Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France-Info le 9 octobre 2009, sur la polémique autour du livre "La mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand, le plan d'action d'urgence de lutte contre le stress au travail et les relations entre le gouvernement et la majorité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France-Info le 9 octobre 2009, sur la polémique autour du livre "La mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand, le plan d'action d'urgence de lutte contre le stress au travail et les relations entre le gouvernement et la majorité.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : Bonjour.
 
Vous avez entendu hier soir les explications de F. Mitterrand sur sa "mauvaise vie" passée - c'est le titre de son livre - et notamment sur le sujet du tourisme sexuel. L'avez-vous trouvé convaincant ?
 
Je vais vous dire : je l'ai trouvé d'abord émouvant, sincère et il a répondu à deux interrogations que nous étions très nombreux à nous poser, comme d'ailleurs les Français, je crois. La première concernant la pédophilie ; il a été très clair en la condamnant avec la plus grande force. Il s'agit là d'un fléau que nous combattons tous avec beaucoup, beaucoup d'énergie et de détermination. Et puis, deuxièmement, il a condamné le tourisme sexuel, ce qui, là aussi, était quelque chose sur laquelle il fallait être tout à fait clair. Il l'a été. Voilà. Donc, je pense que sur ces deux sujets, qui étaient des sujets lourds, importants sur lesquels s'était déclanchée une polémique d'une très, très grande violence, il fallait qu'il s'explique. Il l'a fait avec encore une fois avec beaucoup de sincérité et je crois qu'il a été convaincant.
 
Il a quand même reconnu ses propres erreurs, notamment sur le sujet du tourisme sexuel. La conclusion de l'histoire c'est donc qu'on peut faire ce type d'erreur et rester ministre de la République.
 
La situation est un peu différente que celle que vous dites, si je peux me permettre, parce qu'il y a entre temps un livre qu'il a écrit il y a quatre ans, qui a connu un succès de librairie d'ailleurs considérable à l'époque où il est sorti. Il est entré au Gouvernement, si je puis dire, en connaissance de cause. Et d'ailleurs, les journaux, vos confrères notamment la presse écrite, ont fait des couvertures extraordinairement élogieuses quand il est entré au Gouvernement, sachant que ce livre existait, qu'il l'avait écrit. Je n'ai pas le souvenir qu'au moment où ces couvertures de magazines sont sorties, ces articles élogieux ont été écrits par la presse française, personne n'a fait de ce livre un élément-clé dans un sens ou dans un autre. J'invite là aussi à méditer sur ce point-là, parce qu'au-delà de la polémique, je pense qu'il est bien de ne pas être hypocrite.
 
Donc, la question de la démission ne se posait en aucun cas, d'après vous ?
 
Enfin, elle se pose en tout cas, pas de mon point de vue à moi, elle se pose du point de vue du président de la République et de F. Mitterrand. L'un et l'autre, si j'ai bien compris, en ont parlé et donc les choses de ce point de vu sont claires.
 
Le Gouvernement, finalement, a sauvé le soldat Mitterrand, mais la majorité se serait peut-être passée de cette polémique. Certains députés UMP ont critiqué l'ouverture à cette occasion. Et puis il y a C. Boutin qui prédit par exemple des ravages dans l'électorat.
 
On le verra bien. Je pense que d'abord il ne faut pas agir simplement avec l'idée : "hou, la, la, ceci ou cela, cette décision, cette réaction va avoir tel ou tel effet sur l'opinion publique". Je pense que l'opinion publique elle connaît tous ces sujets ; elle se fait sa livre opinion. Moi je peux comprendre très bien, je l'ai été moi-même, qu'on puisse être choqué par un certain nombre de choses dans cette histoire, notamment par rapport aux déclarations qu'a pu faire F. Mitterrand sur R. Polanski. Moi-même, je vous dis, je l'ai été. En même temps, l'opinion publique elle sait aussi ce que sont les hommes et les femmes qui s'engagent pour notre pays. Comme tous les Français, ils ont leur vie. Je pense en particulier qu'il faut dire dans ce moment précis que le combat contre l'homophobie doit être aussi une exigence dans notre famille politique.
 
Vous pensez donc que C. Boutin se trompe quand elle prédit un effet néfaste dans cette affaire ?
 
Je ne sais pas, je ne sais pas. D'abord parce que moi je ne suis pas le champion des prédictions. Je suis moins fort qu'elle. Ensuite parce que, on verra bien. Il est fort probable que l'opinion publique, pour une part d'entre elle, vive négativement cette période, je peux le comprendre parfaitement. Je crois en même temps que nous avons dit l'essentiel sur ce sujet et qu'il nous faut revenir aux grands sujets qui occupent le pays maintenant.
 
Justement, parlons de la souffrance au travail, puisque vous dites à propos des suicides à France Télécom finalement que le Gouvernement n'a pas été assez loin en obtenant simplement la démission du numéro 2 de l'entreprise. Vous dites qu'il faut travailler davantage sur ce dossier.
 
Je dis qu'en tout cas, nous les députés de la majorité, on va se coller à ce sujet, parce qu'en réalité c'est un sujet qui a sauté aux yeux de beaucoup à travers la tragédie, les tragédies successives à France Télécom, qui ne sont rien d'autre qu'un révélateur de ce qui se passe en France. Il y a dans un certain nombre d'entreprises, même s'il ne faut pas oublier que beaucoup d'entre elles de ce point de vue fonctionnent bien, mais il en est un certain nombre de chefs d'entreprise, de dirigeants d'entreprise, qui laissent leur salarié dans des situations de détresse psychologique parce que ce n'est pas pris en compte.
 
Vous avez d'ailleurs rencontré l'intersyndical de France Télécom.
 
Exactement.
 
Vous avez entendu des témoignages absolument incroyables. De quel ordre ?
 
J'ai entendu, tout simplement parce que les responsables de l'intersyndicale de France Télécom nous ont raconté un certain nombre de choses qui, nous députés puisque nous étions deux à entendre ce qu'ils nous racontaient avec mon collègue J.-F. Poisson, nous avons été extrêmement choqués de voir que dans une très belle entreprise, très grande entreprise comme France Télécom, on a pu arriver à de telles situations d'extrémité. Ce que je voudrais vous dire c'est que dans ce contexte, moi j'ai décidé de conduire une réflexion avec mes amis députés.
 
Par exemple, quel type de situations critiques à ce point ?
 
C'est tout simplement à travers la politique de mobilité obligatoire. Par exemple, au bout de trois ans, un certain nombre de cadres doivent respecter un programme qui s'appelle "Time to move", je crois, ou "Time to go" qui consiste à dire qu'au bout de trois ans, quoi qu'il arrive, vous devez changer de région. Le problème c'est qu'on a une vie familiale et qu'on peut parfaitement avoir envie de travailler, puis avoir une femme qui a trouvé un travail dans une région donnée, des enfants scolarisés. Ce système obligatoire ne correspond pas à notre culture...
 
(Question inaudible.)
 
Bien sûr, il n'est pas de nature à permettre à nos compatriotes qui sont salariés dans les entreprises à donner le meilleur d'eux-mêmes. Je me bats pour que nos entreprises soient compétitives, pour empêcher les délocalisations. Mais on arrivera à rien en matière de compétitivité d'entreprise si on n'a pas en tête que les salariés qui portent l'entreprise toute la journée, qui portent sa réussite, doivent être bien, doivent être considérés, doivent être respectés, doivent être associés à la stratégie de l'entreprise. L'idée que seul le dirigeant de l'entreprise sait qu'on ne peut pas associer dans la réflexion de l'entreprise, comme d'ailleurs dans les résultats et la rémunération, tous les salariés est une folie. Nous sommes en 2009, dans un pays où on a besoin de participer ensemble, d'être coresponsables.
 
Vous planchez donc sur ce sujet avec les députés UMP. Vous l'avez annoncé hier soir à la télévision. Et puis, ce matin, X. Darcos, lui, annonce un plan d'urgence sur ce sujet. Vous étiez au courant ?
 
Bien sûr.
 
Il vous coupe l'herbe sous le pied, ou c'est vous qui lui avez grillé la politesse précédemment ?
 
Non, pas du tout. J'étais parfaitement au courant, comme lui d'ailleurs est parfaitement au courant que j'ai lancé ce groupe. Cela s'appelle la coproduction des réformes, voilà. Nous souhaitons, nous les députés, travailler avec le Gouvernement pour être utiles aux Français. Et au lieu d'être simplement en attente que des textes nous arrivent, des textes de loi pour voter oui ou non, comme les godillots de l'ancien temps, nous députés nous voulons essayer de faire remonter du terrain ce que nous entendons, parce qu'on a le privilège, que n'ont pas forcément les ministres, d'être dans nos circonscriptions toute la semaine.
 
Mais X. Darcos, lui, ne parle pas de coproduction. Il annonce son plan d'urgence.
 
Oui, mais en temps, il nous l'annonce en connaissance de cause. Je suis parfaitement informé de ce plan. Il s'inscrit d'ailleurs, et nous nous inscrivons dans la même démarche. On n'est pas là pour faire doublon. On est pour apporter une contribution qui naturellement sera de nature un peu différente de celle du Gouvernement. Le Gouvernement c'est Paris. Nous, nous sommes dans nos circonscriptions et l'idée c'est que l'on soit capable d'apporter...
 
Donc, vous, vous êtes le terrain, l'humain et puis le Gouvernement c'est plus technocratique, administratif ?
 
Enfin, je suis moins catégorique que vous.
 
Je vous pose la question.
 
Mais en tout cas, nous... Moi mon idée, c'est que nous on vient apporter les témoignages du terrain, et que le fait d'être député, ce n'est pas simplement pour être à Paris pour appuyer sur un bouton, les yeux fermés, oui ou non. Je crois que l'intérêt qui est le nôtre, c'est d'apporter notre contribution. Je pense que le temps où tous les managements se faisaient d'en haut, et que le bas attendait les consignes est un temps révolu. C'est vrai dans l'entreprise, c'est vrai aussi dans l'action publique.
 
Un dernier mot : dans la série des gentillesses entre les députés et le Gouvernement, E. Besson, visiblement, n'a pas aimé vos remarques sur la nécessité de vous avertir au moment où il a rayé de la liste les tests ADN. L'hebdomadaire L'Express lui prête des mots très durs à votre encontre.
 
Ecoutez, j'ai lu ça. Je me méfie toujours un peu des prêts de mots. Et pour tout vous dire, nous nous en sommes expliqué. Nous nous voyons dans quelques jours, parce que c'est tellement contraire à la réalité de ma relation avec lui, qui est une relation amicale, que je crois que tout cela doit se remettre en bon ordre. Pour le reste, sur cette affaire d'ADN, je l'ai dit, moi sur le fond j'étais tout à fait contre ce dispositif des tests d'ADN. Et ce qui m'a fait réagir ce n'était pas tellement que ce soit E. Besson ou tel ou tel autre ministre, c'était simplement de rappeler que quand on vote une loi et qu'il y a des décrets d'application, les ministres n'ont pas la liberté de dire : je prends le décret d'application ou je ne le prends pas. La loi les y oblige. Et je crois que c'est important que chacun ait cela en tête. Je l'ai dit à E. Besson, qui lui-même d'ailleurs l'a reconnu, et donc les propos qui lui sont prêtés, pour tout vous dire, je ne les crois pas un instant.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 octobre 2009

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