Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 7 octobre 2009, sur l'organisation de vols groupés de migrants vers l'Afghanistan, le démantèlement de la "jungle" de Calais et le sort des mineurs étrangers isolés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Éric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 7 octobre 2009, sur l'organisation de vols groupés de migrants vers l'Afghanistan, le démantèlement de la "jungle" de Calais et le sort des mineurs étrangers isolés.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : J.-J. Bourdin.- Je vous pose la question directement : avez-vous renoncé à tous vos projets d'expulsion de migrants afghans vers l'Afghanistan ?
 
Non. D'ailleurs, le président de la République a été très clair sur le sujet la semaine dernière à la télévision. Il a dit textuellement : "je vous annonce qu'il y aura des vols groupés, des reconduites forcées à la frontière, avec les Britanniques. Sur ce sujet, la question est très simple...
 
Il y aura bientôt d'autres vols ?
 
Il y en aura, sous réserve, je l'ai dit depuis le premier jour, la première minute, qu'un certain nombre de conditions soient remplies. Que nous puissions être certains que des personnes soient en sécurité lorsqu'elles arrivent à Kaboul. Que, deuxièmement, il y ait la possibilité d'une aide à la réinstallation. Donc ces choses ne se font pas aisément.
 
C'est la raison pour laquelle le vol prévu hier n'a pas eu lieu ?
 
Je ne veux entrer dans les détails. On n'a pas à mettre sur la place publique les projets, les absences de projet etc., sinon... ce n'est pas ma vocation.
 
Mais est-ce que l'information était vraie ou pas ? Est-ce qu'un vol devait partir, quitter la France, un vol groupé avec la Grande- Bretagne ?
 
Il y avait un vol britannique. Je vous l'ai dit, je ne veux pas commenter.
 
C'était vrai ou pas l'information, sans vouloir commenter, je vous demande simplement si c'était vrai ou pas ?
 
Je crains que vous puissiez me poser quatre fois la question et que vous ayez quatre fois la même réponse.
 
Vous ne voulez pas nous dire si c'était vrai ou pas ?
 
Je ne commenterai pas parce que si j'entre dans ce schémas-là, demain vous me poserez la question "est-il vrai qu'il y a un vol prévu dans trois jours dans six jours dans quinze jours etc.", et je devrais faire le même exercice. Je vous dis donc que je ne commente pas. Mais je veux, si vous le voulez bien, d'un mot, expliquer la situation : nous sommes face à des mafias. Nous avons des filières de l'immigration clandestine qui sont devenues des filières criminalisées, très professionnelles. Sachez que pour passer de l'Afghanistan à Calais, le ticket vaut entre 12, 15 parfois 20.000 euros. Face à cela, que faisons-nous ? Vous savez que les Britanniques ne veulent pas que ces migrants entrent sur leur territoire. Donc ils stationnent en France. Qu'est-ce que nous faisons ? Disons que ceux qui ont droit à la protection internationale, c'est-à-dire ceux qui méritent le statut de réfugiés, peuvent nous le demander. Récemment, soixante Afghans l'ont fait. D'autres, ceux qui demandent le retour volontaire, 180 l'ont fait, bénéficient de...
 
Depuis quand 180 ?
 
180 depuis trois, quatre mois, depuis que j'ai annoncé la fermeture de la, entre guillemets, "jungle".
 
Combien touchent-ils pour entrer chez eux ?
 
Cela dépend. C'est autour de 4.000, 5.000 euros...
 
...Par réfugié ?
 
Par réfugié. Il y a des adaptations en fonction de la situation individuelle. Et nous disons qu'on entre en France légalement, qu'on n'a pas vocation à rester sur le territoire français si on est entré illégalement, si on ne veut pas l'aide volontaire. Si on n'a pas le statut de réfugié politique, or vous savez que la France est extrêmement généreuse en matière de protection, puisque nous sommes le pays le plus généreux en matière d'asile en Europe, et même maintenant le plus demandé dans le monde. Nous sommes passés devant les Etats-Unis et le Canada. Donc je vous confirme que dans ces conditions, renvoyer un message aux passeurs, qui est un message de fermeté, oui, la France reconduira à la frontière dans les douze nationalités qui sont représentées dans le Calaisis.
 
Je vais revenir sur ce qui s'est passé à Calais il y a quinze jours. Mais un : vous me confirmer qu'il y aura des charters de retour en Afghanistan.
 
Il n'y aura jamais de charter. Je n'aime pas cette expression. Il y aura des reconduites à la frontière si les conditions sont réunies, je vous l'ai dit. Si les conditions sont réunies, il y en aura.
 
Vous ne voulez pas aller trop vite si j'ai bien compris ?
 
Exactement.
 
Vous êtes prudent, vous ne voulez pas allez trop vite ?
 
Oui, il y a des personnes, il y a la dignité humaine, et la France est une terre des droits de l'homme.
 
Alors tous les arguments, le plan de vol, l'Azerbaïdjan, tout ça, ça tombe à l'eau ?
 
Je vous ai dit tout à l'heure que je ne commenterai pas.
 
Ce n'était pas du tout, finalement, l'actualité ?
 
Vous êtes à Lille...
 
Je ne suis pas à Lille...
 
Mais je vous ai dit que je ne commenterai pas.
 
C'est mon rôle E. Besson !
 
Vous souhaitiez que l'on revienne sur l'opération de Calais ?
 
Oui, je souhaitais l'on revienne sur l'opération de Calais. Vous avez dit tout à l'heure "nous chassons les passeurs", tout le monde est d'accord avec vous, sauf que quand on annonce qu'on va organiser le démantèlement de la "jungle" de Calais, vous pensez bien que les passeurs, eux, sont au courant de l'actualité et la suivent, et il y a bien longtemps qu'ils ont déguerpi ces passeurs !
 
Cela ne m'a pas échappé. Mais je n'ai jamais dit "nous chassons les passeurs", j'ai dit "nous allons démanteler l'outil de travail principal des passeurs, cette base arrière, ce camp, cette décharge sordide à ciel ouvert où les gens étaient exploités, violentés. Ce n'était pas un gentil camp humanitaire, c'était un camp où l'on payait très cher et où, en plus, on était rackettés violentés, etc. Donc la réalité, c'est que depuis trois ou quatre mois, avec les services de l'Etat, avec le préfet et le sous-préfet sur place, nous démantelons camp après camp les bases arrière des trafiquants et des passeurs. Les trafiquants et les passeurs principaux, on sait très bien qu'ils ne sont pas en France. Ils sont en Afghanistan, au Pakistan, pour certaines autres routes au Nigeria. Trois des cinq sous-lieutenants ou lieutenants principaux des passeurs ont été arrêtés 48 heures après. Lorsqu'on pose le résultat de la question de Calais, les chiffres sont flagrants : il y avait à peu près 1.500 migrants illégaux sur Calaisis il y a trois, quatre mois, les services de police viennent de donner une indication très précise, on est entre 200 et 300. Ce qui veut bien dire que l'effet dissuasif, et là où vous avez raison c'est que j'ai dit et je redis, que ce n'est pas aux migrants qu'on s'en prend, mais qu'on veut démanteler les filières de l'immigration clandestine, il faut casser le calcul rationnel des passeurs, faire en sorte qu'ils ne puissent plus faire payer très cher ces pauvres malheureux pour essayer de passer clandestinement en Angleterre.
 
On parle de la "jungle", de cette jungle de Calais : 276 personnes arrêtées, c'est bien cela, des mineurs, des majeurs, parmi ces personnes-là. Les mineurs ont été relâchés...
 
Non, non, non ! Les mineurs, vous savez que la France se caractérise par sa grande générosité, la France ne reconduit jamais à la frontière un mineur étranger isolé.
 
Que fait-on de ces mineurs ?
 
Sur décision de justice, nous les avons placés dans des centres d'hébergement, des centres sociaux adaptés à leur situation où ils sont libres, ça c'est une autre caractéristique de la France, ce qui fait qu'ils peuvent...
 
Beaucoup ont quitté ces centres, vous le reconnaissez ?
 
Un sur dix. C'est-à-dire qu'il y en avait 135, il y en a 95 qui sont restés volontairement dans ces centres.
 
Et 40 qui sont allés où ?
 
Et 40 qui sont...
 
A Calais ?
 
...qui sont repartis à Calais ou ailleurs, etc., puisque la France n'oblige pas ces jeunes étrangers isolés à rester. Et ceux qui sont restés, je veux dire qu'ils sont très bien traités, nourris, logés, etc. Mais surtout, avec des éducateurs...
 
Heureusement qu'ils sont nourris et logés, heureusement qu'ils sont nourris !
 
Bien sûr, c'est l'évidence. Enfin, excusez-moi, ils ont payé très cher, ils ont voyagé dans des conteneurs, la France leur offre son hospitalité, et elle leur offre surtout un...
 
Ça paraît logique, le pays des droits de l'homme ça paraît logique...
 
...un projet de vie, c'est-à-dire que nous allons leur proposer d'être scolarisés, d'avoir une orientation professionnelle, etc. Donc je crois que la France...
 
Nous jouons notre rôle.
 
...que la France n'a pas à rougir de ce qu'elle fait.
 
Il y 140 personnes arrêtées, des majeurs placés en centre de détention, 132 ont été libérés, c'est cela ?
 
Non, non...
 
Je ne sais, ce sont les chiffres qui circulent partout !
 
Oui, ils circulent... Des associations...
 
Les dépêches AFP !
 
J'ai compris. Mais vous noterez les contradictions des associations, puisqu'elles disent à la fois que tout le monde a été libéré...
 
Je ne veux pas rentrer dans le débat avec les associations...
 
Je suis en train de vous répondre ! Elles disent à la fois que tout le monde a été libéré, et qu'il y aurait une cinquantaine de personnes que nous serions sur le point de faire monter dans un avion pour aller en Afghanistan. Vous noterez la contradiction. La réalité...
 
Donc personne ne devait partir en Afghanistan, si je vous comprends bien ?
 
...il y a une cinquantaine de personnes qui sont aujourd'hui dans des centres de...
 
Si je comprends bien, personne ne devait partir en Afghanistan ?
 
J'ai compris votre question, on en a parlé abondamment au début. Il y a une cinquantaine de personnes qui sont dans des centres de rétention. Simplement...
 
Sur 140...
 
...nous sommes dans un pays de droit, nous avons des juges des libertés et de la détention, un certain nombre de juges "ont cassé", entre guillemets, les procédures qui ont été faites, et ont libéré les étrangers en situation irrégulière. La réalité, c'est celle-là.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 octobre 2009

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