Interview de M. Erick Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France 2 le 25 septembre 2009, sur le procès de l'affaire Clearstream, le démantèlement du camp d'immigrés clandestins à Calais et son ralliement à l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Erick Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France 2 le 25 septembre 2009, sur le procès de l'affaire Clearstream, le démantèlement du camp d'immigrés clandestins à Calais et son ralliement à l'UMP.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : J.  Wittenberg.-  Bonjour à tous. E. Besson que nous recevons en direct des journées  parlementaires de l'UMP au Touquet. Alors, E. Besson, la première  question que j'ai envie de vous poser c'est comment l'ambiance là-bas  au Touquet, puisque ça a, semble-t-il, un peu tangué hier avec  les amis de D. de Villepin qui ont du mal à digérer la petite phrase  de N. Sarkozy sur "les coupables" au procès Clearstream ? Alors,  comment ça se passe là-bas ? 
 
Non, non, ça se passe bien. Vous avez vu qu'il fait beau au Touquet,  c'était assez décontracté, et puis surtout c'était studieux, voilà. J'ai un  écho dans mon oreille qui m'empêche de vous parler, mais à part ça  tout va bien. Je disais donc que c'était assez studieux et on a très, très  peu parlé de l'affaire Clearstream, contrairement aux commentaires que  j'entends. 
 
Vous, quand même, vous avez dit que c'était « extraordinaire - je  vous cite - qu'un suspect, en l'occurrence D. de Villepin, accuse la  victime ». Vous avez dit « suspect » et pas « coupable », comme le  président de la République. Donc, finalement, c'est une façon de  dire que vous n'adhérez pas à cette façon de présenter les choses  malgré tout. 
 
C'est surtout une façon de dire que j'ai été, comme j'imagine beaucoup  de Français, extrêmement surpris par la scène théâtrale du début. Il y a  une victime, N. Sarkozy, et personne ne lui conteste ce statut de  victime, et il y a des prévenus, des suspects, entre guillemets. Et, à  l'entrée du procès, vous avez le suspect qui vient dire qu'il est là à  cause de la victime. C'est surréaliste, c'est extravagant, c'est fait avec  talent parce que tout ce que fait D. de Villepin est fait avec talent et  emphase, et j'ai dit simplement que j'avais été surpris. Mais pour le  reste, je n'ai pas envie d'aller plus loin. C'est une affaire qui est  maintenant devant les juges. Je crois que les Français attendent la vérité  sur ce dossier. Et moi, en tant que membre de l'exécutif, je ne veux pas  aller plus loin. 
 
D'un mot, juste, E. Besson, est-ce qu'on ne rend pas service  finalement en le traitant, entre guillemets, de « coupable », à D. de  Villepin ? Finalement, on oublie le fond de l'affaire pour ne voir  que la rivalité, voire la haine qui anime ces deux hommes. 
 
Je vous ai dit, j'ai entendu qu'on vous disait tout à l'heure sur le plateau  que nous n'avions que huit minutes, je me permets de vous suggérer  qu'on passe à un autre sujet, parce que je ne vais pas aller plus loin. 
 
Vous ne voulez plus commenter cette affaire ! 
 
Absolument ! 
 
Alors, on va parle de votre dossier qui est l'immigration et de  l'opération phare, si l'on peut dire, de la semaine que vous avez  menée, en quelque sorte : le démantèlement du camp de migrants  de Calais. Vous avez annoncé hier des retours forcés de ces  migrants, il y a beaucoup d'inquiétudes parmi les associations.  Comment allez-vous procéder ? Je rappelle que ces hommes sont  tous des Afghans, l'Afghanistan est un pays en guerre. Comment  vous allez faire, E. Besson, pour ces retours forcés ? 
 
Je suis allé d'abord hier après-midi à Calais faire une réunion de travail  avec le préfet et j'ai constaté plusieurs. D'abord, que notre opération a  fonctionné ; la zone dite de la « jungle » est désormais vide, elle va être  restituée à la mairie de Calais qui va en faire une zone d'activités.  Deuxièmement, j'ai constaté que les 200 places d'hébergement que  nous avons mises à disposition sont vides, autrement dit, aucun des  migrants n'a voulu le faire. Quant aux mineurs, ils ont été parfaitement  traités. Vous savez que la France se distingue par le fait qu'elle ne  reconduit pas à la frontière les mineurs étrangers isolés, ils sont tous  dans des centres d'hébergement spécialisés. Ce qu'a dit le président de  la République, vous avez douze nationalités à peu près sur le secteur du  Calaisis, ce qu'a dit le président de la République c'est que ceux qui ne  demanderaient pas l'asile ou qui n'auraient pas droit à l'asile, ceux qui  ne choisiraient pas le retour volontaire seront reconduits dans leur pays.  Alors, pour l'Afghanistan, c'est spécifique puisque c'est un pays en  guerre, en guerre intestine. Vous savez que ce que nous faisons c'est  que nous regardons région par région, ce que font les Anglais, ce que  font les Néerlandais. Il peut y avoir des reconduites forcées, à condition  que nous soyons sûrs que la personne ne prend pas de risque pour son  intégrité physique. Voilà ce qu'a dit le président de la République et  que je vous confirme. 
 
Mais comment vous les obtenez ces garanties, E. Besson ?  L'Afghanistan c'est un pays qui est dans certaines régions en plein  chaos. 
 
Parce qu'il y a des associations... 
 
...quelles garanties vous avez lorsque vous renvoyez ces hommes là-bas  ? 
 
Regardez ce que font les Britanniques, par exemple. Ils ont un accord  avec l'Organisation internationale pour les migrations, qui est installée  à Kaboul, et lorsque les Britanniques reconduisent des Afghans, ils ont  la certitude localement que non seulement il n'y a pas de risque  physique mais que les personnes se réinsèrent bien. C'est l'une des  options qui s'offre à nous. 
 
Sur la méthode aussi du démantèlement de ce qu'on a donc appelé  la « Jungle », cette méthode très spectaculaire, très médiatisée, vous  trouvez qu'il n'y a rien à redire là-dessus ? 
 
Très médiatisée, permettez-moi de vous dire, je n'ai adressé aucune  invitation à la presse. J'ai simplement annoncé que la jungle serait  démantelée avant la fin de la semaine prochaine, enfin avant la fin de  cette semaine...
 
... mais vous souhaitiez qu'il y ait des caméras pour le voir. 
 
Je ne souhaitais ni ne souhaitais pas, mais j'assume totalement la  dimension communication, et donc pédagogique. Le message c'est : les  passeurs ne feront pas la loi dans la « Jungle », on va pas continuer à  payer 15 000 euros pour venir de la Grèce à Calais et vivre dans des  conditions sordides, avec des rackets, des violences et des passeurs qui  faisaient la loi, et ensuite payer 500 à 1 000 euros pour chaque tentative de  passage clandestin vers le Royaume-uni. Et comme nous avons traité  individuellement les personnes - depuis quatre mois, chacun des  migrants dans l'ex « Jungle » a été approché individuellement pour lui  proposer des solutions - et que cet accompagnement persiste, j'assume  la dimension communication. Elle envoie un message aux passeurs qui  est de dire : « vous ne faites plus la loi en France ». 
 
Ca veut dire, si vous assumez, qu'il y aura d'autres opérations chocs  comme celle-ci dans les prochaines semaines, dans les  prochains mois ? 
 
« Chocs », je ne sais pas, toutes ne sont pas aussi spectaculaires parce  que la « Jungle » était effectivement une espèce de maillon principal,  l'outil de travail principal des passeurs. Mais chaque semaine, le préfet  et le sous-préfet démantèlent un campement et ça continue. Lors de la  réunion que j'ai faite à Calais, hier, avec le préfet, nous avons  effectivement imaginé la poursuite de ces travaux. 
 
En tout cas, F. Fillon, lui, a trouvé votre méthode « ferme et  humaine », la semaine dernière c'est N. Sarkozy qui saluait le  renoncement finalement aux tests ADN pour les candidats au  regroupement familial. Ca va bien pour vous en ce moment au  Gouvernement, on a l'impression que vous êtes un petit peu le  chouchou du Gouvernement en ce moment. Est-ce que c'est vrai ? 
 
Non, non, il n'y a pas de chouchou au Gouvernement. J'ai une feuille  de route qui est républicaine et très précise. Vos téléspectateurs peuvent  aller sur le site de mon ministère et ils verront ma feuille de route. Elle  est à la fois ferme et humaine. Et c'est vrai que ces derniers jours, je  n'ai pas eu l'impression, contrairement à quelques commentaires, que le  président de la République ou le Premier ministre prenaient leurs  distances. Je me suis au contraire senti soutenu par eux. Mais je dirais  que c'est assez logique : j'applique la feuille de route qu'ils m'ont  donnée, qu'ils m'ont signée.
 
 Mais alors, comment vous expliquez en revanche que les  parlementaires aient rechigné à vous suivre sur les tests ADN ?  Vous l'expliquez comment cette sorte de réticence ? 
 
D'abord, il y a peut-être une part, sur la forme, de maladresse de ma  part, que j'ai assumée et reconnue rapidement. Sur le fond, j'étais de  bonne foi, et je leur ai expliqué, je leur ai expliqué quelque chose de  simple : la loi s'est entourée de beaucoup de précautions parce qu'ils  ont été soucieux des libertés individuelles et ils ont eu raison, mais les  conséquences de ces garanties font que le décret d'application n'était  pas... il n'était pas possible de le prendre, de le signer et d'expérimenter  dans le délai qu'ils avaient envisagé. Et je le leur ai expliqué devant le  groupe de bonne foi, ils l'ont compris, j'en rediscute avec les  responsables de l'Assemblée nationale et du Sénat la semaine prochaine  et la semaine suivante. Quand on est de bonne foi et qu'on explique, ça  va tout de suite mieux. 
 
Mais politiquement, E. Besson, vous êtes aux journées  parlementaires de l'UMP, est-ce que vous n'avez pas l'impression  que certains vous reprochent encore de ne pas être un UMP  historique, d'être encore aujourd'hui un transfuge venu de la  gauche ? 
 
D'abord, ils savent que je suis ce qu'on appelle, entre guillemets,  « ministre d'ouverture ». Ils connaissent mon passé. Ils ne m'ont jamais  demandé de le renier. De toute façon, je ne vais pas le renier. Oui, j'ai  été quinze ans au Parti socialiste, oui j'ai été dix ans parlementaire  socialiste. Aujourd'hui, je suis secrétaire général adjoint de l'UMP, et je  considère que depuis le départ, j'ai été bien accueilli et que ça se passe  bien. Il y a eu trois ou quatre minutes de tension incontestablement  l'autre jour à l'Assemblée nationale sur les tests ADN, ensuite on s'est  expliqués. C'est comme en sport, ça peut être quatre minutes viriles et  correctes et ensuite on passe à autre chose. 
 
« Viriles et correctes », donc. Merci Beaucoup E. Besson. Très  bonne journée. 
 
Merci à vous. 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 25 septembre 2009
 

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