivités locales, parce que moi je préfère qu'un jeune fasse ses premiers pas dans une collectivité locale, dans cette période, quitte après à ce qu'il...

Donc, vous allez sauver combien d'emplois, votre objectif ?

Notre objectif sur le plan qu'on a là, c'est de toucher à peu près 150.000 jeunes sur...d'ici...

Sur les 250.000 ou 300.000 jeunes, la moitié, quoi ?

Non, ce n'est pas ça. C'est sur les 250.000 qui arrivent, il n'y en a pas 250.000 qui ne vont pas trouver un emploi, donc on pense qu'en ciblant l'ensemble de ces mesures sur 150.000 jeunes...

Vous allez trouver du boulot à 150.000 sur 250.000, quoi ?

On va aider 150.000 qui souvent pensent qu'ils sont plus en difficulté sur cet aspect.

Parce que l'OCDE, l'OCDE que voulez-vous que j'y fasse... C'est normal.

...L'OCDE classe la France 23e sur 30 en matière de lutte contre le chômage des jeunes ; l'OCDE, qui montre du doigt, je lis, "l'instabilité des politiques de l'emploi avec plus de 80 mesures pour les jeunes en 30 ans." Plus de 80 mesures en 30 ans ! C'est vrai ?

Oui, ils ont raison, et là-dessus ils ont raison. Ils ont raison sur deux points : le premier d'abord, la France est le pays qui réussit le moins bien pour aider ces jeunes à trouver un emploi rapidement...

La France réussit le moins bien pour les seniors, la France réussit le moins bien pour...

Non, non, non !

Comment non ? Taux d'activité des seniors...

On a un double problème, que vous connaissez d'ailleurs parfaitement puisque vous l'avez souvent dénoncé à ce micro, on a un problème pour l'accès de nos jeunes à l'emploi et on a un problème pour le maintien de nos seniors dans l'activité. Mais par contre pour le reste, et l'OCDE le souligne d'ailleurs, dans cette crise, la France avec l'Allemagne est le pays qui...

Tout va bien entre 35 et 45 ans en France, quoi ?

Non, mais la situation est bonne entre 30 et 50 ans. Mais je ne suis pas là pour vous dire que dans cette période de crise ça va bien. Mais il y a quand même un point que je veux relever : l'OCDE a quand même souligné que, jusque-là, la France et l'Allemagne sont les deux pays qui ont le mieux résisté dans la crise. Ce n'est pas un motif de satisfaction, il faut qu'on se batte parce qu'il reste des mois difficiles devant nous. Et ça, c'est quand même un point qui est souligné aussi.

Bon ! Les jeunes, le RSA, est-ce que vous allez étendre, est-ce que vous êtes favorable à l'extension du RSA aux moins de 25 ans, aux 16-25 ans ?

Juste là-dessus, c'est une mesure qui est l'arbitrage du président de la République et du Premier ministre. La mesure n'est pas arbitrée, donc je ne vais pas annoncer des choses qui seraient pas véritables...

Non, mais vous avez un point de vue quand même, vous travaillez sur le sujet.

J'ai un point de vue qui est simple : le premier d'abord, ma seule logique c'est l'emploi. Donc mon intérêt est, je pense, ce n'est pas de distribuer des primes à nos jeunes, c'est les aider à accéder à l'emploi. Si un RSA pour les moins de 25 ans, ça les aide à accéder à l'emploi, en voyant comment le faire, c'est une bonne chose. Mais ce que je ne souhaite pas personnellement, c'est que notre approche de la politique des jeunes ce soit juste distribuer des primes ou de leur dire : soyez protégés...

On sort de l'école, on touche une prime, vous ne voulez pas de ça ?

Non ! Ce que je souhaite, c'est qu'on accompagne des jeunes qui travaillent pour les aider dans leur accès à l'emploi, ça c'est ma première préoccupation...

Donc, le RSA sous conditions : oui au RSA aux moins de 25 ans, mais sous conditions ?

Pour le reste, je n'en dirai pas plus parce c'est à l'arbitrage. Et la deuxième chose...

C'est ce que j'ai compris, c'est ça : oui au RSA sous conditions ?

Et la deuxième chose pour moi, qui est le point le plus important, c'est l'alternance et l'apprentissage, parce que ça j'y crois, je pense que c'est du tangible. Là, ce n'est pas comme vous dites : 88e mesure nouvelle qu'on invente, c'est quelque chose qu'on expérimenté, qui marche, et on voit que les pays qui en font plus et mieux que nous, comme l'Allemagne et la Suède, réussissent mieux pour que leurs étudiants trouvent un job. Pour moi, c'est la voie centrale sur laquelle on doit tout miser pour l'accès à l'emploi de nos étudiants.

La décision concernant le RSA étendu aux 16-25 ans sera prise quand ?

Dans les toutes prochaines semaines.

Ca veut dire quoi ? Avant la fin du mois ? Parce que les jeunes attendent de savoir, vous le savez bien ! Ca veut dire que quoi ?

Ca veut dire que, le Président l'a toujours dit : sur le début de la rentrée, des mesures supplémentaires pour les jeunes seront annoncées, donc on sera au rendez-vous.

Je vais parler de l'apprentissage, mais j'ai 24 ans, je n'ai pas droit au RSA ou 24 ans et demi ; j'ai 25 ans et demi, j'ai droit au RSA. Est-ce logique, franchement ? !!

Ce que vous soulignez mais c'est d'ailleurs un des axes forts du Président qu'il l'a toujours dit : moi ce que je ne veux pas pour les jeunes, c'est qu'on fasse, là, je cite le Président, "je ne veux pas qu'on fasse des mesures où on leur dit comme vous êtes jeunes, vous avez droit à un truc au rabais". Et ça, c'est son repaire central sur la politique des jeunes. Toutes les séances où on travaille avec lui, c'est le repaire central qu'il martèle tout le temps : pour les jeunes, vous ne faites pas des dispositifs au rabais. Il n'y a pas, et ce qu'on a déjà expérimenté, et d'ailleurs avec une erreur de notre majorité à l'époque, avec le projet du CPE, qui avait été porté par D. de Villepin, où on disait aux étudiants : votre seule chance, c'est qu'on vous fasse un contrat au rabais. Et ça, c'est ce dont ne veut pas le Président.

Il oblige à un contrat au rabais : CDD, des stages qui n'en finissent pas, vous le savez bien ! Vous savez bien que c'est une précarité l'emploi des jeunes dans ce pays ! Incroyable, incroyable !

Oui, oui, c'est d'ailleurs pour ça qu'on est attaqués à la question des stages. Il y a deux jours, j'étais au Sénat pour faire passer mon projet de loi sur la formation professionnelle en commission, et on a adopté un amendement qui encadre de façon beaucoup plus stricte les stages, pour éviter qu'on continue à avoir des "stages photocopieuse ou café", où nos étudiants sont utilisés sur des choses qui ne leur servent à rien pour apprendre leur métier. Et donc, en disant : les stages, ça doit être dans un cursus qui permet à un étudiant de se former. Et à côté de ça, on a une autre mesure, qui est destinée à faire en sorte que, quand une entreprise embauche, elle prenne plutôt quelqu'un qu'elle avait en stage chez elle pour lui tendre la main et l'aider à sortir de...

Quelqu'un qui fait déjà le boulot d'un salarié confirmé souvent.

Exactement.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 septembre 2009

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