Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, premier vice-président de l'UMP, à La Chaîne Info le 5 octobre 2009, notamment sur le malaise social à France Telecom, la "votation" populaire sur le statut de La Poste et sur la réforme constitutionnelle instituant le réferendum d'initiative populaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, premier vice-président de l'UMP, à La Chaîne Info le 5 octobre 2009, notamment sur le malaise social à France Telecom, la "votation" populaire sur le statut de La Poste et sur la réforme constitutionnelle instituant le réferendum d'initiative populaire.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. UMP, premier vice-président

ti : C. Barbier.- Changement de tête tout en haut de la hiérarchie de France Télécom, puisque S. Richard devient codirecteur exécutif, P. Ollivennes s'en va. C'est une bonne réponse à la vague de suicides ou faut-il quand même que D. Lombard finisse par tirer les leçons et s'en aller vite ?
 
C'est une réponse. Nous voulions un changement de stratégie sociale, il y a un changement d'équipe exécutive. C'est une réponse, il est très important que la direction de France Télécom envoie un message de confiance pour les salariés dans l'avenir de l'entreprise. Nous sommes dans une situation grave, et je pense que ce geste est une initiative heureuse.
 
Faut-il aussi un changement de stratégie du côté de la réforme de La Poste, après le succès de la votation de samedi - plus de deux millions de participants -, est-ce qu'il faut envisager un référendum national en lieu et place de la loi qui est en gestation ?
 
 C'est de la fausse démocratie, cette démocratie participative. En fait, on bourre les urnes avec une information mensongère.
 
Vous contestez qu'il y a eu deux millions de personnes, vous pensez qu'on a rajouté des bulletins ?
 
Je pense qu'il est clair qu'on a eu des informations mensongères, puisque la loi le dira : il n'est pas question de privatiser La Poste.
 
On nous a dit ça aussi pour GDF.
 
Non, ne dites pas ça puisque dans le texte de la loi, pour ce qui était de GDF, il n'y aura pas, il n'y a pas de privatisation. Nous nous engageons à ce qu'il n'y ait pas de privatisation et ce sera dans le texte. Donc, on peut rester calme, et donc on a fait au fond un référendum contre la privatisation, eh bien finalement, moi j'aurais pu voter ce référendum, parce que je suis contre la privatisation. Je suis pour un changement de statut parce que La Poste ce n'est plus la distribution des lettres, c'est maintenant de l'industrie, c'est de la distribution des colis. Et donc, c'est aussi une banque - nous avons fait La Banque postale. La Poste a changé, ce n'est plus La Poste d'il y a vingt ans, c'est une nouvelle entreprise avec un nouveau statut.
 
Société anonyme, elle pourra chercher des capitaux, donc s'ouvrir à des actionnaires privés, donc s'auto-privatiser ?
 
Elle devra acheter des avions, acheter peut-être des trains, faire en sorte qu'elle soit capable d'avoir des grandes usines de tri, comme aujourd'hui ces centres de tri très modernes. Et donc, il faut une souplesse, et surtout qu'elle ait le même statut que ses concurrents, pour avoir les mêmes possibilités d'action.
 
On s'aperçoit, au passage, que la Constitution a été modifiée il y a plus de 14 mois, mais que les modalités d'organisation du référendum, qui nécessite une loi organique, sont toujours en rade. La majorité aurait-elle peur de rendre possibles ces référendums citoyens ?
 
Pas du tout. La majorité là-dessus est tout à fait ouverte, mais n'oublions pas que le Parlement aura son mot à dire dans ce référendum citoyen, c'est-à-dire que c'est une interpellation des citoyens sur le Parlement...
 
Pour qu'il fasse une loi.
 
Pour qu'il fasse une loi, et donc dans ce domaine-là, nous avons progressivement mis en oeuvre la réforme de la Constitution, mais je vois bien qu'au fond la gauche s'est battue contre cette réforme de la Constitution, elle s'est battue contre le référendum d'initiative populaire, et aujourd'hui, elle nous le propose ! Mais moi je dis attention à cette démocratie participative, parce que qui est représentatif ? Le peuple français, et pas une partie du peuple français. Je me méfie de ces comités. Même s'il y a deux millions de personnes, ce n'est pas le peuple. Au fond, la démocratie, c'est l'ensemble du peuple, c'est la nation. Faisons attention à toutes ces manoeuvres qui font des comités ici, des groupes là, voire des référendums partiels ailleurs, et tout ceci laissant penser qu'il y a une majorité de Français. A deux millions, ce n'est pas une majorité de Français. Revenons à des principes démocratiques : la démocratie c'est la majorité du peuple et rien que la majorité du peuple.
 
Alors, une vraie majorité du peuple a été réunie en Irlande, l'Irlande a ratifié le Traité de Lisbonne...
 
Bonne nouvelle !
 
Merci la crise économique quand même. Ils ont eu peur, ils reviennent dans le giron !
 
Merci la crise économique, je crois que vous avez raison de le dire. Merci aussi à l'Europe qui a su corriger sa copie. Merci aussi à la présidence française, à son président de la République qui a lui-même imaginé le traité simplifié, qui a remobilisé ses partenaires avec le nouveau traité de Lisbonne, et donc qui a fait en sorte qu'on puisse tenir compte de l'avis des Irlandais pour leur proposer une solution améliorée.
 
Traité simplifié, Europe édulcorée ?
 
Pas du tout, puisque l'essentiel dans cette réforme des institutions, c'est ce que j'appelle le leadership, cette république de leadership qui s'installe en France, et on l'a vu avec N. Sarkozy à la présidence de l'Union européenne. Quand l'Europe est présidée, l'Europe avance. Il manquait un président à l'Europe. Nous allons avoir des institutions nouvelles, la politique européenne pourra être incarnée. Sans leadership aujourd'hui, il n'y a pas de lisibilité.
 
Incarnée notamment par un président pour deux ans. Cela pourrait-il vous intéresser comme poste ?
 
Il est clair que c'est un poste majeur mais je pense vraiment que c'est l'ensemble des institutions qui devront être étudiées ensemble, c'est-à-dire à la fois naturellement, le poste de président mais aussi le poste de ministre des Affaires étrangères. Et je pense qu'il est important que l'ensemble des partenaires européens décide des personnalités& qui sont emblématiques. Quelqu'un comme T. Blair, par exemple, me parait assez emblématique de ce que pourrait être une Europe moderne qui veut exister sur l'échiquier politique mondial.
 
Venant d'un pays pas très europhile, T. Blair...
 
Mais lui-même étant justement une force européenne à l'intérieur d'un pays que ne l'est pas trop. Et donc ce serait utile et ce serait une bonne affaire pour l'Europe que d'avoir un Anglais européen.
 
Pour le poste consacré aux Affaires étrangères, on parle de B. Kouchner, d'H. Védrine... La France a des candidats ?
 
Je pense qu'il y a assez peu de chance la France ait ce poste-là. Je pense qu'il faudra répartir entre 27 pays. Et donc, je ne suis pas sûr qu'un Français pourra être dans cette fonction. M. Barnier est candidat à une fonction, au nom de la France, importante, dans la Commission. Je pense que c'est le premier français dans nos institutions aujourd'hui.
 
Et vous, une fonction européenne, une responsabilité européenne ?
 
Je ne suis à la recherche de rien du tout. Dans "ancien Premier ministre", "ancien" veut dire "libre" et donc j'aime beaucoup cette liberté.
 
Vous souhaitez la candidature de C. Jouanno face à S. Royal dans votre région de Poitou-Charentes, est-ce que C. Jouanno vous a dit oui ?
 
Pour le moment, rien n'est décidé. Elle n'a pas dit non, et c'est une ouverture importante. Je pense que c'est une femme jeune, une femme Page 19 sur 20 Journaux et invités du matin - Dept. Revues de presse - 01 42 75 54 41 05/10/2009 https://rpa.applications.pm.gouv.fr/journaux_et_invites.php3?date=2009-10-05 talentueuse ; D. Bussereau a également des talents. H. de Richemont, notre chef de file actuel, est quelqu'un qui fait un travail remarquable ; nous déciderons de notre organisation à la fin du mois d'octobre.
 
C'est parce qu'elle n'a aucune chance de gagner face à S. Royal que vous l'envoyez là-bas comme novice ?
 
Pas du tout ! Elle est plus jeune, plus écologique que la présidente sortante, et donc je crois qu'elle peut la battre. Mais nous verrons cela avec l'ensemble des militants d'une part et les dirigeants de notre parti à la fin du mois d'octobre. Nous avons un conseil national fin novembre, et c'est à la fin novembre que nous annoncerons l'ensemble de nos têtes de liste. Je peux vous dire que le conseil national de l'UMP aura lieu le 28 novembre.
 
Vous serez entendu mercredi au tribunal dans l'affaire Clearstream. Au premier semestre de 2004, vous étiez Premier ministre, est-ce D. de Villepin, J. Chirac vous ont parlé de ces fameux listings ?
 
J'ai répondu à ces questions devant les juges d'instruction. Je redirai à la barre ce que j'ai dit aux juges. J'ai été prévenu début juillet, à la veille de la publication par Le Point. Et donc, à partir de ce moment là, j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de l'époque de faire les vérifications nécessaires, puis ensuite, la justice a été ouverte et je me suis tenu à l'écart de cette affaire. Ce n'est ni ma vision de l'action publique, ni mes pratiques de l'action publique que de participer à de telles manoeuvres.
 
C'était D. de Villepin le ministre de l'Intérieur. F. Bayrou trouve dément que l'on propose de l'argent à des élèves pour qu'ils soient assidus, et vous ?
 
Il n'a pas tort sur ce sujet. Je ne suis pas, avec F. Bayrou, en accord complet, mais sur ce sujet, récompenser par une prime financière les élèves, cela me parait être quelque chose d'assez bizarre. Donc je trouve l'idée saugrenue.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 5 octobre 2009

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