Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France Info le 23 septembre 2009, sur le démantèlement d'un camp d'immigrés clandestins à Calais. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à France Info le 23 septembre 2009, sur le démantèlement d'un camp d'immigrés clandestins à Calais.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

ti : N. Poincaré.-  Notre premier choix ce matin, c'est de tirer le bilan de l'opération  de démantèlement des tentes de clandestins hier, près de Calais. On  en a beaucoup parlé à chaud, hier matin, ici même, à cette heure-ci.  Revenons y plus tranquillement ce matin avec le ministre de  l'Immigration. Bonjour E. Besson. 

Bonjour. 

En arrivant à France Info, vous venez de croiser près des ascenseurs  M. Aubry. Cela a été ? Un peu glacial peut être, non ? 
 
Non, on s'est dit bonjour ; on se connaît bien. Je venais d'écouter les  bêtises qu'elle venait de raconter. Mais j'espère que vous allez me  donner l'occasion d'y répondre.
 
Ce que vous appelez "ses bêtises", on en réécoute un court extrait  c'était au micro de R. Duchemin, sur France Info. 
 
[Extrait de l'Interview de M. Aubry]  M. Aubry : Cela ne servira à rien. Les passeurs vont retrouver toute  leur place.  R. Duchemin : On est revenu au point de départ ?  M. Aubry : Voilà. Ces hommes et ces femmes vont s'éparpiller à Calais,  jusque chez nous à Lille, nous les connaissons. Cela ne sert à rien, c'est  un coup médiatique. C'est indigne de la France. C'est complètement  inhumain, je le dis très simplement, et c'est honteux. 
 
Réponse d'E. Besson ? 
 
L'extrait que vous venez de présenter, ce n'est pas le plus grave de ce  qu'elle a dit. Le plus grave, c'est quand elle présente le camp comme un  camp où les personnes trouvaient un peu d'humanité. Nul n'entrait dans  ce camp s'il n'avait payé le ticket de 15.000 euros. C'était le camp des  passeurs, ce n'était pas un camp humanitaire, c'était le camp de base des  passeurs. Vous payiez cher et vous étiez en plus violentés, rackettés. La  deuxième chose que semble ignorer M. Aubry, c'est nous mettions et  nous mettons à disposition de ces migrants des lieux d'hébergement.  Mais ils voulaient rester à quelques dizaines de mètre du port ; ils  refusaient nos solutions d'hébergement pour rester à quelque dizaine de  mettre du port pour pouvoir passer clandestinement en Angleterre. Ce  qui est évidemment inacceptable. Enfin, entendre M. Aubry revendiquer  l'ouverture de Sangatte, où elle ne s'est jamais déplacée, au passage,  quand elle était ministre en charge du dossier, qui restera dans l'histoire  de la gestion de ces dossiers, comme probablement l'abcès le plus  honteux, l'espèce de furoncle qui a longuement entaché la France.  L'entendre le revendiquer, ce lieu, qui était un lieu dépourvu d'hygiène, de sécurité, etc., et que N. Sarkozy a bien fait de fermer, au grand  soulagement, y compris, de beaucoup de dirigeants socialistes. Elle a  commencé à répondre à R. Duchemin en disant, "je connais bien le  dossier". Je crains pour elle qu'elle vienne de faire la preuve, un, qu'elle  ne le connaissait pas, et deux, que le Parti socialiste, sous sa houlette,  n'est toujours pas un parti responsable sur ces dossiers. 
 
Voilà la réponse d'E. Besson "aux bêtises", entre guillemets, de  M. Aubry. Si c'était le camp des passeurs, pourquoi avoir prévenu  de votre opération une semaine avant ? Les passeurs ont eu tout le  temps de disparaître... 
 
La réponse est dans votre question. Le but, ce n'était pas d'interpeller  des dizaines ou des centaines de migrants. Il y en a eu finalement 276  qui ont été interpellés. C'était de casser leur outil de travail. Les  passeurs eux-mêmes, les plus lourds, ils ne sont jamais en France. Ils  sont "tranquillement" - entre guillemets - planqués dans leur pays  d'origine. Ce sont des seconds couteaux au propre comme au figuré,  parce qu'ils ont des armes dans ces camps qui sont là. Ce que nous  voulons, ce que nous voulions, c'est casser leur camp de base. Cela n'a  pas été la seule opération. J'entendais qu'on dit "coup médiatique",  c'était une autre formule de M. Aubry. Accessoirement, j'indique  qu'aucune invitation de presse n'avait été faite, que les journalistes sont  allés spontanément sur place. 
 
On a eu quelques fuites que c'était s'en doute hier matin, mais  effectivement, jusqu'au déclenchement, on n'en était pas certains. 
 
Il y a peut-être eu des fuites, mais je n'ai pas invité la presse mais elle  est libre de venir. Et cela dit, j'assume le fait que dans la  communication, il y a de la pédagogie et il y a un message clair : les  passeurs ne font pas la loi en France. Ce message là, je l'assume. 
 
Vous nous dites 276 immigrés clandestins arrêtés hier. Mais R.  Place, notre reporter sur place, en a retrouvé un, le soir même, déjà  libéré dans les rues de Calais. Ecoutez...
 
 Un ex de "la jungle" : La police m'a emmené et j'ai passé trois heures  au centre de rétention. Ils m'ont libéré. Je suis malade, j'ai la gale c'est  pour cela qu'ils m'ont relâché sans rien. Je n'ai aucune idée de  l'endroit où je vais dormir. Ils ont détruit ma tente dans "la jungle". Je  ne sais vraiment pas quoi faire. 
 
Seulement trois heures d'arrestation, et puis cet Afghan est libéré.  Cela a été le cas de beaucoup d'entre eux ? 
 
Il doit y avoir une erreur dans le reportage parce que ceux qui ont été  libérés pour cas de gale ont été instantanément amenés à l'hôpital. 
 
D'où il a dû sortir j'imagine... 
 
C'est ce que j'allais vous dire. Simplement, quand on est en France,  quand vous êtes à l'hôpital, vous êtes libre, vous pouvez signer une  décharge et sortir. C'est peut être ce qu'il a fait. Mais les juges ont  libéré les quatre personnes qui étaient atteintes de la gale, ils ont bien  fait. Cela vous montre à nouveau à quel point l'objectif premier n'était  pas les migrants mais d'essayer de détruire l'un des maillons de la  chaîne des passeurs. Le préfet depuis plusieurs semaines a démantelé  des squats et des campements le long de la côte. Nous allons continuer  l'opération. L'objectif c'est quoi ? Que les passeurs cessent de faire  payer extrêmement cher. Je vous ai dit, le tarif Grèce-Calais,  aujourd'hui, c'est 15.000 euros et ensuite, lors de chaque tentative de  passage vers le Royaume-Uni, c'est 500 à 1.000 euros. Elle est là la  réalité. Elle est au sens propre inhumaine pour reprendre les termes qui  étaient évoqués tout à l'heure. Et si vous montrez qu'il n'y a plus cette  possibilité de campement, qui était le leur, vous avez une chance  statistique réelle de les empêcher de vendre si cher leurs tickets  supposés d'entrée vers l'Angleterre. 
 
Sur les 276 personnes arrêtées hier, moins les 4 qui souffraient de la  gale, cela fait 272, que vont-ils devenir ? 
 
D'abord, il y a des majeurs et des mineurs. Vous avez vu peut être les  images les plus émouvantes hier, c'était les mineurs qui étaient arrêtés.  Moi aussi, ces images m'ont touché, je le dis très sincèrement. J'ai juste  une remarque à faire. Si les mineurs sont restés, c'est parce que la  France se distingue comme étant celle qui ne reconduit jamais les  mineurs étrangers isolés à la frontière. Nous sommes un des rares pays  dans le monde à le faire. Partout dans le monde, il y a des mineurs  étrangers qui arrivent donc sans document, ils sont reconduits à la  frontière. La France ne le fait pas. Il y a des centres d'hébergement  spécialisés et ils sont depuis hier au soir dans les centres d'hébergement  spécialisés. Je voulais vous dire aussi autre chose, qu'il faut toujours  garder en tête : la France est le pays d'Europe le plus généreux en  matière d'asile. C'est nous qui accordons le plus de titre de réfugiés  politiques en Europe, et même, depuis quelques semaines, dans le  monde. Nous sommes passés devant les Etats-Unis et le Canada. Donc  la France respecte scrupuleusement sa vocation de terre d'asile, mais  nous ne voulons pas de la loi des passeurs. C'est ce que j'essaie  d'expliquer ce matin. 
 
Je vous avais interviewé peu après votre nomination au ministère  de l'Immigration. Vous m'avez expliqué avec beaucoup de  conviction que les tests ADN pour les candidats au regroupement  familial étaient indispensables pour lutter contre les fraudes, et  aujourd'hui, N. Sarkozy nous dit, « tout le monde sait bien que cela  ne sert à rien, ces tests ADN »... 
 
J'ai dit en permanence que la loi qui avait été votée était extrêmement  contraignante, parce qu'après les polémiques, qui n'étaient pas  subalternes, qui avaient eu lieu... 
 
Vous l'avez très bien expliqué sur France Info il y a encore une  semaine. Mais simplement, c'est le paradoxe entre votre conviction  d'il y a un peu plus d'un an et puis le fait que maintenant, le  président de la République lui-même nous dit que cela ne sert à  rien. Donc c'était une opération médiatique ? 
 
J'ai dit que les tests ADN ne méritaient pas nécessairement la  diabolisation. Peut-être qu'à dix ans ou à quinze ans, si on se projette,  nous aurons vous et moi une signature génétique comme nous avons  une signature électronique. Aujourd'hui, cela fait polémique. A la suite  de cette polémique, il y a eu des précautions totalement légitimes qui  ont été prises. Et j'ai dit que je n'étais pas capable de respecter l'esprit  et la lettre de la loi. A titre personnel, mais ce n'est plus le ministre qui  parle, c'est moi à titre personnel, je n'ai jamais été convaincu de  l'intérêt de ces tests ADN et j'ai constaté qu'en France, comme à  l'étranger, il suscitait une polémique qui n'avait rien à voir avec  l'image que doit donner notre pays. 
 
Mais ma question exactement, c'était : est-ce que vous êtes d'accord  avec le président de la République quand il dit, « tout le monde sait  bien que cela ne sert à rien » ? 
 
D'abord, ce sont des propos privés donc apocryphes. Mais Je viens d'y  répondre indirectement. 
 
Un dernier mot : la presse annonce la sortie bientôt d'un livre de  votre ex-épouse, qui parle beaucoup de vous et de votre divorce.  Cela vous ennuie ? 
 
Cela ne me fait pas plaisir, mais j'ai appris à être libéral, même en ces  matières, au sens britannique du terme, c'est-à-dire tolérant et ouvert. Je  n'ai pas le choix de toute façon. 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 28 septembre 2009
 

Rechercher