Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat chargée de l'outre-mer, sur le caractère stratégique des Iles Eparses pour la France de l'Océan Indien et sur leur préservation écologique, Paris le 5 octobre 2009. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat chargée de l'outre-mer, sur le caractère stratégique des Iles Eparses pour la France de l'Océan Indien et sur leur préservation écologique, Paris le 5 octobre 2009.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'outre-mer

Circonstances : Colloque "Iles Eparses, Terres d'avenir", au Sénat le 5 octobre 2009

ti : Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


Je suis naturellement très heureuse d'être parmi vous en cette fin d'après-midi pour parler d'un aussi beau sujet que celui des Iles Eparses.

Il faudra d'ailleurs que le Préfet m'y emmène, il me l'a promis, mais quand j'aurai une minute ..., ce qui n'est malheureusement pas garanti compte tenu d'un emploi du temps quelque peu chargé !


Je ne pense pas que ce colloque ait eu d'équivalent dans le passé. A cet égard, je félicite et je remercie très sincèrement le groupe d'étude du Sénat sur les pôles et les Terres australes d'avoir pris l'initiative d'organiser ce colloque en étroite association avec les TAAF.

Les îles Eparses sont en effet restées dans l'ombre des autres collectivités de l'océan Indien jusqu'à une époque récente.

Concordant avec la prise de conscience globale de la valeur du vivant, le rattachement des îles Eparses aux Terres australes et antarctiques françaises, depuis 2005, donne un coup de projecteur à ces possessions françaises que le Général de Gaulle avait pris grand soin de conserver.

Le choix de les intégrer aux TAAF par la loi organique du 21 février 2007 traduit la volonté du législateur de faire bénéficier ces îles, joyaux de la biodiversité mondiale, de l'expérience des TAAF dans la gestion de territoires isolés.

Après plusieurs années sous l'administration des TAAF, ponctuées de deux rotations du navire ravitailleur Marion Dufresne, dont une tournée exceptionnelle desservant toutes les îles cette année, il m'a semblé opportun d'envisager les perspectives d'avenir de ces îles.

Ce colloque est donc le coup d'envoi d'une démarche éclairée, collective et prospective au service d'un projet pour les Eparses.

Aussi, après cet après midi d'échanges dont on m'a dit qu'ils avaient été fructueux, permettez-moi de dégager les priorités et orientations que je souhaite voir mises en oeuvre.


* Présence et souveraineté

La première priorité qui se dégage est le maintien des conditions d'exercice de notre souveraineté. Celle-ci passe impérativement par une présence humaine effective.

Les forces armées de la zone sud de l'océan Indien (FAZSOI) assurent cette mission depuis 40 ans d'une manière exemplaire. On ne saurait mieux illustrer la nécessaire permanence, dans la durée, de la mission de souveraineté.

Mais les temps changent et les priorités fixées par le Président de la République dans le Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité nationale nous amènent à réfléchir à une certaine mutualisation interministérielle des hommes et des moyens. La rotation exceptionnelle du Marion Dufresne est déjà une première réponse apportée à cette nécessaire collaboration.

Je reste cependant très attachée à ce que nos forces armées continuent de participer, d'une façon ou d'une autre, à cette indispensable présence dans une région aussi stratégique.

J'attache donc la plus grande importance aux travaux du groupe de travail qui s'est réuni le 23 septembre dernier et dont je suivrai, via mon cabinet, les travaux avec beaucoup d'intérêt.


* Espaces maritimes

Ma deuxième priorité dans les îles Eparses est la mer.

Les richesses de l'océan dont nous avons la responsabilité au travers de nos ZEE doivent profiter davantage à l'ensemble de la France de l'océan Indien, de la Réunion à Mayotte en passant par les TAAF qui en constituent le trait d'union maritime. Ces ressources précieuses ne profitent pas encore suffisamment aux îles françaises riveraines.

Dans le prolongement du Grenelle de la mer, nous devons réfléchir aux meilleures conditions pour permettre aux armements locaux de se développer, au profit de l'emploi et de l'économie régionale.

Dans ce domaine, il convient de souligner le rôle fondamental des services en charge de la police des pêches, élément incontournable d'une gestion raisonnée. Je tiens à cet égard à remercier les services de l'Etat concernés ainsi que la Marine nationale pour leur action dans les îles Australes et les encourager à poursuivre les efforts menés actuellement dans les îles Eparses. Vous pouvez compter sur mon plein soutien pour que soient préservés les moyens nécessaires à la surveillance de nos zones maritimes et de leurs richesses.

Ces richesses halieutiques convoitées sont en effet l'une des clés du développement durable de nos outre-mers.

Je me félicite ainsi de ce que les TAAF et Mayotte aient signé le 29 avril 2009 une convention en vue d'harmoniser leurs pratiques de pêche et de favoriser un développement durable d'une pêche respectueuse des écosystèmes locaux. Cette avancée est la concrétisation de la récente extension, à nos zones du canal du Mozambique, du concept de« pêche durable et raisonnée » pour la pêche aux thonidés, déjà mis en oeuvre avec succès dans les australes, et j'encourage tous les acteurs à poursuivre dans cette voie.

Dans le même ordre d'idées, j'approuve l'objectif d'harmoniser les outils de gestion de l'environnement marin entre le Parc Marin en création à Mayotte et la future aire marine protégée que les TAAF envisagent dans l'archipel des Glorieuses.

C'est pourquoi je souscris pleinement à l'idée du préfet des TAAF d'une gestion concertée avec Mayotte des deux aires marines protégées, créées avec le concours de l'Agence des Aires Marines Protégées dont je salue l'action de son président, le député Jérôme Bignon (présent dans la salle).

Cette démarche novatrice est dans le droit fil des orientations fixées par le Président de la République lors de son discours du Havre du 16 juillet dernier et me paraît d'autant plus séduisante qu'elle permettra la mise en réseau des connaissances nécessaires à la gestion et la mutualisation des moyens (navires, personnels...).

Elle engendrera aussi d'importantes économies d'échelle. Symboliquement, elle est l'expression d'une coopération constructive entre collectivités d'outre-mer.


* Coopération régionale

Ces initiatives illustrent la troisième priorité que je dégage pour les Eparses : la coopération régionale. Le territoire des Eparses constitue un outil complémentaire aux actions menées depuis la Réunion ou Mayotte.

Ainsi, par exemple, des discussions avec l'île Maurice sont en cours afin de mettre en oeuvre un accord-cadre relatif à la cogestion économique, scientifique et environnemental à Tromelin et dans les espaces maritimes environnants.

Egalement, nos collectivités d'outre-mer, comme les TAAF, doivent participer aux travaux des enceintes internationales telles les organisations régionales de pêche.

L'expérience acquise par les TAAF de gestionnaire du plus grand espace naturel préservé ainsi que de pêcheries durables reconnues doit être valorisée à l'international.

Le statut, aux yeux de l'Union Européenne, de « pays et territoire d'outre-mer » des TAAF offre à notre pays la possibilité d'y siéger indépendamment de l'Union Européenne et donc, potentiellement, d'y défendre une position originale, notamment dans l'intérêt bien compris de cette France de l'océan Indien dont les TAAF sont la composante maritime majeure.

Je rappelle que les conclusions finales du Grenelle de la mer ont d'ailleurs prévu d'utiliser ce levier institutionnel de « PTOM » comme outil de la présence de la France dans les forums internationaux de la pêche.


* Biodiversité et recherche

La 4ème orientation concerne la biodiversité et la recherche, qui constituent naturellement une priorité majeure.

A l'image du savoir faire des TAAF dans les Terres australes et en Antarctique, les îles Eparses vont servir de laboratoires naturels à grande échelle afin de mieux cerner les impacts anthropiques, notamment le réchauffement climatique, sur les écosystèmes mondiaux.

Grâce aux Eparses, c'est un territoire unique au monde, des tropiques jusqu'au pôle Sud, qui s'offre désormais à la recherche.

Voila pourquoi je souhaite encourager la démarche de coordination des travaux de recherche scientifique.

Le préfet des TAAF vient en effet de confier à l'Institut national de l'Ecologie et de l'Environnement et à l'Institut National des Sciences de l'Univers la tâche de définir un cadre pour la recherche dans les îles Eparses.

Je me réjouis de cette coopération qui se noue au meilleur niveau donc entre l'INEE, l'INSU et les TAAF.

Je n'oublie pas également les contributions précieuses de l'IRD, de l'IFREMER et celle de l'Université et des laboratoires réunionnais à cette dynamique.


* Mémoire et histoire

Enfin, dernière priorité, la mémoire et l'histoire. Car au-delà de la recherche, il y a d'abord des histoires humaines.

Et les îles Eparses, comme les autres districts des TAAF, sont riches d'histoires humaines, souvent dramatiques.

L'histoire du naufrage de l'Utile à Tromelin, magnifiquement relatée par Irène Frain (présente dans la salle), en est le meilleur exemple.

Les fouilles méritoires réalisées par le Groupement de recherches d'archéologie navale ont donné des résultats exceptionnels. Elles serviront de support à une exposition pilotée par les TAAF, avec le soutien du « comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage » présidé par Mme Françoise Vergès.

J'apporte tout naturellement mon appui à ce projet d'exposition sur « Les esclaves oubliés de Tromelin ». Nul doute que cette exposition constituera aussi un vecteur important de coopération régionale.


Il me faut maintenant conclure.

J'aurais souhaité évoquer bien d'autres sujets, mais ces quelques exemples confirment, à l'évidence, le caractère stratégique des îles Eparses pour la France de l'océan Indien dont elles constituent le trait d'union maritime, écologique et scientifique.

Leur préservation écologique est indissolublement liée à une présence permanente et à la pérennité des moyens de desserte aérienne et maritime.

Ce colloque ouvre une brèche dans le mur de relative ignorance ou d'indifférence qui entourait les îles Eparses. C'est un premier succès. Il faudra le faire fructifier.

Les conclusions et enseignements de ce colloque ne devront pas rester lettre morte. Je souhaite qu'elles soient consignées et organisées dans un document qui fera référence pour les années à venir.

Ce document, qui pourrait prendre la forme d'un « plan stratégique », donnera un cap à notre politique pour les îles Eparses dont les thèmes de recherche sont au coeur des préoccupations de la planète.

C'est à cette ambition collective que je vous remercie d'avoir contribué et de continuer à la faire, avec cette passion qui vous anime.


Je vous remercie.


Source http://www.taaf.fr, le 14 octobre 2009

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