Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, à La Chaîne Info le 13 octobre 2009, sur la réforme des lycées, les mesures envisagées pour réduire l'absentéisme des élèves et la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l'établissement public d'aménagement de la Défense (EPAD). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, à La Chaîne Info le 13 octobre 2009, sur la réforme des lycées, les mesures envisagées pour réduire l'absentéisme des élèves et la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l'établissement public d'aménagement de la Défense (EPAD).

Personnalité, fonction : CHATEL Luc, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, porte-parole du gouvernement;

ti : C. Barbier L. Chatel bonjour.
 
Bonjour C. Barbier.
 
La réforme des lycées est présentée aujourd'hui par le président de la République. Pourquoi revenir à la charge après le retrait de la réforme précédente ? Est-ce que vous cherchez le passage en force ?
 
Notre lycée a besoin de se moderniser, C. Barbier. Depuis 30 ans on s'aperçoit que le lycée, il a ouvert grand ses portes, qu'il a accueilli tous les enfants de France, c'est l'école pour tous. Simplement aujourd'hui, le lycée français ne permet pas forcément la réussite de chaque élève. Ce que nous voulons, c'est qu'il n'y ait pas que les bons élèves qui réussissent au lycée, ce que nous voulons c'est qu'à la fin des études de second degré, il y ait une solution pour chaque élève, c'est-à-dire soit une place en enseignement supérieur, soit une place dans les études, quelles qu'elles soient, soit une insertion professionnelle. C'est tout l'enjeu et l'objet de cette réforme.
 
Alors, pour qu'il y ait de bons lycéens, eh bien il faut des profs, on va vous répondre que malgré toutes vos propositions d'aujourd'hui, la suppression des postes, eh bien nuit à votre politique.
 
Le président de la République a eu l'occasion de s'exprimer dans son discours de Saint-Lô, sur ce sujet, il a indiqué que l'objectif de la réforme du lycée n'était pas la suppression de postes et de moyens et qu'elle se ferait donc à taux d'encadrement constant. Et j'ai eu l'occasion de rappeler en cette rentrée 2009 que les suppressions de postes, auxquelles nous opérions dans la Fonction publique et en particulier dans l'enseignement, n'avaient pas d'incidence, de conséquences, sur ce que l'on appelle le taux d'encadrement de manière générale, c'est-à-dire le nombre d'élèves par classe.
 
Alors, après les annonces d'aujourd'hui, vous annoncez deux mois de dialogue, mais avec qui, avec les lycéens, avec les profs ?
 
Ce que nous voulons, si vous voulez, regardons bien la méthode. D'abord, R. Descoings a fait un travail formidable ; il a été sur le terrain, il a rencontré les lycéens, il a rencontré des professeurs et il a mis sur la table un certain nombre de préconisations. Lorsque je suis arrivé au ministère de l'Education nationale, j'ai demandé aux différents acteurs - aux syndicats, aux parents d'élèves, aux lycéens -, de se positionner par rapport à ces préconisations et de me remettre leur philosophie, une note de recommandations pour le 1er septembre. Je les ai rencontrés à plusieurs reprises pendant l'été, nous avons travaillé et les propositions qui ont été la source de ce travail, vont être faites par le président de la République ce matin.
 
Eh bien, pourquoi ne pas passer à l'acte tout de suite, pourquoi encore deux mois de dialogue ?
 
Parce que nous fixons à la fois les grandes orientations, le cap, avec nos convictions philosophiques, c'est ce que fera le président de la République tout à l'heure. Simplement entre les grandes orientations et le détail d'une mesure d'une heure de cours, d'une matière dans chaque lycée, eh bien il y a une marge de discussions, il y a un travail qui doit être effectué, avec les différents acteurs, en particulier les syndicats.
 
C'était l'occasion de donner l'autonomie aux lycées, comme vous l'avez fait en universités, occasion manquée.
 
Vous verrez. Il y a, dans les propositions que fera le président de la République tout à l'heure, il y a des mesures qui vont dans ce sens.
 
Deux heures de soutien, par exemple, par semaine, en seconde, est-ce que ce n'est pas alourdir un emploi du temps déjà très chargé par rapport aux autres pays européens ?
 
Non, l'objectif n'est pas d'alourdir, et vous le verrez là encore, les lycéens français, vous savez, sont ceux qui ont le plus d'heures de cours des pays de l'OCDE. Ce que nous voulons, c'est enseigner différemment, c'est tenir compte davantage de chaque élève. Vous savez, l'Education nationale, elle doit à la fois donner des garanties au niveau national - des concours nationaux, des diplômes nationaux, des programmes nationaux - et en même temps, et c'est le défi de ce nouveau lycée, s'adapter à la situation de chaque élève, c'est-à-dire que nous devons faire davantage, pour des élèves qui ont peut-être des difficultés et qui risquent de décrocher. Je rappelle que 50 000 élèves, chaque année, sortent du lycée, sans rien, sans diplôme. Eh bien nous devons à la fois continuer à permettre l'excellence au lycée, c'est-à-dire permettre aux meilleurs d'aller aux classes préparatoires, aux grandes écoles, mais en même temps nous attaquer à ceux qui aujourd'hui sont laissés sur le bord du chemin.
 
On va pouvoir, d'ailleurs, changer de filière si on se sent dans une impasse. Est-ce que vous n'inventez pas le lycée zapping ?
 
Non, surtout pas, et surtout pas le lycée à la carte. L'idée, c'est que notre système d'orientation fonctionne trop aujourd'hui comme un couperet, comme un système imposé, subi par les élèves, et non réversible. Nous, nous voulons un système qui soit beaucoup plus progressif et réversible. A 14 ans, on n'est pas obligé d'avoir une vocation dans un domaine particulier, on peut être médiocre à l'école à 15 ans et être très épanoui dans une responsabilité professionnelle à 25. Simplement, il faut laisser la possibilité aux élèves, de s'orienter progressivement, et accepter le droit à l'erreur ; on a le droit d'aller, à 14 ans, dans une filière, et à 16, de s'apercevoir que ce n'est pas la bonne. Il ne faut pas que ce soit un sentiment d'échec pour les élèves.
 
Quand sera achevée l'expérience de cagnotte anti absentéisme ? On a l'impression qu'avec le scepticisme grandissant à droite, elle est mort-née.
 
Nous avons lancé plusieurs expérimentations pour lutter contre le décrochage. Il faut rappeler tout ça, il faut le replacer dans le contexte. D'abord, contre le décrochage, nous menons une politique de fond. La réforme du système d'orientation, c'est pour lutter contre le décrochage. Si on oriente mieux les élèves, si on leur donne des perspectives, il y a davantage de chances qu'ils ne quittent pas le système scolaire. Deuxièmement, avec M. Hirsch, nous avons lancé des moyens très concrets, précis, des plateformes de décrochage, pour détecter les élèves qui ne vont plus à l'école et qui ont besoin d'un accompagnement particulier. Et puis, nous multiplions les expérimentations, lycée par lycée, on prend quelques lycées, en l'occurrence dans celles que vous évoquez, trois lycées professionnels, pour regarder ce qui peut marcher.
 
Bilan à Noël ?
 
Alors, non, pas de bilan à Noël, nous allons laisser faire l'expérimentation sur cette année. Vous savez, le principe d'une expérimentation, c'est de la laisser vivre et derrière, de regarder les résultats et puis ensuite de décider si on l'arrête ou si éventuellement on l'étend.
 
Libéraliser et encadrer la vente du cannabis, est-ce que ça ne serait pas utile pour la vie des lycéens ?
 
Surtout pas ! Dans cette affaire de décrocheurs - vous savez, ces élèves qui, d'abord, ne viennent plus à une heure de cours, qui ne se lèvent plus le matin, qui ne viennent plus de la matinée au lycée, et puis qui ne viennent plus du tout - malheureusement, souvent, le cannabis est à l'origine de cela, et l'accoutumance. Donc, il n'est pas question de légaliser le cannabis, il est plutôt question de mener une politique offensive de lutte contre la drogue, et c'est ce à quoi le président de la République souhaite s'atteler. Il réunira dans les prochains jours, les ministres concernés sur ce sujet.
 
En politique, maintenant pour faire taire la polémique, est-ce que J. Sarkozy ne devrait pas renoncer, tout simplement, à prendre la tête de l'Etablissement public de la Défense ?
 
Vous savez, moi je suis extrêmement choqué par ce qui se passe. D'abord parce que le fait d'être fils du président de la République ne donne certes pas davantage de droits, mais ne donne pas non plus moins de droits. J. Sarkozy, il a été élu, il s'est confronté au suffrage universel, il a été élu conseiller général, il a...
 
Mais là, on lui dégage une place.
 
« On lui dégage une place » ! Attendez, il a ensuite été choisi par ses pairs, président de groupe. Il pouvait y avoir d'autres candidats, il y a une majorité large dans le Conseil général des Hauts de Seine, il a donc été choisi par ses pairs, puis à nouveau il est choisi par ses pairs, pour être proposé comme candidat. Moi, j'ai le sentiment, dans cette affaire, que nous avons de nouveau, en quelques jours, en l'espace de quelques jours, affaire à une chasse à l'homme.
 
40 000 signatures, quand même, sur le site Internet !
 
Oui, eh bien précisément, j'ai le sentiment que nous avons de nouveau affaire à une chasse à l'homme. Après F. Mitterrand, il faut abattre J. Sarkozy. Qui sera le prochain sur la liste ? Et j'ai beaucoup de mal à accepter qu'il y ait une espèce, je dirais, de collusion, en tout cas de collusion d'intérêts entre, à la fois, la gauche, une certaine presse, sur ce sujet. Moi, ce n'est pas ma vision de la politique, ce n'est pas ma vision de l'engagement personnel au service des autres.
 
Le Figaro, peu hostile au Gouvernement, dit ce matin, que Matignon voulait prolonger P. Devedjian en repoussant la limite d'âge et que l'Elysée s'y est opposé. Vous confirmez ?
 
Non, d'abord je n'ai pas d'information sur cette question. Ensuite, vous savez, on ne change pas les dispositions légales pour tel ou tel cas particulier. Il y a des règles qui existent pour les Sociétés d'économie mixte, qui sont le départ en retraite à 65 ans. Donc il n'y a pas lieu, pour un cas particulier, de modifier la règle.
 
L. Chatel, merci, bonne journée.
 
Merci à vous.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 octobre 2009

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